ANTOINE
Oui, seigneur, je l'ai vue : elle est incomparable.
Avec Cornélie, tout change : César cesse d'être un dameret amoureux et redevient un grand homme ; plus rien des misères ou des' horreurs de cette cour d'Egypte; partout de graves et pieuses émotions et des sentiments généreux. Cornélie veut venger la défaite de Pharsale, mais noblement, par la guerre et non point par l'assassinat. Elle a appris qu'on conspire contre Cé^^ar; elle vient l'avertir :
César, prends garde à toi!
Ta mort est résolue, on la jure, on l'apprête; A celle de Pompée on veut joindre ta tète...
Sans doute, dans Cornélie, comme je l'ai déjà dit, il y a plus de Théroïne que de la veuve; mais il faut reconnaître aussi qu'héritière d'une grande cause, elle a d'autres devoirs à remplir que ceux d'une veuve
ordinaire. Voyez, quand die lient onirn soi^ mains l'urne qui rciifcrme les cendres de Pompée :
0 vous, à ma douleur objet terrible cl tendre, Éternel entretien de liaine et de pillé, Restes du grand Pompée, écoutez sa moitié! N'attendez point de moi de regrets ni de iai nies : Un grand tœur à ses maux applique d'autres charmes. Les faibles déplaisirs s'amusent à parler, Et quiconque se plaint cherche à se consoler. Moi, je jure des dieux la puissance suprême. Et, pour dire encor plus, je jure par vous-même, Car vous i;ouvez bien plus sur ce cœur allligé. Que le respect des dieux qui l'ont mal protégé ;
Je jure donc par vous
De n'éteindre jamais l'ardeur de le venger i.
Voilà Cornéiie, voilà la veuve telle que Corneille a voulu la représenter. Sa douleur s'unità ses passionsde parti. Pompée ne lui a pas laiiïséunc mémoire à pleurer, mais un drapeau à soutenir. C'est par là que sou amour conjugal s'elïace, pour ainsi dire, dans les oLligations mêmes qu'il lui impose. Les devoirs de la famille, le soin des enfants, le souci des affaires semblent parfois , même dans la condition privée, distraire involontairement la douleurde la veuve. Qu'estce donc pour Cornéiie , mêlée aux passions de la guerre civile? Ovide, dans ses Tristes, après avoir d'abord remercié sa femme d'avoir sauvé ki fortune de sos enfants et empêché, par la protection de Livie , que la confiscation des biens fût ajoutée à l'exil, ce qui était l'usage des temps de
' Aclf V, scène I.
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proscription; Ovide, plus lard, sembla se plaindre que sa femme fût plus occu|)ée des affaires de la famille qu'affligée du malheur de son mari, el qu'elle elît plus de fermeté et d'intelligence que de tendresse et de dcYoueinenl. Élait-ce qu'Ovide était injuste comme le sont volontiers les mallieureus? Élait-ce que sa femme donnait [)lus à ses obligations de mère de famille et d'habile ménagère , qu'à ses chagrins d'épouse et de presque veuvcy « Oui, lui écrit Ovide, oui, je quitterais mon exil, car ma faute n'est pas de celles qui ont répandu le sang, si tu avais de moi le souci que lu devrais en avoir... Sans doute tu peux paraître malheureuse de l'exil de Ion mari, et cependant il y a des femmes qui voudraient, même à ce prix, être ce que tu es, c'est-à-dire la femme d'Ovide'. » En commençant ce chapitre, j'ai reproché à Cornélie son héroïsme comme faisant une trop grande distraction à sa douleur conjugale. C'est par là, au contraire, qu'elle plaît à Saint-Évremond : « De toutes les veuves, dit il, qui ont jamais paru sur le théâtre, je n'aime voir que la , seule Cornélie, parce qu'au lieu de me faire imaginer des enfants gins père et une femme sans époux, ses sentiments tout romains rappellent dans mon esprit TiJée de l'ancienne Rome et du grand Pom|iée \ n Sainl-
• Hioc ego tiajicerer, noqoe enim mca culp;! criienla est,
Esscl, (|uae debcl, si t.L: cura nici.
Quumque viri casu possis niiscranda vi;leri,