DANS L'ELECTRE D'EURIPIDE
fraternel, c'est à Pylade qu'Oreste en confie le soin. Mais Pylade n'accepte pas ce triste office de survivant : il veut mourir avec Oreste et Electre. C'est ainsi qu'autour d'Oreste mourant s'empressent à l'envi la tendresse d'une sœur et le dévouement d'un ami : touchante idée de la poésie antique et surtout d'Euripide qui, trouvant dans Oreste un de ces héros que guidait et que poursuivait l'implacable colère des dieux ', a voulu compenser les douleurs qu'il éprouve par la tendressse qu'il inspire ! Il est persécuté par les Furies, mais il est aimé par Pylade et consolé par Electre; il est abandonné par les dieux, mais il meurt avec sa sœur et son ami. Non, ce n'est plus un mortel impie et sacrilège celui qui inspire et qui ressent ces nobles affections ; non , Oreste n'est plus livré aux vengeances du Styx, s'il descend au tombeau accompagné et protégé par deux âmes généreuses. La sainte amitié des hommes cache et répare l'injustice des dieux; la terre proteste contre le ciel par sa voix la plus forte et la plus pure ; la voix d'un cœur tendre et dévoué ; et , si , dans cette admirable création d'Oreste réhabilité et consolé à ses derniers moments par la tendresse d'une sœur et d'un ami, dans ce tableau de l'homme d'autant plus aimé qu'il est plus malheureux, je démêle la pensée du philosophe et la hardiesse du censeur des traditions mythologiques, j'y admire encore plus la profondeur du génie pathétique d'Euripide et l'intelligence de la pitié humaine dans ses plus mystérieux secrets.
1 L'oracle d'Apollon lui ordonne de tuer sa mère, et le9 Furies l'en punissent.