‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 48 sur 63 · IV · texte numérisé non relu

IV

386 DE l'AMOI R CONJUGAL.

chant de VÉnéide, fait voir à Énée les tâmc-s encore unies et encore sœurs de César et de l'ompce :

Concordes animœ nunc et dùm nocte premuntur.

Mais, si elles viennent jamais à la lumière,

quantas acies stragemque ciebunt !

ff Jeunes âmes, s'écrie le poëte, gardez de vous préparer à ces terribles guerres! gardez de tourner contre Home la puissance de Rome ! Et toi surtout, dit Énée, toi qui es mon sang et le descendant des dieux, jette, mon fils, jette les armes qui ensanglanteront la main '. »

A mesure que Corneille s'avance dans la tragédie et qu'il se sépare de Lucain, comme son génie le mène naturellement au grand et au bon, il retrouve César et lui rend son véritable caractère. César voit l'affranchi Philippe portant à Cornélie l'urne qui contient les cendres de Pompée; il prend celte urne entre ses mains :

• Restes d'un demi-dieu dont à peine je puis Égaler le grand nom, tout vainqueur que j'en guis. De vos traîtres, dit-il, voyez punir les crimes' ;

' Ne, pneri, ne tanla animis assuescite fcella l

Nen patiiae validas in viscera vertite vires ! Tuqiie prior, tu parce, genus qui ducis Olympo ; Prnjiie tela manu, sanguis meus !

{Enéide, \I, 8 3î.) ' César >icDt de faire mettre à mort l'Iiotin, uo des conseillers da meurtre de Poiiipce.

LA ViaVE. 3S7

Attendant des autels, recevez ces victimes. Bien d'autres vont les suivre.

{S' adressant à l'hilippe.)

Et toi, cours au palais Porter à sa moitié ce don que je lui fais ; Porte i\ SCS déplaisirs cette faible allégeance, Et d;s-lui que je cours achever sa vengeance. « Ce grand homme, à ces mots, me quitte en soupirant Et baise avec respect ce vase qu'il me rend '

Tous les hommages que César rend à la mémoire de Pompée retournent à Cornclie et nous la rendent plus respectable. La veuve, en eflct, ne peut se glorifier que de la mémoire de son mari; elle n'est grande et auguste que par la grandeur de celui qu'elle a perdu. Cejiendant Cornélie, outre son veuvage, a, dans la pensée de Corneille, quelque chose de plus qui lui attire nos respects : c'est une dame romaine.

Et qu'on l'honore ici,

dit César,

mais en dame romaine, C'est-à-dire un peu plus qu'on n'iiunore la reine.

Corneille, qui a peint les Romains si grands, s'est fait aussi une idée magnifique de la dame romaine, de la sévérité de ses mœurs, de la dignité de sa contenance, de ce qu'il y a de chaste et de grave dans ses aiïections. Voilà sous quels traits il a aimé à

' Acte Y, scène I.

3S8 DE l'amour conjugal.

peindre Cornélie, en les rehaussant encore de la majesté du veuvage. Dès que Cornélie paraît sur la scène, tout prend un caractère particulier de grandeur. Tout à l'heure encore, nous assistions à l'odieuse délihéralion des ministres de Ptolémée, et il fallait toute la gloire du nom de Pompée pour résister à la honte de sa mort, débattue entre de pareils hommes; ou bien nous écoutions les querelles de Cléopâtre et de Ptolémée, leurs picotcries haineuses; nous voyions même César soupirant pour Cléopâtre et changé en Amadis :

Antoine, avez- vous vu cette reine adorable?

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