I:i\enics alignas quœ, quoi! es, osse velint
(Liv. V (les Trittes, é\vg\es ii et xiv.) Saiiil-Ésreniiin^l, D'.ssertalion sur l'ALxandre de Racine.
LA VELVE. 391
Évremond, an surplus, exclut sans hôsilcr du lliéà- Ire les scnlimonls cl les aneclious de la famille, loul ce que les Grecs aimaient à représenter et ce qui les touchait le plus, l'aniour paternel et maternel, l'amour filial, la tendresse conjugale. « Introduisez, (lit-il, ime mère qui se réjouil du bonheur de son cher fils ou safllige de l'infortune de sa pauvre fille, sa satisfaction ou sa peine fera peu d'impression sur l'âme des spectateurs. Pour être touché des larmes et des plaintes de ce sexe, voyons une amante qui pleure la mort d'un amant, non pas une femme qui se désole à la perle d'un mari. La douleur d'une amante tendre et précieuse nous touche bien plus que l'affliction d'une veuve artificieuse ou intéressée, et qui, toute sincère qu'elle est quelquefois, nous donne toujours une idée noire des enterrements et de leurs cérémonies lugubres •. »
Je ne demande pas à Saint-f'lvremond pourquoi il veut se représenter les veuves comme des femmes artificieuses ou intéressées, tandis que les amantes sont tendres et précieuses, c'est-à-dire pleines à la fois de tendresse et de grâce; je ne lui demande pas non plus comment Vidée noire des enterrements et de leurs cérémonies lugubres ne suit que la mort des maris et non la mort dos amants : je m'étonne seulement de celte prétention qu'a Sainl- Évremond de rejeter du drame, qui est l'image de la vie humaine, les sentiments qui sont les plus naturels à riiumnie, les alîoctions qui honorent et animent le plus la vie. Le cœur humain n'a-t-il donc
' Suiot-E\rcmoaJ, ibid.
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que deux sentiments qui vaillent la peine de figurer sur la scène, l'amour et riiéroïsme? N'y a-t-il dans le monde que des héros et des- amants? L'idée est singulière et contraire à rcxpérience du théâtre antique; mais je ne puis pas me dissimuler qu'elle se rai)prochc de la piatique de notre théâtre, qui, soit dans Corneille, soit dans Racine, fait une grande part à l'héroïsme et à l'amour.
Ne croyons pas cependant que, dans la Cornélie de la Mort de Pompée il n'y ait qu'une héroïne et point de veuve. L'héroïne domine la veuve, mais la veuve soutient l'héroïne, et, pour en être convaincus, demandons-nous un instant ce que nous penserions de Cornélie, si, tout en restant l'héroïne de son parti, elle manquait à la fidélité de son veuvage, si elle épousait quelqu'un après Pompée, fût-ce un adversaire de César. Nous consentons volontiers à ce qu'elle ait la grandeur d'âme que Corneille aime à prêter aux Romains, à condition qu'elle aura aussi ] ••'- sentiments qui conviennent àla\euve. et que les gi>;ndes vertus ne la dispenseront pas des petites, quoiqu'il me répugne d'appeler petites les vertus qui soutiennent la famille et qui sont la force et l'honneur du foyer domestique. Ne nous y trompons point, d'ailleurs : Cornélie emprunte à son veuvage tout ce qui fait sa grandeur. Elle ne pour.-uit César qu'au nom de Pompée, au nom de son mari. Prêtez-lui d'autres sentiments, faites qu'elle soit seulement une héroïne de la guerre civile et qu'elle songe plutôt à la république opprimée qu'à son mari vaincu, aussitôt l'héroïne nous déplaît, tant il y a encore de la veuve dans l'héroïne, quoi qu'en dise Saint-Évre-
i.A VEUVE. 393
mond. Il ne croit pns (}ne la fidélité d'une é|»ous(' et la douleur d'une veuve puissent jamaisnous intéresser au liiéàtre. Pauline dans Polijeucte, et Cornélie dans la lUort de Pompée, prolestent contre cet arrêt, qui frappe les sentiments les plus naturels et les plus honnêtes du ca-ur humain.
Le personnage que Corneille, dans la Mort de Pompée, semhle avoir Of)posé à dessein à Cornélie, est Ciéopàtre. Il ne faut peut-être |)oint juger Cléo|iàlre sur le portrait qu'ici lait (Corneille ou sur les ii.jnres des poètes latins du parti d'Auguste, qui l'appellent la courtisane-reine. L'histoire lui est plus favorable que la poésie. Il y a dans Cléopâtre trois choses à remarquer : une âme forte dans une vie efléminée; une passion vraie avec des mœurs licencieuses ; une grande pensée politique poursuivie à travers les plaisirs et les fêtes. Telle est l'idée qu'en donne Plutarque dans la Vie d'Antoine, idée qui fait de Ciéopàtre un de ces personnages complexes qui ont des réputations diflérontes, selon le point de vue d'où on les regarde. Lord Byron, dans son Sardanapale, a voulu peindre une de ces âmes courageuses dans un corps efféminé, que nous offre "parfois l'histoire et qui piquent notre curiosité. Sardanapale a épuisé toutes les voluptés de l'Asie, et il meurt avec cette intrépidité insouciante, propre aux Orientaux.
Ciéopàtre est aussi une de ces natures fortes et souples qui aiment le plaisir et la mollesse sans se laisser amollir. La civilisation orientale produit souvent ces contrastes. Le corps jouit et raftine sur ses jouissances; Tàine résiste. Dans Ciéopàtre, quelles recherches inllnies du plaisir ! quelles prétentions de
394 DE l'amoir co.vjlt.ai,.
savoir jouir mieux que le resle des hommes! tllc a inslitiié avec Anloine une sorte d'école de voluptueux, dont le but esl de mener une vie inimitable^ L'homme de la civilisation est ainsi fait qu'il ne lui faut pas seulement du plaisir : il lui faut aussi la réputation d'en savoir JDuir. H ne veut pas seulement satisfaire ses sens; il faut aussi qu'il satisfasse sa vanité. De là les noms divers que prennent, selon les temps, ces élus du plaisir et de l'abond uice ; noms bizarres ^, qui témoignent tous du besoin qu'a l'homme d'exalter ses jouissances par l'orgueil pour les prolonger, car les jouissances touchent vite à la satiété. Aussi ces voluptueux sont rarement gais ou ne le sont pas longtemps : témoin les inimitables de Cléopâtrect d'Antoine, qui se changèrent bientôt en une autre confrérie, la confrérie des comourants^t c'est-à dire de gens décidés à mourir ensemble, mais qui, en attendant, menaient la vie la plus joyeuse qu'ils pouvaient, et qui avaient peut-être même la prétention de mourir à table, au nùlieu des plaisirs. De ces comourants, il n'y eut qu'Antoine et Cléopàtre qui moururent ensemble , et il n'y eut aussi que Cléopàtre qui, à Iravers'sa mollesse, regardant d'un œil plus sérieux cette mort dont la confrérie avait pris le nom, se mil à étudier les poisons qui faisaient mourir l'homme avec le moins de douleur. Elle faisail ?es essais sur des condamnés. Après les poisons, elle étudia la morsure cl le venin dss serpents, et
' Les raflin.'s, les euragrs, les roues, les incroyables, les viveurs, les lions.
LA VF.rVF. 39o
elle trouva qnc l'aspic cUiit celui qui (niisait le moins do soiiirranre.
Voilà bien les scènes de la vie antique et de la vie orientale : le luxe, les festins, les volii|ités do tonte sorte, en même temps l'idée et l'c-lnde de la mort. Cléopâtre avait appris avec soin le rôle de ses derniers moments. Aussi sa mort fut belle et majestueuse, digne d'une reine. Elle était enfermée dans son mausolée, gardée avec soin par les soldats d'Octave, qui la réser\ait pour son triomphe à Rome, et qui craignait qu'elle ne voulût, par la mort, se dérober à cet outrage. Mais elle (rompa Octave et ses satellites : on lui apporta un aspic caché dans un panier de figues, et elle se fit piquerpar ce serpent tant étudié; puis elle envoya son testament à Octave. Celui-ci fil courir au mausolée : les gardes qui ouvrirent les portes « trouvèrent, dit Plutarque, Cléopâtre morte et couchée sur un lit d'or, vêtue de ses habits royaux, une de ses femmes. Iras, morte aussi à ses pieds, et l'autre, Charmion , mouran'.e et employant le re>te de sa force à replacer sur le front de Cléopâtre son diadème qui s'était dérangé. — Cela est-il donc beau, Charmion, de mourir ainsi? dit un officier romain. — Très-beau, répondit Charmion, et digne de la descendante de tant de rois. — Et, à ces mots, elle tomba morte elle-même aux pieds de sa maîtresse '. »
Ce tableau est grand, et je soupçonne Plutarqno de s'être souvenu, en le faisant, que Cléopâtre était de race grecque. Ses Vies des grands hommes et ses Parallèles sont une lutte que le patriotisme grec en-
' lie d'Antoine.
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gage contre l'orgueil romain. 11 voulait persuader à Rome que la Grèce avait été aussi grande ei aussi glorieuse que Rome elle-même. De là un secret penchant, dans ses histoires, à relever tout ce qui est grec; de là la justice qu'il rend à Cléopâtro, dont il glorifie la mort et qu'il représente partout comme supérieure à Antoine par le goût et l'élégance. Antoine, à côté de Cléopâtre, est un sold.il grossier, un barbare courageux, qui avait pourtant la préten- . tion de s'entendre en plaisirs et en luxe; mais, dès le premier repas que lui donne Cléopâtre, il reconnaît son infériorité. Cléopâtre n'a pas seulement sur lui l'ascendant de sa beauté, elle a l'ascendant d'une civilisation supérieure. « Il y avait, ditPlutarque, des femmes plus belles que Cléopâire ; mais il n'y en avait pas une qui eût la conversation plus spirituelle et plus aimable. Elle avait une bonne grâc ^ nui surmontait tout, un son de voix charmant, une moquerie délicate et tempérée, h Comment Aiiloine, comment un capitaine élevé dans la rudesse et la barbarie des guerres civiles, aurait-il pu résister à ces séductions de toutes sortes? Un vieux Romain y eût résisté à force d'ignorer la civilisation; mais les Romains du temps, et surtout de l'école de César, en avaient déjà goûté; de plus, ils avaient la richesse qui mène aisément au luxe. Ils devaient donc être disposés à goûter toutes les délices de ia Grèce et de l'Asie, surtout quand ces délices étaient mises en œuvre par la plus gracieuse et la plus habile des fées. Lorsque, après Aclium, le malheur vint détruire, tous ces enchantements du luxe et du plaisir, il vint en même temps unir de liens plus forts qu'ils ne semblaient
LA VECVE. 397
capables de les porter, ces deux personnages qui valaient mieux que leur vie et qui ne savaient pas qu'ils s'aimaient d'un amour si fidèle. Antoine, en effet, croyant (jue Cléopàtre était morte, se perça de son épée; mais il ne mourut pas aussitôt, et, apprenant que Cléopàtre vivait encore, il se fit porter près d'elle. Elle s'était retirée dans le tombeau qu'elle s'était fait bâtir près du temple disis, tombeau qui n'avait qu'une fenêtre au dehors ; et c'est par cette fenêtre que Cléopàtre, qui ne voulait laisser entrer personne dans sa retraite, hissa Antoine mourant et couché sur un matelas. Admirable tableau encore, dans Plutarque, que celui de Cléopàtre et de ses femmes tirant avec des cordes Antoine tout ensanglanté et qui tendait les mains à Cléopàtre, se soulevant et s'allégeant du mieux qu'il pouvait.
Voilà, dans Cléopàtre, celte passion vraie et touchante qui la relève et la réhabilite à nos yeux. Reste le génie politique que Plutarque lui attribue aussi, et ces grands et hardis projets qu'elle poursuit à travers les plaisirs et les fêtes. Je n'en dirai qu'un mot, car le génie politique n'a jamais servi à rendre un personnage plus dramatique et plus intéressant : les calculs des hommes d'État sont froids et languissants au théâtre.
Cléopàtre, selon Plutarque, savait et parlait presque toutes les langues de l'Asie, et elle avait habilement gouverné l'Egypte, n'y ayant, parmi les rois alliés d'Antoine, « aucun prince à qui elle le cédât en prudence et en jugement. » Elle avait le génie politique; de plus elle avait la tradition du plan que
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398 DE l'amour CO?n"JLGAL.
les successeurs d'Alexandre voulaient tous accomplir en Asie, et qui était de remplacer Alexandre, puis de fonder, comme lui, un grand empire d'Orient. Cette pensée n'a jamais abandonné les Séleucidcs de Syrie cl les Lagides d'Egypte. Le démembrement du grand empire macédonien, qui s'étendait depuis la mer Adriatique jusqu'à l'indns, avait été une nécessité imposée par la bataille d'ipsus. Celte bataille avait décidé de la part qu'aurait chacun des capitaines d'Alexandre; mais le souvenir de l'empire macédonien était le n:odèle qu'avaient tous devant les yeux ces princes de race macédonienne. Cléopâtre hérita de leur rêve et voulut Taccomplir. Elle se fit donner par Antoine laSyrio, la Ciiicie et Chypre, réunissant déjà ainsi sous sa dominalion ce royaume de Syrie que les Lagides d'Égyple avaient sans cesse voulu ravir aux Séleucides, de même que lesSéleucidcs avaient voulu ravir lÉgypte aux Lagides. Chacun d'eux commençait, par la conquête du royaume le plus voisin, sa revendication de l'empire universel, et, connue si la gcogra[)hic était la règle souveraine de la politique, comme si la destinée des Étals dépendait, pour ainsi dire, de leur place sur la carte, nous avons vu, de nos jours, le pacha d'Egypte, Méhémet-Ali, lutter pour avoir aussi la Syrie, la Ciiicie et Chypre.
Pendant quatorze ans, Cléopâtre avec Antoine a gouverné l'Orient. Elle avait rétabli l'empire d'Orient, l'empire d'Alexandre, en faisant d'Antoine un Oriental. Grande habileté d'avoir ainsi rendu à l'Orient sa vieille prépondérance, et coupé, pour ainsi dire, en deux la puissance de Rome, en faisant des guerres ci- .vilcs des Romains, non plus une question de prcémi-
nonce entre deux hommes, mais entre deux mondes. Ne nous y trompons pas : grâce à l'ambition de Cléopâtre, dans la lutlc entre Octave et Anloinn, c'est rOrient et l'Occident qui coniballenl l'un contre l'autre, l'Orient toujours vaincu, à Salamine, à Arbèles, cette fois encore à Âcliuin, mais qui, dans l'ancien monde, ref»rend par la corruption ce qu'il ptid par la force. Alexandre avait conquis l'Orient; mais, à la lîn, TOiient avait conquis Alexandre. Ce grand guerrier grec était mort roi des Perses et sultan de l'Asie. Ses successeurs ont tous été, par leurs mœurs et leurs idées, de véritables rois orientaux. Cléopâtre, toute jeune encore, avait déjà essayé de transformer par l'amour César en empereur d'Orient. Elle y réussit avec Antoine. Vaincu avec elle à Aclium, l'Orient reprit sur les successeurs d'Augusle ce plan hardi de transformer les maîtres de Rome en monarques orientaux, et il y réussit si bien qu'à la fin même il fit perdre à Rome son droit et son titre de capitale.
Ainsi l'empire de l'Orient a toujours été la pensée de Cléopâtre, et, même après Actium, elle voulait, dilPlutarque, faire traîner ses vaisseaux par l'isthme de Suez, de la xMéditerranée à la mer Rouge, pour aller avec Antoine fonder un nouvel empire dans Tcxtrême Orient. Il n'y aviit qu'un successeur d'Alexandre et un vrai roi d'É;'ypte, c'est-à-dire d'un pays placé entre deux mondes, qui pût songer ainsi à l'empire des Indes, après avoir perdu l'empire de l'Europe.
Qu'on ne croie pas, d'ailleurs, que cette lutte de l'Orient et de l'Occident, que je signale dans la guerre
400 DE l'amour conjugal.
entre Octave et Antoine, soit une invention et une fantaisie de la philosophie de l'histoire, pour donner, après coup, aux événements un sens dont les contemporains ne se doutaient pas. Le poëte d'Auguste, Virgile, a gravé cette lutte sur le bouclier d'Énée, et l'a montrée telle que nous la voyons :
Hinc Augustus agens Italos in prœlia Ca?sar, Cum patribus Populoque, penatibus et magnis Dî?,
Stans celsà in puppi
Hinc ope barbaricà variisque Antonius armis Victor, ab aurorœ populis et littore rubro, iEgyptum viresque Orientis et ultinna secum Bactra vehit*
« D'un côté, l'Italie conduite au combat par Auguste « avec le sénat, le peuple, les dieux pénales et les « dieux paternels, tous les symboles de la puissance « romaine ; de l'autre, Antoine avec sa puissance bar- « bare, ses soldats rassemblés de lou-s les coins du « monde, l'Egypte, l'antique Orient et la Bactriane a lointaine. »
Telle est la Cléopâtrede Plutarque, avec son courage au milieu de toutes les mollesses de l'Asie, sa passion vraie en dépit de ses mœurs licencieuses, son génie politique enfin, malgré sa frivolité apparente. Ce n'est pas ainsi que Corneille l'a voulu représenter. II lui a ôté tout ce qui en fait un personnage prescjue héroïque dans Plutarque, sa mort courageuse, son amour fidèle, ses grands projets; il ne lui a laissé que la coquetterie. Cette coquetterie même n'a rien
» Ëncide, i;v. VIII, 677.
de piquant et de gracieux; il la fait parler comme parlaient les héroïnes du Cyrus ou des romans de chevalerie. César est son chevalier, et c'est pour lui plaire qu'il a conquis l'Italie, la Gaule, l'Espagne, comme Amadis vainquait les géants pour plaire à la belle Oriane : « Son bras, » dit-elle.
Son bras ne dompte point de peuples ni de lieux Dont il ne rende hommage au pouvoir de mes yeux; Et, de la même main dont il quitte l'épéc, Fumante encor du sang des amis de Pompée, Il trace des soupirs, et d'un style plaintif Dans son champ de victoire il se dit mon captif-.
César n'est pas moins galail que ne le dit Cléopàtre, et il ne sait pas moins bien qu'elle le beau style des romans :
Oui, reine, si quelqu'un, dans ce vaste univers Pouvait porter plus haut la gloire de vos fers; S'il était quelque trône où vous pussiez paraître Plus dignement assise en captivant son maître, J'irais, j'irais à lui, moins pour le lui ravir Que pour lui disputer le droit de vous servir.
C'était pour acquérir un droit si précieux Que combattait partout mon bras ambitieux, Et dans Pharsale même il a tiré l'épée Plus pour le conserver que pour vaincre Pompée. Je l'ai vaincu, princesse, et le dieu des combats M'y favorisait moins que vos divins appas ;
' Acte II, scène i.
402 DE l'amour conjugal.
Ils conduisaient ma main, ils enflaient mon courage;
Cotte pl(ine victoire est leur dernier ouvrage;
C'est l'elVct des ardeurs qu'ils daignaient m'inspirer *.
N'oublions pas qiie, dans Rncine, Alexandre parle <lc la mémo manière à la princosso Clcophilo :
Par des faits tout nouveaux je m'en vais vous apprendre
Tout ce que peut l'amour sur le cœur d'Alexandre.
Maintenant que mon bras, engagé sous vos lois,
Doit soutenir mon nom et le vôtre à la fois,
J'irai rendre fameux, par l'éclat de la guerre,
Des peuples inconnus au reste de la terre,
Et vous faire dresser des autels en des lieux
Où. leurs sauvages mains en refusent ai:x dieux 2.
Si Corneille, se conformant au ton dos romans de son temps et les autorisant par son imitation, fait de Cleopàtre une héroïne romanesque, Shakespeare, dans son Marc-Antoine, en fait une amoureuse de comédie. Voyez, par exemple, la scène dans laquelle Cléopàlre apprend qu'Antoine vient d'épouser Octavie, sœur d'Octave , et interroge le messager sur la beauté de celte nouvelle épouse.
Cléopatre. « Tu as vu Octavie?
Le Messager. — « Oui, redoutable reine.
Cléopatre. — « En quel lieu?
Le Messager. — « A Rome, madame. Je l'ai envisagée en face et considérée à loisir, lorsqu'elle marchait entre Octave et Antoine.