‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 28 sur 63 · IV · texte numérisé non relu

IV

242 DE l'amour conjugal.

qu'à son onnemi délivre la Suisse de son persécuteur. l.a mort de Lucrèce est aussi une preuve de celle loi de riiistoire. Lucrèce se tue pour témoigner de son honneur; mais cette mort achève d'exciter la haine de Rome contre la tyrannie des Tarquins et cause une révolution. L'événement particulier amène l'événement général. Seulement Schiller, qui raffinait beaucoup dans ses conceptions dramatiques, a voulu qu'entre la vengeance de Guillaume Tell et la délivrance de la Suisse, il n'y eût qu'une rencontre et une coïncidence sans aucune complicité. Tile-Live, moins philosophe et plus grand poëte dramatique en cela que le poëte allemand, n'a pas séparé tout à fait la vengeance de Lucrèce de la vengeance de Rome. Lucrèce assurément ne se tue pas pour délivrer Rome; mais Rome et les Tarquins ne sont point oubliés dans les dernières paroles de Lucrèce, telles que Tite-Live les rapporte : « Jurez-moi tous, dit-elle à son mari, à son père et à leurs amis qu'elle a convoques pour assister à ses derniers moments et à ses dernières volontés, jurez-moi tous que le ravisseur sera puni! » Ils le jurent; et alors : « C'est à vous de voir, reprend-elle, ce que vous devez faire du Tarquin^. » Elle se frappe, et à ce coup, qui finit et couronne, pour ainsi dire, l'événement particulier, commence l'événement public, lorsque Rrulus, se faisant comme l'interprète et Thiérophanle de ce sacrifice, « tire le poignard du sein de Lucrèce, et, l'élevant tout dégouttant de sang, — Jejure, dit-il, par ce sang

' «Vos, iuquit, videiilis (juid illi di-Leatur. »

(Tilt— Live, ibid.)

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