Dii l'amolii conjugal
était vèîuc, comme elle (ilait, comme ses cheveux étaient répandus sur son col ; voilà son visage, ses paroles, son teint, sa beauté '. »
Ces tableaux de la vie privée ont bien inspiré le vieux poëte Duryer dans sa Lucrèce. Il ne nous a pas montré tout le festin du soir et la dispute entre les jeunes princes ; mais il nous fait assister à la fin de la conversation, et connaître du même coup le caractère de Sextus :
Voit -on rien de pareil à son aveuglement?
dit en i iant Sextus de CoUalin ;
Tout marié qu'il est, il nous parle en amant. A l'enlendre parler des beautés de Lucrèce, On doute qu'elle soit sa femme ou sa maîtresse.
Briîtus, qui, dans Durj'er, joue le rôle d'un sage méconnu, blâme Collatin d'avoir tant loué Lucrèce devant Sextus :
Pourquoi louer ta femme et pourquoi !a vanter Devant un esprit foible et facile à tenter?
Tu lui vantes ta femme et ne sais pas peut-être Qu'on hasarde un trésor dès qu'on le fait paraître. Si la femme est un bien agréable et charmant,
Carpitur attonilos absentis imagine scnsos Illc : recordanti piura iiiagisquc placent.
Sic sedit, sic culta fuit, sic staniina nevit, Neglcctae coUo sic jacuere coma; ;
Hos habuit vultns, biBc illi verba fucre ; Hic dccor, hajc faciès, hic color oris orat.
[Fa$les d'Ovide, liv. II, v. 7 70.)
LUCUÉCE. 241
C'est un bien peu durable et qu'on perd aisément. On le fait désirer, aussitôt qu'on le vante'...
('ollalin rojcltc bien loin les avis de Brutiis : il est sûr (le la vertu de Lucrèce. « Mais es- lu aussi sûr, dit Brulus, de la vertu de Sextus? » Il le prie donc de
repasser en son âme
Q;:c ïurquin porte un sceptre et que Lucrèce est frinme.
iNullc part, ni dans Shakespeare, ni dans Duryer, ni dans M"* de Sciidéry, ni dans M. Ponsard, le récit ou le tableau de la mort de Lucrèce n'égale le récit ([u'en fait Tilc-Live. l^a grandeur épique du récit de Titc-Live tient à l'idée de la révolution solennelle qui va servir de vengeance à Lucrèce. Celte vengeance, en eflel, ne sera pas seulement l'oxpialion de Tattenlal de Sextus contre Lucrèce : ce sera le signal de l' affranchissement de Rome; ce sera l'ère immortelle de la liberté romaine. Schiller, dans son drame de Guillaume Tell, a voulu expliquer cette loi curieuse et fort naturelle de l'histoire, qui fait que, chez un peuple opprimé, le mécontentement public attend souvent, pour éclater, une injustice et une vengeance particulière. Son Guillaume Tell ne songe pas à délivrer la Suisse du joug de Gessler : il ne songe qu'à venger son injure particulière; mais, comme sa vengeance personnelle rencontre la colère publique, cet accord, que Tell n'a ni prévu ni cherché, fait une révolution, et la flèche qu'il ne lance
' turriTC l'.c Durycr, acte ^'^ sci-ne u