‹ Cours de litterature dramatiqueChapitre 37 sur 47 · DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR

Voilà l'esprit de la tragédie la plus antique : l'amour n'y figure que comme une loi générale du monde et non comme une passion ; car, à ce titre, il est indigne de la poésie. Le chœur ou les dieux chantent la puissance créatrice de l'amour; mais les personnages du drame n'osent encore ni le ressentir ni l'exprimer comme un sentiment à la fois doux et violent.

Sophocle déroge à peine à celte règle sévère dans Antigone et dans les Trachiniennes '. Le sujet d\intigone se prêtait aisément aux emportements de l'amour. Antigone, en effet, est aimée d'Hémon, fils de Créon, et Hémon cherche à défendre son amante contre son père; mais, ne pouvant y réussir, il se tue sur son tombeau. Supposez un pareil sujet traité pour la première fois par un poète moderne : Hémon sera violent et désespéré, il s'irritera contre son père, il maudira l'arrêt qui lui ravit sa fiancée, et, quand il viendra se tuer sur le tombeau d'Antigone, afin d'être uni à elle au moins dans la mort, quelles émotions! quelle sombre et funèbre joie! qu'Hémon sera près de Roméo, si le poète ose exprimer tous les sentiments que ressent son héros à ces derniers moments! quel trouble enfin et quelle violence dans ce premier suicide d'amour ! Mais Sophocle s'écarte avec une sorte de terreur de ces sentiments désespérés : il a peur des émotions qu'il inspirerait. Hémon défend bien moins sa fiancée qu'il n'attaque l'injuste arrêt de Créon : il atteste le respect qui s'attache ai; " morts, et les devoirs sacrés de la sépulture; il avertit

1 Je parlerai tic la Déjaniic des Trachiniennes, ilaus les chapitres où j'examiucrai les diverses expressions <le la jalousie.

son père (Je la haine du peuple. Alors Gréon s'irrite comme un roi outragé dans son autorité : « Quel autre que moi, s'écrie-t-il, doit commander en ces lieux?

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