‹ Cours de litterature dramatiqueChapitre 15 sur 47 · SUITE DE L'AMOUR FRATERNEL. — JEAME DEAN3 , OU LA SOEUR · texte numérisé non relu

SUITE DE L'AMOUR FRATERNEL. — JEAME DEAN3 , OU LA SOEUR

dans la Prison d'Edimbourg de walter scott.

Je ne puis pas dissimuler l'embarras que j'éprouve quand je veux chercher dans les drames et dans les romans modernes des types d'affection filiale ou fraternelle que je puisse opposer aux types de la poésie ancienne. Les types anciens ont une grandeur et une simplicité singulières; les sentiments qu'ils représentent ne sont mêlés d'aucune passion étrangère : Antigone est la plus pieuse des filles, Electre la plus tendre et la plus dévouée des sœurs. Ce qui ajoute à la grandeur des types anciens , c'est qu'ils procèdent tous de la tradition. Oreste, Iphigénie, Electre, Antigone ne sont pas des personnages de fantaisie inventés pour représenter certains sentiments de l'âme humaine : la poésie les a reçus de l'histoire. Ils ont vécu; ils ont ressenti, à travers les maux que leur a réservés la colère mystérieuse des dieux , les affections de l'humanité , et c'est par ces grandes et douces affections qu'ils se sont sentis soutenus et consolés. Aux dieux qui les poursuivent, Oreste et Œdipe opposent, l'un sa sœur, l'autre sa fille. La piété filiale et la tendresse fraternelle balancent les caprices de la divinité, et gran*

JEANIE DEANS nE WALTER SCOTT. 135

dissent dans cette lutte de la terre contre les deux.

Les personnages qui, dans la littérature moderne, représentent ces saintes affections de l'humanité, ne relèvent point de la tradition*: leur caractère et leurs sentiments sont de pures fictions. Il en est de même de leurs malheurs. Ils n'ont pas l'avantage qu'ont les personnages traditionnels de recueillir en quelque sorte les sentiments de plusieurs générations, et de devenir plus expressifs à mesure qu'ils deviennent plus anciens. Ils n'ont pas d'autres sentiments que ceux qu'ils ont reçus du romancier, et ils restent tels qu'ils ont été créés pour la première fois : ils ne croissent pas avec le temps. Pour les grandir à sa manière, le romancier leur prête volontiers des passions étrangères au sentiment principal qu'ils représentent. Il n'en fait pas seulement des fils et des frères, des filles et des sœurs : il en fait des amoureux. L'amour, dans la littérature moderne et même dans la littérature contemporaine, qui imite souvent ce qu'elle critique, l'amour tient la première place. Les anciens sont pères, époux, fils, citoyens; ils sont enfin tout ce qu'est l'homme ici-bas. Les modernes, à en croire les poètes et les romanciers, ne sont qu'amants ; et , des quatre parts de la vie humaine , l'enfance , la jeunesse , l'âge mûr et la vieillesse, il n'y en a qu'une,- la jeunesse, que la littérature semble s'être consacrée à peindre.

L'âge que le romancier donne à ses personnages principaux, les passions qu'il leur attribue, et, le dirai-je aussi , l'âge même qu'ont la plupart de ceux qui se mettent à écrire des romans , tout cela empêche que les affections qui font la force et la joie

J36 de l'amour fraternel.

do la famille no soient représentées d'une manière grande et ferme dans les romans modernes. En effet,

10 respect de ces affections ne s'apprend que tard.

11 vient, je le sais bien, un jour où les amants sont du parti dos maris, où les fds sont du parti des pères ; mais les romans , en général , s'arrangent pour finir avant ce jour-là : ils mènent le héros à la famille, mais ils le quittent sur le seuil.

J'ai exposé l'embarras que j'éprouve quand je veux comparer les personnages modernes aux personnages anciens. Essayons cependant de trouver dans les romans modernes quelques esquisses que je puisse mettre à côté des grandes figures de l'antiquité. Je choisis, entre toutes, comme une des belles et des plus pures que je puisse citer, le personnage de Jeanie Deans , dans le roman de Walter Scott, intitulé la Prison d'Edimbourg.

Dans les romans de Walter Scott, l'amour no tient pas la première place ; il est quelquefois le sujet du récit, mais il n'en fait point l'intérêt principal. Co sont d'autres affections qui sont en jeu. Les sentiments de père et de fils , de mère et de femme , de frère et de sœur, de citoyen et d'étranger, de vainqueur et de vaincu, les mœurs générales de l'humanité et les mœurs particulières d'une époque, voilà ce que représente Walter Scott , au lieu de peindre les vicissitudes infinies d'une seule passion. Les femmes le lui ont reproché; et, comme elles sont en général disposées à préférer les émotions de l'amour aux émotions de l'histoire, elles n'ont goûté qu'à moitié une peinture de la vie humaine, où leur sentiment de prédilection n'avait pas la première place.

Les romans de Walter Scott ne cherchent l'idéal ni dans l'amour ni dans les autres sentiments : ils cherchent la vraisemblance. L'auteur ne s'inquiète pas de peindre les sentiments de l'homme plus beaux ou plus laids, plus grands ou plus petits qu'ils ne sont ; il ne crée ni héros ni monstres : il crée des hommes. Le procédé ordinaire des romans est de mettre l'idéal dans le cadre de la vie commune , et c'est par là que les romans nous séduisent. Ils embellissent nos sentiments sans les dénaturer ; ils nous font croire que la vie héroïque, avec ses belles passions et ses grandes aventures, est à la portée de tout le monde. Je dirai plus tard ce que je pense des bons et des mauvais effets de cette illusion romanesque ; ici je veux seulement remarquer que le procédé des romans de Walter Scott est tout différent. 11 ne mêle pas l'idéal à la vie commune , mais il y mêle l'histoire, et c'est par là qu'il relève cette vie commune qui fait le fond de ses romans. Il ne sort pas des bornes de la vraisemblance ; mais il échappe à la vraisemblance banale et vulgaire , en prenant la vraisemblance dans les hommes et dans les choses qui sont dignes du souvenir de l'histoire.

Aimant la vraisemblance et se souciant peu de l'idéal, Walter Scott cependant n'est pas un romancier qui peigne l'homme en mal : il ne croit pas que le laid soit le vrai. Je dois dire, au contraire, qu'une des qualités principales du génie de Walter Scott, et celle qui me le fait le plus aimer, c'est le don particulier qu'il a de voir, dans les divers caractères qu'il met en scène , le bon côté de la nature humaine , et de le faire ressortir. Il y a des romanciers qui , se

138 de l'amour fraternel.

piquant do peindre le peuple, le peignent dans sa grossièreté, dans sa laideur, dans ses plaisirs brutaux, dans son langage ignoble, jetant à peine çà et là, dans ces âmes dégradées, quelque instinct confus du bien. Voilà le peuple qu'ils présentent aux oisifs de la bonne compagnie pour piquer leur curiosité , montrant toujours le haillon plutôt que le vêtement, le garni banal qui change d'hôtes chaque nuit plutôt que la chaumière qui a vu naître et mourir les générations de la même famille ; la misère paresseuse plutôt que la pauvreté laborieuse ; ce qui inspire l'horreur et le dégoût, plutôt que ce qui excite la pitié. Walter Scott ne craint pas de montrer les haillons du peuple , et même de parler son argot. Il y a dans ses romans des mendiants , des bohémiens , des contrebandiers ; mais il cherche , derrière les haillons et à travers l'argot, le sentiment élevé, le mot noble et touchant qui appartient à tous les hommes, quel que soit leur rang, mais qu'ils ne trouvent qu'au moment où leur âme s'élève au niveau de l'action ou de l'événement. Il ne met pas en scène ses mendiants et ses contrebandiers pour le triste plaisir de nous familiariser avec les habitudes de la taverne et le jargon de la Bohême ; il a une meilleure pensée : il les fait entrer dans l'action tels qu'ils sont tous les jours , grossiers , rudes ; mais, quand vient l'émotion vive et forte , voyez comme ils dépouillent la grossièreté de leur métier et de leur vie pour prendre aussitôt la dignité de la nature humaine! Walter Scott, assurément, n'est pas un écrivain de parti : il no veut pas élever les petits et rabaisser les grands ; mais il connaît le cœur de

l'homme, il le respecte partout où il bat, sous la guenille du pauvre comme sous le manteau royal , et il rend au peuple la majesté qui appartient à toute âme émue par un bon sentiment.

Les bons sentiments que Dieu envoie à l'homme ne profitent pas seulement à son âme, qu'ils épurent ou qu'ils élèvent ; ils profitent aussi à ses manières, à ses gestes, à son attitude, à son langage; ils le transfigurent. Ce sont ces transfigurations fugitives que le poète et le romancier, que le peintre et le sculpteur, s'ils aiment l'homme et s'ils le respectent, s'ils croient que son âme et son corps sont faits à l'effigie de Dieu1, doivent saisir au passage, afin de s'en servir comme d'idéal , les uns pour représenter la beauté morale, les autres pour représenter la beauté physique. Mais, pour saisir ces divins moments du corps et de l'âme humaine, il faut un œil qui cherche le beau et qui sache le voir.

Walter Scott a , au suprême degré , cette clairvoyance bienveillante, cette intuition du beau et du bon à travers les ténèbres de l'âme humaine , à travers l'inégalité des conditions sociales ; et c'est là ce qui, à mes yeux, fait le charme et le mérite moral de ses romans. J'en prendrai deux courts exemples, l'un dans Kenilworth, l'autre dans l'Antiquaire; l'un qui témoigne du soin que met Walter Scott à discer-

1 Quand en demandait au peintre Léopold Robert comment il avail fait pour découvrir la beauté suprême dans les plus triviales créatures : « Je me suis souvenu, répondit-il, de mon catéchisme ; Dieu a fait l'homme à son image, et, pour l'artiste qui en est convaincu, la vio n'oITrc rien do petit. » (Léopold Robert, Correspondance inédile, par M, Feuillet de Couches, Revue des Deux Mondes, octobre 1848.)

140 de l'amour fraternel.

ner les bons sentiments, même dans ses personnages les pins odieux ; l'autre qui montre combien , dans certains moments , la dignité est naturelle aux hommes les plus vulgaires.

Tony Foster, le portier du château de Kenilworth , est avare , dur et prêt à tout faire pour qui le paye. Il n'y a dans cette âme brutale et cupide qu'un seul bon sentiment, que Walter Scott met curieusement en relief : Tony Foster ne veut pas que sa fdle prenne part à ses méchantes actions. Il consent à se damner lui-même, pourvu que cela lui rapporte quelque chose ; mais il craint pour l'àme de sa fille l'enfer qu'il ne craint pas pour lui-même, et il s'arrange volontiers de l'idée qu'il sera puni dans l'autre monde , à condition que dans celui-ci sa Jenny sera riche , heureuse et honnête ; il n'a de conscience , enfin, que dans sa fille. En faisant ressortir, comme il le fait, le seul bon sentiment de Tony Foster, Walter Scott ne prétend pas nous le faire aimer. Il n'est pas de l'école des romanciers qui prêtent au crime je ne sais quelle grandeur insolente ou quel charme corrupteur ; il ne fait pas de ses scélérats des héros : Walter Scott veut seulement nous faire supporter Tony Foster, ou plutôt il veut montrer et honorer même en cette âme dégradée les bons instincts de la nature humaine. Il ne fait pas, du bon sentiment qui s'est conservé par hasard dans l'àme des méchants , un argument contre la vertu : il en fait un trait de caractère qui concourt à l'effet moral du roman.

Dans V Antiquaire , Édie, le vieux mendiant, n'est pas un personnage vicieux et méchant comme Tony

Poster : aussi n'est-ce pas l'impérissable honnêteté du cœur humain que Walter Scott glorifie en lui , mais c'en est l'impérissable noblesse. Nulle part le talent qu'a Walter Scott de faire intervenir heureusement les personnages tirés du peuple , de les ennoblir sans les déguiser, et d'établir l'égalité entre eux et leurs supérieurs , non pas une égalité factice et prétentieuse, mais naturelle et vraie, par conséquent fugitive et courte, car l'égalité sur la terre n'a que des moments ; — nulle part ce talent n'est plus visible que dans la scène où le vieux mendiant Édie Ochiltrée vient au secours de sir Arthur Wardour et de sa fille, égarée sur les sables de Knocb.vinnock pendant une marée d'automne. « Ma fille , criait sir Arthur Wardour désespéré , te voir périr d'une pareille mort !... — Brave homme, disait-il au mendiant, sauvez-nous, sauvez-la! je vous ferai riche, je vous donnerai une ferme... — Nos fortunes seront bientôt égales , dit le mendiant en jetant un regard sur les flots conjurés ; elles le sont déjà, car je n'ai pas un pouce de terre, et vous donneriez toute votre baronnie pour la plus petite pointe de rocher qui ^'esterait à sec pendant douze heures ' . »

D'où vient à Édie cette soudaine élévation de langage qui ne nous étonne et ne nous choque point? Elle lui vient d'une vive et forte émotion. 11 n'y a qu'une heure encore, Édie n'était qu'un mendiant, ayant le langage du cabaret et l'argot des vagabonds; maintenant il est grave et éloquent, il est l'homme d'une belle et triste émotion, celle du dévouement,

* L'Antiquaire, chap. vu, trailuct. Defauconprct.

142 de l'amour fraternel.

qui ne pcul plus que consoler ceux qu'il aurait voulu sauver.

Le personnage de Jeanie Deans, que je veux étudier comme le type le plus parfait de la piété fraternelle dans la littérature moderne , ce personnage a tous les caractères que je viens de remarquer dans les créations du génie de Walter Scott : il est tiré du peuple, et il est noble; il est simple, et il est grand; il est bon surtout, et d'une bonté qui n'a rien de factice et de romanesque.

Fille d'un nourrisseur de bestiaux, à Saint-Léonard Craigs, près d'Edimbourg, Jeanie Deans avait une sœur plus jeune, plus jolie et plus frivole qu'elle. Cette sœur, Euphémie Deans, s'est laissé séduire par un jeune homme qui vit avec des contrebandiers, quoiqu'il soit d'une bonne famille du Northumberland; mais la vie de désordre et d'aventures l'a entraîné. Il a vu Euphémie Deans , il s'en est fait aimer. La pauvre fille est devenue mère; son enfant lui a été enlevé au moment même de sa naissance, et, comme la loi écossaise punit de mort toute femme qui a caché sa grossesse et dont l'enfant a disparu, Euphémie Deans est traduite en justice. Elle sera condamnée, à moins qu'un témoin ne déclare qu'elle lui a confié sa grossesse. Euphémie Deans a caché sa honte à sa sœur, et cependant sa sœur est citée en témoignage, et, si elle consent à dire qu'Euphémie lui a révélé son secret, celle-ci sera acquittée. L'avocat d'Euphémie, l'auditoire tout entier, qui plaint l'accusée, Euphémie elle-même qui, toute malheureuse et toute déshonorée qu'elle est, se rattache h l'espoir de vivre, tout le monde enfin espère

que Jeanie Deans consentira à mentir pour sauver sa sœur. Mais Jeanie Deans est une fille pieuse et ferme, qui croit à la sainteté du serment, et, comme elle a juré sur l'Évangile de dire la vérité, elle dit la vérité, bien que cette vérité doive être l'arrêt de mort de sa sœur; non qu'elle ne l'aime tendrement, non qu'elle ne soit prête à domu r sa vie pour elle : mais elle ne peut pas violer le serment qu'elle a prêté.

Comme cette scène de cour d'assises devient grande et solunnelle! comme les moindres détails excitent l'émotion! Selon l'usage des tribunaux écossais, c'est l'avocat qui interroge le témoin.

« Fairbrother (l'avocat d'Euphémie), qui ne manquait ni de pratique ni d'intelligence, vit la nécessité de donner à Jeanie le temps de retrouver toute sa présence d'esprit. Il avait quelque soupçon qu'elle venait rendre un faux témoignage pour sauver la vie de sa sœur. — Mais, après tout, pensait-il, c'est son affaire; la mienne est de lui donner le temps de se remettre de son agitation, afin qu'elle puisse répondre catégoriquement aux questions que je suis obligé de lui faire.

« En conséquence, il commença son interrogatoire par quelques questions insignifiantes qui ne pouvaient causer ni embarras ni émotion :

« Ètes-vous sœur delà prisonnière?

« — Oui, monsieur.

« — Sœur germaine?

« — Non, monsieur : nous sommes de différentes a mères.

a — Vous êtes plus âgée que voire sœui ?

144 DE l'amour fraternel.

« — Oui, monsieur, etc., etc. »

« Après ces questions préliminaires et quelques autres qui n'étaient pas plvs importantes, l'avocat, jugeant qu'elle devait être alors suffisamment familiarisée avec sa situation , lui demanda si , dans les derniers temps du séjour d'Effie chez mistress Saddletree, elle ne s'était pas aperçue d'une altération dans la santé de sa sœur.

« Oui, monsieur, répondit Jeanie.

« — Et elle vous en a sans doute dit la cause? continua f 'avocat d'un ton d'aisance qui semblait la conduire à la réponse qu'elle devait faire.

« — Je suis fâché d'interrompre mon confrère, « dit l'avocat de la couronne en se levant; mais je « demande à la cour si cette question peut être faite « de cette manière?

« — S'il faut discuter ce point, dit. le président, je « vais faire retirer le témoin.

« — Il n'est pas nécessaire, milord, répondit Fair- « brother, de faire perdre le temps de la cour. Puis- « que l'avocat du roi croit devoir critiquer la forme « de ma dernière question, je vais la mettre en d'au- « très termes. Dites-moi, miss Deans, avez-vous fait « quelques questions à votre sœur quand vous vous « êtes aperçue de son état de souffrance! Prenez « courage!... Eh bien?

« — Je lui ai demandé ce qu'elle avait.

« — Fort bien ! Calmez-vous, prenez le temps de « répondre... Et que vous a-t-elle répondu? »

« Jeanie garda le silence, et son visage se couvrit d'une pâleur mortelle. — Ce n'est pas qu'elle balan-

çat sur la réponse qu'elle avait à faire : l'idée d'un parjure ne pouvait entrer dans son esprit; mais il était bien naturel qu'elle hésitât à anéantir la dernière espérance de sa sœur.

« Prenez courage, reprit Fairbrother. Je vous de- « mande ce qu'elle vous a répondu.

« — Rien ! » répondit Jeanie d'une voix presque éteinte , mais qui fut entendue dans toutes les parties de la salle d'audience, tant il régnait un profond silence pendant l'intervalle qui s'était écoulé entre la question que l'avocat avait faite et la réponse qu'il avait reçue.

« Fairbrother changea de visage ; mais il ne perdit pas cette présence d'esprit qui est souvent aussi utile dans une affaire litigieuse que dans une bataille « Rien , reprjt-il , sans doute , lorsque vous Tinter « rogeàtes pour la première fois ; mais ensuite , elle « vous confia sa situation? »

« Il fit encore cette question d'un ton propre à lui faire comprendre toute l'importance de sa réponse, si elle ne l'avait déjà bien comprise. Mais la glace était rompue ; Jeanie hésita moins que la première fois, et répondit assez promptement : « Hélas ! mon- « sieur, jamais elle ne m'en a dit un seul mot. »

« Un profond gémissement rompit le silence qui régnait encore dans l'assemblée : c'était le malheureux père qui, en dépit de sa fermeté, ne put résister au coup qui faisait évanouir le peu d'espérance qu'il conservait encore malgré lui, et il tomba sans connaissance sur le plancher, aux pieds de sa fille épouvantée. '»

1 La Prison d'Edimbourg, chap. xxxiii, traduit. l>efaucoiiprct. »• 13

Page 1