‹ Cours de litterature dramatiqueChapitre 11 sur 47 · DANS L'ELECTRE D'EURIPIDE · texte numérisé non relu

DANS L'ELECTRE D'EURIPIDE

ELECTRE

« Écou'e-moi, mon frère, pendant que les Furies te laissent maître de ta raison.

ORESTE

« As-tu quelque chose de nouveau à m'apprend re? Si c'est une heureuse nouvelle, j'en serai reconnaissant; mais, si c'est quelque affliction, j'ai assez de malheurs '. »

Malheureusement Éîeclre parle d'Hélène revenue de Troie avec Ménélas. A ce nom fatal, qui rappelle à Oreste qu'Hélène était sœur de Clytemneslre, sa raison se trouble et ses fureurs recommencent. Ici les Furies ne se montrent pas, comme dans Eschyle : Oreste les voit seulement dans la pensée. Dès qu'il est calmé, il sait bien que ces affreuses visions ne sont que l'effet de son trouble ; car, lorsque Ménélas lui demande quel est le mal qui le consume : « C'est la conscience , répond-il , qui me reproche mes forfaits*. » Voilà son mal ; pour n'être pas visible aux regards, pour n'être qu'une souffrance morale, ce mal n'en est pas moins terrible, et l'expiation du meurtre maternel n'en est pas moins grande.

Haï du peuple, maudit par ses parents, agité par ses remords, il n'y a qu'auprès de sa sœur qu'Oreste trouve le repos. Electre est la seule qui l'aime, la seule qui le plaigne et le console ; elle ne partage ce soin qu'avec une seule autre personne au monde, avecPylade : l'affection de l'ami égale la tendresse de la sœur. Pylade, après le meurtre de Clytemnestie,

1 Vers 211 à 2i0. Traduction de M. AriauJ. ' Vers 39.

108 DE l'amour fraternel.

avait quitté un instant Oreste pour retourner en Phoeide, sa patrie ; mais il a appris les malheurs de son ami, et aussitôt il accourt auprès de lui. Oreste, en le voyant arriver , est ranimé : il est si doux aux malheureux de se sentir aimés et soutenus ! « 0 vue qui réjouit mon cœur ! dit-il ; un ami fidèle dans l'adversité est plus doux pour moi qu'un ciel pur aux matelots ' . » Cette joie généreuse fortifie son cœur : déjà il est moins abattu et moins désespéré ; il n'invoque plus la mort comme la fin de ses maux ; il songe à aller dans l'assemblée des Argiens et à se justifier devant le peuple. 11 craint cependant encore que ses fureurs ne le reprennent ; mais Pylade est auprès de lui. « J'aurai soin de toi, lui dit son ami.

oreste.

« C'est une tâche pénible de soutenir un homme que le mal accable.

PYLADE

« Point pour moi.

ORESTE

« Crains de participer à ma fureur.

PYLADE

a j'en courrai la chance.

« Tu ne le crains pas.

PYLADE

« La crainte est le fléau de l'amitié.

ORESTE

« Pars donc ; je te suis comme mon pilote fidèle.

1 Vers 781.

dans l'électre d'euripide. 100

PYLADE

« Mon amitié veillera sur toi.

ORESTE

« Conduis-moi vers le tombeau de mon père.

PYLADE

« Dans quelle intention?

ORESTE

« Pour le prier de conserver mes jours.

PYLADE

« Cela est juste.

ORESTE

« Mais que je ne voie pas le tombeau de ma mère ' ! »

Oreste a eu beau invoquer la pitié et la justice des Argiens : il est condamné à mort avec sa sœur Electre. Seulement le peuple, au lieu de les lapider, selon la loi, permet qu'ils se tuent eux-mêmes. Oreste revient donc trouver sa sœur afin de mourir ensemble ; et c'est alors que, dans les adieux que se font Electre et Oreste, adieux mêlés du regret de la vie, chez Electre surtout, c'est alors qu'éclate la tendresse du frère et de la sœur.

ELECTRE

« Il nous faut mourir. Est-il possible de ne pas gémir sur notre sort ? car la vie est un objet de regrets pour tous les mortels.

ORESTE

« Ce jour est le dernier pour nous : il faut suspendre le lacet fatal ou aiguiser le glaive de notre main.

1 Vers 791 à 79 9. Traduction de M. Artaud.

HO DE l'amour fraternel

ELECTRE

« Mon frère, donne-moi toi-même le coup mortel, pour qu'aucun Argien ne fasse cet outrage à la fille d'Agamemnon.

ORESTE

« C'est assez du sang d'une mère : je ne te donnerai point la mort. Meurs de ta propre main, et choisis toi-même ton supplice.

ELECTRE

« Je le ferai. Le glaive qui te frappera ne me manquera point; mais, du moins, que je puisse te serrer dans mes bras !

« Jouis de ce vain plaisir, si c'est un plaisir de serrer dans ses bras ceux qui marchent à la mort.

ELECTRE

« 0 mon tendre frère, toi à qui le nom de ta sœur fut toujours si cher et si doux, toi qui n'es qu'une âme avec elle !

ORESTE

« Tu me feras fondre en larmes. Oui, je veux répondis à ta tendresse par la mienne; et pourquoi en rougirais-je? 0 sein chéri d'une sœur? ô doux embrassements ! Ces derniers adieux doivent, dans notre malheur, nous tenir lieu d'enfants et d'hyménée.

ELECTRE

« Ah! que du moins, s'il est possible, le même fer nous frappe , et qu'un même tombeau nous reçoive ' ? »

Ce tombeau commun, dernier vœu de leur amour

1 Ibid. Vers 1033 à io$4, îucmc traduction.

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