‹ Cours de littérature (volume 2)Chapitre 62 sur 68 · Jules Lemaitre, Contemporains, II · texte numérisé non relu

Jules Lemaitre, Contemporains, II

l'indépendance et l'originalité. .Non qu'il y faille voir, à quelque degré que ce soit, un manifeste révolutionnaire. Chénier n'y a pas pris encore nettement son parti; ses audaces de novateur y sont tempérées par des timidités classiques qui rappellent Boileau. Les inventeurs sont glorifiés, il est vrai : à eux seuls la vie est promise.

Mais inventer n'est pas, en un brusque abandon. Blesser la vérité, le bon sens, la raison...

La définition qu'il donne de l'inventeur est toute classique, et il appuie de l'exemple des Grecs une condamnation du mélange des genres ; et il cite les grands tragiques du xvne siècle, au niveau desquels il élève Voltaire. Ce ne sont là peutêtre que des précautions oratoires, car le ton change presque aussitôt, et ce n'est plus à Boileau que Ton songe quand Chénier adjure le poète de tenter l'épopée, d'être libre, de ne pas épier tous les pas de Virgile et d'Homère, de ne pas se résigner à n'avoir pour boussole et pour étoiles que les grands noms des anciens.

Les coutumes d'alors, les sciences, les mœurs, Respirent dans les vers des antiques auteurs. Leur siècle est en dépôt dans leurs nobles volumes. Tout a changé pour nous, mœurs, sciences, coutumes. Pourquoi donc nous faut-ii, par un pénible soin, Sans rien voir près de nous, voyant toujours bien loin, Vivant dans le passé, laissant ceux qui commencent. Sans penser, écrivent d'après d'autres qui pensent, Retraçant un tableau que nos yeux n'ont point vu, Dire et dire cent fois ce que nous avons lu?... Tous les arts sont unis : les sciences humaines N'ont pu de leur empire étendre les domaines, Sans agrandir aussi la carrière des vers. Quel long travail pour eux a conquis l'univers !

C'est, déjà exprimée en assez beaux vers, la doctrine moderne de l'évolution. Très ample et très clair, le raisonnement de plus en plus s'anime et s'élève à l'éloquence. Du moins, une sorte d'enthousiasme philosophique et scientifique soulève le poète. Les noms qu'il énumère et glorifie, ce ne sont pas ceux de ses précurseurs en poésie, ce sont ceux des grands savants, Torricelli, Newton, Kepler, Galilée, Buffon, Cassini, parmi lesquels il n'y a qu'un Français d'origine. 11 est vrai que l'historien de l'astronomie, Bailly, est cité aussi. Voilà pour lui les vrais

initiateurs; voilà d'où il attend le renouvellement d'un art épuisé, car c'est bien d'un art nouveau qu'il est le prophète, l'interprète et, en quelque mesure, le représentant. Ce poème n'est pas froidement didactique: l'auteur en veut à des adversaires dont les « doctes mépris » découragent tout jeune poète qui voudrait sortir du cercle des sujets et des procédés consacrés. Dans l'âme du poète lui-même, il semble qu'une lutte se livre entre sa dévotion toujours chaude pour ses chers anciens, et sa conviction profonde que la sûre manière de les égaler, ce n'est pas de les copier, mais, au contraire, d'imiter leur indépendance à l'égard de leurs propres devanciers. Loin de défendre qu'on se mette à leur école, il le prescrit, à condition qu'ensuite on ose être soi-même, et c'est ici que se place le vers sur les « vers antiques » dont les « pensers nouveaux » seront l'âme, vers suffisamment éclairé par ceux qui le précèdent :

Pour peindre notre idée, empruntons leurs couleurs; Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques.

Sans doute, si le principe est clair, l'application n'en est point si facile que Ghénier le croit, et peut-être n'est-il pas sans danger de distinguer entre la forme antique et le fond moderne. Oui, il se peut qu'il y ait une espèce de contradiction au fond de la théorie où ce jeune poète, si différent des poètes contemporains, ne donne guère que la formule de son propre pénie, moderne et antique à la fois. Mais c'est cetle contradiction même qu'il est intéressant d'étudier dans le poème de l'Invention. Du disciple des anciens ou du précurseur des modernes, qui restera vainqueur? Ce sera le second assurément, car, ainsi que les anciens, il parle au nom de la nature, et la nature qu'il conçoit, « l'immense vérité, la nature elle-même », combien il la voit élargie et approfondie en tous sens ! Sur la façon dont les anciens concevaient la nature, et qu'il fait vraiment trop étroite, il se trompe; mais quelle foi dans l'avenir respire dans cet appel au jeune poète, à ce poète qui sera lui, s'il a le temps de voir mûrir et fructifier ses espérances !

Qui que tu sois enfin, ô toi, jeune p Travaille, ose achever cette illustre conquête. De preuves, de raisons, qu'est-il encor besoin ? Travaille. Un grand exemple est un puissant témoin. Montre ce qu'on peut faire en le faisant toi-même. si p^ur toi la retraite est un bonheur suprême, Si chaque jour les vers de ces maîtres fameux

Font bouillonner ton sang et dressent tes cheveux,

Si tu sens chaque jour, animé de leur àme,

Ce besoin de créer, ces transports, cette flamme,

Travaille. A nos censeurs, c'est à toi de montrer

Tous ces trésors nouveaux qu'ils veulent ignorer.

Il faudra bien les voir, il faudra bien se taire

Quand ils verront enfin cette gloire étrai..

De rayons inconnus ceindre ton front brillant...

Oh ! qu'ainsi parmi nous des esprits inventeurs

De Virgile et d'Homère atteignent les hauteurs.

Sachent dans la mémoire avoir comme eux un temple,

Et sans suivre leurs pas imiter leur exemple.

Faire, en s'éloignant d'eux avec un soin jaloux,

Ce qu'eux-mêmes feraient s'ils vivaient parmi nous !

Que la nature seule, en ses vastes miracles,

Soit leur Fable et leurs dieux, et ses lois leurs oracles.

Cet appel est déjà celui d'un conquérant, et c'est bien d'une conquête, en effet, qu'il s'agit. Tout le plaidoyer en faveur de la « langue des Français », calomniée par les rimeurs qui lui attribuent leur propre impuissance, tout ce portrait du poète inspiré tel que Chénier l'imagine, ne s'expliquent que par là. La langue est prête; le modèle est prêt: c'est la nature. Vienne donc le poète qui saura se servir de l'instrument et imiter, égaler, s'il se peut, le modèle. Becq de Fouquières voit dans le poème de \ Invention le prologue d'un poème plus considérable, l'Hermès, que Chénier appelle « l'objet le plus cher des veilles de dix ans », mais qui demeura inachevé. Il n'est pas besoin d'unir par un lien direct cet Art poétique de Chénier aux vastes ébauches didactiques qui suivront; il suffit d'y reconnaître une transition, plus ou moins consciente, entre la poésie antique et la poésie moderne, entre l'inspiration grecque toute poétique et l'inspiration française toute philosophique. S'il aimait à revivre dans le passé, Chénier vivait sans regret dans le présent, et le présent ne pouvait manquer de le prendre, tôt ou tard, bon gré, mal gré, tout entier. On a vu que, même dans ses idylles antiques, il était homme du présent. Essaye-t-il de faire revivre la tragédie d'Eschyle ou la comédie d'Aristophane, il est, dans ces « restitutions » archaïques, plus moderne qu'il ne croit. Nous avons de lui le canevas d'une Bataille d'Arminius; on croirait lire une tête de chapitre des Martyrs de Chateaubriand :

- le soir. Les Germains enterrent leurs morts. Chant lugubre des bardes, à imiter d'Ossian... Les barbares emportent les corps. Statue d'Odin. Ils

lui offrent ces corps, lui consacrent les armures, les boucliers. Ie3 aigles, insultent les Romains.

Il est voltairien par le tour, ce prologue de la « satyre •> des Charlatans, où Voltaire, contempteur d'Aristophane, est si finement raillé :

Ce Grec railleur, une fois trop mordant,

Contre Socrate envenima sa dent.

Mais il eut tout : esprit, force, harmonie,

Invention, gaieté, grâce, génie.

De son vers fin les acres aiguillons

Faisaient merveille à larder les félons,

Et suis marri que notre grand Voltaire,

Que l'on croit plus qu'à Rome le saint-père,

A tout propos nous le déni?re, au lieu

D'étudier pour le connaître un peu.

De ce rieur que chérissait la Grèce,

Il eut l'esprit, la verve et la fi]

Faut-il soi-même, et c'est ce qu'il fait, lui,

- - uffleter sur la face d'autrui ' ?

A plus forte raison, ils seront modernes, de toute façon, les poèmes dont l'esprit même de ce temps sera l'àme. Ne parlons point des C/jclope^ littéraires, poème mal venu, mais non sans intérêt pour la connaissance du caractère libre, un peu farouche, de l'auteur2; ni du poème très relativement biblique de Suzanne, où pourtant on note au passage son respect significatif pour Milton,

Grand aveugle, dont l'âme a su voir tant de eh - -.

Mais elle ne pouvait naître qu'au siècle de l'Encyclopédie, l'idée de tracer l'histoire allégorique des progrès de l'espèce humaine, assimilée à un magicien qui traverse plusieurs métamorphoses. Le titre de VHermès est emprunté à Eratosthène; mais Condorcet eût admiré cette apothéose de la raison per-

I. Après Aristophane. Chénier estimait surtout et presque uniquement Molière. II écrit clans un fragment : u 11 n'y a guère eu que Molière chez les modernes qui eût un véritable ?enie comique et qui ait vu la eomédie en grand. »

1. Voir surtout, au chant II. l'idée qu'il se fait du poète, et aussi des Mécènes protecteurs des poètes : au chant III. la République des lettres, le passage sur les ïambes vengeurs d'Archiloque, et cet autre passage tout personnel :

D'un vaste champ -le fleurs je tire un peu de miel.

Tout m'enrichit et tout m'appelle; et, chaque ciel

M'offrent quelque dépouille utile et précieuse,

Je remplis lentement ma ruche industrieuse.

Une pauvreté mâle esl mon unique bien.

Je ne suis rien, n'ai lien, n'attends rien, ne veux n'en.

fectible à l'infini; ce tableau de l'origine des sociétés et aussi de l'origine des « sottises religieuses», car le poète ne se contentait pas d'exposer les principes des gouvernements et le contrat social ou la formation des langues; il s'en prenait aux religions. Quoiqu'il déclare n'avoir été inspiré par aucune autre passion « que l'amour des humains et de la vérité », il jette cà et là des indications qui révèlent une passion moins épurée : « Expliquer cela comme Lucrèce au livre III. C'est ainsi que Ton lit tels ou tels dogmes, tels ou tels dieux. » Comme Diderot, il est un dévot de Lucrèce ; mais la poésie de Lucrèce, tantôt si sombre, tantôt si fraîche, l'eût-il retrouvée? Il est permis d'en douter quand on lit les fragments que nous avons de l'Hermès. Ce qui, en revanche, y éclate, c'est une aspiration généreuse, ambitieuse peut-être, mais qui n'eût pas été stérile, vers le grand ; c'est l'idée toute nouvelle et très élevée que l'auteur se fait du poète, du « saint» poète, et de la poésie:

Mer bruyante, la voix du poète sublime Lutte contre les vents, et les flot? agités Sont moins forts, moins puissants que ses vers indomptés.

A la conception antique du vates, il unit la conception du poète philosophe tel qu'on pouvait se le représenter en ces dernières années du xvme siècle, disciple de Lucrèce, de Newton et de Buffon, capable de poursuivre « la comète aux crins étincelants », de découvrir les causes, de contempler l'infini et de rapporter de sa course « des vers de nature enflammés ». Seulement, si la conception était haute, elle était difficilement réalisable. La langue de la poésie n'était pas faite encore, elle ne sera jamais faite peut-être pour chanter les choses de la pensée pure, à plus forte raison pour chanter la pensée ellemême, comme Chénier voulait le faire, pour isoler et analyser le travail intellectuel de l'homme qui s'écoute penser.

De même on ferait aisément, dans le poème de Y Amérique, le départ entre ce qu'il y a de froid ou même de faux dans le dessein même de l'ouvrage, et ce qu'il y a d'original, d'éclatant, dans certains détails de l'exécution. C'est toute l'histoire et toute la géographie que ce seul poème doit embrasser. « Il faut dans cet ouvrage, soit quand le poète parlera, soit par la bouche des personnages, soit dans les discours prophétiques des êtres surnaturels, décrire de côte en cote absolument toute la géographie du globe aujourd'hui connu »; il faut y mettre aussi u le tableau frappant et rapide de toute l'histoire du

monde ». Voilà une ample matière. A toutes ces données positives s'en ajoutaient de merveilleuses, ainsi qu'on vient de le voir. Dieu et ses anges, par exemple, étaient introduits, occupés à forger le tonnerre. « La sublime invocation qui ouvre le Paradis perdu » y devait figurer non loin de telle réminiscence ou fiction profane. Il semble bien que le tout aurait été plus curieux que vivant. Mais sur ce fond confus se détache l'admirable morceau que Chénier met dans la bouche du poète de l'Araucaria, Alonzo d'Ercilla :

Salut, ô belle nuit, étincelante et sombre, Consacrée au repos. O silence de l'ombre, Qui n'entends que la voix de mes vers et les cris De la rive aréneuse où se brise Téthys. Muse, mu-e nocturne, apporte-moi ma lyre. Comme un lier météore, en ton brûlant délire, Lance-toi dans l'espace; et pour franchir les airs Prends les ailes des vents, les ailes des éclairs. Les bonds de la comète aux longs cheveux de flamme. Mes vers impatients, élancés de mon âme, Veulent parler aux dieux, et volent où reluit L'enthousiasme errant, fils de la belle nuit. Accours, grande nature, ô mère du génie ; Accours, reine du monde, étemelle Uranie...

C'est par de tels élans que Chénier, quoi qu'on dise, devance son siècle et empiète sur le nôtre. Si pourtant il eût vécu et continué à suivre cette direction, s'il avait parfait l'Hermès, écrit les douze mille vers de Y Amérique, il n'est pas probable qu'il eût beaucoup accru, aux yeux de la postérité, la gloire du poète des Idylles. Les Idylles et les ïambes, voilà ce qui fait pour nous sa vraie gloire. Mais quelle distance des unes aux autres ! et qui eût pu deviner le satirique dont l'indignation sera la Muse dans le poète souriant dus Néère et des Pannychis?

André Chénier sous la Révolution; l'homme politique.

Déjà pourtant, nous l'avons vu, dans l'idylle de la Liberté, par exemple, le souftle de la Révolution prochaine avait passé jusqu'en ces évocations d'un passé lointain. Dans un hymne à la France, qui est aussi —ce seul titre est significatif — un Hymne a la justice, on lisait des vers qui ne sont point d'un

artiste exclusivement passionné pour les splendeurs du passé et dédaigneux des misères du présent :

J'ai vu dans tes hameaux la plaintive mis La mendicité blême et la douleur amère. Je t'ai vu dans tes biens, indigent laboureur, D*un fisc avare et dur maudissant la rigueur,

sant aux pieds des grands des larmes inutil Tout trempé de sueurs pour toi-même infertil Découragé de vivre, et plein d'un juste effroi De mettre au jour des fils malheureux comme toi : Tu vois sous les soldats les villes gé Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxe- Le sel, fils de la terre, ou même l'eau des m srs, Source d'oppression et de fléaux dii Mille brigands, couverts du nom sacré du prince, s'unir à déchirer une triste province.

Et courir à l'envi. de son sang ait - partager entre eux ses membres déchirés !... Non. je ne veux plus vivre en ce séjour servik- ; J'irai, j'irai bien loin me chercher un asile, Un asile à ma vie en son paisible cours, Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours. Où d'un grand au cœur dur l'opulence homk : Du sang d'un peuple entier ne sera point avide, Et ne me dira point, avec un rire affreux. Qu'ils se plaignent sans cesse et qu'ils sont trop heureux ; Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice : . illera les dons d'une terre pr Où mon cœur, respirant sous un ciel étranger,

verra plus des maux qu'il ne peut soulag Où mes yeux, éloignés des publiques mis i Ne verront plus partout les larmes de mes n Et la pâle indigence à la mourante voix. Et les crimes puissants qui font trembler les lois.

On a de lui les fragments d'un poème, la France libre, où il chante l'aurore du régime nouveau. Mais il voulait une réforme, non une révolution. Or, il fallut bientôt prendre parti entre les réformateurs et les révolutionnaires. La famille de Chénier elle-même se divisa : Mme de Chénier, suivie par Marie-Joseph, devint « entièrement démagogue », selon l'expression de son mari, qui, avec André, resta « modéré, ami de l'ordre et des lois ». Libéral et délicat, André déteste la tyrannie d'en bas plus encore que celle d'en haut, car elle n'est pas moins injuste que l'autre et elle est plus grossière. Mais ce modéré a ceci de particulier qu'il l'est par les opinions seules, non par le tempérament: il lui est arrivé de combattre les violents avec violence, et de défendre sans assez de modération les idées

ANDRE CHENIER n

modérées, non seulement contre les montagnards, mais contre les girondins, dont il partagera le sort. Mais s'il manqua parfois de largeur dans les vues, il ne manqua jamais ni de sincérité ni de courage. Il ne se croyait pas le droit de rester neutre, et de chanter la nature ou l'amour à l'écart de la mêlée; il croyait et disait que chaque citoyen doit se regarder comme obligé d'apporter, par la parole, par l'action, une « espèce de contribution de ses idées et de ses vues pour le bien commun ». Il s'affilie d'abord à la Société de 1789, et c'est dans les Mémoires de cette Société qu'il publia, en août 1790, son Avis au peuple français sur ses véritables ennemis. Cet Avis ne passa pas inaperçu: Stanislas-Auguste, roi de Pologne, le fit traduire, et Chénier l'en remercie dans une lettre 18 octobre 1790) d'un ton simple et fier, très instructive pour la connaissance de ses sentiments à cette époque.

Ma surprise a égalé ma respectueuse reconnaissance; mais, attentif depuis

long teinp.-, à tout ce qui se fait sur la terre pour le rétablissement de la raison et l'amélioration de l'espèce humaine, je n'étais pas assez étranger aux affaires de la Pol tgne pour ne pas connaître le caractère de Votre Majesté, et le prix dont un pareil suffrage doit être aux yeux d'un honnête homme : aussi dois- je avouer que l'inscription delà médaille ne peut manquer de m'enorgueillir un peu, car elle me rappelle que c'est uniquement la pureté de principes que j'ai essayé de développer, et le désir ardent que j'ai eu d'être util.', qui m'ont valu l'honneur que ]>■ reçois, et qui vous ont lait chercher dans la foule un inconnu pour le prévenir par des marques aussi Qatteus approbation. Vous avez, Sire, applaudi aux souhaits et compati aux chagrins d'un homme pour qui il ne sera pas de bonheur s'il ne voit point la France libre et sage: qui soupire après l'instant où tous les hommes connaîtront toute l'étendue de leurs droits et de 1 surs devoirs : qui gémit de voir la vérité soutenue comme une faction, les droits les plus légitimes défendus par des moyens injustes et violents, et qui voudrait enfin qu'un eût raison d'une manière raisonnable.

Avec plus de force encore ces sentiments se font jour dans l'ode célèbre du Jeu de paume, adressée au peintre David, à celai qui devait être bientôt le « stupide » David. Mais alors David, « roi du savant pinceau », et Chénier étaient unis par un commun amour des formes et des mœurs antiques. Aucun sujet n'était fait pour mettre mieux en lumière les deux sentiments qui, en ce moment critique, se partageaient l'âme de Chénier, une confiance sincère dans la « divine puissance » de la raison, une défiance instinctive des excès populaires qui avaient déjà profané les plus pures victoires de la liberté renaissante. C'est dans la « sainte masure » de Versailles que l'aurore de cette liberté a brillé, et ce « berceau des

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