IV
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II est dos âmi's à qui le bonheur sied, parce qu'elles n'en sont ni enivrées ni amollies, parce qu'elles mêlent à ce bonheur humain l'idée de son instabilité et que par là elles contiennent leur cœur et l'empêchent do s'em[)orter. Lady Russel était une de ces âmes. Au milieu de son bonheur .el de son amour, elle songeait à Dieu et à ce qu'il y a de précaire dans la destinée humaine : « Qu'ai-je à demander? écrivait-elle à son mari dans une de ces lettres heureuses et passionnées; qu'ai-je à demander, sinon que Dieu, s'il le juge bon, me continue toutes ces joies , et, s'il en décide autrement, qu'il me donne la force de me soumettre sans murmure à ses sages dispensations et à la souveraine Providence, gardant un cœur reconnaissant pour ces années de félicité parfaite que j'ai déjà reçues de lui? 11 sait mieux que nous à quel moment nous avons assez obtenu et assez joui ici-bas. Ce que j'implore ardemment de sa miséricorde, c'est que, n'importe lequel de nous deux partira le premier, l'autre ne se désespère pas comme n'ayant plus d'espérance de retrouver son ami. Espérons avec joie que nous vivrons ensemble jusqu'à un bon vieil âge; sinon, ne doutons pas que Dieu ne nous soutienne dans l'épreuve qu'il nous infligera. 11 faut s'arrêter quelquefois sur ces pensées, afin de ne pas nous trouver pris au dépourvu et surpris au delà de notre force par un accident soudain. »
Quelle admirable surveillance de soi-même! comme un bonheur si scrupuleusement averti et contenu par la soumission aux volontés de Dieu est naturellement préparé aux revers! Aussi, quand vinrent les revers, quand lord Russel fut accusé, sa feunne
fut son secrétaire dans ces séances mêmes où il s'agissait de la vie de son mari, sans que sa tendresse ôlât rien à sa fermeté et à sa présence d'esprit. Les débats s'étant ouverts, lord Russel demanda une plume, de l'encre et du papier, pour prendre des notes : on les lui donna. « Puis-je avoir quelqu'un qui écrive pour aider ma mémoire? — Oui, milord, dit le président; un de vos serviteurs. — Ma femme est là, prête à le faire, » reprit lord Paissel. Lady Puissel se leva pour exprimer son assentiment : tout l'auditoire frémit d'attendrissement et de respect. « Si milady veut bien en prendre la peine, elle le peut, » dit le président. Et, pendant tout le débat, lady Russel fut là, à côté de son mari, son seul secrétaire et son plus vigilant conseiller.
Nos femmes aiment bien leur mari , j'en suis convaincu; mais, dans une accusation capitale, leur servir de secrétaire, entendre demander leur mort, les entendre défendre leur vie, qui d'entre elles le pourrait? La tendresse ne leur manquerait pas, mais la force. La force, lady Russel la prenait dans cette défiance du bonheur terrestre qu'elle avait cultivée en son âme au moment même où elle jouissait le plus de ce bonheur.
Ayant été une si tendre et si ferme épouse, lady Russel fut aussi la plus affligée et la plus résignée des veuves. Sa douleur n'eut rien d'agité ni de violent 5 elle ne diminua pas non plus avec le temps, et, de même que, sous la crainte de Dieu, lady Russel îvait fait de son bonheur l'entretien de son âme, de même aussi, avec la foi qu'elle avait en la miséricorde de Dieu, elle fit de sa douleur l'entretien de son
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âme, et ne s'affaiblit pas plus dans le deuil que dans la joie, sa piété lui servant à soutenir son chagrin, comme elle lui avait servi à contenir ses jouissances. Elle prenait ses consolations plus haut que dans les raisonnements du monde, ou de la philosophie, ou même de l'impassibilité chrétienne: a Milord, écrivait-elle à un ami qui essayait sans doute de la consoler en lui parlant du néant de tout ce qui exista ici-bas; milord, je regarde comme un pauvre raisonneur celui qui nous demande de prendre avec indifférence tout ce qui nous arrive. 11 est beau de dire : « Pourquoi nous plaindre qu'on nous ait repris ce qu'on n'avait fait que nous prêter pour un temps? nous le savions; » et autres paroles semblables. Ce sont là des recettes de philosophes, et je ne leur porte aucun respect, comme à tout ce qui n'est point naturel : il n'y a point là de sincérité. J'ose dire qu'ils dissimulent el qu'ils sentent ce qu'ils ne veulent pas avouer. Je sais que je n'ai pas à disputer avec le Tout-Puissant ; mais, si les délices de ma vie s'en vont, il faut bien que je souffre de leur perte et que je les pleure. Croyez-moi, milord, la foi chrétienne a seule de quoi soulager l'àme accablée par un grand malheur : il ne faut rien moins, pour nous satisfaire, que l'espérance de redevenir heureux, et je dois à cette espérance mille fois plus que je n'aurais pu devoir au monde entier, quand on m'aurait oflert et mis à ma disposition toutes ses gloires. » J'aime cette douleur, qui ne clicrche pas à se dé guiser ou à raffiner, qui s'avoue ingénument et qui ne veut pas s'interdire les pleurs, parce que les pleins conviennent aux affligés. Non que les pleurs consolent
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les affligés la consolation n'esl que dans la foi chrétienne, qui dit à la veuve qu'elle reverra un jour, au sein de Dieu, le mari bien-aimé qu'elle pleure; à la mère, qu'elle retrouvera son fils chéri; qui, à la douleur d'aujourd'hui oppose la promesse d'une joie éternelle. Le monde ne sait consoler qu'en disant aux désolés qu'ils oublieront peu à peu leur chagrin : triste vérité, que le monde accrédite par l'exemple et par la prédication, et qui n'en est pas moins affreuse, parce qu'elle témoigne, plus que toute autre chose, de l'infirmité de notre nature. Hélas ! nous ne sommes pas même capables, sauf quelques âmes d'élite, de garder notre douleur : qu'est-ce donc de notre joie? Personne n'est inconsolable; mais ce n'est pas un mérite ni un bonheur d'être trop tôt consolable. Gardons de notre douleur tout ce que nous en pouvons garder, et n'en craignons pas le sévère entrelien, si nous savons en même temps l'adoucir par les promesses et les espérances de la foi chrétienne.
Porcia dans Shakespeare , et, au-dessus de toutes les héroïnes du théâtre et du roman, lady Russel dans le monde, prouvent quelle place la littérature et la société anglaises donnent à ces sentiments tendres et forts qui fondent la famille, et entre tous à l'amour conjugal, qui fait la dignité et la joie des foyers domestiques. Je suis profondément convaincu que Tamour conjugal n'a pas, dans la société française, une plus pelile place que danla société anglaise. Je dois avouer cependant qu'en France, soit au théâtre, soit dans les romans, l'amour conjugal lient moins de place et une place
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moins haute qu'en Angleterre. Pauline, dans Po' lijencte , est le modèle accompli de l'honneur, mais non de l'amour conjugal : elle a toutes les vertus qui honorent l'épouse, elle n'en a pas les tendresses et les joies innocentes. Si le dix-septième siècle, le plus grave et le plus honnête de nos siècles littéraires, a plus volontiers représenté la beauté de l'honneur que de l'amour conjugal, il ne faut pas demander au dix-huitième siècle et au dixneuvième de donner à cet amour un rang plus élevé dans la littérature.
Cett-e répugnance ou cette insouciance singulière tient à je ne sais quelle légèreté originelle de l'esprit français, aidée, de nos jours, par les mauvaises doctrines. Ce n'est pas de notre temps seulement que nos mœurs valent mieux que nos opinions. Le moyen âge était religieux : il se moquait sans cesse des prêtres et des moines. Nous faisons en général bon ménage : nous rions volontiers des maris trompés. Nous aimons l'autorité, et nous nous y soumettons parfois jusqu'à la servitude : nous aimons aussi la résistance, et nous la poussons souvent jusqu'à l'insurrection. Partout notre esprit lutte contre la morale, quoique notre caractère s'y conforme aisé- ■rnent. Louis XIV disait de son neveu, le duc d'Orléans, qui fut depuis le régent, que c'était un fanifaroa de vices. Ce caractère est plus commun en France -que partout ailleurs, et notre littérature s'en ressent.
Quand je faisais à la Sorbonne, il y a vingt ans, la comparaison de l'expression des divers sentijnents du, cœur humain, et que je commençais celte
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étude, qui est devenue un livre, après avoir examiné dans Pauline le caractère de la femme honnête et avoir suivi ce caractère jusqu'à nos jours, j'allais cherchant partout, dans le drame et dans le roman modernes , une femme honnête ; je priais même mes amis de s'associer à ma recherche : ils me répondaient en riant que les femmes honnêtes abondaient dans le monde , en dépit de la médisance, mais qu'elles étaient rares ou introuvables dans la littérature. Je viens de recommencer, pour l'amour conjugal, la quête que je faisais d'une femme honnête, et j'ai cherché si, au dix-septième siècle, au dix-huitième ou de nos jours, cet amour, soit dans ses félicités innocentes, soit dans son dévouement tendre et passionné, avait été représenté quelque part : j'ai à peine trouvé çà et là quelques esquisses de ce sentiment. Je veux examiner ces esquisses.
\j Hypermnestre ou les Danaïdes de Gombaud ' a pour sujet la vieille légende mythologique des cinquante filles de Danaûs, qui, épousant les cinquante filles d'Égyptus , leur oncle, les tuèrent tous, la nuit de leurs noces, par l'ordre de leur père. Une seule, Hypermnestre, résista à cet ordre cruel et sauva Lyncée, son époux. Cette légende a défrayé la poésie antique. Les poètes ont chanté à l'envi, les uns le supplice des Danaïdes, que Jupiter, indigné de leur crime , précipita dans les enfers, où elles sont condamnées à remplir un tonneau vide par le fond et d'où l'eau s'écoule sans cesse; les au-
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1res le dévouement d'Hypermnestre cl son respect des lois de l'hyménée ; ceux-là la captivité d'Hy perninestre, que son père Danaûs fit jeter en prison pour la punir d'avoir sauvé son époux. Escliyie avait fait, dit-on, une trilogie tragique de l'histoire des Danaïdes; nous n'avons que la première des trois pièces, sous le nom des Suppliantes. Danaûs et ses filles, fuyant TÉgypte et la tyrannie de leur oncle Égyptus, qui, après avoir dis[)ulé le trône à son frère Danaûs, voulait forcer les Danaïdes à épouser ses fils, abordent aux rivages d'Argos et implorent l'hospitalité. Bientôt arrivent sur leurs vaisseaux les fils d'Égyptus, qui poursuivent les fugitives et vont les arracher de l'autel de Jupiter Argien, qu'elles tiennent embrassé, quand le peuple et le roi d'Argos déclarent qu'ils défendront les suppliantes, et repoussent les jeunes Égyptiens.
Voilà toute la tragédie d'Eschyle. Y en avait-il une autre ou deux autres, qui représentaient les Danaïdes tuant leurs époux et Hypermnestre sauvant le sien ? Nous ne le savons pas d'une manière exacte. Nous pouvons cependant supposer qu'Eschyle ou d'autres poètes après lui avaient représenté la cruauté des Danaïdes et le dévouement d'Hypermnestre, puisque Horace et Ovide ont tous deux chante la générosité d"Iiy[)ermnestre , et que c'était l'usage des jioëtes latins de traiter, en les abrégeant, les sujets ordinaires de la poésie grecque. Horace , dans une ode où il prie Mercure d'adoucir en sa faveur la cruauté de Lydé , célèbre le dévouement d'Hypermnestre à son époux ; et, comme il y a peu de rapport entre la cruauté de Lydé et celle des Danaïdes, c'est pour
moi une raison de plus de croire que la scène d'Hypermnestre avec Lyncée est un exercice poétique emprunté aux Grecs. « Les filles impies de Danaûs^ dit Horace', ont pu enfoncer un fer meurtrier dans le sein de leurs époux. Une seule, digne du flambeau nuptial, trompa son père inhumain par un mensonge illustre qui ennoblit à jamais sa mémoire ; Lève-loi, dit-elle à son jeune époux; lève-toi, de peur que lu ne rencontres un sommeil éternel oiî tu ne le crains pas; fuis ton beau-père et mes coupables sœurs, qui, semblables à des lionnes acharnées sur de jeunes taureaux , déchirent, hélas! chacune son époux. Moi, qui n'ai pas celte dureté, je ne te frapperai pas, je ne te retiendrai point captif. Qu'un père me charge de chaînes pour avoir épargné mon malheureux époux ; qu'il m'exile au delà des mers, dans les champs les plus reculés de la Numidie. Toi , vole où tes pieds, 011 les vents rapides conduisent ta course ; vole à la faveur de la nuit et de Vénus; pars sous ce favorable auspice et grave sur mon tombeau le regret de ta fidèle épouse. »
Voilà, dans cette scène courte et touchante, le caractère d'Hypermnestre , plus femme encore qu'épouse, plus émue d'amour et de pitié que de tout autre sentiment. L'amour conjugal a besoin de durée : c'est là qu'il montre sa force et son charme. Le dévouement d'Hypermnestre est l'inspiration d'une tendresse soudaine, consacrée par la foi nuptiale, mais qu'un coup d'oeil a faite. Il y a là le dé vouement rapide et irrésistible de l'amour, mais non
• Liv. m, oJe II.
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pas le dévouement persévérant et infatigable de l'affection conjugale.
Dans Ovide, même caractère avec un degré de plus dans le dévouement et qui le rapproche du véritable amour conjugal. Hypermnestre est captive, punie par son père de n'avoir pas voulu tuei son époux : « J'ai été pieuse et tendre, écrit-elle à Lyncée : voilà la cause de mon châtiment;... mais j'aime mieux mon châtiment que d'avoir obéi à mon père... Que Danaùs allume mon bûcher avec celte torche nuptiale que je n'ai point voulu profaner..., ou qu'il me frappe de ce poignard qu'il m'avait confié pour m'en servir contre toi ; que je périsse de la mort que je n'ai point voulu donner à mon époux : non , il n'arrachera pas de ma bouche mourante un aveu de repentir ; non, Lyncée, ce n'est pas toi que je regretterai jamais d'avoir sauvé '. »
Voilà bien cette tendresse constante qui fait le fond de l'amour conjugal. Cependant Hypermnestre avoue elle-même que, dans cette nuit fatale, elle a hésité entre son père et son époux : « Trois fois elle a levé le bras pour frapper Lyncée, trois fois sa main a hissé échapper le poignard ^ Enfin, éveillant son
' Est mihi supplicii causa fuisse piam
Esse reani pracstat quàm sic placuissc parent!.....
Me patcr igné licct, quem non violavinius, urat
Aut illo jugulet, <juom non Lcnc tradidit, cnsc,
Ut, (juà non eccidit vir nerc, nupta cadani; Non tanicn ut dicant inoricntia, l'œuitct, ura,
EfGciet
[IJéroïde XiV, vers * à i*.) • ..... Ter aculiim suslulit cnsem,
Ter malè sublalo di'iidil onse nianus.
ilbid., vers V6 et 4T.)
époux : « Lève-toi , fils de Bélus , seul survivant de tant de frères! hâte-toi! sinon, cette nuit sera pour toi une nuit éternelle. Tu te lèves épouvante , et toute la langueur du sommeil se dissipe en un instant : tu vois une épée dans mes mains timides et tu demandes pourquoi. Je te réponds ; Fuis, profite de la nuit; et tu fuis profitant de la nuit, et je reste. Le jour vient; Danaûs compte ses gendres et ses victimes : tu manques à son compte. Cette perte l'irrite , il se plaint qu'on ait versé si peu de sang ; on m'entraîne, on me jette dans une affreuse prison. Voilà la récompense de ma piété ' !... »
Puis, revenant sur cet affreux massacre : « Ainsi donc, d'un peuple do frères tu restes seul vivant! Ah! je pleure, et ceux qui ont péri, et celles qui ont frappé; car j'ai perdu du même coup autant de frères et autant de sœurs. Je n'ai plus de sœurs : leur crime a rompu tout lien entre elles et moi. Qu'elles reçoivent donc mes pleurs aussi bien que tes frères. Et maintenant, parce que tu vis, il me faut
Surge, âge, BcliJe, de lot modo fratribus udus ;
Nos tibi, ni properas, ista percnnis ciil. Territus exsurgis ; fugit oamis incrlia sonini :
Adspicis in timiJà fortia tela manu.
QuaBicnti causara, Dùm dox sinit, effuge, dixi ;
Dura nos atra sinit, tu fugis ; ipsa moior. Manè erat, et Danaûs gêneras ex cacJc jaccntes
Dinamerat : sumniss criniiuis uous abcs. Fort nialè cognalae jacturam niortis in uno,
El queritur facti sanguiuis esse parùn). AbstraLoi' à patriis pcdibus, raptamijue cnpillis,
ûtec Uieruit pielas praeniia, carcor babct.
{Uéroide xiv^ vers 7 î 8 84,
mourir. Ah! que fera-t-on aux coupables, si l'on punit celles qui méritent des louanges?... levais périr la centième victime de notre triste famille, et, de la foule que nous faisions, toi seul auras survécu! Lyncée , si tu te souviens d'une soeur qui t'a sauvé , si tu mérites le bien que je t'ai fait , viens à mon secours ' ou, si tu me laisses mourir, alors songe à ma sépulture , dusses-tu placer furtivement mon corps sur le bûcher; donne quelques larmes à mes restes, et grave sur mon tombeau cette courte inscription : « Ici repose Hypermncstre l'exilée, qui, mal récompensée de sa piété, perdit la vie pour avoir sauvé son frère de la mort '. »
Je ne puis pas exiger d'Ovide qu'il fasse parler Hypermncstre autrement qu'il ne fait parler ses autres héroïnes, et qu'il ne mêle pas ses raffineaients ordinaires d'esprit à l'expression de la pas°
' De fralrum populo pars exigiiiisima ipstas;
Quique dali Ictho, quseque dcJere, fieo. Nam niibi quot fratrcs totidcni periere sororcs;
Accipiat lacrymas utraque tuiba nioas.
En ego, quod vivis, pœnae enicianda ruscrvoi- :
Quid Cet senti, cùm rca laudis agar?
Et, consanguinea; quondam centcsiiua turbs,
Infclix, une fratre manente, cadani.
At tu, si qua piaî, Lynccu, tibi cura sororis,
Quœquc tibi tribui muncra, dignus habcs, Vcl fer oppni, vcl dode ncti; dofunctaque vilâ
Corpora furtivis insuper addc rogis ; Et sepcli lacrym'is perfusa fidelibus ossa,
Scriptaque sint litulo nostra scpulera brcvi : t Exsul Hypermncstra, preliuni pictalis iniquum.
Quam niortem fratri dcpulit, ipsa tulit. n
[Uéroide xiv', vers lis à IM.)
sion. Ovide est le plus italien des poètes latins: ii a déjà les concelti de la poésie italienne. Mais son mérite est d'être éloquent malgré son aiïectalion, et de peindre habilement ses personnages, (juoiqu'il les enjolive. Son Hypermneslre est dévouée comme celle d'Horace; plus touchante même, puisqu'elle est punie de sa générosité et qu'elle ne s'en repent pas. Quoi qu'il arrive, elle est heureuse d'avoir sauvé son époux ou plutôt celui qu'elle a-aimé dès qu'elle l'a vu : car, dans toutes les Hypermnestres antiques, l'amante domine l'épouse. Le vieil Eschyle, faisant prédire par Proméihée le crime des Danaïdes , dit d'Hypermnestre : « Une seule ne tuera point le compagnon de sa couche; l'amour amollira son cœur, émoussera son courage. Forcée de choisir , elle aimera mieux être appelée lâche que sanguinaire'. » Ces mots montrent le caractère que l'antiquité donnait à Hypermnestre : au moment de frapper Lyncée, l'amour avait fait dans son âme la révolution qu'éprouve Armide quand elle va frapper Renaud.
Les deux auteurs français qui ont traité le même sujet, Gombaud en 1646 et Lemierre en 1758, ont prêté à Hypermnestre plus d'amour conjugal, plus d'afiection généreuse et forte que n'avait fait l'antiquité.
Gombaud, qui mourut en 1666, se vantail d'avoir près de cent ans; mais c'était, dit un contemporain, un gascon qui mettait sa vanité dans son grand âge, ne pouvant plus la mettre ailleurs. Gombaud était un de ces poètes et de ces hommes de talent, aujourd'hui oubliés, qui, dans la première moitié du dix-
f Proméihée d'Eschyle, ?. *90.