‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 19 sur 63 · DANS MESDAMES SAND ET DE GIRARDIN · texte numérisé non relu

DANS MESDAMES SAND ET DE GIRARDIN

demaiiilo pas mieux que de réparer son injustice et d'avouer son tort. Quant à savoir si la fortune de Fadetle est la cause de la justice qui va lui être rendue, elle-même ne s'en soucie pas : il lui sufflt que cette fortune soit l'occasion de son bonheur. Elle sait que le père Barbeau ne la prend pas pour bru seulement parce qu'elle est riche, mais parce qu'elle est à la fois honnête et riche : voilà tout ce qu'il lui faut. La Fadette a la vraie sagesse: elle ne cherche pas le mauvais côté des bonnes choses, parce que chercher ce cùlé-là, qu'il est toujours facile de trouver, c'est la manière d'être à la fois injuste et malheureux.

En mettant l'amour dans les romans et dans les champs, madame Sand était à son aise pour le peindre, parce que, dans les champs et surtout dans les romans, rien ne gêne l'expression de l'amour. Il n'en est pas de même dans le monde. Le niveau monotone que l'esprit de la société fait passer sur tous les caractères semble avoir aussi passé sur l'amour. Cette passion, la plus commune en même temps que la plus originale de toutes nos passions, s'est laissé polir et amincir, comme tout le reste, par la civilisation. Avec nos mœurs légères et molles, et surtout avec la peur que nous avons du ridicule, on dirait qu'il n'y a plus de héros ni d'héroïnes d'amour ailleurs que dans les romans. N'en croyez rien pourtant : le monde a plus d'amoureux qu'il ne le croit. Nous voici dans un salon, an bal. Parmi tous ces jeunes gens si gais et si frivoles, combien pensez-vous qu'il y ait d'Âmadis? pas un, à votre compte. Et, parmi ces jeunes filles parées et riantes, qui dansent du soir au matin,

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combien de Cliiinènes? pas une! Vous vous trompez : il y a là je ne sais combien d'Amadis et de Chimènes en miniature ; il y a là, au milieu de toute cette gaieté, je ne sais combien de cœurs qui frémissent ou qui soulTrenl; il y a des jalousies, des dépits, des colères, des réconciliations, desaveux, des reproches, quesaisje enfin? la matière de plus de vingt rom.ans, ou, pour mieux dire, le commencement de vingt romans. Je ne veux pas prétendre, en effet, que tous ces sentiments , contraints et étouffés par les bienséances, auraient eu , même s'ils avaient été libres, toute la portée qu'ils ont dans les romans : ils s'arrêtent endeçà du romanesque; ils craignent les gros soupirs et les grands éclats, car le monde censure impitoyablement ce qui sort de la règle. On souffre donc, on est agité de mille pensées pénibles ; mais on n'en danse pas moins, on n'en va pas moins à l'opéra el dans le monde : il ne faut pas s'afficher. Amadis allai cacher sa douleur au creux de quelque aiïreuse vallée ;Tircis allait conter sa peine aux échos. Amadis e Tircis étaient heureux; ils ne craignaient pas de fair% éclat. C'était le bon temps, le temps des aventures Le monde, aujourd'hui, a peur et dédain des aven tures.

Cet amour, presque honteux de se laisser voir et qui cherche à se cacher, tantôt sous la frivolité et tantôt sous la moquerie de soi-même , cet amour, qui peut être ingénu sans oser être franc , voilà ce que madame de Gi-rardin a rencontré dans le monde, et ce qu'elle a peint d'une manière vive et gracieuse. Il n'y a dans ses élégies ni Phèdres, ni Didons, ni fureurs, ni imprécations : ce sont des

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