‹ Cours de littérature dramatiqueChapitre 65 sur 76 · DE L*AMOUR · texte numérisé non relu

DE L*AMOUR

jeunes filles! venez, adolescents! vous qui avez la pureté du corps et la sainteté du cœur. Venez! il est écrit de vous que vous suivrez l'agneau partout où il ira. Venez ! il n*y a que vous qui puissiez le suivre dans ses chemins les plus mystérieux. riantes prairies! ô vallons délicieux! ô champs où se moissonnent les joies du ciel, non pas les vaines joies du monde et leur folie mensongère, mais les joies éternelles et douces que le ciel même ne donne qu'aux vierges! Nous pouvons , nous autres chrétiens ordinaires , suivre partout le Sauveur, excepté quand il marche dans la gloire de sa virginité. Pauvres, nous pouvons le suivre, car il a dit : Heureux les humbles et les pauvres ! Tristes , nous pouvons le suivre, car il a dit : Heureux ceux qui pleurent! et il a pleuré sur Jérusalem. Miséricordieux, nous pouvons le suivre, car il a dit : Heureux ceux qui ont pitié ! Amis de la paix, nous pouvons le suivre, car il a dit : Heureux ceux qui aiment la paix ! Persécutés surtout, nous pouvons le suivre, car il a souffert pour nous. Nous pouvonc donc^ nous tous qui l'imitons de loin dans ses vertus , hommes du siècle et du mariage, nous pouvons suivre le Sauveur dans tous les champs du ciel , excepté quand il entre aux champs de la virginité. Suivez -l'y, vierges heureuses! suivez-l'y, puisque seules vous le pouvez. Les autres bienheureux vous accompagneront de loin du regard; et ne craignez pas qu'ils vous portent envie : ils entendront avec joie sortir de votre bouche le cantique qu'il ne leur est pas donné de chanter eux-mêmes , et la dou-

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ceur de vos chants aura pari dans leur béatitude '. » Voilà les vives exhortations, voilà les paroles de flamme et de lumière qui attiraient les âmes à la virginité; voilà ce qui la faisait embrasser ardemment par les jeunes filles du quatrième et du cinquième siècle, si bien qu*à Milan les mères, craignant l'efiet des discoiu*s de saint Ambroise, ne voulaient plus conduire leurs filles à Téglise. Quel attrait, en effet, dans cette doctrine , qui s'accorde si bien Avec le goût du sacrifice et du dévouement, qui est une des vertus de la femme !^

Lorsque le christianisme vint prêcher haut^nent la doctrine de la virginité, la société païenne semblait avoir oublié depuis longtemps les maximes austères des initiés de Diane et même les lois du gynécée. Le chaste Hippolyte, le fier et sauvage chas» seur de la Grèce héroïque, n'était plus guère de mise à Rome. Pour substituer la loi de l'esprit à la loi de la chair, alors toute-puissante, le christianisme n'essaya pas de se concilier les passions par d'habiles ménagements : il rompit brusquement en visière avec le siècle. Au luxe et aux mollesses de Rome, il opposa les austérités de la Thébaïde ; à l'amour grossier et libertin, il opposa, non pas la sévérité pudique du mariage : le contraste n'eût pas été assez fort pour frapper et pour désenchanter les cœurs do tant de voluptueux; il choisit, de toutes les choses contraires à l'amour, la plus contraire, la virginité, et il la prêcha hardiment.

* Œuvres complètes ilc saint Âii{;4istin, c'dltion Gauiue, t. VI, p. s»6. Voyez dans mes Eaaii de Lilièrature et de Morale, t. H, Panai^se du Banquei det Vitras de saint McUiodius,

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Quel eflbl a eu sur rexprossio» de Tamour ladoe* trine de la virginité? La virginité ohrétiennë n'a pas plus détruit TamoUr que ne raTâii fait le gynéeée ahtique ; mais, eomme I6 gynécée, elle Va contenu^ el, en le ccmtetiant, elle 1-a éput^é et élevé» Si, parmi les jeunes flUea ebréUenneé, les plus pieuseâ et sou* \t^% léA plus belles allaient à Dieu et quittai<itit k rabnde^ beauooUp aussi se laissaient retenir par les sentiments de la nature et de la {aniil]e< Ne eroyei pas cependatil qu'elles ne profitassent pas de cette loi d*élite qu'elles ne pratiquaient pas i une idée de rhdiineur femiitih^ plus sévèi^ et plds délieate que ridée môme de la pudcUr antique, se formait peti à |ieu en s'appuyant sur la doetrine dé la virginité ; k ^'ertu du tnohde s'afferteissait en se réglant» quoique . de loiti^ sur la vertu du cloître^

Le ehrUilanisiiie n*a point créé la pudeur i elle était née dans le gynécée antique. G*esl là qu'elle avait son sanctuaire, c'est là qu'elle vivait sous, la [ifotoction des lois et des mœurs; et Tinlagination aime à se repré^senter ces doux asiles ménagés» datis chaque maison, à l'innocence des filles et à la pudicité des mères; ces solitudes que le bruit du monde n'âpprbchait pas. En ouvrant les portes du gynécée» le christianisme a recueilli les grâces modestes qui y avaient leur sanctuaire; il les a exhortées à paraître au dehors; mais il a pi^paré le monde à leur venue, rasdUrànt la timidité des jeunes filles par le respeet qu'elles inspirent, leur ménagent partout un aocueil favorable, ne faisant plus que les regards et la parole des hommes se détournassent, comme autrefois, à leur aspect, mais qu'ils s'^ arrêtassent ^y^.

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une sorla àe ténération aimable, comme sm* des image» de grâee et de pureté oiTerteB par le ciel à la terre. Le christianisme a fait de la pudeur antique ce qu'il a &it de tous les^ bons sentiments de rhommé: il Ta honorée et affermie^ honorée par les hommages du monde, afTermie par les scrupules de la cotiseience.

C'est par les scrupules surtout que l'amour chèz^ les modernes a pris un Caractère nouveau et Origiiial. Les peintures que l'antiquité nous a laissées de l'amour sont admirables, et la flamme des vers de Sapho ne s'est point éteinte en venant jusqu'à nous :

VivuRtque commtssi calores iËoliœ fldibus puellœ^

Mais, à côté de cet amour ardent que les ^ciens ont si bien exprimé, il y a une autre sorte d'amour, moins simple et moins voisin de la nature, qulls ont peu connu ou qu'ils ont peu représenté; un amour plus timoré, plus inquiet, et en même temps plus dramatique. C'est celui-là surtout que la littérature moderne a exprimé. Chaque littérature me semble l'avoir emporté dans le genre qui lui était propre. Les héroïnes de l'amour antique, c'est-à-dire de cet amour qui est une passion simple et irrésistible, les Médée, les Ariane, les Phèdre, les Didon, l'emportent singulièrement sur les personnages que la littérature moderne a voulu créer en ce genre; mais la littérature moderne a repris ses avantages en peignant cet autre amour qui a emprunté à la cou-

' Horace, ode IX, liv. IV.

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science Immaine éveillée par le christiaiiiBme, ses agitations, ses incertitudes, sa poursuite du bien et son penchant au mal. Nous aurons souvent l'occasion, en examinant quelques*uns des drames et des romans du dix-septième et du dix-huitième siècle, de comparer ces types opposés de Tamour antique et de l'amour moderne, de l'amour simple et de l'amour timoré, et de montrer comment ils rompor" teni tour à tour l'un sur l'autre.

DE L AMOUR CHEZ LES PEUPLES BARBARES. — LES FEMMES GER- MAINES. — LES DRUIDESSES DE LA GAULE. — LES VALKYIUES DU NORD. — DE L'AMOUR CHEVALERESQUE.

La virginité chrétienne s*accorde avec la pudeur du gynécée ; elle en est la perfection ou l'excès. Elle s*accorde aussi avec la chasteté guerrière des héroïnes de la mythologie ou de l'histoire germanique, et les vierges chrétiennes donnent la main aux jeunes filles de la Grèce et aux valkyries du Nord. C'est ainsi que les trois grandes origines de la société moderne, la civilisation grecque et romaine, le christianisme et les mœurs germaniques se retrouvent dans l'histoire du plus délicat des sentiments, la pudeur féminine.

Il y a dans les mœurs des nations barbares deux traits remarquables : d'une part^ le respect général qu'inspirent les femmes; de l'autre, l'ascendant particulier qu'exercent les héroïnes et les prêtresses. Ces deux traits ont contribué à établir dans la société germanique l'idée de l'égalité entre l'homme et la femme. La polygamie n'est pas étrangère aux mœurs des peuples du Nord ; mais elle n'y est pas générale, et surtout elle n'entraîne pas, comme en Orient, l'asservissement et la réclusion des femmes. < Les Germains n'ont qu'une femme, dit Tacite, excepté quelques chefs qui en ont plusieurs en signe de no-

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blesse ^ » De plus, la femme en Germanie est vraiment la compagne de Thomme dans le travail et dans le péril, dans la pdix et dans la guerre, dans la vie et dans la mort. Aussi, le jour du mariage, les présents de Tépoux ne sont point des cadeaux de luxe et de parure, mais un attelage de bœufs, un cheval enharnaché, un bouclier avec la francisque et Tépée, symboles de la vie laborieuse et guerrière que la femme doit mener avec son mari '.

Qu*dn hé eit)ie pas qii*én peignant ces graves et hëlliqitciix mariages^ tacite faëde tin fàbleaii de fati- UkhlBi destiné à servir de (Pendant satirique au ta-> bleatl dés ifKBurs rôliiaitlës : 11 péiftt fidèlement la vie desfemmed dé la Germanië< Quand lesCimbreset les teutons vinrent envahir là Oïltile et Tltalie, leurs fêmifles led stiiVàieiit; elles cotnbattirëtlt et mourus hïiit aveô eux '* Les Gérnnaitis, en allant au combat^ avaient toujours près d'eux leurs femmes et leurs enfiints, dont ils entendaient les exhortations et les rrisf qtll éélébraiënt léiir gldire^ qui les recevaient sils étaient bicîssés f soiidaiëilt leurs plaies, les Soi^ fanaient et allaient ju^lie ddils les rangs descotnbalr iants leiir porter des vivres et des encouragements *.

, * « Pr»f6 mIî Barbtrwmm tiiigiilil lixoribiis Miitttiti sont, execptis • nflinodam pancis, qui non libidinc, teà ob nobilitatem plnrimis nnp- « lis ambiantar. » {î^œun des Ùermaini, cbap. XTÏii:)

« DiiiB fnertiiit ArioVisti hxôtès, tttid ^heyk fiationt', ^iiâHi a dtirho w > tttfii addoxei'af) attera Noi-icé^ régis VeisêidHii svfhilèf qiiâHi in Oallië « dttxerat^ a fratre ttiissaih. t iQ^rj (7«i«rrt dn Gn^lei, liv. I, eh lu.)

' Tacite, Mœuri.det Germahiê, chap. XTiii.

' Voypz VÉhto're deg (fiaùtolx, par M. Ani^d^ Thierq^, t. U, p. >U et Î87.

♦Tacite, Mœwrt det Oirtnaim, fh. >U

CHEZ LES l^fiUl>LRS BARBARES. 359

Outre la dignité qu^elle trouvait dans eette égalité de travaux et de périls, la femmegeraiaine avait parfois une sorte d'autorité religieuse. L'idée qu'avaient les Germains qn'il y avait dans les femmes quelque chose de saint et de prophétique *, ftiisalt que celles surtout qui semblaient douées de quelque Instinct ou même de quelque air mystérieux (et cela est fréquent parmi les femmes ) , passaient ttisément pour prophétesses.

Chef les Gaulois , même superstition au sujet des' druidesses. La femme, en Gaule, inspirait moins de rQspeot qu'en Germ^ie; mais, comme prètresde ou comme magiei^nne , elle était redoutée. L'aspect, le çéjour, la vie, les rites d^s druidesses, tout était bit poar exciter la torreur. Les druidesses avaient des jSAcriflces nocturnes et sanguinaires ; elles vivaient sur des écueils eu dans des Iles, au milieu de la mer; ei ces lies , redoutées des navigateurs , parce que les tempêtes étaient , dit-on , plus fréquentes sur leurs bords que partout ailleurs , ces lies devenaient des sanctuaires fermés aux yeux et aux pas des profanes. Si l'ennemi venait attaquer ees asiles sacrés, les guerriers accouraient les défendre, et, à travers les rangs des guerriers, on voyait les druidesses courir çà et là, vêtues de noir, les cheveux épars, une torche à la main , pareilles aux furies , tandis que les druides , les bras élevés au ciel, prononçaient des impré* cations menaçantes : spectacle étrange et terrible , qui, pendant quelques instants, glaça d*e0roi les légions romaines, lorsqu'elles envahirent Die de

( TaciU, Jfœurf â9i Qermainij ch. viii.

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