LES SŒURS DE PSYCHÉ
les mortelles n'étaient pas dignes de la servir! On voyait une douzaine de nymphes à l'entour d'une toilette, à l'entour d'un brodequin ; mais quel brodequin ! qui valait autant que tout ce qu'elles avaient coûté en habits depuis qu'elles étaient au monde1.»
Psyché, sans le vouloir, excite de plus en plus la jalousie de ses sœurs en leur montrant ses bijoux , ses robes, ses parures. « Ses sœurs soupiraient à la vue de ces objets; c'étaient autant de serpents qui leur rongeaient l'âme. Au sortir de cet arsenal, elles furent menées dans les chambres , puis dans les jardins, et partout elles avalaient un nouveau poison. Une des choses qui leur causa le plus de dépit fut qu'en leur présence notre héroïne ordonna aux zéphyrs de redoubler la fraîcheur ordinaire de ce séjour, de pénétrer jusqu'au fond des bois , d'avertir les rossignols qu'ils se tinssent prêts, et que ses sœurs se promèneraient sur le soir en un tel endroit. Il ne lui reste, se dirent les sœurs à l'oreille, que de commander aux saisons et aux éléments2. »
Désespérées du bonheur de Psyché, ces deux méchantes sœurs cherchent à le détruire, et par leurs artifices elles décident la pauvre Psyché à tuer son mari. Ce mari que Psyché n'a pas vu jusqu'ici et qu'elle ne connaît pas, ses sœurs lui persuadent que c'est un monstre affreux qui n'ose pas se montrer. Elles lui apportent donc une lampe et un poignard : la lampe pour voir le monstre, le poignard pour le frapper :
Prenez-les, dit le couple, et nous vous assurons De la clarté que fait la lampe.
1 Livre I.
' Jbid.
l'our le poignard, il est des bons ,
Bien affilé, de bonne trempe.
Comme nous vous aimons et ne négligeons rien ,
Quand il s'agit de votre bien , Nous avons eu le soin d'empoisonner la lame.
Tenez vous sûre de ses coups ;
C'est fait du monstre, votre époux,
Pour peu que ce poignard l'entame.
A ces mots , un trait de pitié
Toucha le cœur de notre belle.
Je vous rends grâce, leur dit-elle,
De tant de marques d'amitié1.
On sait le reste de l'histoire : comment Psyché perdit son mari pour l'avoir voulu connaître, et fut soumise, avant de le retrouver, aux plus cruelles épreuves. Ces malheurs de Psyché durent consoler quelque peu les deux jalouses. Mais La Fontaine, qui , en vrai fabuliste, tient cà la moralité de ses histoires, a voulu punir les deux sœurs de leur méchanceté. Il raconte donc qu'ayant appris que l'Amour avait répudié Psyché, elles espérèrent remplacer leur Sœur et allèrent sur le rocher où Psyché avait été enlevée par l'Amour, elles n'y trouvèrent, au lieu de Zéphire pour les transporter dans le palais de l'Amour, qu'un grand vent qui les précipita du haut en bas du rocher. Elles descendirent aux Enfers, où Psyché les retrouva, quand elle fut forcée d'y descendre, vivante encore, pour aller demander à Proserpine une boite do fard : c'était une des épreuves que la colère de Vénus faisait subir à Psyché. Aux enfers , la jalousie faisait le châtiment des sœurs de Psyché, comme elle avait fait leur crime :
'■ Livre I.