C. de Litt. — L'Encyclopédie
BIBLIOGRAPHIE
TEXTES
D'Alemberï. — Œuvres : Belin, 5 vol. in-S°.
Diderot. — Œuvres: édition Assézat et Tourueux. 20 vol. in-8'
1815-71); Garnier'.
Morceaux choisis de Diderot, édit. Fallex (Delagrave , Jacquinet
(Belin), Parigot (Lecène), Pellissier Colin), Tourueux et Ya-
pereau (Charavay .
Édit. du Discours préliminaire de d'Alembert : Ducros (Delagrave),
Picavet (Colin).
LIVRES
Voltaire. — Voir la table générale de l'édit. Beuchot, Garnier, t. LI, art. d'ALEMBERT, Diderot, Encyclopédie, etc.
Mémoires ou journaux de d'Argenson, Bachaumont, lavocat Barbier, la princesse Dashkoff publiés par Bradfort, traduits par A. des Essarts. Paris, Frank, 1859, Mme d'Epinay, Garât. Marmontel, Morellet. Mme de Staal, Mme Suard
Correspondance de Buffon, Catherine II. Mme du Deffand, Frédéric II, l'abbé Galiani, Mme Geoffrin. Grimm (Y. la table au t. XVI de l'édit. Tourueux, Garnier), Mlle de Lespinasse, le prince de Ligne Œuvres, édit. Lacroix, 1860 , J.-J. Rousseau.
Lessing. — La Dramaturgie de Hambourg: 1769; trad. Suckau et Crouslé, introd. Mézières, Didier, 1869, in-8°, 1 Ie et 51e soirées.
Condorcet. — Eloge de d'Alembert, dans ses Eloges académiques :
Mmc de Vandeul. — Mémoires sur Diderot : 1181.
Chateaubriand.— Essai historique sur les Révolutions; 1. 1er, 2e partie, ch. XXV, XLIII.
D'Escherny. —Mélanges: 3 vol. in-12, 1809-1811, Paris; t. III, chap. xx-xxi.
Naigeon. — Mémoires historiques et philosophiques sur la vie et les ouvrages de Diderot: édit. Brière, 1821.
La Harpe. — Lycée: Desrez, 1837, in-8°; t. II, i, 5, S, et 3e partie. m, 4; iv, 3.
Cousin d'Ayalon. — D'Alemberliniana; 1813, in- 18.
1. L'édition Naigeon était de 1798, 15 vol. in-8°; elle fut réimprimée en l^Jlvol. in-x°.
W. Schlegel. — Cours de littérature dramatique, trad. Xecker de Saussure; Paris et Genève, Paschoud, 1814; t. Il, p. 302-307.
Villemain. — Tableau delà littérature française au dix-huitième siècle ; Didier, nouv. édit., 1854 ; t. II, 20e leçon ; t. III, 3S« leçon.
Quérard. — La France littéraire; Didot; t. Ier et II.
Sainte-Beuve. — Premiers Lundis; 3 vol. in-12, M. Lévy, 1S74; t. Ier, 372-394.
— Portraits littéraires; Garnier; t. Ier. 239-264.
— Causeries du lundi: Garnier, in-12; III, 293-313; IV, 515; XII,
51 : XIV. 238. Cf. t. II {Malesherbes et VII [Grimm). Fr. Raumer. — Diderot und seine Werke; Berlin, 1853. Vinet. — Histoire de la littérature française au dix-septième siècle ;
in-12, Sandoz et Fischbacher.
Gé.ntn. — Notice des Œuvres'choisies : 2 vol. in-8°, Didot. Saint-Marc Girardin. — Cours de littérature dramatique, i, 12. Lanfkey. — L'Église et les Philosophes au dix-huitième siècle; 1855,
in-12, Charpentier.
Bersot. — Études sur la philosophie du dix-huitième siècle: Durand,
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dix-huitième siècle: Ladrange, 18.'i8. in-S°; t. II. 1-143. Nisard. — Histoire tle l,i littérature française; Didot. :ie édit.. 1882;
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Cn. Jouet. — L'Esprit <lr Diderot; pensées ; fragments, 1860. Crouslé. — Lessing et le Goût français >-,, Allemagne; Durand, 1863;
2e partie, 1. II. chap. m.
Barni. — Histoire des idées morales et politiques en France au dixhuitième siècle: Germer-Baillière, 2 vol. 1865; t. Ier. leçons
xn à xvm et zxxii à xxxix.
Pascal Diprat. — Les Encyclopédistes, leurs Travaux, leur FJoe/nw
et leur Influe,,::''; 1S66, in-12.
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2 vol.
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Dictionnaire '1rs sciences philosophiques (Franck); 2e édit., 1875,
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(Vacherot), 387-390.
Compayré. — Histoire critique des doctrines de l'éducation, t. II, 1. vi,
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Cn. Joret. — IFerder et la Renaissance littéraire en Allemagne ou
dix-huitième siècle; Hachette, 1875, in-8°; I. iv. 3. Taire. — V Ancien Régime ; Hachette, in-8°, isT.'i.
Rambald. — Catherine H et ses Correspondants français Revue des
Deux Mondes, 15 janv. 1877).
Rocquain. — L'Esprit révolutionnaire avant la Révolution : Pion. 1878,
in-8°.
Paul Albert. — La Littérature française au dix -huitième siècle ;
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— La Littérature française au dix-neuvième siècle ; Hachette. 4e édit.
— Variétés morales et littéraires, Hachette, 1879; p. 174-202. Brunetière. — Études critiques: Hachette, in-12; 2e série, p. 1".
2Û7-217, 267, 273, 280, 295-321 ; 4* série, p. 173, 175 ; 5e série, p. 168-170, 249-250. Cf. Revue des Deux Mondes, 15 mai 1880. 1er février 1882, 15 oct. 1892.
— Manuel de l'histoire de la littérature française: Delasrave; p. 308-
— L'Évolution des gen res; Hachette, in-12: p. 153 à 158, 5e leçon. Caro. — La Fin du dix-huitième siècle : Hachette, 2 vol.. 1880; t. Ier.
6 à 12. Cf. Revue des Deux Mondes, 15 oct., 1er nov., 1er décembre 1879.
Scherer. — Étude sur Diderot: Calmann-Lévy, 1880. in-12.
— Melchior Grimm: Calmann-Lévy, 1889, in-8°. Vapereau. — Préface des Morceaux choisis ; Charavay, 18S1. Charles Blanc. — Préface de Fédition des Salons: Jouaust. 1882. Larroumet. — Marivaux, sa Vie et ses Œuvres: Hachette, in-8°, 1882;
ii, 5. Cf. Revue des Cours et conférences, 12 et 19 juillet 1900. Gillet. — L'Utopie de Condorcet (thèse); in-8°, 1883. Brlnel. — Les Philosophes et f Académie française au dix-huitième
siècle; Hachette, 1884, in-8°; 1. ter, chap. n et m; 1. II, chap.
m; 1. IV, chap. ier et iv. Cf. chap. vu et vm du t. VI de l'Histoire Petit de Julleville ; Colin, in-8°. JitHN Morley. — Diderot and the Encyclopedists : Londres, 2e édit.,
1886, 2 vol.
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Hachette, 1889 ; lre partie, chap. n.
— Diderot, pages choisies; Colin. 189S, notice. Bertrand. — D'Alembert: Hachette, in-16, 1889.
Faglet.— Le Dix-huitième Siècle; Lecène, in-12, 1890; p. 279-325. Rûcafort. — Les Doctrines littéraires de V Encyclopédie; Hachette,
in-8°, 1890.
Picavet. — Les Idéologues; Alcan. 1891; Introduction et chap. icr et n.
— Introduction du Discours préliminaire : Colin 189 4.
Pamgot. — Introduction des Lectures choisies de Diderot; Lecène,
Dr Robinet. — Condorcet, sa Vie. son Œuvre: Quantin. 1893, gr. in-8°.
Henry Troncbin. — Le Conseiller François Tronchin et ses amis Voltaire. Diderot. Grimm; Pion. 1895, in-8° ; chap. x à xm.
Ducros. — Diderot, l'horhme et l'écrivain: Perrin, 1894. in-12.
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Jlle- LEMAirRE. — Feuilleton des Débats du 29 juillet 1894.
Joseph Reinach. — Diderot; in-16. Hachette. 1^
Texte. — J.-J. Rousseau et les Origines du cosmopolitisme littéraire; Hachette. 1898, in-16; n, 2. 5.
Lanson. — Nivelle de la C haussée et la Comédie larmoyante ; Hachette. 1881; ii, 8.
— Histoire de la littérature française; Hachette: 5* partie. I. II. chap. m ; 1. IV. chap. r r. H.
Morillot. — Le Roman en Franc-;; Masson, chap. xix.
Albert Collignun. —Diderot: Alcan, 1895, in-12.
Lebreton. — Le Roman au dix-huitième siècle; Lecène. 1898 : chap. vin.
Maurice ïolrnelx. — Diderot et Catherine II: Calinami-Léw, 1899, iu-8°.
JUGEMENTS
J'étais en peine de notre ami Gauffecourt, que j'avais laissé en mauvais état hier au soir; je me levai ce matin de bonne heure et je me rendis chez lui avant neuf heures. Le baron d'Holbach et Diderot y étaient. Celui-ci voulut sortir dès qu'il me vit; je l'arrêtai par le bras. « Ah! lui dis-je, le hasard ne me servira pas si bien sans que j'en profite. » Il rentra, et je puis assurer que je n'ai eu de ma vie deux heures plus agréables que celles que j'ai passées à l'entendre et à causer avec lui. Voilà ce que j'appelle de l'esprit et du génie.
Mme (TÉpjnày, Lettre à Rousseau, 4757.
Diderot a écrit quelque part ces admirables et humaines paroles : « Un plaisir qui n'est que pour moi me touche faiblement et dure peu. C'est pour moi et pour mes amis que je lis, que je réfléchis, que j'écris, que je médite, que j'entends, que je regarde, que je sens. Dans leur absence, ma dévotion rapporte tout à eux. Je songe sans cesse à leur bonheur. Une belle ligne me frappe-t-elle, ils la sauront. Ai-je rencontré un beau trait, je me promets de leur en faire part. Ai-je sous les yeux quelque spectacle enchanteur, sans m'en apercevoir, j'en médite le récit pour eux. Je leur ai consacré l'usage de tous mes sens et de toutes mes facultés, et c'est peut-être la raison pour laquelle tout s'exagère, tout s'enrichit un peu dans mon imagination et dans mon discours : ils m'en font quelquefois un reproche, les ingrats!... »
Nous qui sommes de ses amis, de ceux à qui il songeait confusément de loin et pour qui il a écrit, nous ne serons point ingrats. Tout en regrettant de rencontrer trop souvent chez lui ce coin d'exagération que lui-même il accuse, le peu de discrétion et de sobriété, quelque licence de mœurs et de propos, et les taches de goût, nous rendons hommage à sa bonhomie, à sa sympathie, à sa cordialité d'intelligence, à sa finesse et à
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sa richesse de vues et de pinceaux, à la largeur, à la suavité de ses touches, et à l'adorable fraîcheur dont il avait gardé le secret à travers un labeur incessant. Pour nous tous, Diderot est un homme consolant à voir et à considérer. Il est le premier grand écrivain en date qui appartienne décidément à la moderne société démocratique. 11 nous montre le chemin et l'exemple : être ou n'être pas des académies, mais écrire pour le public, s'adresser à tous, improviser, se hâter sans cesse. aller au réel, au fait, même quand on a le culte de la rêverie; donner, donner, donner encore, sauf à ne se recueillir jamais; plutôt s'user que se rouiller, c'est sa devise. Voilà ce qu'il a fait jusqu'à la fin, avec énergie, avec dévouement, avec un sentiment parfois douloureux de cette déperdition continuelle. Et pourtant, à travers cela, et sans trop y viser, il a su, de toutes ces choses éparses, en sauver quelques-unes de durables, et il nous apprend comment on peut encore atteindre jusqu'à l'avenir et à la postérité, y arriver, ne fût-ce qu'en débris, du milieu du naufrage de chaque jour.
Sainte-Beuve, Causeries du lun ii; Garnier.
Diderot, c'est le paradoxe. C'est pour cela qu'il est si cher à une certaine classe de lettrés, outre son désordre, dont l'attrait n'est pas médiocre pour les gen> qui ne goûtent pas l'ordre. Il a été toute sa vie l'homme qui conseillait à Rousseau de tourner contre les lettres la déclamation qu'il avait préparée pour leur défense. Il aimait la vérité sans la respecter... Type du décousu, de la témérité, se permettant tout, même la raison et la vérité, agité de ious les souffles du temps, sans lest, point incapable de bien, pourvu qu'il n'y fallût que le premier mouvement, faisant le mal avec l'étourderie de l'enfant qui lapide une statue, il y aurait autant de duperie à l'admirer qu'u lui demander, comme la Harpe, au nom de la religion, de la morale et du goût, un compte pédantesque de tous paradoxes.
Nisard, Histoire de la littérature française } tome IV, chap. xn; Didot.
Il est deux genres de composition où Diderot a vraiment excellé, où il a été original et judicieux, nouveau et vrai. Le premier de ces genres, quel nom lui donnerai-je? Je ne sais. Ce sera, si vous le voulez, le conte moral, mais non pas mondain et fardé comme celui de Marmontel; le conte moral bourgeois, populaire, le récit familier, les Deux Amis de Bourboune, par exemple, cette histoire touchante où tout est si rude et si simple... Cela était nouveau dans notre langue. C'est l'abondance de détails, l'exactitude pittoresque et sensible de Richardson, avec une expression plus serrée, plus nerveuse. Personne n"a mieux conté dans le xvme siècle, non, pas même Voltaire...
Je reviens à un autre genre, la critique littéraire, où il a porté parfois une sorte d"invention aussi rare que piquante, et jeté en courant de petits chefs-d'œuvre. Ce n'est pas que là aussi Diderot n'ait été fort inégal et, par moments, faux et de mauvais goût. Il a surtout contribué à donner aux jugements littéraires cette chaleur extatique, cet engouement fantasque, ces emportements d'admiration ou de dédain, souvent éprouvés ou affectés depuis, et qui ne sont pas la vraie éloquence du genre, celle dont Cicéron, Fénelon, Voltaire, ont animé la critique. Diderot, dans ses écrits, ressemble toujours à un homme de talent et d'humeur qui improvise. Il y a beaucoup à rabattre de ce qu'il dit, beaucoup à retrancher ; mais il y a déjà le fond et la forme, la sagacité, la vivacité et le hasard heureux de l'expression...
Diderot est un critique supérieur, bien qu'il manque souvent d'une exacte justesse. Mais il sent ce qu'il juge, il analyse avec feu. Son imagination se colore de celle d'autrui ; il prend le langage et l'accent des choses qu'il veut louer. Vous le croyez emphatique et déclamateur, c'est qu'il dissertait sur Sénèque. Mais lisez quelques pages qu'il a écrites sur Térence : on n'est pas plus simple, plus élégant, plus net; on n'a pas plus de goût. Térence l'a frappé, il en conserve l'image, comme un œil irritable qui s'est fixé sur une vive et distincte couleur, en garde l'empreinte, et la porte quelque temps avec soi...
Villemain, la Littérature au dix-huitième siècle; Didier.
Après. une première génération d'esprits sains, voici la seconde, où l'équilibre moral n'est plus exact. « Diderot, dit Voltaire, est un four chaud qui brûle tout ce qu'il cuit; » ou plutôt c'est un volcan en éruption qui, pendant quarante ans. dégorge les idées de tout ordre et de toute espèce, bouillonnantes et mêlées, métaux précieux, scories grossières, boues fétides... Il ne possède pas ses idées, mais ses idées le possèdent; il les subit. Pour en réprimer la fougue et les ravages, il n'a pas ce fond solide de bon sens pratique, cette digue intérieure de prudence sociale qui, chez Montesquieu et chez Voltaire, barre la voie aux débordements. Tout déborde chez lui, hors du cratère trop plein, sans choix, par la première fissure ou crevasse qui se rencontre, selon les hasards d'une lecture, d'une lettre, d'une conversation, d'une improvisation, non pas en petits jets multipliés comme chez Voltaire, mais en larges coulées qui roulent aveuglément sur le versant le plus escarpé du siècle. Non seulement il descend ain<i jusqu'au fond de la doctrine antireligieuse et antisociale, avec toute la raideur de la logique et du paradoxe, plus impétueusement et plus* bruyamment que d'Holbach lui-même; mais encore il tombe et s'étale dans le bourbier du siècle qui est la gravelure, et dans inde ornière du siècle qui est la déclamation. .. En tout il force le ton. Ce ton qui règne alors en vertu de l'esprit classique et de la mode nouvelle est celui de la rhétorique sentimentale. Diderot le pnus-»- à bout jusque dans l'emphase larmoyante ou furibonde, par des exclamations, des apostrophes, des attendrissements, des violences, des indignations, des enthousiasmes, des tirades à grand orchestre, où la fougue de sa cervelle trouve une issue et un emploi.
En revanche, parmi tant d'écrivains supérieurs, il est le seul qui suit un véritable artiste, un créateur d'àmes, un esprit en qui les objets, les événements et les personnages naissent et s'organisent d'eux-mêmes, par leurs seules forces, en vertu de leurs affinités naturelles... L'homme qui a écrit les Salons, les Petits Romans, les Entretiens, le Paradoxe du comédien, -urtout /' \l> iiiU-rt et le Neveu <i Rameau, est d'espèce unique en son temps.
Tai.nk, l'A/"/- n Régime; Hachette.
i Vous avez probablement parcouru Diderot. Il faul avoir lu ses paradoxes pour s'en amuser, les réfuter et les oublier. Il raffermit — à ses dépens — dans son lecteur le sentiment du vrai et du beau. Votre esprit si droit, si simple et si sérieux dans sa finesse el sa grâce, n'a pas dû goûter beaucoup le babil capricieux, miroitant el dilettantesque du « Platon français » [jamais homme ne fut plus mal surnommé). Cependant on y pèche par-ci par-là quelques idées neuves et hardies, ou plutôt quelques germes d'idées fécondes. Son dévouement à la liberté de l'intelligence, son Encyclopédie, voilà ce qui le fera vivre. Son cœur est excellent; mais, quand il le fait parler, il y fourre de l'esprit et le gâte. Décidément, les feux d'artifice du paradoxe ne vaudront jamais le bon soleil de la vérité... »
Ivan Toirguéneff, Lettres à Mme Viardot.
Le Discours était du meilleur aloi, ferme, grave et modéré. Les droits de la raison y étaient revendiqués sans ambages, et pourtant sans forfanterie; une place y était faite, en dehors de la science, aune religion révélée: Descartes y était critiqué dans ses théories physiques el métaphysiques, non dans sa méthode; la philosophie y était même vantée avec mesure, enfermée dans ses justes limites, reconnue capable d'excès, d'empiétement sur le domaine du cœur et de l'imagination. Ainsi De Discours, en exposant l'essentiel de la doclrine, ne disait rien de trop, n'offrait aucune matière à la censure, fermait la bouche à toute interprétation maligne, et commandait l'approbation de tout juge impartial.