NARRATIONS
Un riche bourgeois de Langres meurt, choisissant pour exécuteur testamentaire le père de Diderot, célèbre dans le pays pour sa probité rigide. Les héritiers (des collatéraux) arrivent de toutes parts très nombreux, et en général très pauvres. Ils attendent l'ouverture du testament. La veille, en achevant de régler des comptes, M. Diderot ramasse par hasard un papier froissé, jeté dans un coin. C'est un second testament, de date plus récente, qui institue légataire universel un grand libraire de Paris dont le défunt n'avait jamais parlé. Incertitudes de l'exécuteur testamentaire. Supprimera-t-il ce chiffonde papier? Après bien des hésitations, il prend un parti. Vous direz lequel. (Dans cette narration, insister beaucoup sur le cas de conscience. Développer les arguments pour et contre.)
(Savoie. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1891.)
A l'époque où il n'était encore qu'un inconnu, le philosophe Diderot, se trouvant un jour sans argent, visita plusieursde ses amis clans l'espoir que quelqu'un l'inviterait à dîner.
Mais les uns se trouvèrent absents, les autres ne songèrent pas à l'inviter. Quand il rentra chez lui, son hôtesse, le voyant pâle et défait, lui offrit une tasse de vin chaud.
Diderot accepta, et, en reconnaissance de ce secours, il fit le serment de ne jamais refuser un écu à quiconque le demanderait. 11 fut fidèle à ce serment.
(Yonne. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1889.)
LETTRES
Lettre de Voltaire à Diderot. — Au mois de janvier 1758, d'Alembert, fatigué ou effrayé, renonçait à collaborer à ['Encyclopédie. Le 19 février de la même année, Diderot, dans sa lettre à Voltaire, écrivait : •< Mon cher maître, j'ai la quarantaine passée; je suis las de tracasseries. Je crie depuis le matin jusqu'au soir : « Le repos, le repos! » et il n'y a guère de jours que je ne sois tenté d'aller vivre obscur et mourir tranquille au fond d'une province.
« Il vient un temps où toutes les cendres sont mêlées: Alors que m'importera d'avoir été Voltaire ou Diderot, et que ce -oient vos trois syllabes ou les trois miennes qui restent?
// faut travailler, il faut être utile, on doit compte de ses talents, etc. Etre utile aux hommes? Est-il bien silr qu'on fasse autre chose que les amuser, et qu'il y ait grande différence entre le philosophe et le joueur de tlûte? Ils écoutent l'un et l'autre avec plaisir ou dédain, et demeurent ce qu'ils sont. Les Athéniens n'ont jamais été plus méchants qu'au temps de Socratf , et ils ne doivent peut-être à son existence qu'un crime de plus. Qu'il y ait là dedans plus d'humeur que de bon sens, je le veux.
Voltaire répond à Diderot pour lui rendre confiance et courage. Il réfute chacune de ses assertions et insiste surtout sur ce conseil : « Il faut travailler, il faut être utile, on doit compte de ses talents. •
(Concours général, 1893.]
IJ
En 1778, d'Alemberl offrit à l'Académie le buste de Molière, sculpté par Houdon. Vous referez le discours qu'il prononça le jour de l'inauguration.
(Grenoble. — Brevet supérieur. — Aspirants, 1889.)
Ea 1754, Rousseau, écrivant à d'Alembert, le remerciait de l'envoi du Discours préliminaire de Y Encyclopédie, et lui disait que « la chaîne encyclopédique » surtout l'avait instruit et éclairé. Mais il croyait trop peu aux progrès de la raison humaine et aux bienfaits de la civilisation pour ne pas faire mentalement quelques réserves et sur la partie philosophique, et plus encore sur la partie historique, du Discours, où respirent à la fois un tel mépris du passé et un tel enthousiasme du présent. Ce sont ces réserves qu'il précisera et développera dans une lettre à Diderot, avec qui il s'épanchait alors plus librement qu'avec d'Alembert. Mais en les faisant il n'oubliera pas que V Encyclopédie est chère à Diderot, et que lui-même, Rousseau, en a été le collaborateur.
La même lettre pourra être écrite, sur un ton plus libre, soit à M. de Malesherbes, dont on connaît les liaisons avec les encyclopédistes, soit au marquis de Mirabeau, presque aussi célèbre par l'originalité de son esprit et de son humeur que par ses démêlés avec son fils.
Bu 1752, le privilège de l'Encyclopédie ayant été suspendu, l'impératrice Catherine de Russie fit écrire à Voltaire pour lui offrir d'en venir continuer l'impression dans ses Etats. Voltaire conseilla à Diderot d'accepter cette proposition. Vous supposez que Diderot, répondant à Voltaire, développe les raisons qui l'empêchent de se rendre en pays étranger pour faire impri-
C'est en 1752 que parut le premier volume de Y Encyclopédie. On sait que c'est d'Alembert qui écrivit le Discours préliminaire. Les autres volumes parurent successivement à des intervalles inégaux. Plusieurs difficultés, quelques persécutions même, en arrêtèrent parfois la publication. Enfin d'Alembert déclara à Diderot qu'il renonçait à poursuivre l'œuvre commune. Diderot lui répond :
1° 11 comprend la lassitude de d'Alembert et il n'essayera
pas de faire revenir sur sa détermination un homme à qui les encyclopédistes doivent déjà tant et sur qui ils croient pouvoir compter encore.
2° Pour lui, il continuera seul l'œuvre entreprise; aucun obstacle ne l'arrêtera, aucune persécution ne le découragera .
3° En quelques mots énergiques, il dira ce qu'il attend, et pour le présent et pour l'avenir, de l'œuvre à laquelle il espère attacher son nom.
Diderot, dans les Entretiens avec Dormi, et dans plusieurs autres œuvres de critique dramatique, relevait ce qu'il y avait d'artificiel dans le théâtre français du xvme siècle. Il prétendait tout ramener à la nature, en proscrivant toutes les conventions tirades, coups de théâtre, groupements des acteurs, ton trop haut de la parole, exagération scénique, procédés de tout genre...). Il s'écriait : « 0 nature! tout ce qui est bien est renfermé dans ton sein; tu es la source féconde de toute vérité. La vérité ! la nature ! les anciens ! Sophocle ! Philoctète ! Le poète l'a montré sur la scène, couché à l'entrée de sa caverne, et couvert de lambeaux déchirés ; il s'y roule, il y éprouve une attaque de douleur; il y crie, il y fait entendre des sons inarticulés. »
On suppose qu'un auteur dramatique du temps, après avoir lu les Entretien- Dorval, écrit à Diderot, et que dans sa
lettre il met surtout en relief ces deux idées : il est désirable et nécessaire que les auteurs français se rapprochent de plus en plus de la vérité et de la nature. Il est impossible que le théâtre, en quelque temps ou pays que ce soit, ne soit que l'imitation pure et simple delà réalité.
Duclos, secrétaire perpétuel de l'Académie française depuis 1755, annonce à d'Alembert, son futur successeur dans ces fonctions, la mort de Fonlenelle (4757] . Il s'attachera surtout à faire ressortir à quel point l'historien de l'Académie des sciences est supérieur au bel esprit que ridiculisait la Bruyère.
Lettre de Rousseau à Diderot pour lui annoncer qu'il refuse de collaborer plus longtemps à l'Encyclopédie-
Lettre de L'impératrice Catherine à Diderot, qui lui a envoyé les derniers volumes de V Encyclopédie.
Elle a reçu par les soins de Grimm les derniers volumes de Y Encyclopédie avec la lettre de Diderot qui les accompagnait, et elle le félicite d'avoir mené à bien une telle entreprise, sans avoir été ni un lâche ni un martyr.
Elle loue le dessein général d'une œuvre dont elle avoue que bien des détails lui échappent; mais elle laisse voir qu'elle n'eu ignore pas les défauts ni le parti pris.
C'est avec une pleine tranquillité d'esprit qu'elle considère un ouvrage dont les censeurs en France ne s'inquiétaient peutêtre pas si à tort, mais que peu de ses sujets liront. Tous les peuples ne sont pas encore si éclairés que les Français.
Jadis, au fort de la lutte, il a refusé de déserter son œuvre pour chercher à Pétersbourg un asile contre les persécutions; l'œuvre achevée, il ne refusera pas de venir observer de plus près un despotisme un peu barbare, mais dont la Russie s'accommode en attendant le triomphe encore lointain de la raison parmi les hommes.
Le plus pur pessimisme respire en certaines pages de Y Essai de philosophie morale de Maupertuis (1740 . Le « mal de vivre » y est analysé déjà, non sans profondeur. Maupertuis y affirme que, tout bien pesé, la somme des maux surpasse pour l'homme celle des biens et que son être ne vaut pas le néant. Il tient, d'ailleurs, à déclarer dans la préface qu'il n'a écrit ce petit livre ni dans l'exil ni dans le chagrin, mais dans ses plus beaux jours, au milieu d'une cour brillante, dans le palais du roi qui lui a fait une fortune inespérée. On suppose que d'Alembert, qui. dans le Discours préliminaire de YEn<:ijclopédie, louera chaleureusement l'indépendance des idées de Maupertuis en physique, discute ses idées sur le bonheur, en le remerciant de l'envoi de son livre.
Le ton amer de l'Essai l'a surpris et inquiété, car il n'ignore pas que ce que Maupertuis appelle le fardeau de vivre est alourdi pour lui par des douleurs physiques trop réelles. Maupertuis a besoin de revoir les côtes de sa Bretagne et Paris, où tous ses amis lui feront fête.
Les attaques de quelques envieux, celles de Voltaire même, ne doivent pas étouffer en lui cet amour de la science qui lui faisait naguère affronter les glaces du pôle. La meilleure manière de se montrer l'égal de son brillant adversaire, à qui le mal de vivre est inconnu, c'est de savoir comme lui infatigablement penser et agir.
Montesquieu, qui vient de publier l'Esprit des lois; Buffon, qui donne au public les premiers volumes de son Histoire naturelle: Diderot, qui s'est fait mettre à la Bastille pour sa lettre sur lps aveugles, lui donneraient des leçons utiles d'activité sereine ou courageuse. Avec celui-ci. il entreprendra lui-même, frop audacieusement peut-être, d'élever un durable monument à la philosophie, à la science et au progrès.
Rien ne manque à Maupertuis pour être heureux, s'il veut résolument l'être. Qu'il travaille, qu'il espère et qu'il vive.
Le chevalier de Jaucourt, un des collaborateurs les plus actifs de V Encyclopédie, assista Montesquieu dans sa dernière maladif. On suppose qu'il écrit à d'Alemberf pour lui annoncer la mort du grand écrivain et pour lui demander d'écrire son éloge.
Mmc du Deffand écrit a Montesquieu pour lui demander d'appuyer la candidature de d'Alemberf à l'Académie.