‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 37 sur 63 · IV · texte numérisé non relu

IV

S26 DE l'amour, conjugal.

votre palais cnlièremonl dépouillée ; vous ne voudriez pas que ces flancs qui ont porté vos enfants fussent montrés à un peuple tout entier, quand je m'en retournerai. C'est pourquoi je vous prie de ne pas me renvoyer sans accoriler quelque voile à ma pudeur. Souvenez-vous, mon clier et bien-aimé seigneur, que j'ai été votre femme, quoique j'en fusse indigne; C'est pourquoi, en guerdondemon innocence de vierge que je vous ai apportée et que je ne remporte pas, accordez-moi, pour ma récompense seulement, une des chemises que vous m'aviez données, afin que j'en couvre les flancs de celle qui fut votre femme. Et ici je prends congé de vous, ô mon seul maître ! car je crains de vous ennuyer. »

Perrault est moins touchant ou moins naïf que Boccace et Chaucer. On sait qu'il craint toujours de ren-' dre saGrisélidis invraisemblable à force de patience. Il ne lui donne que la vertu que les femmes du dixseptième siècle peuvent comprendre, et encore craintil sans cesse de dépasser la mesure :

Vous êtes mon époux, mon seigneur et mon maître,

dit la pauvre Grisclilis au marquis de Saluées quand il la congédie.

Et, quelque affreux que soit ce que Je viens d'ouïr,

Je saurai vous faire connaître Que rien ne m'est si cher que de vous obéir.

La Grisélidis de Perrault ne demande pas à son mari de lui laisser au moins une chemise pour se couvrir. Ces traits un peu grossiers, quoique touchants.

de la lôgcnde populairp, sont rcm|»Iac6s par des traits plus délicals et qui ne louchent pas moins :

Dans sa chambre aussitôt seule elle se retire, Et b, se dépouillant de ses riches babil?,

Elle reirend, paisible et sans rien dire, Pendant que son cœur en soupire.

Ceux r]u'el!e avait en gardant ses brebis.

En ret hiindjle et simple équipage

Elle aborde le prirce et lui tient ce langage : Je ne puis m'éloigncr de vous

Sans le pardon d'avoir su vous déplaire ;

Je puis souffrir le poids de ma mi-cr'', Mais je ne puis, seigneur, souffrir votre courruux. Accord, z celte grâce à mon regret sincère, El je vivrai contente en mon triste séjour,

Sans que jamais le temps altère Ni mon humble respect ni mon fidèle amour.

C'e>t pou 4'a^oir répudié Grisélidis : le marquis lui annonce qu'il va prendre une autre femme, et, dans Borrace, il lui ordonne de revenir au palais alin de mettre tout en ordre pour recevoir cette nouvelle épouse : «Je vais, lui dit-il, amener ici ma nouvelle épouse, et je veux qu'elle y soit reçue honorablement. Or, tu sais, Grisélidis, que je n'ai point à la maison de dames qui sachent bien faire apprêter les appartements et préparer tout pour la fête que je veux doiHier à ma femme. Comme tu l'entends mieu.ï que personne à toutes ces choses, fais tout mettre en ordre; dis| o-e, ordonne, con;mande, comme si tu étais encore maîtresse ici. Après le mariage , tu pourras retourner chez toi. » Quoique chacune de ces paroles fût un coup de couteau dans !e cœur

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de Grisclidis, qui n'avait pu (juitter l'amour qu'elle avait pour son époux comme elle avait quitté sa grande fortune, elle répondit : « Monseigneur, je suis prête. » Alors elle fit nettoyer et orner le palais, mettant elle-même la main à l'ouvrage comme si elle était une servante de la maison. Quand tout fut prêt, elle invita, d'après l'ordre du marquis, toutes les dames , et. les reçut avec un visage riant. Elle avait ses habits de paysanne, l'àme et le langage d'une princesse. Le marquis avait fait revenir la lille de Grisélidis, qu'il lui avait enlevée autrefois, et qui, ayant maintenant douze ans, était déjà la plus belle personne du monde. C'était là, (lisait-il, sa nouvelle épouse, et, la montrant à Grisélidis pour achever l'épreuve qu'il faisait de sa patience : « Que penses-tu, lui dit-il, de ma nouvelle femme? — Monseigneur, répondit Grisélidis, j'en pense beaucoup de bien, et si, comme je le crois, elle est aussi sage qu'elle est belle, je suis persuadée que vous vivrez avec elle le plus heureux prince du monde; mais, je vous en prie, ne lui faites pas éprouver les soull'rances que vous avez fait éprouver à celle qui fut votre première femme : je ne pense pas qu'elle pourrait les supporter. Elle est jeune et élevée dans la délicatesse, tandis que celle qui fut votre première femme était, dès l'enfance, élevée à la fatigue et à la souffrance. »

Cette dernière preuve de douceur et de bonté acheva de toucher le marquis de Saluées qui, faisant asseoir Grisélidis, lui dit que celte belle demoiselle était sa fille, et que toutes les duretés qu'il avait eues contre elle n'étaient qu'une épreuve pour mieux

faire éclater sa vertu et sa patience. Grand trionijihe. chèrement acheté! Mais, dit Boccace, « le marquis eût mérite de ne pas réussir dans son épreuve, et de trouver une femme moins patiente et moins fidèle. » Je vois bien ce que le mari eût perdu, si le dénoûment de l'aventure eût changé; je ne vois pas ce que Grisélidis y eût gagné.

I.a répugnance inévitable que nous avons pour le persécuteur de Grisélidis a trouvé de quoi se satisfaire dans la Grisélidis allemande, drame qui a eu un grand succès en Allemagne, il y a près de vingt ans, et dont l'auteur est M. Munck Bellinghausen, neveu du prince de Metternich. L'auteur a transporté sa Grisélidis parmi les chevaliers de la Table-Ronde. L'un d'eux, le fier et sauvage Percival, a épousé Grisélidis, la fille d'un charbonnier. Il est heureux et fier de la beauté et de la vertu de sa femme; mais étant venu un jour à la cour du roi Artus, la reine Ginevra, que ' Percival avait aimée autrefois et qu'il avait quittée comme trop orgueilleuse et trop coquette, lui demande d'un air moqueur s'il est marié. — Oui. — Et à qui ? — A Grisélidis, la fille du charbonnier, répond Percival avec une franchise hautaine. Alors ce sont des sourires et des brocards de la part de toutes les dames et siirtout de la part de la reine. Percival, irrité de ces railleries, s'écrie que si la vertu réglait les rangs dans le monde, ce serait Grisélidis qui serait sur le trône et la reine à ses pieds. L'amant de Ginevra, Lancelol, prend sa défense; les deux chevaliers se défient et tirent l'épée. Artus arrive, et la reine, pour apaiser la querelle, déclare qu'elle consent à s'agenouiller devant Grisélidis, si

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celle-ci résiste à trois épreuves qu'elle propose et qui sont les mêmes que dans la nouvelle de Boccace. Pcrcival accepte celte gageure, dont Grisélidis doit être la victime. Il ôte à Grisélidis son enfant ; il la répudie; il va môme, non pas plus loin que le marquis de Saluées, car qu'y a-t-il pour une femme de plus pénible que de préparer elle-même le triomphe de sa rivale? n.-ais il demande à Grisélidis de sacrifier sa vie pour sauver la sienne, et Grisélidis le fait sans hésiter. Percival a l'âme déchirée en torturant par ces épreuves la pauvre Grisélidis ; mais son orgueil ne veut pas perdre h gageure qu'il a faite contre la reine : il veut que celle-ci s'agenouille devant Grisélidis, et il croit que ce moment de triomphe dédommagera sa fenime de toutes les souffrances qu'elle éprouve. 11 croit même que son honneur engagé excuse sa cruelle persévérance contre Grisélidis. Enfin la reine s'avoue vaincue ; Grisélidis a triomphé des épreuves qu'elle a subies. Elle ignorait jusque-là que c'étaient des épreuves; elle l'apprend enfin, et c'est alors que le poëte allemand invente un dénoùment tout nouveau, juste, touchant, profond même, qui doit satisfaire notre colère contre Percival , contre le mari qui s'est fait un jeu des souffrances de sa femme; et pourtant ce dénoùment, tout ingénieux qu'il est, ne me plaît pas autant que l'ancien.

Voyons rapidement quel est ce dénoùment, tout à fait conforme à l'imagination allemande , c'est-à dire raffiné, quoiqtie vrai.

La reine Ginevra et Artus annoncent à Grisélidis, amenée devant toute la cour, que les souf-

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frances qu'elle a eues n'étaient que des éprouves de sa vertu, proposées par la reine cl arcopléos | ar Percival. La sœur d'Arlus, la belle Oriane, lui explique tout avec une légèreté qui sent la femme du monde, ne paraissant pas même se douter ({ue ce qui était un jeu pour la cour était une alTreuse douleur pour Grisélidis. « Deux mots, dit Oriane, vont, belle Grisélidis, vous mettre au f.iit. Tout ce que vous avez vu depuis hier n'est que plaisanterie, raillerie ; c'est un tour plaisant que Percival , fou qu'il est parfois, vous a joué ; c'est une mascarade enfin, concertée à l'occasion d'une gageure, au prix de l'humiliation d'une belle reine. Il s'agissait de prouver que la fdle du charbonnier, élevée au rang de comtesse, était digne d'un tel sort, digne de s'allier au noble sang des Percival. »

Percival sort de la foule et s'approche de Grisélidis :

« Grisélidis, ma bien-aimée Grisélidis, tu m'en veux? Ah! [lardonne, pardonne, ma douce amie! effare de ta mémoire le souvenir du mal que je t'ai fait »

Grisélidis recule d'un pas, le regarde avec tendresse; puis, comme si elle sortait d'un rêve:

« Une mascarade? une plaisanterie'/ Parle, toi , Percival, que je l'entende de ta bouche. Dis-moi ce qui en e.^t. Gelait un défi ? c'était pour m'éprouver? c'était un jeu ?

Percival. — « Je te l'assure, et tout est fini. Ton enfant t'est rendu; tout ce que tu aimes est à toi. Pardonne-moi ; n'y songe plus : oubli et pardon !

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Grisélidis, fondant en larmes. — « Un jeu! un jeu! Et moi donc? Ah! ce jeu-là m'a coûté bien des larmes !

Percival. — «Tu pleures, Grisélidis! C'est que, vois-tu, on me raillait de ce que j'avais pris pour femme une pauvre fille née au fond des bois; on se moquait de ce que l'image divine de ta beauté n'était pas richement encadrée. Eh bien! j'ai opposé à leurs titres d'orgueil tes titres de vertu, ton noble cœur, ton âme d'ange. Pour leur prouver la supériorité, tu as subi des maux bien cruels; mais tu es sortie glorieuse du creuset de l'épreuve. La reine l'a reconnu ; elle doit s'humilier devant toi ; elle sera à tes pieds , et l'Angleterre la verra, et l'Angleterre et le monde retentiront de tes louanges, de ta gloire. N'est-ce pas que tu ne m'en veux plus? »

Pour accomplir ce triomphe qui, selon Percival, doit consoler Grisélidis de tout, la reine , en effet , s'agenouille devant elle.

Grisélidis. — « Ah, madame, madame, relevezvous! De grâce, relevez-vous ! Non, la reine ne doit poinf fléchir le genou devant la fille du charbonnier. Si la victoire est à moi , je refuse la palme que m'a value une illusion, une illusion bien amère... Oui, madame, toutes les angoisses, toutes les agonies que j'ai souffertes ont été moins déchirantes que le tourment que j'éprouve en ce moment... Jamais la joie n'entrera plus dans ce cœur et ne brillera plus dans ces yeux

{A Percival.) « 0 Percival, tu as joué mon bonheur, et tu l'as perdu. Ce tendre cœur n'a été

LA FE.MMK nKI.AISSKF.. 333

qu'un jouof entre tes mains, cl In l'as brisé

(.4 son père). «Ah! parlons, mon père!..- Je ne peux plus respirer sous ces voûtes....

Percival. — « Tout mon sang se glace dans mes veines. GriséliJis, chaque mot que lu me dis est un poignard dans mon sein. Oh! mais c'est impossible! C'est toi, à ton tour, qui veux me tromper

r.HisÉLiDis. — « Percival, regarde-moi. Mes yeux, quand ils se fixent sur l(>s tiens , sont remplis de larmes; mes lèvres, quand elles le parlent, sont tremblantes ; mais il faut que je te parle, car je dois mettre toute mon âme à découvert devant toi... Je ne vivais que par toi, Percival; mon âme était à foi; mais tu ne Tas pas comprise , tu Tas déchirée. Tu t'es fait un jeu de la fidélité, du dévouement de mon amour; lu ne m'as jamais aimée... Je ne puis plus vivre avec loi, Percival...

Percival. — « A quoi songes-tu? Non, tu ne ine quitteras pas, Grisélidis !

Grisélidis. — « Quoique née sous le chaume, je ne devais pias servir de jouet au caprice, d'enjeu au hasard, être perdue ou gagnée sur un coup de dé. Tu ne m'as pas aimée, Percival; et, dans cette conviction, si je pouvais aujourd'hui consentir à conserver le tilre de ton épouse, je serais indigne de l'avoir jamais porté

Percival. — « Non, Grisélidis, tu ne m'abandonneras pas! Tu es à moi; aucune puissance ne t'arrachera de mes bras ; pei^onno au monde ne pourra te dégager du serment de fidélité que lu m'as juré.

Grisélidis. — « Toi-même lu m'en as dégagée ;

334 DE l'amour conjlgal.

c'est toi qui as brisé les chaînes de Tamoiir. 11 faut

nous séparer...

Percival. — « Grisélidis, Grisélidis! Tu resteras, je le veux, je l'ordonne !

Artus. — « Arrêtez, seigneur Percival. Dès ce moment, je prends Grisélidis sous ma protection. Vous avez vous-même renoncé à vos droits. Qu'elle reprenne donc, puisqu'elle le veut, le chemin de sa cabane... Ta maison sera déserte, Percival; le bonheur vient d'en sortir... Reste solitaire dans ton supeibe château; suffis-toi à toi-même, et tâche de retrouver la paix, si tu le peux. »

Ce dénoùment est neuf et touchant, juste surtout, car enfin Percival est puni des cruelles épreuves qu'il a fait subir à Grisélidis. J'ajoute même, pour ne rien ôler au mérite de ce dénoùment, qu'il est naturel. Tant que Grisélidis a cru que les épreuves qu'elle endurait étaient réelles, elle a tout supporté : elle prenait sa force dans l'amour et dans le respect qu'elle avait pour son mari. Mais quand elle apprend que ses souffrances n'étaient qu'une expérience et une gageure, alors il se fait dans son âme une révolution toute naturelle. Percival ne l'aimait donc pas, s'il se faisait un jeu de la torturer? Tout doit être sincère entre le mari et la femme. Si les n ailleurs de Grisélitlis sont en même temps les malheurs de Percival, tout est ^facile à supporter; mais, si ce qui est la douleur de 1 un est le jeu de l'autre, si l'un badine où l'autre soufi're, il n'y a plus de confiance et d'affection possibles. Grisélidis peut tout souiïrir, elle l'a prouvé; mais elle ne peut pas supporter d'être tronifîée. Ce malheur-là surpasse sa pal/ence et détruit son dévouement.

Le dénonmcnt de la Grisélidis allemande est donc vrai, cl la révolution morale que l'auleiir a observée cl représenléc dans ?on héroïne csl nalurelle. 11 y a là une élude i>iîychologique furlL' ol ingénieuse. D'où vicnl néannnoinsque ce dénoûmenl, lout nouveau et toul vrai qu'il est, ne me plaîl pas autant que celui de Boccac-' et de Perrault? Je n'en sais qu'une raison, qui n'est pas bien bonne : ce dénoiimenl nous afflige. Après avoir wx tanl soufTiir Grisélidis, nous avons besoin de la voir heureuse, et elle ne l'est pa>, si die refuse le bonheur et la grandeur que lui rend son époux. Perrault dit plaisamment, à la fin de son conte :

Des peuples réjouis la coinplui.-ance est telle

Pour leur prince capricieux.

Qu'ils vont jusqu'à louer son épreuve cruelle.

Il y a un peu de raillerie dans cette réflexion. Ce^iendanl la joie du peuple, qui s'applaudit de voir Griséhdis triompher de ses épreuves, est plus près de la vérité que le dénoùment juste, mais triste, du drame allemand. La Grisélidis allemande satisfait, par sa rnplure avec Percival, à la sévérité que nous avons contre lui; elle ne satisfait pas à la compassion que nous avons pour elle, et à la joie que nous aurions de la voir heureuse et triomphante. Ce besoin de voir la vertu récompensée est un sentiment vulgaire, mais honnête, lout-puissant au théâtre et* dans les romans, et qu'il ne faut pas heurter saîi» nécessité.

Grisélidis est le plus beau type de la palience et de la fidélilé conjugales; mais ce type abonde dans la lit-

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léiature du moyen âge et des temps modernes. Chose singulière, jamais la femme n'a été plus censurée et plus moquée que dans la littérature du moyen âge, et jamais non plus elle n'a été plus louée et plus glorifiée. Cette grande pai t qu'elle a en bien et en mal témoigne du rang nouveau de la femme dans la société ; elle témoigne surtout de son indépendance. Ce qui honore Grisélidis, c'est que sa soumission est volontaire et dévouée. 11 y a eu dans l'antiquité, il y a en Amérique des femmes qui ne sont pas mieux traitées que Grisélidis, qu'on prend et qu'on quitte, à qui on arrache leurs enfants: mais ce sont des esclaves, à qui la loi refuse le droit d'avoir une volonté. Dans Grisélidis, la femme a changé l'esclavage en obéissance; c'est là son mérite, et la littérature du moyen âge ou la littérature moderne a souvent représenté ce mérite dans la femme, soit qu'elle l'y trouvât par expérience, soit qu'elle l'admirât par rareté.

J'ai rencontré un de ces types de la douceur et de la patience conjugales dans un vieux romancier du dix-septième siècle, qui mériterait d'être moins oublié qu'il ne l'est, d'abord parce que ce romancier est un évêque, ensuite parce qu'il écrivait ses romans dans une pensée d'édification et pour combattre le mauvais effet des romans profanes, enfin parce que ses romans sont souvent intéressants. Je veux parler de Camus ', évêque do Belley, et de son roman de Palombe ou la Femme honorable.

Camus a beaucoup écrit : il a fait cent quatre-vingt-

• Ne en lSSî,niortcn iGSî.

six ouvrages, dont quelques-uns ont huit ou dix volumes. Outre cela, c'était un prédicateur éloquent et piquant, qui usait hardiment de la liberté évangclique. C'est lui qui disait un jour, avant une quête qu'on faisait pour une jeune fille qui voulait entrer au couvent : « Mes frères, j'implore votre charité pour une fille qui n'est pas assez riche pour faire vœu de pauvreté. > Il y a de Camus beaucoup de mots aussi piquants que celui-là, et de plus hardis encore. 11 attaquait sans cesse les moines, qu'il regardait comme de mauvais directeurs et auxquels il préférait de beaucoup les prêtres séculiers. Un jour, le cardinal de Richelieu, causant avec lui, le priait de laisser enfin les moines en paix : « Je ne trouve d'autre défaut en vous que cet acharnement que vous avez contre eux; sans cela, je vous canoniserais. — Plût à Dieu, répondit aussitôt M. de Belley, que cela pût arriver! Nous aurions l'un et l'autre ce que nous souhaitojis : vous seriez pape, et je serais saint. »

Prédicateur ardent et accrédité, causeur spirituel et vif s'il en fut jamais, écrivain actif et fécond, beaucoup lu, car plusieurs de sesouvTagesonteuun grand nombre d'éditions, comment donc Camus estil si peu connu que, lorsque, pour la première fois, je parlai de sa Palombe, je fus forcé d'apprendre aux auditeurs de mon cours ce qu'était Camus et quand il vivait ï Les citations que je fis de la Palombe commencèrent à le faire connaître et même à le faire goûter aux esprits curieux'.

' Camas a ea depuis nne bonne fortune : M. H. Rigault, mon bien regrettable ami, a publié Palombe, et y a joint une préface fort spirituelle sur la vie et let ouvrages de révéque de Bulley.

338 DE L AJIOUR CONJl GAL.

Fiilgent était d'une grande maison de Tarragonc. C'était un des plus brillants cavaliers de l'Espagne, beau, riche, aimable, mais malheureusement fort volage en amour. Son frère Siridon aimait une jeune demoiselle de bonne maison, nommée Palombe ; il eut l'imprudence de la faire voir à Fulgent, qui, s'éprenanl tout à coup de celle beauté nouvelle, résolut de l'épouser. Comme il était le chef de la famille et le maître de tous les biens à titre d'aîné, il fil faire à son frère un voyage à Madrid,. et, pendant ce voyage, il épousa Palombe.

Quand Siridon, à son retour, apprend ce mariage, il est désespéré et mandit cent fois le droit d'aînesse qui, donnant tout à Fulgent, a fait que la famille de Palombe n'a pas hésité à le préférer. Ces plaintes contre le droit d'aînesse, exprimées avec une grande vivacité par l'auteur, sont curieuses à entendre. Elles sont une date et un témoignage dans l'histoire des origines de nos institutions nouvelles. « Encore, disait Siridon, si c'était la puissance f>aternelle qui me traitât de la sorte, il y aurait plus d'apparence de ronger son frein en silence, sans murmurer contre ceux par lesquels le ciel nous a donné Tètre. Mais que dois-je à mon frère? Ne suis-jie f as afutant, et de même sang, et de même nature, et de pareille maison que lui? Pour avoir plus d'âge, en est-il plus noble? Cruelle loi qui fait gémir, sous leb injustes rigueurs d'un aîné, des cadets innocents, les rendant victimes de la pauvreté pour être venus les derniers au monde. »

Les philosophes et les législateurs du dix-huitième siècle, qui ont attaqué et détruit le droit d-aînesse,

n'ont pas (lit plus 1 1 autre chose que l'évéque du dixseplième siccli\

Il y avait à peine quelques jours que Fulgent avait épousé Palombe, quand il vit Glapliite, une cousine de Palombe; elle lui sembla belle, tt bientôt même plus belle que sa femme. « La lenlation, dit admirablement l'évêque de Belley, est en sa naissance une fourmi qui chatouille, et en sa fin, c'est un lion qui dévore. i> C'est ce qui arriva à Fulgent. 11 ne résista pas aux premiers chatouillements de la passion ; son caractère volage s'y prêtait au lieu de l'en défen-dre, et bientôt il ne fut plus occupé que de ses nouvelles amours. Un de ses amis, Clcobule, qui voyait avec peine l'infidélité de Fulgent, essaya de l'en détourner par ses conseils : « Pourquoi n'aimez- vous plus Palombe? lui disait-il; » et il lui retraçait la beauté et la vertu de sa femme. « Mon cher ami, répondait Fulgent, Palombe a un défaut insupportable et qui ne se peut corriger. — Eh! lequel? — Elle est ma femme. Or, quel déplaisir est-ce à un cœur généreux de se voir attaché, mais, qui pis est, de liens indissolubles? Ma femme est extrêmement vertueuse ; elle m'aime éperdument ; elle a un grand soin de moi et de ma maison ; quoiqu'en im âge fort tendre, elle a déjà un esprit fort mùr; elle est riche, noble, belle, désirable, douce, chaste; mais, après tout, c'est ma femme. Je l'aime comme le devoir m'y oblige; mais y a-t-il rien qui se fasse plus mal par devoir que l'amour? »

Chose curieuse, cet évêquc du dix-septième siècle procède avec ses personnages comme les écrivains du dix-huitième siècle et du dix-neuvième : il érige

340 DE l'amouk conjugal.

volontiers en principes les sentimenis de ses personnages, et il conclut sans cesse du particulier au général. Siridon, frère cadet de Fulgenl, a à se plaindre de son aîné : il fait un plaidoyer contre le droit d'aînesse. Fulgenl n'aime plus sa femme : il argumente contre le mariage. Je ne veux pas dire que le bon évêque de Belley approuve les arguments de Fulgent contre le mariage, comme il semble avoir approuvé les arguments de Siridon contre le droit d'aînesse. Il peint le volage et ne l'estime pas. Son héroïne est Palonibe, la femme délaissée et résignée. C'est elle qu'il veut que nous aimions, et non point Fulgent ; mais il érige son inconstant en docteur d'inconstance, imitant en cela l'Hylas du roman de YAstrée, qu'il admirait beaucoup. Il met même dans la bouche de Fulgent et de Cléobule des stances pour et contre le mariage, comme pour résumer la discussion :

De tous les déplaisirs dont nous sommes pressés, dit Fulgent,

De tout ce que les cieux ardemment courroucés Peuvent darder sur nous de tonnerre et d'orage, D'angoisseuses langueurs, de dure infirmité, De soucis, de travaux, de faim, de pauvreté. Rien n'approche en rigueur la loi de mariage.

CLÉOBIXE.

De tous les dons du ciel qui sur nous sont versés, De tout ce que nos yeux doucement caressés Peuvent considérir de grâce et d'avantage. De saintes voluptés, de riche utilité,

LA FEMMR DÉLAISSÉE. S'il

De joie, et de plaisir, et de félicité.

Rien n'apiirorhe en douceur la loi de mariage.

Malgré Cléobiile et ses lionr.('tcs raisonnemenls, la pauvre Palombe est délaissée, et Fulgent , pour être plus libre en ses noiivelbs amours, finit par reléguer sa femme dans une terie, à quelque distance de Tarragone. Palombe, qui a pour son mari la plus vive arfeclion,est désolée de cet abandon et surtout de sa cause; mais elle se soumet avec résignation à la volonté de son mari, continuant à l'aimer malgré ses injustices, comme fait Grisélidis. Elle lui écrivait sans cesse et de la manière la plus touchante. Fulgent ne lisait pas ses lettres; un jour même, ennuyé de cette correspondance dont la vue seule rimporlunait , il en fit un paquet , voulant les renvoyer à Palombe et l'avertir ainsi de ne plus lui écrire. Pendant qu'il faisait ce paquet, une des lettres s'échappa, s'ouvrit, et Fulgent l'ayant ramassée, ses yeux tombèrent machinalement sur ces mots : a Si vous recevez mes lettres, je ne puis croire que vous les lisiez : vous évitez la vue des lignes que je trace. Hélas! où est votre courage'/ Une lettre vous fait peur ; vous redoutez les plaintes d'une âme qui vous adore. » Ces paroles le frappèrent; il s'arrêta, et, prenant çà et là quelques lettres, il se mit à les lire, a Vous m'accusez de jalousie, Fulgent, disait une des lettres; vous avez tort... Je puis mourir de douleur de voir que mon mari transporte ses affections vers une autre femme,- mais je n"ai point été jalouse, je l'espère du moins... Bien que je susse que Glaphire vous dérobait le cœur qui

342 DE l'amour CONJL'CAL.

m'élait dû, lui ai-jc jamais montré mauvais visage ou dit aucune fâcheuse parole? Que n'eût fait, que n'eût dit une moins modérée'/ Mais je considérais que j'eusse été déraisonnable de m'irriter contre elle à cause de voire faute, puisqu aussi bien je n'avais aucune indignation contre vous. Comment eusse je pu hnïr son innocence , puisque je n'avais aucune aversion de vous qui m'offensiez?... Et voyez jusqu'où allait l'indulgence de mon amour : je cherchais en ses beautés des excuses pour votre faute. Tant s'en faut que je la haïsse comme rivale, qu'au contraire je la chéri^s^ais comme aimée de celui que j'aime plus que moi-même; et pour cela je l'appelais ma sœur d'alliance. Et je vous proteste que, si nous étions dans la liberté des lois anciennes, il ne tiendrait pas à moi qu'elle ne fût votre Rachel, et moi la pauvre Eia, qui ne réclamerait pas centre son soit. »

A mesure que Fulgént lisait les h^tlres de Palombe si longtemps dédaignées, il se sentait touché de ces plaintes modestes et de celte résignation pleine d'amour. Il prit enfin la lettre qu'il avait reçue le matin même; elle était ainsi conçue: « Fiilgent, lirez au moins cette lettre, je vous en conjuie, et je vous promets que vous ne le regretterez point. Je suis résolue de me jeter dans un cloître pour vous laisser la liberté de vos désirs. J'y veux écouler le reste de mes jours entre celles qui sont mortes au siècle et cionl la vie est ensevelie et cachée en Dieu. Hélas! si je pleure en vous écrivant cette lésolution , ce n'est pas tant pour le regret de quitter le monde, que je n'aimai jiunais, que pour la poilc de votre amitié, qui était

LA FKMME [lÉLAISSÉE. 343

loiit mon bien cl loiite la consolation qne j'avais sur la terro. Si ma ivtrailc peut servir à légitimer vos nouvelles alTeclions, eroyoz-le bien, Fulgcut, je désire tant votre contenlemcnt, qu'en apprenant que vous Mes heureux désormais je me trouverai moins niallieunuse. Étant persuadée que je ne puis rien faire qui vous soit plus agréable que ce sacrifice que je vais faire de moi-même au pied de l'autel, je m'y destine de très-bon cœur; mais vous sav( z que cela ne peut se faire que sous votre aveu. Je doute si peu de votre permission, que j'en tiendrais la demande pour inutile, n'était que je ne puis, selon les lois divines et humaines, prétendre à cette sainte condition sans en avoir votre congé et par écrit. Cher Fulgent, c'est ce que je requiers de vous, à genoux et les mains jointes. Ne me refusez pas celte giàce, puisque c'est la dernière que j'attends de vous; et là, cachée -au monde et exposée seulement devant Dieu pour lui présenter mes gcmissemenls et mes larmes, je me promets d'avoir un continuel souvenir de votre salut, afin que la divine miséricorde vous soit [Topice et favorable : car, pour être toute à Dieu, je n'en s» rai pas moins à vous. C'est le désir extrême que j'ai de vous délivrer du joug qui vous pèse et de vous donner le repos que je cherche pour moi qui m'a fait prendre cette résolution. Si elle est à votre gré, comme je m'en tiens pour certaine, faites-le moi signifier en la façon qu'd vous plaira, et me donnez par pitié l'aumône de ce qui sera besoin pour me piocurer cette sainte n traite, étant assuré, comme vous pouvez relie, que mène la mort me sera douce, venant

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de votre main ; que votre volonté, quelle qu'elle soit, me servira de règle et sera, tant que je le pourrai, toujours promptement et fidèlement exécutée. »

Cette lettre acheva de vaincre Fulgent, et, montant aussitôt à cheval, il courut à la maison de campagne où Palombe était reléguée. Quand celle-ci le vit arriver, sa joie tut combattue par la crainte qu'il ne vînt la voir pour la dernière fois. Fulgent l'embrassant lui dit : « Votre amour m'a vaincu, chère Palombe, et je veux employer ma vie à vous aimer et à réparer mes injustices. » Alors elle pensa mourir de joie; mais Dieu la soutint dans son bonheur, comme il l'avait soutenue dans son malheur, et, s'inclinant devant son mari qui la tenait pressée sur son sein, elle lui témoigna humblement combien elle lui était reconnaissante de son retour. Ces remercîments, au lieu des reproches qu'il eût pu attendre , touchèrent Fulgent jusqu'aux larmes : « C'est à moi, dit-il, de vous remercier et de remercier Dieu de m'avoir fait enfin connaître le trésor qu'il m'a donné en vous. »

« On peut, dit Camus en finissant son liistoire , tirer plusieurs beaux enseignements des divers événements représentés en cette narration ; mais celuici brille sur tous les autres, que les femmes vertueuses et honorables, par la douceur et la patience, ramènent enfin à la raison les maris les plus dissolus. » Morale excellente; mais surtout belle et touchante création que celle de Palombe et qui a, selon moi, le mérite de toucher de plus près aux mœurs et aux aventures de la vie moderne que la Grisélidis du moyen âge et de la Tabic-Ronde. Les épreuves

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de Grisélidis sentent le conte cl la fiction, et le marquis du Saluées, qui la prend dans une cabane et l'y renvoie pour l'éprouver, ressemble aux tyrans ou aux ogres des contes de fées. Palombe et Fulgent, au contraire, sont du monde que nous connaissons. Les caprices de l'un, c'est-à-dire son infidélité, les épreuves de l'autre, c'est-à-dire son abandon, ne dépassent pas la proportion des malheurs ordinaires. Que de maris légers ! Que de femmes délaissées ! Mais l'âme à la fois tendre et élevée de Palombe, son amour que rien ne rebute, sa patience que rien ne lasse, ce dévouement qui devient plus grand par la souffrance, tout cela donne au roman de l'évêque de Belley une originalité remarquable. Aux grandes qualités de Palombe ajoutez surtout ce don qu'elle a, ou plutôt qu'a le bon évoque, de savoir trouver et exprimer les sentiments les plus tendres et les plus louchants. Elle n'est pas seulement douce, patiente, résignée : elle donne à ces vertus un accent pénétrant, qui touche le cœur de Fulgent et fait plus encore en touchant le cœur du public, qui n'aime pas en général les plaintes de la vertu. Grisélidis agit; Palombe «gil et parle , elle a l'action et le discours.

Je veux bien que quelque histoire du temps ait donné à Camus le sujet de son roman ; mais, s'il a trouvé l'action dans le monde, il a trouvé le discours dans son cœur et dans son esprit. Quelle profondeur et quelle délicatesse de sentiments il donne à sa Palombe ! Quelle science de Tàme humaine, désolée par le plus amer des chagrins et soutenue par une grande et pure aniction ! Quelle connaissance du cœur de la femme, si tendre et si aimant que parfois

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l'amour y étouffe même la jalousie, et si violent aussi parfois que la jalousie y étouffe l'amour et tous les ' autres senliments, comme dans Médée! Où donc l'évêque de Belley avait-il pris celte intelligence des passions ? Au confessionnal, là où les passions humaines viennent montrer leurs plaies et en chercher la guérison. Le prêtre n'est pas chargé seulement de condamner les passions par l'application de la loi de Dieu ; il est chargé de les guérir. 11 n'est pas juge seulement; il est médecin. Il faut donc qu'il étudie le cœur de l'homme, qu'il l'observe, qu'il le traite 'et le manie avec habileté; il faut enfin qu'il connaisse les maladies de l'âme pour les soulager. De là cette science du cœur humain qu'ont en général les prêtres, et surtout les prêtres catholiques, à qui le confessionnal sert d'étude et de clinique. Cette intelligence ne pouvait manquer à Camus, qui, élève et ami de saint François de Sales, était de l'école qui professait que, pour guérir les maux de l'humanité, il fallait y compatir. Celte école indulgente et affectueuse pouvait amener le relâchemenl; elle s'acheminait vers la dévotion aisée : c'était son écueil. Mais, tant qu'elle resta indulgente sans devenir complaisante, c'était la vraie direction chrétienne. Elle attirait les âmes, et elle ne les attirait que parce qu'elle les connaissait, parce qu'elle savait quels sentiments infinis et divers contient le cœur de l'homme. Aussi, quand, avec cette science des passions humaines, les docteurs de cetle école montaient dans la chaire Chrétienne, ou que même ils consentaient à écrire des romans, le grand moraliste devenait aisément, comme Ca«

mus, un pr/'clicatciir éloquent ou un romancier ingénieux cl louchant ^

' En lisaot les ailiniraLles K-Ures de Palombe à Folgi'n», j» me sait bien souvent rappelé les li-ttres de madame la duchesse do l'ra^lin à son niari. Elles' sont aussi b'iles et aussi tonchantes que celles de Paloml>«, avec un degré de résignation de moins, qui Ws rend plus réelles. Dan* ces lettres l'histoire égale le roraao. Cent fuis j'ai été sur le poiut d* t<iire la com|<araison : je me suis arrêté, parce qu'il est de trist£l et d'affreui souvenirs qu'il faut écarter.

SUITE DE l'amour CONJUGAL. — LE DÉVOUEMENT DANS LE MARIAGE. — LADY RUSSEL , HYPERMNESTRE. — L'nYPERMNESTRE DE LEMIERRE. — LA THARÈS DE DUCHÉ. — LA PAULINE DE TRISTAN. — L'OCTAVIE DE MAIRET.

J'ai dit que, dans la Porcia de Shakespeare, il y avait beaucoup de l'épouse chrétienne, beaucoup même de la femme anglaise. Le beau récit que M. Guizot a fait' de la vie de lady Russel, femme de rilluslre décapité do 1683, montre quelle est la dignité, quel est le charme de cet amour conjugal qui sait ses droits, ses devoirs, et supporte avec une tendre patience les épreuves de la vie humaine et la plus douloureuse, celle qui vient du malheur et de la mort d'un mari adoré. Lady Russel est la véritable Porcia de Shakespeare, forte et tendre dans les périls de son époux, le soutenant jusqu'à la mort, et le pleurant le reste de sa vie.

M. Guizot n'a pas seulement voulu nous montrer le courage de lady Russel pendant le procès de son mari et après son échafaud; il n'a pas seulement voulu nous montrer la veuve inconsolable et .ferme, mais aussi, avant ce temps d'épreuve, la femme heivreuse , jouissant avec une joie re-

' L'Amour dans le mariage, étude historique.

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