‹ Cours de litterature dramatique (volume 2)Chapitre 55 sur 63 · IV · texte numérisé non relu

IV

434 DE l'amolr conjugal.

J'ai étudié, dans la tragédie de Poltjeucfe, l'histoire du mari, de la femme et de l'amant, c'est-àdire une trilogie qui fait le fond de je ne sais combien de drames et de romans. Celte trilogie n'est pas le sujet principal de Polyeucte. Le martyre de Polyeucte, et par conséquent l'enthousiasme religieux, voilà le sujet principal de la tragédie, voilà ce que le poêle a surtout voulu représenter. Mais il a su mêler, avec uu art profond, l'expression des sentiments humains avec l'expression des sentiments divins, ne pas étouffer les émotions du cœur sous l'ascendant de la foi religieuse, conserver l'homme dans le saint, la femme dans la prosélyte; enfin, et c'est ce que j'ai voulu particuhèrement étudier, il a su 1 chausser dans Polyeucte la dignité du mari par la sublimité du martyr, et dans Pauline aider à l'enthousiasme dt3 la prosélyte par les vertus de l'épouse.

Marc-Aurèle reproche aux Chrétiens de mourir d'une façon trop tragique ^ Ce que la critique moderne reproche , au contraire, aux martyrs, c'est de n'être pas propres à la tragédie, à cause de l'ardeur même de leur foi, qui exclut toute émotion et toute agitation humaine. Corneille, dans son examen de Polyeucte , se demande s'il avait le droit de mêler les sentiments humains aux sentiments divins, l'amour à lenlhousiasme religieux, la fiction à la vérité. Il déclare qu'il a cru qu'il lui était permis de faire ce mélange, ayant pris pour sujet la vie d'un saint ; mais qu'il se le serait inter-

' Marc-Aurèle, liv. XI, mai. m, trad. de M. Pierron.

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