SIROÈS
Laisser favtr un tr&ne est une lâcheté; Hais en chaeser un père est une impiété.
PAUURAS.
Qq6i pqpir YOU0 renseigner, lui-même il sl commise,
ÇIRpÈS.
Pfir son exemple, hélas I m*est-elle plus permise. Et me produir^-t-elle un moindre repentir 'P
A ee moment, Pharnace accourt du camp où Sira vient d'entrer, ditril, pour faire couronner Mardesane ; l'armée hésite, murmure, appelle Siroès et se plaint de son absence. Siroès alors ^nfin se décide, et
* Acte I, scène t*
il sort pour aller au camp s*opposer aux desseins de Mardesane.
Le personnage de Gosroès n'est pas moins bien conçu que celui de Siroès, et il concourt à Teifet moral de la tragédie. Gosroès représente les remords qui suivent le crime, comme Siroès représente les terreurs et les doutes qui le précèdent. Ces deux exemples s'unissent pour rendre hommage à Tinviolable majesté du caractère paternel. Toyez Gosroès livré aux noirs accès de sa mélancolie, errant çà et là sur le théâtre, et s'écriant, à travers les sanglots qui étouffent sa voix :
Quoi! n*6ntender-T0us pas, du fond de cet abluie, Une efflroyable voix me reprocher mon crime, Et, me peignant Thorreur de cet acte inhumain, Contre mon propre flanc solliciter ma main?
N'apercevez-Yous pas, dans cet épais nuage, De mon père expirant la ténébreuse image M'ordonner de sortir de son trône usurpé.
Et me montrer l'endroit par où Je Ta! frappé * ?
Nous tremblons alors au souvenir du crime qui s*est accompli dans ce palais, et au pressentiment de celui qui va peut-être encore s'y accomplir. En effet, les événements marchent avec une rapidité fatale. Gosroès ordonne au satrape Sardarigue d'arrêter Siroès; mais Sardarigue, quand Siroès parait, se jette à ses pieds :
• • . . Mon ordre {fiii-xt\ est que je vous anéte ; A n*y pas obéir, il y va de ma tête;
^ Acte II, scèao i.
GHBZ LES MODERNES. 33
Mais je n'ai pas sitôt vos bienfaits oubliés, Et J*appoTte ma tête et ma charge à vos pieds. Issu du grand Gyrus et de tant de monarques, Prince, de tos aïeux conservez-vous les marques ; Il est temps de paraître et temps de voir vos lois Dispenser les destins des peuples et des rois *....
Siroès cède au dévouement héroïque de Sardarigue. A la fin du premier acte, il avait consenti à suivre Palmiras au camp pour s'opposer aux desseins de Mardesane; maintenant il consent à régner, et il ordonne à Sardarigue d'arrêter la reine Sira. La scène où Sardarigue exécute cet ordre est vive et intéressante. Sira ignore encore Tavénement de Siroès; elle ce croit encore reine, et, apercevant Sardarigue au fond du théâtre :
Votre ordre, Sardarigue, est-il exécutéP
SARDARIGUE.
Non, madame ; à regret j'en exécute un autre.
Quei!
SIRA
SARDARIGUE.
De vous arrêter.
Moi?
téméraire
SlRA.
Quelle audace est ia vôtre i
SARDARIGUE,
Vous.
SIRA
De quelle part?
SARDARIGUE.
Du roi.
* Aclc 1
II, soèn« 4.
Imposteur l Coaroèa t'impose oetiA loif
SARDARIGDI.
Gosroès n'artril pas déposé la eouronneF
SIRA
Qui doncp est-ce mon Ûls, traître, qui te TordonneP
SARDARIGUE.
Votre fils m'ordbnner I en quelle qualité?
SIRA
De ton roi, de ton maître, insolent, effronté!
SARDARIGUE.
Siroès est mon roi, Siroès est mon maître :
La Perse sous ces noms vient de le reconnaître.
SlRA.
Dieux 1
8ARDARIGUB.
Et pour le yenir reconnaître avee ponfia Nous avons Tordre exprès de nous saisir de vous.
SIRAt
De te saisir de moi? perQdel
SARDARIGUE.
De vous-même '•
C'en est fait : Siroès est maître ; Cosroès, M ardesane, Sira sont dans les fers. Hais alors le fils reparait dans le roi : il se trouble, il s'émeut; en vain l'impitoyable Palmiras parle d'assurer la couronne sur la tête de Siroès, en vain il représente
QuUl faut d*une vigueur mâle et plus que commune Aider les ctiangements qu'entreprend la fortune;
' Acte III} scèue I.
GHBZ LES MOnRRPmS^ ^5
Siroès, qui oomprend ee que demandent ces maxi* mes poIiti(|tie9) répond ftyec tme noble émotion :
Hélas I dioh règne naît éous de tristes auBplced, Si je lui dois d'abord du aatig et des suppUceB ^
Que faire cependant? Il faut prononcer sur le sort des Yaincus. Palmiras, Sardarigue, Pharnace, tous les satrapes qui ont mis Siroès silr le tf ône, demandent que SIi*a, Mardesane et Cosroès périssent ; ils traitent de faiblesse la piété filiale de Siroès : il n'y a, disent-ils, de salut qa*à ce prix4 Qui Remportera, des farouches conseils des satrapes ou des scrupules du jeune prince? La terreur est sur la scène quand, montant sur ee trône qu'il attrait voulu tle point Gccuper sitôt, Siroès fait compardtre deyant lui Sira d'abord, sa marâtre, sa plus implacable dnnemie, qu'il envoie à la mort comme elle l'y aurait ëtivoyé lui-même; puis Mardesane, son frère et son rival, auquel il voudrait peut-être pardonner^ mab qui dé* daigne sa clémence et brave son pouvoir ; Mardesane périra doùc comme Sira.
Reste un dernier captif, le plus grand de tous et le plus redouté. < Amenez Cosroès, dit Palmiras, qui veut profiter de la fermeté ou de la oolère que vient de montrer Siroès* — Attendes ! s'écrie eeliii-K^i troublé, interdit.
PALMIRAS.
. . . . n 8*agit d'une grande victoire, Et rarement, seigneur, on arrive à la gloire Par les ehemina communs et les gentiors battus.
ËIROÊS.
Ah! j'ai trop pratiqué vos barbares vertus; ' Acte III. scène s*
Je ne puis acheter les douceurs d'un empire Aux dépens de Vauteur du Jour que je respire ^.
Amenez Cosroès ! répète Palmiras ; et alors parait ce roi vaincu, c^trôné, dont l'ambition fit autrefois un parricide, dont les remords ont fait un insensé, mais dans lequel ni le crime, ni la folie, ni le malheur n'ont aboli la majesté royale et surtout la majesté paternelle. Il le sent, et, rendu à la raison par la douleur et par la colère, oubliant qu'il est captif et qu'il fut coupable, pour se souvenir qu'il est père et qu'il est outragé,
. . . nature («'^crie-MQ et TOUS, dieux y ses auteurs. D'un prodige taioui soyez les spectateurs ; Mon Ûls dessus mon trône est juge de ma vie.
Et vous, qiie mon malheur rend si Ûers et si braves, Ce soir mes souverains, ce matin mes esclaves....
Siroès alors, ne pouvant plus résister à son émotion, se jette aux genoux de Cosroès :
Seigneur, daignez m'entendre. nature ! et vous, dieux, Vous pouvez sans horreur jeter ici les yeux : L*objet de vos mépris encor vous y révère; Je ne suis ni tyran ni juge de mon père ; J'ai tous les sentiments que vous m'avez prescrits, Et renonce à mes droits pour être encor son fils. Est-il un bras d'un fils qu'un soupir, une larme, Un seul regard d'un père aisément ne désarme *?
Révoquant l'arrêt qu'il a porté contre Sira et contre Mardesane, il envoie Sardarigue afin dclos sauver. Mais il n'était plus temps : déjà Sira et Mar-
* Aclc Y) scène 4.
* Aclc V, scène I.
desane avaient bu le poison, et Cosroès, désesptVé, se tue lui-même, laissant le trône à Siroès, qui peut désormais le posséder sans crime.
On peut comparer le Cosroès de Rotrou à son VeneeslaSy non pas seulement parce que le poète y montre une force dramatique digne de Corneille, mais parce que ces deux sujets se ressemblent par leur opposition même. Yenceslas est un père qui envoie son âls à la mort; Siroès est un fils qui refuse de condamner son père coupable ; et cette différence exprime admirabl^nent celle qui existe entre Tamour paternel et l'amour filial. Non,*qu*à Dieu ne plaise, Tun soit moins tendre que Tautre ; mais, si les sentiments sont égaux, les droits sont différents. Nous pleurons avec Yenceslas forcé de condamner son fils à mort; mais ce sacrifice que l'amour paternel fait à la justice ne nous révolte pas comme une sorte d'impiété et de sacrilège. L'idée du droit que le père a sur ses enfants défend Yenceslas à nos yeux : c'est par là que nous l'absolvons en même temps que nous le plaignons. Oui, vous i)0uvez, Brutus, envoyer vos fils à la mort ; vous pouvez, Torquatus, livrer le vôtre à la hache des licteurs; oui, l'amour de la liberté et le zèle de la discipline peuvent vaincre l'amour paternel, quand surtout à Tamour de la liberté vient se joindre un sentiment plus ard^t et plus dur, l'amour de la renommée : car, sel(m Yirgile, Brutus ne songe pas seulement à la pairie, il songe aussi à la louange *. Mais enfin, quel
I Infelix! tt(caii<ine feront ea facta niinorrti.
Vincel anior patri» latnhtfnqno imnirnsa ('.ii))itlo