‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 32 sur 63 · IV · texte numérisé non relu

IV

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cliard m. Ce même duc de Glocester a lue aussi le roi Henri VI prisonnier. 11 veut arriver au trône, et il y arrivera à travers je ne sais combien de crimes. Il croit utile à son ambition d'épouser lady Anne, la veuve du prince et la belle-fdle du roi qu'il a poignardés. «J'épouserai, dit-il, la fdle cadette de Warwick. Il est vrai que j'ai tué son mari et son père : n'importe. La meilleure réparation que je puisse lui donner, c'est de faire qu'elle retrouve en moi un père et un époux. C'est ce que je ferai; non que je l'aime, mais dans un autre but secret que j'atteins en l'épousant. » Voilà le projet de Richard; mais comment l'accomplir? comment se faire aimer de lady Anne? comment et où lui faire sa cour? Avec cette aflreuse sagacité que Shakespeare lui a donnée, Richard, connaissant le caractère de lady Anne, prend hardiment, pour lui faire sa déclaration d'amour, le moment où elle conduit elle-même le deuil du roi Henri VI, son beau-père; et là, près du cercueil d'une de ses victimes, il adresse ses compliments d'amour à la veuve d'une autre de ses victimes. Plus lady Anne l'accable d'injures et de malédictions, plr.s il redouble les éloges qu'il fait de sa beauté. A sa colère et à sa douleur il n'oppose qu'une parole, mais une parole dont il sait l'infaillible effet sur le cœur d'une femme : « Vous êtes belle; je vous aime et vous ai toujours aimée. Je n'ai jamais supplié ami ni ennemi ; jamais ma bouche n'a su tenir un langage doux et flatteur; mais mahitenanl que votre beauté est le prix où j'aspire, mon cœur superbe descend à la prière et m'oblige à parler. » 11 va plus loin : les crimes que

lui reproche laJy Anne, c'est pour elle qu'il les a commis; c'est pour elle et jiour la posséder qu'il a tué Edouard et Henri VI. Si elle persiste à le repousser, il se tuera lui-même, ou plutôt \oilà son épée : qu'elle la lui plonge elle-même dans le sein. Ce langage passionné ne persuade pas encore lady Anne; cependant elle est déjà moins violente;» Relève-loi, trompeur, dit-elle à Richard qui s'est agenouillé devant elle en lui présentant son épée; je désire ta mort, mais je ne veux pas être ton bourreau. î>

Combien une âme qui a été trop émue s'affaiblit aisément ! Richard, de degrés en degrés, conduit lady Anne à recevoir son anneau, et la voilà devenue la Cancée du meurtrier de son époux. Comment s'est fait ce changemcnl? lady Anne n'en sait rien. Les {)aroles du tentateur ont j^u à peu produit leur effet ; et maintenant ce tentateur s'applaudit de son œuvre et se moque de sa dupe : t Vit-on jamais, dit Richard en faisant lui-même les réflexions que ferait le spectateur, vit-on jamais courtiser une femme et triompher d'elle dans un pareil moment? Je l'épouserai; mais je ne prétends pas la garder longtemps. Eh quoi ! moi qui ai tué son éjjoux et son père, je la trouve exhalant contre moi le torrent de sa haine, linjure à la bouche et les larmes aux yeux ; près d'elle est le témoin sanglant qu'atteste sa vengeance; j'ai contre moi Dieu, ses pleurs, sa conscience; nul ami dont la voix me prêle son secours : je n'ai pour tout appui que le diable el ma mine hypocrite, et la voilà conquise! Oui, je gage le monde entier contre rien qu'elle est à moi..., moi boileux et contrefait! Mais que dis-je? je gage mon duché contre un denier, que j'ai jusqu'ici mal

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jugé ma personne. 11 faut, sur ma vie, qu'elle voie en moi ce que je n'y vois pas moi-même, cl qu'elle me trouve fort bel homme. Allons, je veux faire la dépense d'un miroir et avoir à ma suite deux ou trois douzaines de tailleurs, afin de parer ma personne dans le dernier goût. »

Quelle infernale ironie! Comme ce don Juan bossu, boiteux et contrefait, s'applaudit de sa perfidie ! Aussi inconstante que Cressida, lady Anne ne cède même pas à un séducteur amoureux : elle cède au plus détestable des trompeurs. D'où vient donc l'ascendant que Richard exerce sur elle? il loue sa beauté, il flatte sa vanité. Voilà avec quoi le meurtrier lui fait oublier qu'il a tué son époux et le père de son époux ; voilà avec quoi il lui fait accepter la main de celui qu'elle poursuivait tout à l'heure de ses malédictions. Elle a trop haï et trop maudit , ou plutôt elle a donné un trop libre essor à sa haine et à sa douleur; elle n'en a pas gardé au dedans d'elle-même ce qu'il fallait pour soutenir sa fidélité. C'est l'histoire de la matrone d'Éphèse, le plus ancien et le plus plaisant exemple de ces douleurs d'autant plus courtes qu'elles sont plus violentes. Celle-ci, dit La Fontaine dans son récit de la }talror,e cV Ephè&e,

Celle-ci faisait un vacarme.

Un bruit et des regrets à percer tous les cœurs;

Bien qu'on sache qu'en ces malheurs, De quelque désespoir qu'une àme soit atleinle, La douleur est toujours moins forte que la plainte.

La Fontaine, grand partisan du changement en

DANS SHAKKSPEARE. 281

amour, no voulait pas croire à la fidélité des veuves, et il doutait d'' la sincérité de leurs douleurs. Il avait tort : la douleur n'est pas en général moins forte que la plainte; mais elle s'évapore souvent avec la plainte. Telle est celle de la matrone d'Kphcse, sans (m'ellele sache, et c'est là ce qui trompe les personnes sensibles. Comme elles appartiennent tout entières à lemotion du moment, elles ne peuvent pas s'imaginer, se trouvant si affligées, qu'elles ne le seront pas longtemps. Elles suivent donc avec confiance l'inspiration de leur douleur, sans penser que le jour où cette douleur sera passée à force de s'exhaler, ce jour-là il y aura un contraste choquant entre ce qu'elles sentaient et ce qu'elles ne sentent plus. Voilà ce qui rend plaisante la matrone d'Éphèse. >'e se défiant pas de la durée de sa douleur, elle va s'enfermer dans la chambre souterraine où est le cercueil de son mari, se refusant toute nourriture et décidée à mourir.

Un jour se passe et deux sans autre nourriture Que ses profonds soupirs, que ses fréquents hélas !

Qu'un inutile et long murmure Contre le^ dieux, le sort et toute la nature

Non loin du tombeau où la dame s'était renfermée, un soldat veillait auprès d'une potence où un voleur était pendu. 11 avait pour consigne d'empêcher que le cadavre du voleur ne fût ei 'evé par ses compagnons : il fiillait qu'il restât en exemple. Le jeune soldat, voyant, la nuit, briller quelque clarté aux fentes du tombeau, fut curieux :

. . . . Il y court, entend de loin !a dame

Remplissant l'air de ses clameurs.

382 DE l'amol'r conjugal

Il entre, est étonné, demande à cette femme Pourquoi ces cris, pourquoi ces pleurs...

I.a matrone ne répond pas ; mais la suivante explique loul, ajoutant qu'elles avaient fait serment

De se laisser mourir de faim et de douleur.

Encor que le soldat fût mauvais orateur,

Il leur fit concevoir ce que c'est que la vie. ^

La dame, cette fois, eut de l'attention,

Et déjà l'autre passion ^

Se trouvait un peu ralentie.

Le temps avait agi. « Si la foi du serment, Poursuivit le soldat, vous défend l'aliment,

Voyez-moi manger seulement; Vous n'en mourrez pas moins

Avec cette liarangue et sa bonne mine, il obtient qu'on lui laisse apporter son souper dans le tombeau ; il soupe devant la dame et la suivante. L'exemple était tentant : il tenta la suivante.

« Madame, ce dit-elle, un penser m'est venu : Qu'importe à votre époux que vous cessiez de vivre? Croyez-vous que lui-même il fût homme à vous suivre. Si par votre trépas vous l'aviez prévenu ? Non, madame. Il voudrait achever sa carrière. La vôtre sera longue encor, si nous voulons. Se faut-il, à vingt ans, enfermer dans la bière? Nous aurons tout loisir d'habiter ces maisons ; On ne meurt que trop tôt. Qui nous presse ? attendons. Quant à moi, je voudrais ne mourir que ridée. Voulez-vous emporter vos appas chez les morts? Que vous servirait-il d'en être reganlée? Tantôt, en voyant les trésors

Dont le ciel prit p'aisir d'orner votre visage,

Je disais : hélas! c'est dommage; Nous-mêmes nous allons enterrer tout cela ! » A ce dircours flatteur, la dame s'éveilla. Le dieu qui fait aimer prit son temps : i! tira Deux traits de son carquois. De l'un il entama Le sîldal jusqu'au vif; l'autre efTleura la dame.

Voilà donc notre veuve écoutant la louange, Poison qui de lamour est le premier degré.

La voilà qui trouve à sou gré Celui qui le lui donne. li fait tant qu'elle mange ; Il fait tant que de plaire et se rend en elTet Plus digne d'être aimé que le mort le mieux fait ;

Il fait tant enfin qu'elle change.

Et, toujours par degrés, comme l'on peut penser, De l'un à l'autre il fait cette femme passer.

Je ne la trouve pas étrange :

Elle écoute un amant, elle en fait un mari, Le tout au nez du mort qu'elle avait tant chéri.

On sait le reste de l'histoire et comment, pendant que le soldat fait la cour à la dame, les compagnons du voleur pendu viennent dérober son corps à la potence. Pris en faute, le soldat va être puni, quand la suivante propose de mettre le corps du mari mort à la place du voleur pendu.

La dame y consentit. 0 volages femelles!

La femme est toujours femme. H en est qui sont belles,

Il en est qui ne le sont pas ;

S'il en était d'assez tiilèles,

Elles auraient assez d'appas.

Ainsi La Fontaine lui-même, qui n'est pas un doc-

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leur bien sévère, fait de la fidclilé la compagne la mieux venue de la beauté. Or, dans la fidélité, i! n'y a pas seulement un sentiment, il y a aussi l'idée d'un devoir. C'est par là qu'elle se soutient, et c'est par là aussi que l'amour conjugal l'emporte en force et en durée sur les autres amours. Le devoir s'y joint au sentiment. Porcia et Imogène n'ont pas moins de sensibilité et moins de tendresse que Cressida et lady Anne. Elles sont aussi passionnées pour le moins ; mais leur passion s'appuie sur le devoir : c'est par là qu'elles sont fortes. La passion des autres, au contraire, ne procède que du sentiment; le devoir, n'y entre pour rien. Aussi ces passions changent-elles aisément d'objet. Là où l'émotion fait loi, là où les scrupules de la conscience ne viennent pas en aide ou en obstacle aux mouvements du cœur, l'être moral disparaît trop souvent : il n'y a plus que l'être naturel, qui s'appelle l'homme ou la femme; nous sortons de l'histoire morale pour entrer dans l'histoire naturelle. Cressida, lady Anne, la. matrone d'Éphèse appartiennent à l'histoire naturelle de la femme; Porcia, Imogène et Hélène de Narbonne appartiennent à rhi?loire morale.

LXM.

Sl'lTE PF l'amour conjugal. — LA FEMME DÉLAISSÉE. DIDON ET MÉDÉE.

Les héroïnes de l'amour conjugal que je viens de citer n'ont eu à exercer leur vertu que contre des mallieurs venus du dehors : Pénélope, contre les longues absences que cause la guerre; Âlcesle, contre la maladie d'un époux qu'elle sauve par son dévouement; Panlhée, contre la mort de son mari qu'elle suit au tombeau ; Lucrèce, contre le crime de Scxtus, en attestant sa chasteté par sa mort. Il y a pour la femme un malheur plus grand que tous ces maux, une douleur plus amère et plus cuisante : c'est celle que causent l'infidélité et l'abandon d'un époux. La femme délaissée soufire dans ses droits d'épouse et dans sa vanité de femme; elle souffre surtout dans son amour. Les peines qui viennent du dehors, l'exil, la pauvreté, ne sont rien quand on les supporte à deux ; les vraies peines sont celles qui viennent du dedans, c'est-à-dire des affections trompées. Le mari trahi par sa femme, la femme abandonnée par son mari , la mère à qui manquent le respect et l'amour de ses enfants, le père qui a des fils ingrats, — voilà les blessures qui font saigner les âmes, voilà les malheurs qui excitent la pitié quand

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on s'en plaint, l'indulgence quand on s'en venge, l'admiration quand on les supporte avec fermeté et dignité. H y a, en elTet, pour la femme délaissée, ces trois manières de souffrir l'abandon d'un époux. Les unes s'en plaignent et en meurent, comme Didon; les autres s'en vengent, comme Médée ; quelques-unes le supportent, comme Grisélidis et comme Palombe.

Je veux comparer rapidement ces trois types de la femme délaissée et noter en passant les diverses expressions que les poêles ont données aux sentiments qu'inspire l'abandon.

J'ai souvent essayé de m'intéresser aux héros de V Enéide : je n'y ai jamais réussi. Le héros principal me choque surtout, et le moindre personnage de roman m'émeut plus qu'Énée. Virgile a beau me dire que les dieux le conduisent, pourquoi les dieux ne lui donnent-ils que des malheurs qui l'abaissent et des succès qui ne le relèvent pas ? Il survit à sa pairie détruite; il perd sa femme en chemin ; il séduit Didon pour être mieux reçu dans ses Étals, et l'abandonne quand il n'en a plus besoin; il aborde en Italie et épouse Lavinie qu'il n'aime pas, mais qui lui apporte en dot un empire : le pieux Énée veut faire un grand mariage. Voilà le héros de V Enéide. Loin de m'y intéresser, c'est à ses adversaires et à ses victimes que je m'intéresse, à Turnus, à Didon, à Creuse qu'il perd et qu'il oublie, à Lavinie qui prie les dieux et Turnus de la défendre contre lui. Didon surtout me touche. Elle aime Énée, parce qu'il est malheureux et exilé; la pitié la conduit à l'amour, et c'est à peine s'il y a besoin de l'entremise des dieux pour lui faire aimer le héros trojen. Vénus et l'A-

LA FEMME DÉLAISSÉF. 287

moiirla poussoiil vers Knéc; Jiinon, plus anibilicuso qu'avisée, veut qu'elle s'unisse à lui pour attirer à Cartilage les deslins qui mettaient à Rome l'empire du monde. Comment Didon résisterait-elle? Mais un amour ainsi imposé ou favorisé par les dieux méritait un autre amant.

Je sais bien que Didon, comme toutes les héroïnes de l'amour antique, comme Médéc, comme Ariane, aime la presnière sans savoir encore si elle est aimée. Pourtant Énée cède à cet amour, et c'est le partager que d'y céder; mais bientôt il allègue l'ordre des dieux, qui veulent qu'il aille fonder un empire en Italie', et il abamlonnc Didon. C'est alors que commence le désespoir de Didon ; c'est alors aussi que Virgile trouve, pour ex [.rimer cette passion désespérée, des accents admirables. Quel tableau que celui de Didon contemplant du haut de son palais les Troyens qui préparent leurs vaisseaux pour le départ ! Ainsi dune Énée la quitte I ni ses larmes, ni ses menaces n'ont pu le retenir ! Elle ne verra plus Énée, et, la dernière fois qu'elle l'a vu, quelle dureté dans ses dernières paroles!

Desine meque tuis ineendere teque querelis^. N'irritez plus vos maux et ma douleur profonde ^ :

Le vers de Delille est poli et presque affectueux ;

' At plus jEnoas, quaniquam lenire dolenlcm

Solando cu| il, et dictis avertere curas, Mulla geinens magnoque aoiinuni laLefactus amore, Juisa (amen Divùin exscquitur classcnique revisif.

{Enéide, IV, 39J.)

2 Enéide, IV, 3 6 0.

^ Delille.

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celui (ie Virgile est d'un sage froid et presque impertinent : a Cesse dcm'agiter et de t'agiter loi-même p;ir tes plaintes. » Ah! que la sagesse est facile aux àaies lasses d'aimer! En vain Didon a prié sa sœur d'aller demander à Énée quelques jours de répit :

Temp'js inane peto, requiem spatiumque furori'.

Éiiéo refuse cette dernière grâce; il pleure, mais il

reste infiexible :

Mens iii:;n.jîa manet; laurymae volvuntur inanes*.

Ces lanvics qui ne partent pas du cœur m'irritent contre Énée, au lieu de l'excuser. Le poëte n'a pas voulu lui laisser la dureté sauvage des héros d'Homère; mais il a adouci son langage plutôt que son âme, et il lui a donné la faculté, j'allais dire le talent, de pleurer sur les maux mêmes qu'il n'hésite pas à faire.

Didon n'a pas ces moyens de consolation que l'homme trouve toujours en lui-même ou près de lui : elle n'a pas un cœur plus capable d'ardents désirs que de longs regrets, un esprit fait pour agir et que le soin des affaires disirait aisément des soins de l'alfection, un empire à fonder comme Énée; Didon n'a pas ces ressources contre l'amour qui la possède et qui la désespère. Elle a pu, quand elle n'aimait pas, quand elle avait le cœur et l'esprit libres, fonder un empire et bâtir une ville :

Urbem prœclarain sîalui, m:;; niœnia viJi\

' Enéide, IV, 43 2, ^ Ibid., 44 8.

^ Ibid,, 6 5 4.

La femme a souvent le cœur cl l'cspi il aussi grands que riiomme ; elle esl seulement ^jIus capable d'aimer, et c'est par là qu'elle vaut mieux que l'homme et qu'en même temps elle peut moins. La supériorité des femmes qui savent ne pas aimer est elTrayante à considérer dans l'histoire et dans le monde. Didon aime ; elle n'est donc plus ni une fondatrice d'empire, ni une adversaire victorieuse de son frère Pygmalion ' : elle n'est plus qu'une amante désespérée. Si Énée lui avait accordé ce retard et ce répit qu'elle sollicitait par les prières de sa sœur, elle n'en aurait pas, quoi qu'elle dise, profilé pour s'habituer à son malheur ' : elle en aurait profilé pour aimer. Aussi maintenant, abandonnée par Énée, elle n'a plus qu'à mourir ^ Que faire, en eflel? Suivre Énée sur son vaisseau ? il ne la recevra pas. Parfois elle veut se venger, elle appelle son peuple aux armes : Ces Troyens sont des traîtres, Énée est un perfide! Elle voit alors, elle reconnaît tous les crimes dont les Grecs ont eu raison de punir Troie. Il fallait qu'elle s'en aperçût quand elle donnait à Enée son trône et son lil^ Pourquoi,

' Pœnas inimico à fiatre rccepi.

{Enéide, IV, 6 55.) ' Diim nica me victain doccat fortuna dolcre.

IJbid., 433.) ' Mortcm orat: lœJct cœli convcxa tucri.

(Ibid., 450.)

Itc!

Fcrte citi flamnias, date vcla, iinpcllile rcmos !

lufclix Dido ! Niinc te facta iiiipia langunt.

Tùm decuit, cùm sccptra daba;. En dextra fidesquc !

[Ibid., 593.)

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