IV
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chant de VÉnéide, fait voir à Énée les âmes encore unies et encore sœurs de César et de Pompée :
Concordes animse nunc et dùm nocte premuntur.
Mais, si elles viennent jamais à la lumière,
. . . . ". quantas acies stragemque ciebunt !
« Jeunes âmes, s'écrie le poëte, gardez de vous préparer à ces terribles guerres! gardez de tourner contre Rome la puissance de Rome ! Et toi surtout, dit Énée, toi qui es mon sang et le descendant des dieux, jette, mon fils, jette les armes qui cnsanglan- Leront ta main '. »
A mesure que Corneille s'avance dans la tragédie et qu'il se sépare de Lucain, comme son génie le mène naturellement au grand et au bon, il retrouve César et lui rend son véritable caractère. César voit l'affranchi Philippe portant à Cornélie l'urne qui contient les cendres de Pompée; il prend cette urne entre ses mains :
a Restes d'un demi-dieu dont à peine je puis Égaler le grand nom, tout vainqueur que j'en suis. De vos traîtres, dit-il, voyez punir les crimes*;
' Ne, jiueri, ne tanta animis assucscite bclia !
Neu patriœ validas in viscera vertitc vires ! Tuque piior, lu parce, geuiis qui ducis Olympo; l'rojice tcla mann, sanguis meus!
{Ëni'ide, M, «si.) 3 C^sar vient de faire mellre & mort l'hotin, un des conseiller* du mturtre de Ponip^.
LA VECVE. 387
Attendant des autels, recevez ces victimes. Bien d'autres vont les suivre.
{S'adressant à Philippe.)
Et toi, cours au palais Porter à sa moitié ce don que je lui fais; Porte à ses déplaisirs cette faible allégeance. Et dis-lui que je cours achever sa vengeance. » Ce grand homme, à ces mots, me quitte en soupirant Et Ijaise avec respect ce vase qu'il me rend '
Tous les hommages que César rend à la mémoire de Pompée retournent à Cornélie et nous la rendent plus respectable. La veuve, en effet, ne peut se glorifier que de la mémoire de son mari; elle n'est grande et auguste que par la grandeur de celui qu'elle a perdu. Cependant Cornélie, outre son veuvage, a, dans la pensée de Corneille, quelque chose de plus qui lui attire nos respects : c'est une dame romaine.
Et qu'on l'honore ici,
dit César,
mais en dame romaine, C'est-à-dire un peu plus qu'on n'honore la reine.
Corneille, qui a peint les Romains si grands, s'est fait aussi une idée magnifique de la dame romaine, de la sévérité de ses mœurs, de la dignité de sa contenance, de ce qu'il y a de chaste et de grave dans ses affections. Voilà sous quels traits il a aimé à
* Acte V, scène l.
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peindre Cornélie, en les rchaussanl encore de la majesté du veuvage. Dès que Cornéiie paraît sur la scène, tout prend un caractère particulier de grandeur. Tout à l'heure encore, nous assistions à l'odieuse délibération des ministres de Ptolémée, et il fallait toute la gloire du nom de Pompée pour résister à la honte de sa mort, débattue entre de pareils hommes; ou bien nous écoutions les querelles do Cléopâtre et de Ptolémée, leurs picoteries haineuses; nous voyions même César soupirant pour Cléopâtre 91 changé en Amadis :
Antoine, avez-vous vu cette reine adorable?