Œuvrps, édit. Assczat, XIX. Bi
À. Voyez, d'ailleurs, Faguet, Dix-Huitième Siècle, p. 35;
EMILE "i
lier de menuisier et pour « faire le petit Emile ». On le verra bientôt donner, à travers ses exils et ses fuites, des consultations pédagogiques à des abbés et à des grands seigneurs. Mme d'Épinay, qui a rompu avec lui, veut être son disciple, quoique en réalité elle ne le soit pas : ses Lettres à son fils (1759 avaient précédé Y Emile; ses Conversations d'Emilie (1*774), qui obtinrent en 1783 le premier en date des prix Monthyon, sont à elle, sans doute, plus qu'à Rousseau; mais la marque de Rousseau s'y reconnaît pourtant, et, en tout cas, il est pour elle déjà, il sera pour tous bientôt ce qu'il est pour Mirabeau encore jeune, « le grand Rousseau », l'auteur du « magnifique poème d'Emile, cet admirable ouvrage où se trouvent tant de beautés neuves », ce chef-d'œuvre où tout est excellent1. Mais le plus célèbre des disciples de Rousseau en France avant la Révolution est Bernardin de Saint-Pierre.
Il vaut la peine de s'arrêter à ses Études de la nature (1784), non pour railler une fois de plus l'optimisme attendri de ce « cause-finalier » trop systématique, mais pour voir ce que les idées du maître sont devenues entre les mains du disciple. Ce sont les disciples souvent qui trahissent inconsciemment les défauts du maître. Les Études sont divisées en trois volumes dont voici la substance : I. La nature et la Providence. Les maux du genre humain naissent pour la plupart du vice des institutions politiques, non de la nature. — II. Fausseté des principes de nos sciences. La raison n'est que l'intérêt personnel. Vérité du seul sentiment; l'harmonie du monde reconstituée par le sentiment. — III. Application de ces principes harmoniques à la nature de l'homme physique et intellectuel. La vérité et la vertu. Mœurs sociales, vanité de l'éducation, esquisse d'une éducation nationale; patrie et religion. C'est surtout d'après l'Étude XIV qu'on peut se faire une idée de ce qu'est la pédagogie de Bernardin de Saint-Pierre.
Cette « éducation nationale » comprend trois périodes de trois années chacune, de sept à seize ans. Neuf grands édifices en gradins sont élevés au centre de Paris; ce sont, comme l'indique l'inscription du fronton, les « écoles de la patrie ». Tout autour, de grands parcs, semés de primevères et de violettes, plantés de grands arbres. Arbres, plantes, Heurs, donnant aux enfants l'illusion de la campagne, et de la campagne de France, feront de leur école « un lieu charmant comme leur