‹ Cours de littérature (volume 2)Chapitre 65 sur 68 · Jules Lemaitre, les Contemporains · texte numérisé non relu

Jules Lemaitre, les Contemporains

son accent propre; «'il crée à son image une langue, c'est qu'il l'a retrempée aux sources de l'antiquité ; s'il noua paraît être dans la littérature du xvne siècle un écrivain nouveau, c'est comme un ancien revenu parmi nous, ce n'est pas comme un précurseur.

Mais voici que II. Anatole France refuse à Chénier même celle satisfaction modeste :

Je soutien? que, pour la forme même du vers. André Chénier est un pur classique du xvme siècle. Sans doute il a un délicieux tour qui lui est propre, son vers, ferme et flexible à la fois, est d'une harmonie audacieuse et charmante; il est de beaucoup le premier des versificateurs, comme le premier des poètes de son temps. Mais son art n'est point essentiellement différent du leur.

- - rejets, ses coupes, n'étaient pas sans précédent quand il les employa. On en trouverait des exemples dans Berlin, dans Parny, surtout dans les Gèorgiques de Delille, si on lisait encore Delille et Berlin, qui, en effet, ne sont guère lisibles, et Parny. qui est exquis.

Celle fois, il nous semble que la mesure est dépassée. Il est possible, il est certain même que Chénier n'a pas employé le premier certaines coupes ou certains enjambements, mais il est plus certain encore que son art, quelquefois trop systématique, des coupes et des rejets est bien à lui, Ce qu'on peut dire, et on l'a dit1, c'est que cet art, trop laborieux, n'est pas celui d'un Victor Hugo. Chénier, en effet, a peut-être eu tort de croire qu'on peut couper le vers français, comme le vers grec, où l'on veut, suivant les nécessités du sens : dans son alexandrin, trop de coupes hasardeuses et voulues brisent le rythme. que Hugo tend au contraire à renforcer. Mais le même critique qui l'affirme reconnaît que Chénier a beaucoup contribué à répandre la coupe ternaire, rarement employée chez les classiques :

Les doux parfums | n'ont point coulé | sur tes cheveux.

Chénier ne conçoit pas et ne soutient pas la strophe lyrique à la manière des modernes : on a remarqué2 qu'il n'a connu qu'un petit nombre de mètres ou de combinaisons de mètres, l'alexandrin et le vers de huit syllabes, rarement celui de six ou de dix; que ses strophes ne sont pas de structure très curieuse ni très variée : celles du Jeu de paume se composent de dixneuf vers de trois mètres différents se combinant en une slro-

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