‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 3 sur 63 · IV · texte numérisé non relu

IV

14 DE l'amoir ixgrnu.

toujours la quilter à la pointe cln jour. Elle va de tous côtés , dans ces beaux jardins et dans ce palais magnifique, cherchant où elle pourra enfin rencontrer son mari et le voir à la clarté du jour. Elle le demande aux arbres, aux rochers, aux ruisseaux, à toute la nature : « Ruisseaux, dit-elle,

Ruisseaux, enseignez- moi l'objet de mon amour; Guidez vers lui mes pas, vous dont l'onde est si pure. Ne dnrniirait-il point en ce sombre séjour. Payant un doux tribut à votre doux murmure? En vain, pour le savoir, Psyché vous fait la cour, En vain elle vous vient conter son aventure: Vous n'osez déceler cet ennemi du jour, Qtii rit en quelque coin du tourment que j'endure '.

Bientôt elle obtient de son mari la permission de voir ses sœurs ; et ce n'est pas seulement par tendresse qu'elle veut les voir, c'est un peu aussi par vanité : elle veut leur montrer son bonheur. Les sœurs viennent et sont prises d'envie à la vue de ce palais, de ces richesses, de ce cortège de nymphes qui entoure leur sœur*. Elles cherchent à perdre Psyché, et la perdent par la curiosité môme que Psyché a de voir ce mari qui ne veut pas se montrer. Elles lui persuadent que son mari est un monstre affreux ; qu'il faut qu'elle le tue, et pour cela elles lui apportent un poignard et une lampe, afin que, profitant du sommeil de son mari, elle puisse, à l'aide de la lampe, le voir, et, à l'aide du poignard, le tuer. Psyché, dans sa folle curiosité , consent à tout. La

' Liv. I.

' Voir le 2« volume clu Cours de Hltérature dramalique, chap. sxx : De la Ritalité entre sœurt.

l'SYCHÉ. AOAM ET ÈVS. 15

nuiUcnuc cl l'Aiiiour s'étaiU endormi, Psyché « se leva sans bruit, prit le ix)ignard et la lampe qu'elle avait caclics, s'en alla le i)lus doucement qu'il lui fut possible vers l'endroit du lit où le monstre s'était couché , avançant un pied , puis un autre , el prenant bien garde à les poser par mesure, comme si elle eût marché sur des pointes de diamants. Elle retenait jusqu'à son haleine , et craignait presque que ses pensées ne la décelassent. 11 s'en fallut peu qu'elle ne priât son ombre de ne point faire de bruit en l'accompagnant :

A pas tremLhmts cl suspendus, Elle arrive enfin où repose Son époux aux bras étendus, Époux plus beau qu'aucune chose :

C'était aussi l'Amour

« Psyché demeura comme transportée à l'aspect de son époux. Des l'abord elle jugea bien que c'était l'Amour : car quel autre dieu lui aurait paru si agréable ?

« Ce que la beauté, la jeunesse, le divin charme qui communique à ces choses le don de plaire; ce qu'une personne faite à plaisir peut causer aux yeux de volupté et de ravissement à l'esprit , Cupidon en ce moment-là le fit sentir à notre héroïne. Il dormait à la manière d'un dieu , c'est-à-dire profondément, penché nonchalamment sur un oreiller, un bras sur sa tète, l'autre bras tombant sur les bords du lit, couvert à demi d'un voile de gaze, ainsi que sa mère en use, et les nymphes aussi, el quelquefois les berfrères.

16 DE l'amour ixgéxu.

a La joie de Psyché fut grande, si l'on doit appeler joie ce qui est proprement extase; encore ce mot est-il faible et n'exprime pas la moindre partie du

plaisir que reçut la belle Elle avait delà peine à

croire ce qu'elle voyait , se passait la main sur les yeux, craignant que ce ne fût songe et illusion ; puis

recommençait à considérer son mari Et, voulant

regarder de plus près celui qu'elle n'avait déjà que trop vu, elle pencha quelque peu l'instrument fatal qui l'avait jusque-là servie si utilement. Il en tomba sur la cuisse de son époux une goutte d'huile enflammée. La douleur éveilla le dieu. Il vit la pauvre Psyché qui , toute confuse , tenait sa lampe ; et , ce qui fut le plus malheureux , il vit aussi le poignard tombé près de lui ' . »^

Arrivé à ce moment de l'histoire, notre conteur ne veut plus continuer : « Dispensez-moi , dit-il , de vous raconter le reste : vous seriez touchés de trop de pitié au récit que je vous ferais.

Là finit de Psjché le bonheur et la gloire,

Et là votre plaisir pourrait cesser aussi.

Ce n'est pas mon talent d'achever une histoire

Qui se termine ainsi.

Acanthe et Ariste, c'est-à-dire Racine et Molière, s'écrient que, s'ils pleurent sur Psyché, ce sera, au contraire, un plaisir de plus, le plaisir de la pitié. Quoi! est-ce donc un plaisir de pleurer? dit Gélaste , c'est-à-dire Boileau. Alors commence entre les quatre interlocuteurs une digression toute littéraire sur les causes du plaisir que nous trouvons

' Liv. I.

à voir les malhoiirs d'anlrui. La Fontaine et ses amis n'adoptent pas l'explication de Lucrèce, qu'on aime à voir les maux qu'on ne ressent pas '. Ce plaisir-là touche à l'égoïsme, et ce n'est pas de l'égoïsmc que La Fontaine et ses amis font dériver la pitié. « La pitié, dit Âriste, est un mouvement charitable et généreux, une tendi'esse de cœur dont tout le monde se sait bon gré. — Mais quoi ! dit Gélastc, si la pitié va jusqu'à me faire pleurer, puisje croire que ce soit quelque chose de bon ? Homère ne dit-il pas que la condition des mortels est de passer leur vie dans les pleurs, tandis que les dieux seuls sont exempts de mal et vivent là-haut à lonr aise sans rien soulTrir? Que répondrez-vous à cela? — Je répondrai, dit Ariste, que les mortels sont mortels quand ils pleurent de leurs douleurs ; mais, quand ils pleurent des douleurs d'autrui , ce sont proprement des dieux '. » Belles paroles, qui expliquent ce qu'il y a d'excellent dans la pitié! La pitié, quand elle s'afflige sincèrement des douleurs du prochain, sans même pouvoir les secourir, la pitié alors est un sentiment divin', parce qu'elle nous arrache au moi et à la sécheresse du moi.

Rassuré par cette conversation, qui lui montre que la pitié est un bon sentiment et que ce n'est pas un mal de faire pleurer les gens du malheur d'autrui, Polyphile, c'est-à-dire La Fontaine, reprend son récit et raconte les épreuves de Psyché , et la

' Non quia vcxari qucmquam est jucunda voluptas,

ScJ quibus ipse malis careas quia cernere suave est. = I.iv. I.

^ Misericors et miscrator Dominus. Ps. 110.

18 DE l'amour ingénu.

cruche qu'il faut remplir de l'eau de la fontaine de Jouvence, en dépit du dragon terrible qui la garde ; et les moutons du soleil dont il faut avoir la laine, et les fourmis qui trient le grain , et la tour qui parle , et la descente enfm de Psyché aux Enfers pour aller chercher une boîte du fard de Proserpine. Ici La Fontaine fait la description des Enfers. La description des Enfers a dans les poètes cela de curieux que chacun la fait un peu selon son caractère et selon celui de son temps, mettant, dans la peinture des vices de l'humanité et de leurs châtiments, des pensées et des sentiments différents. L'enfer de Vifgile ne ressemble pas à celui d'Homère , parce que le siècle de Virgile avait une autre idée de la justice divine que le siècle d'Homère. L'enfer de La Fontaine ne ressemble pas non plus à celui de Virgile. Il y met bien, pour ne pas manquer à la tradition , les grands coupables de la fable , Ixion, Tantale , Sisyphe , Salmonée , les Danaïdes ; mais il y met aussi des crimes et des punitions de son invention : d'abord les sœurs de Psyché, qu'il châtie de leur jalousie par le spectacle du bonheur de Psyché; puis d'autres crimes moins graves que l'envie, mais qui ne déplaisent pas moins à La Fontaine, et qu'en justicier impitoyable il met dans son enfer, leur donnant seulement une place à part :

En un lieu séparé, l'on voit ceux de qui l'àme

A violé les droits de l'amoureuse flamme,

Offensé Cupidon, méprisé ses autels,

Refusé le tribut qu'il impose aux mortels.

Là soaiïrc un monde entier d'ingrates, de coquettes;

Là Misère punit les langues indiscrètes, Surtout ceux qui, taoliés du plus noir des forfaits, Se sont vantés d'un bien qu'on ne leur fit jamais. Par de cruels vautours l'inhumaine est rongée ; Dans un fleuve glacé la volage est plongée , El l'insensible expie, en des lieux embrasés. Aux yeux de ses amant», les maux qu'elle a causés. Ministres, confidents, domestiques perfides, Y lassent, sous le fouet, les bras des Euménides. Près d'eux sont les auteurs de maint hy:nen forcé. L'amant chiche et la dame au cœur intéressé; La troupe des censeurs, peuple à l'amour rebelle; Ceux enfin dont les vers ont noirci quelque belle'.

Diiïamer les clames! crime affreux, que punissaient les anciens chevaliers et que La Fontaine met sans hésiter en enfer. Non qu'il ne sache bien qu'il est impossible de louer une belle de façon à la contenter :

L'or se peut partager, mais non pas la louange. Le plus grand orateur, quand ce serait un ange, Ne contenterait pas, en semblables desseins, Deux belles, deux béros, deux auteurs ni deux saints*.

Mais qu'importe qu'on ne puisse pas contenter la vanité des belles et des héros? il n'en faut pas médire, car c'est là le crime digne de l'enfer tel que La Fontaine le décrit.

Une fois arrivée aux pieds du trône de Plulon et de Proserpinc, r'svclié leur adresse un discours fait pour exciter la pitié et pour éviter l'envie. Psyché

> Liv. II.

' Lettre â maictme la dack^sse de Bouillon, 1887; lettre xxii: des Oliluvics (le La Fuiila:Qe.

20 DE l'amour ingénu.

sait qu'elle est belle et qu'on peut lui en vouloir encore de cette beauté qui fut la première cause de ses maux , puisque c'est par là qu'elle s'est attiré la jalousie de Vénus. Aussi, devant Proserpine, qui est femme et peut-être sujette à la jalousie, elle a soin de dire que son visage est aujourd'hui sans éclat; elle ne le regrette point. Ses sœurs enviaient ses traits :

Que mes sœurs étaient folles !

Et non-seulement Psyché ne veut plus être belle , elle loue la beauté de Proserpine, qui n'a pas besoin du fard que Vénus lui demande par la bouche de Psyché :

On s'aperçoit assez qu'il n'est point fait pour vous.

Voilà l'art de détourner l'envie. Mais en même tomps combien elle excite la pitié quand elle dit :

Enfin l'Amour m'aima; je l'aimai sans le voirj Je le vis, il s'enfuit'

Quels vers rapides et charmants ! quel souvenir gardé au fond du cœur d'un temps si court et si doux ! quel plaisir enfin à invoquer le nom de l'Amour, à le répéter, à le joindre à sa prière, comme un charme qui doit tout fléchir, mais qui enchante surtout celle qui l'emploie! C'est dans ces traits d'une sensibilité vive et douce qu'éclate surtout le génie de La Fontaine. Je trouve encore mieux la marque heureuse de ce génie dans les vers qui finissent le poëme, quand, heureux de raconter comment l'Amour a pardonné à Psyché, heureux de

' Liv. II.

(lire qn'tine fille est née de leur union, qui s'appelle la Volupté, il s'écrie :

0 douce Volupté, sans qui, dès notre enfance, Le vivre et le mourir nous deviendraient égaux!

Par toi tout se meut ici-bas; C'est pour toi, c'est pour tes appas, Que nous courons après la peine; Il n'est soldat, ni capitaine, Ni ministre d'État, ni prince, ni sujet. Qui ne t'ait pour unique objet.

Volupté, Volupté, qui fus jadis maîtresse

Du plus bel esprit de la Grèce, Ne me dédaigne pas, viens-t'en loger chez moi;

Tu n'y seras pas sans emploi.

J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, La ville et la campagne, enfin tout ; il n'est rien

Qui ne me soit souverain bien.

Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique. Viens donc ; et de ce bien, ô douce Volupté, Veux-tu savoir au vrai la mesure certaine? Il m'en faut tout au moins un siècle bien compté. Car trente ans, ce n'est pas la peine.

Voilà bien La Fontaine tel qu'il était , aimant tout, prenant plaisir à tout, et qui, dans son récit de Psyché, s'appelle lui-même Polypliile, c'est-<àdire qui aime toutes choses. La Fontaine, en elTel, défend les passions que la nature a mises dans notre cœur ' ; il défend la sensibilité, non pas la sensibilité

' \ovoz la fable du philosophe scythe, qui se sert de la serpe à tort et à liaMTs, sous prétexte de tailler ses arbres :

Ce Scvllic exprime bien

Un iiidisrr.'t stoïcien :

22 DE l'amour ingénu.

larmoyante et égoïste, mais la sensibilité générale et vraie qui fait que nous jouissons de tout dans la nature :

Pourquoi sont faits les dons de Flore, Le soleil couchant et l'aurore, Pomone et ses mets délicats, Bacchus, rame des bons repas, Les forêts, les eaux, les prairies, Mères des douces rêveries '?

Tout cela est fait pour charmer les yeux , le goût, l'odorat, les sens enfin , mais tout cela aussi est fait pour aller plus loin, c'est-à-dire des sens à l'àme, et pour la cliarmer et la faire jouir. Se servir à la fois des sens et de l'àme pour goûter tout ce qu'il y a de beau dans la nature et dans les arts; ne pas troj) s'abandonner aux sens, mais ne pas trop s'en défier non plus , car ils sont bons à nous donner du plaisir, même et surtout quand on les contient': voilà la doctrine et ce que j'appellerais la philosophie de La Fontaine. C'est par cette double voie de l'àme et du corps, que, moitié platonicien et moitié épicurien, il

Celui-ci retranche de l'âme Désirs et passions, le bon et le mauvais,

Jusqu'aux plus innocents souhaits.

Contre de telles gens, quant à moi, je réclame. Ils ôtent à nos cœurs le principal ressort ; Es font cesser de vivre avant que l'on soit mort.

(Liv. XII, fable îO.) ' Psyché, fin.

' Sur son propre désir

Quelque rigueur que l'on exerce, Encore y prend-on du plaisir.

[Ibidem.)

PSTCHK. ADAM ET E\E. 23

atlcint, pour j ren»lic les paroles de Platon, jusqu'à l'idée de la beauté. Mais la beauté de IMaton finit par devenir toute idéale et toute immatérielle. La beauté, telle que La Fontaine la conçoit, est moins métaphysique. Ce n'est pas une pure idée : elle a sa forme, son allure, sa grâce enfin. Personne, au dix-septième siècle, n'a mieux compris et mieux exprimé le charme de la beauté :

La beauté

si nous en croyons Vénus parlant à Adonis,

La beaut'', Jont les traits même aux dieux sont si donx, Est quelque chose encor de plus divin que nous '.

Pendant que les poètes français du dix-septième siècle faisaient de Psyché le type de l'amour ingénu, et qu'ils donnaient à ce type une physionomie tout à fait mythologique, Milton, en Angleterre, créait un type de l'amour ingénu, plus pur que celui de Psyché et aussi gracieux; un type qui n'emprunte rien de son charme à la fable mythologique ou au conte des fées : je veux parler des amours d'Adam et Eve dans le Paradis perdu.

Les amours d'Adam et Eve sont la plus fraîche et la plus délicieuse idylle que je connaisse dans la poésie moderne. Nulle part la grâce ne s'allie mieux à la pureté ; nulle part la naïveté n'a plus de véritable innocence. Ce qu'il y a de sacré dans ces récits du paradis se répand sur les amours d'Adam et Eve pour les sanctifier, leur laissant ce qu'ils ont d'humain et qui fait leur charme , leiu" donnant

' Poëme d'Adonis.

•24 DE l'amour ingénu.

quelque chose de divin qui ajoute la gravité à la beauté. Ce ne sont pas de jeunes amants , assis au boid d'une claire fontaine et enchantés l'un de l'autre; ce sont les deux premiers nés de l'humanité, les auteurs de la race humaine , et leur bonheur est véritablement un grand mystère qui s'accomplit :

« Parmi les créatures répandues dans le paradis, deux d'une forme plus noble, d'une stature élevée, droite comme celle des êtres divins, vêtus de leur honneur natif, dans leur majesté nue, paraissent les maîtres de tout ce qui les environne et dignes de l'être, car dans leurs regards divins

resplendit l'image de leur glorieux Créateur

Ainsi, la main dans la main, marchait le couple le plus charmant qui s'unit jamais dans les embrassements de l'amour : Adam , le plus beau des hommes qui furent ses fils; Eve, la plus belle de ses filles. Sous un ombrage épais qui répand le parfum de ses fleurs, sur un gazon verdoyant, au bord d'une fraîche fontaine, tous deux s'assirent après la douce fatigue d'un innocent jardinage, qui suffisait à leur faire mieux goûter la fraîcheur du zéphyr, l'aise du repos, le plaisir de la faim et de la soif satisfaiies. Mollement assis et appuyés sur un gazon émaiilé de fleurs, ils prenaient pour leur repas les fruits qu'inclinaient vers eux les branches complaisantes; et l'écorce des fruits savoureux leur servait à puiser de l'eau pour leur soif dans le ruisseau qui coulait à pleins bords devant eux. Ils avaient, de plus, les doux propos , les tendres sourires , le badinage de la jeunesse, tout ce qui est naturel à de jeunes

époux qui s'aiment et qui sont seuls. Autour d'eux jouaient et folâtraient innocemment tous les animaux de la terre, qui, plus lard, devinrent sauvages '. »

Voilà Adam et Eve, ou i)lulôt l'amour ingénu avec toute sa grâce et tel qu'il devait être, plus naïf et plus gracieux, plus ingénu enfin, dans ce temps et dans ce lieu de la félicité primitive. Milton, connne pour nous faire mieux comprendre ce bonheur, lui a donné un témoin qui l'envie et qui s'en irrite : c'est Satan , qui, caché dans un coin de l'Édcn et épiant Adam et Eve pour les perdre , contemple leurs joies innocentes et souffre toutes les douleurs de l'enfer à l'aspect de ce bonheur qu'il a perdu. Admirable contraste que celui des sentiments de

' Paradis perdu, chant iv. Je rapproche de cette ravissaute description les veis de La Fontaine dans le poëme A'Adonit:

Tout ce qni nait de doux en l'amoureux empire, Quand d'une cgale ardeur l'un pour l'autre on soupire, Et que, de la contrainte ayant banni les lois. On se peut assurer au silence des buis ; Jours devenus moments, niomenis filés de soie, Agriiibles soupirs, pleurs enfants de la joie, Vœux, serments et regards, transports, ravissements, Mélange dont se fait le bonheur des amants ; Tout par ce couple heureux fut lors mis en usage. Tantôt ils choisissaient l'épaisseur d'un ombrage : Là, sous des chênes vieux oix leurs chiffres graves Se sont avec les troncs accrus et conservés, Mollement étendus, ils consumaient les heures. Sans avoir pour témoins, en ces sombres demeures, Que les chantres des bois, pour confident qu'Amour, Qui seul guidait leurs pas en cet heureux séjour.

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