II
te2 DB LA PIÉTÉ
politique ôônlêmpotaine, point de spectacles pôtt^peux ; mal« l'intérêt, tiré cléi$ plus nobles sentiments du cœur humain, remplace aisément Tattrait du spectacle ou des allusions. Tel est le genre de mérite de VAntigone, et ce qui fit son grand succès dans l'antiquité. Elle atait une sorte d'intérêt religieux et philosophique, puisqu'elle enseignait le respect de la sépulture ; elle avait un intérêt plus particulier et plu^ doux, celui qui naît de l'amour fraternel ; elle àtait eufltl, ôhose toute nouvelle sur le théâtre grec, l'intérêt qui nâit d'un grand dévouement. Jusqu'à AniîgDfie^ en efTét, leâ persotinages du théâtre grec sont les martyrs du destin plutôt que les martyrs de leur volonté ; Ils obéissent à la fatalité. GEdipe et Oreste âont leà victimes du sort ; tuais leur volonté n'est pour rien dans leur fortune. Ici, au contraire, voici un persoutiage qui se fait à lui-même son propre destin ; la fatalité n'f a point de part. Antigoné pouvait obéir aux ordres de Créon, qui défendait d'eni^evelir Polytiice; elle n'a pas voulu se soumettre à cette loi impie : elle a mieux aimé obéir à Dieu qu'aux hoi^mes. C*est par là qu'elle est martyre et c'est par là aussi qu'elle était, sur le théâtre grec, un personnage tout nouveau.
Rien ne manque à la gratideur du martyre d'Antigone. Elle ne se dévoUe pas d'une manière instinctive et aveugle : elle sait ce qu'il lui en coûtera d'avoir accompli le devoir que sa conscience et sa tendresse lui imposent. Aussi, quand elle est amenée devant Créoti et accusée d'avoir méprisé ses ordres, elle ne cherche pas de values et timides excuses. Elle connaissait la loi poi tée par Créon ; mais elle savait auSsi
qu*ftuwl6«8its des loU que font les hommes» au-des» SOS des déinreU des rois et des assemblées, il y a des lois impérissables, qui ne sont ni écrites sur le mar» bre ou sur Tairain, ni proclamées par la voi^ d'un héraut, ni enfontées hier ou aujourd'hui, mais qui saut éternelles et dont TcBil des humains n*a point vu la naissance. Voilji la loi divine et sainte qu' Anti?* gone a préférée aux décrets des Thëbains. iVh ! si, pour ob^ à Créon, elle eût laissé sans sépulture le corps de son frère, c'est maintenant qu*pUe se senti" rail triste et malheureuse. Aujourd'hui, au contraire, elle n*a ni remords ni douleur. Que Créon la menace et rinjurie, qu'importe? 9^ Tu ne veux, lui dit*elle, et tu ne peux rien de plus que ma mort * . 9
Il y a près de deux mille cinq cents ans que ces paroles cmt retenti dans Athènes, et depuis deux mille cinq cents ans, elles ont vécu ces lois qu'attes* tait Antigène, qui n*ontni code, ni ministres, ni satellites; elles sont restées immortelles à travers la fragilité des décrets humains, toujours favorables k l'humanité, toujours vengeresses de l'injustice. Non, personne ne les a vues naitre; personne non plus ne sait où elles reposent, ni du fond de quel abri inaccessible elles apparaissent tout à coup avec une puissance et une majesté souveraines. Tantôt, comme à Thèbes, elles sortent de 1^ conscience d*une jeune fille qui n'a d'autre force que de savoir mourir, et ceJQur-Ià elles s'appellent le respect de In sé^ pulture; tantôt, comme à Rome, elles crient contre les Tarquins ou contre les décemvirs avec le s^pg de Lucrèce ou de Virginie, et ce jour-là elles s'appel-
' Àntigone, vci-s 497,
lent la pudeur des femmes; tantôt enfin elles paraissent avec les martyrs devant le tribunal des procon« suis païens , et elles s'appellent la foi : car c'est leur privilège de s'appeler tour à tour des noms les plus beaux et les plus saints de l'humanité.
Elles ont un autre privilège : comme elles vivent au fond de tous les cœurs ^ il suffit du moindre cri pour les éveiller. En vain la prudence et la peur veulent les empêcher de répondre : elles murmurent comme un écho sourd et profond dans toutes les poitrines. Ne croyez donc pas , qui que vous soyez qui invoquez ces lois au milieu du silence d'un peuple opprimé, ou même au milieu des cris de colère d'un peuple abusé par la calomnie, ne croyez pas que vous soyez seul , ou que votre voix périsse étouffée ! L'Antigone de Sophocle, quand elle défend le respect de la sépulture contre les lois de Créon , n'est pas seule, toute délaissée qu'elle parait. Le chœur se tait parce qu'il a peur; mais, à travers ce silence, Antigone sent que le chœur l'approuve, et elle atteste hardiment cette pensée muette : « Ils pensent comme moi, dit-elle à Créon; mais ta présence leur ferme la bouche*. » A ce mot si vrai et si dramatique, qui donne à Antigone tant d'alliés imprévus, soyez sûrs que le chœur a tressailli par un assentiment involontaire, et Créon le sent, car il n'ose plus dire à Antigone, comme il le faisait tout à l'heure, qu'elle est seule parmi les Thébains, et sans personne qui la soutienne : il ne lui demande plus que d'obéir en silence à ses ordres , comme fait le
• Ànliyvnc, vers SOI.
chœur. J'aime à voir, dans ce vieux débat entre la liberté et la tyrannie, comment Créon recule à chaque réponse d'Antigone, et comment la conscience d'une jeune fille triomphe des sophismes du tyran. Créon voit que l'appui du chœur lui manque; il invoque alors la mémoire d*Étéocle : « C'est l'outrager que d'honorer Polynice. — Non, Étéocle est mort , répond Antigone, et il ne veut pas que les morts soient outragés.
GRÉOBf.
«( Polynice était l'ennemi deThèbes; Étéocle était son défenseur.
< La mort les réunit sous d'égales lois.