‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 25 sur 63 · IT · texte numérisé non relu

IT

230 DE l'amour conjugal.

sure des femmes ordinaires, tandis que partout, dans Xénophon, Panthée est une héroïne de l'amour conjugal.

Je sais bien que, dans ses soupçons sur Panthée, Abradate fait une distinction : il ne doute pas de la foi et de l'amour de Panthée ; il doute seulement de la retenue de Cyrus :

Ce prince, autorisé d'un pouvoir absolu,

A pu faire en son camp tout ce qu'il a voulu.

La réponse de Panthée est belle et énergique; mais pourquoi est-elle obligée à la faire? « Qui pourrait, dit Abradate,

Qui pourrait détourner la furieuse envie De celui qui sur nous a pouvoir de la vie?

« Qui pourrait, répond Panthée,

Qui pourrait détourner le généreux effort De celle à qui la honte est pire que la mort? Si dans un tel péril je me fusse trouvée, En cette extrémité ce poignard m'eût sauvée, Et, me garantissant d'un si lâche attentat, Eut maintenu ma gloire en son premier état. Voilà le confident qui, durant votre absence, Avec fidélité gardait mon innocence ^

Les vers sont beaux ; mais la Panthée qui a besoin de se justifier n'est plus pour nous la Panthée de Xénophon.

Il est curieux, aussi bien, de voir comment, dans celle belle histoire, les modernes semblent avoir

' Acte IV, scène i".

Œ.XOXE, ÉVADNÉ, PANTHÈE. 23 1

laisse de côlé, comme à dessein, ce qui est l'iiUcrèt principal du récit, je veux dire l'alTeclion conjugale de Panlliéo, pour ne s'occuper que de la jalousie malencontreuse d'Âbradale ou de l'amour d'Araspe. Wiéland, dans son dialogue d'Araspe et de Panlhéc, — car c'est un dialogue, et c'est ainsi qu'il l'appelle lui-même, et non point un drame, — Wiéland ne s'occupe que de l'amour d'Araspe. Dans Xénophon, cet amour n'a place que pour servir de texte aux sermons de Cyrus; dans Wiéland, il devient le sujet principal; il y a même une scène d'amour entre Araspc et Panthce, et cette scène est, à mes yeux, un contre-sens aussi grand que la scène de la jalousie d'Abradale dans Tristan. Telle qu'est Panthée dans Xénophon, et ne devant être que le type le plus vrai et le plus élevé de la douleur conjugale, elle ne peut pas plus être courtisée devant nous par Araspe que soupçonnée par Abradate. Les deux scènes sont une égale invraisemblance dramatique et troublent également toutes deux l'harmonie morale du personnage de Panllicc.

SllTL DE l'amour CONJUGAL, — LUCRÈCE DANS TITE-LIVE, OVIDE, DURYER, SHAKESPEARE ET M. P0N3ARD.

Je cherche quelle est, dans la littérature ancienne, l'expression des divers sentiments qui composent l'amour conjugal. Pénélope exprime la fidéliié chaste et persévérante ; Âlceste, le dévouem.ent ; Panthée, la douleur de la femme qui ne veut pas survivre à son époux; Lucrèce, l'honneur conjugal dans ce qu'il a de plus fier et de plus généreux. Tous ces sentiments composent l'amour conjugal et procèdent de l'idée fondamentale du mariage, l'attachement exclusif d'une seule femme à un seul homme.

L'honneur conjugal est le sentiment que Lucrèce représente au plus haut degré. Le lit nuptial a été souillé par la violence de Sextus : dès ce moment, Lucrèce doit mourir. En vain son mari et son père la supplient de vivre ; en vain ils lui disent qu'il n'y a pas crime où il n'y a pas intention criminelle :

Le lit fut profané ; mais l'épouse est sans blâme, Et l'affront de ton corps n'atteignit pas ton àme,

Page 1