I. Brunetière, l'Évolution de la poésie lyrique
Mais, si nous relevions ces quelques traces de mélancolie, on dirait que c'est là une mélancolie de qualité inférieure, celle qui naît de la volupté lassée et dégoûtée d'elle-même. Chénier n'a-t-il conçu que cette mélancolie? Gomment donc l'auteur d'un livre très délicat sur Lamartine, à propos de Chénier et des aveux qui échappent à son àme « d'ennui consumée », a-t-il pu évoquer le souvenir des René, des Obermann, des Childe Harold1? Les vers que recueillait Chateaubriand, et que nous avons cités, n'étaient-ils que d'un Parny supérieur? Ils ne sont pas isolés dans l'œuvre de Chénier. Souvent malade, il semble quelquefois hanté par l'idée de la mort, lui qui aime tant la vie. Souvent il parle de lui-même, de ses souffrances ou de ses tristesses. C'est donc aller trop loin que d'écrire : « Au rebours des romantiques, il répugne au sens individuel, il n'est à aucun degré un subjectif. Voilà pourquoi il condamne si sévèrement les poètes anglais2 ». Ce dédain même pour les poètes anglais, on l'exagère. Nous avons vu sur quel ton d'admiration émue Chénier parle de l'auteur du Paradis perdu. Ailleurs (Poésies diverses), il appelle Milton un « homme sublime, qui a quelques taches, comme le soleil ». 11 est vrai qu'il avoue son peu de sympathie pour les « durs chanteurs du>ord nébuleux » ; que les « convulsions barbares » de Shakespeare ne l'émeuvent guère plus qu'elles n'avaient ému Voltaire, et qu'enfin, dans son exil d'Angleterre, il a écrit ces vers que lui reprochent sévèrement nos critiques internationaux :
Les poètes anglais, trop fiers pour être esclaves. Ont même du bon sens rejeté les entrav. - Dans leur ton uniforme, en leur vaine splendeur, Haletants pool atteindre une fausse grandeur. Tristes comme leur ciel toujours ceint de nuag Enflés comme la mer qui frappe leurs rivages, Et sombres et pesants comme l'air nébuleux Que leur île farouche épaissit autour d'eux. D'un génie étranger détracteurs ridicules, D'eux-mêmes et d'eux seuls admirateurs crédule-. Et certes quelquefois, dans leurs écrits nombreux, Dignes d'être admirés par d'autres que par eux.
Que prouvent ces vers? Que Chénier n'était pas Anglais, et qu'isolé à Londres, il s'y ennuyait fort, au moins dans les
1. Zyromski, de Chenerio poeta. L'auteur ci t»^ un li \ r-- de M. Paul Charpentier,
; /.- „ml du si<-cli- Didier. ISS*), où Chénier est mis au nombre qui ont souffert de ce mal •trand. la Fin du classicisme.
premiers temps. Mais bientôt il ne se croira plus en pays barbare, et son frère Marie-Joseph lui écrira : « Vous vous plaisez à Londres, et je m'y attendais. » Et il lui reprochera d'être « indulgent pour Shakespeare », de trouver qu'il y a dans son théâtre « des scènes admirables ». — « Les Anglais, ajoute Marie-Joseph, diront que c'est naturel : ce n'est point là le naturel des Œdipe et des Philoctèle. » Voilà le faux goût du classicisme expirant; mais André Chénier, qui sait comprendre Shakespeare et Milton, qui se passionne pour Ossian presque autant que pour les Grecs, qui lit et imite Gessner, mérite assurément de n'être pas confondu avec ces Français du xvme siècle qui mettaient une sorte de point d'honneur frivole à ignorer l'étranger. Certes, ce n'était pas un esprit vulgaire que l'auteur du Chant du départ, Marie- Joseph Chénier (1764-1811), médiocre politique peut-être, quoique Mme Roland l'ait bien sévèrement jugé, mais non pas si mauvais poète qu'elle le croyait. Si Charles IX, Fénelon, Calas, Calus Gracchus même 'malgré l'hémistiche courageux : « Des lois, et non du sang! »), ne sont guère que des pièces de circonstance, Tibère a quelques beautés vraiment tragiques. On sait par cœur son Discours sur la calomnie :
Auprès d'André Chénier avant que de descendre, J'élèverai la tombe où manquera sa cendre, Mais où vivront du moins et son doux souvenir, Et sa gloire, et ses rers < 1 i c t •> s pour l'avenir...
Là, souvent tu verras, près de ton mausolée,
- gémissants, ta mère désolée, Quelques amis des arts, un peu d"ombre, et des fleurs, El tu n jeune laurier grandira sous mes pleurs.
Moins connue, mais non moins belle, est son élégie de la Promenade, où se mêlent quelques traits d'une satire sobrement énergique :
Le troupeau se rassemble à la voix des bergers : J'entends frémir du soir les insectes légers; Des nocturnes zéphyrs je sens la douce baleine; Le soleil de ses feux ne rougit plus la plaine, Et cet astre plus doux qui luit au haut des cieux
. nte mollement les flots silencieux.
Mais une voix qui sort du vallon solitaire Me dit : « Viens : tes amis ne sont plus sur la terre. Viens ; tu veux rester libre, et le peuple est vaincu. » Il est vrai : jeune encor, j'ai déjà trop vécu. L'espérance lointaine et les vastes pens
Embellissaient mes nuits tranquillement berc A mon esprit déçu, facile à prévenir, Des mensonges riants coloraient l'avenir. Flatteuse Illusion, tu mes bientôt ravie! Vous m'avez délaissé, doux rêves de la vie; Plaisirs. Gloire. Bonheur. Patrie et Liberté, Vous fuyez loin d'un cœur vide et désenchanté. Les travaux, les chagrins ont doublé mes anm Ma vie est sans couleur, et mes pâles journées M'offrent de longs ennuis l'enchaînement certain, Lugubres comme un soir qui n'eut pas de matin.
Non, le poète qui écrit de tels vers n'est pas le premier venu. Et pourtant, que l'on compare Marie-Joseph à André, sa langue semblera terne, sa versification pauvre; on se sentira, ici, devant une poésie qui finit; là. devant une poésie qui commence. Et, si l'on compare les tragédies de l'un aux idylles de l'autre, combien, dans les idylles, l'antiquité paraîtra plus vraie et plus fraîche! André a l'instinct profond des besoins nouveaux de la poésie et de la langue. Il ose dire que la langue française « a peur de la poésie », et secoue le joug des grammairiens, « hommes dont les travaux sont très utiles lorsqu'ils se bornent à expliquer les lois du langage et qu'ils n'ont pas la prétention de les fixer ». Cette langue française, dont les défauts ne lui échappent pas, il en connaît aussi les ressources, et il la défend avec chaleur, dans son poème de l'Invention*, contre les poètes impuissants qui la calomnient. Au rimeurqui se plaint que la langue « se refuse à ses demi-pensées », il oppose le vrai poète lel qu'il l'imagine :
Celui qu'un vrai démon presse, enflamme, domine, [gno're un tel supplice : il pense, il imagine;
Celui
Un langage imprévu, dans son âme produit,'
Naît avec sa pensée, et l'embrasse, et la suit :
Les images, les mots que le génie inspire.
Où l'univers entier vit. se meut et respire,
Source vaste et sublime et qu'on ne peut tarir,
En foule en son cerveau se hâtent de courir.
D'eux même ils vont chercher un nœud qui les rassemble
Tout s'allie et se forme, et tout va naître ensemble.
Est-ce ainsi que Marie-Joseph eût défini le poète que c
Louis Racine a plaidé la même cause.
mais sur un autre ton :
uut-lle humeur triste et dédaigneuse Noua dégoûte <le notre hum ? ' Notre langue est riche et pompeuse Pour quiconque la connait bien...
vait l'école voltairienne, lui dont bienlôt le « langage imprévu » de Chateaubriand offensera le purisme étroit? Et n'a-l-il pas dû froncer déjà le sourcil quand il a lu certains vers, à chaque page des manuscrits fraternels ?
Aux lieux les plus déserts, ses pas. ses jeunes pas, Trouvent mille trésors qu'on ne soupçonnait pas. Sur l'aride buisson que son regard se p Le buisson </ ses yeux rit et jette une
Ne disons donc pas, si l'on veut, que Chénier est un précurseur, mais disons moins encore qu'il est purement et simplement un homme du xvme siècle. Non seulement, clans ce siècle de transition, il est au premier rang de ceux qui appellent et préparent un art nouveau, mais il réalise en partie ce qu'il rêve. Reconnaître, comme tout le monde le fait, qu'il est le seul poète du xvme siècle, c'est reconnaître implicitement qu'il occupe dans ce siècle une place à part et qu'il le dépasse. Il fait plus que rouvrir la source de la poésie antique :il ouvre celle de toute poésie, car il n'est pas de poésie sans une sorte de religion de l'ait, et c'est de celte religion qu'il est, parmi nous, le premier dévot. Gomme il voyait dans l'antiquité, c'est-à-dire dans la nature, le principe de toute beauté, il n'a jamais eu d'autre ambition que de faire des « vers antiques » ; mais cette vision d'un art rajeuni, dont il est hanté, lait de lui le chef du chœur des poètes modernes. Il ne les a pas inspirés, mais il les a devancés, par les audaces de sa technique, *-t par la nouveauté de sentiments que l'antiquité avait peu connus. Sur de nouvelles pensées, il a lait des vers nouveaux. Quand il le lut pour la première fois, en 1819, V. Hul'o écrivit : G'esl une po-'-sie nouvelle qui vient de naître. » Et il ne se trompai! qu'à demi.
BIBLIOGRAPHIE
TEXTES
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JUGEMENTS
Un caractère auquel ne peuvent guère échapper les grands écrivains d'une seconde, d'une troisième époque, l'esprit de système inspirant jusqu'à la simplicité, se retrouve dans les écrits d'André Chénier. lia commencé par la critique; témoins les fragments de ce poème de l'Invention, où il donne la théorie de ses nouveautés poétiques. Ce précieux essai renferme les vues les plus justes sur l'audace légitime du talent, sur les routes véritables de l'invention, sur cette espèce de lidélité infidèle qui s'attache aux derniers imitateurs des premiers modèles. Il ne méconnaît pas la gloire des grands génies de la France; mais il leur souhaite de vrais imitateurs, c'est-à-dire des imitateurs qui ne leur ressemblent pas. C'est la doctrine de la Fontaine, si original en se croyant disciple des anciens :
11 me faut du nouveau, n'en fùt-il plus au monde.
Quoiqu'il fût aisé de choisir, dans les essais didactiques d'André Chénier, des vers pleins d'art et de goût, dignes des plus sévères modèles, son charme est surtout dans ces pièces inventées d'après les Grecs, dans ces idylles retrouvées, où l'imagination seule s'est donné l'émotion immédiate et pittoresque d'un temps qui n'est plus; telle est cette idylle qui, comme VAristonoùs de Fénelon, semble une page d'un manuscrit grec, mais traduite par quelque chose de mieux qu'un moderne, celte touchante et sublime idylle de YAveugle.
Villemain, Tableau de la littérature au dix-huitième siècle; Didier.
Les romantiques prirent Chénier pour un des leurs, pour un précurseur et un allié. C'était le moment où, par horreur de Hacine et Boileau, les romantiques chantaient la gloire de lion-
sard. sans se douter que Ronsard est le plus classique des classiques et le père de tout le « classicisme » français. L'erreur fut la même à l'égard de Chénier, étoile nouvelle de la vieille Pléiade. De plus, Chénier avait certaines hardiesses de métrique qui séduisaient les novateurs. Il n'en fallut pas plus pour déclarer Chénier romantique, et même pour soupçonner Latouche d'avoir imaginé les poésies qu'il publiait à l'effet de soutenir la nouvelle école. Cette singulière confusion s'est prolongée, et l'on représente encore quelquefois Chénier comme un précurseur de la littérature moderne. C'est une erreur absolue. C'est le dernier des poètes classiques, qui s'est distingué des poètes classiques de son temps en ce qu'il l'était véritablement, et remontait aux sources au lieu de contrefaire des imitations; mais il est classique exclusivement, sans avoir même le soupçon des sentiments, passions et états d'esprit qui seront familiers à Chateaubriand, à Vigny, à Lamartine et par conséquent à Hugo. Le mot à retenir, c'est celui où Sainte-Beuve avait fini par en venir après avoir longtemps dit sur Chénier des choses moins justes : a C'est notre plus grand classique en vers depuis Racine. »
Faguet, Dix-huitième Siècle; Lecène.
Loin d'être un initiateur, André Chénier est la dernière expression d'un art expirant. C'est à lui qu'aboutissent le goût, l'idéal, la pensée du xvme siècle. 11 résume le style Louis XVI et l'esprit encyclopédique. Il est la fin d'un monde. Voilà précisément pourquoi il est exquis, pourquoi il est parfait. Certes, il est achevé. Il achève un art et n'en commence aucun autre. Il ferme un cycle. Il n'a rien semé; il a tout moissonné.
Il ne devine, il ne pressent rien du nôtre. Novateur! personne ne le fut moins. Il est étranger à tout ce que l'avenir prépare. Rien de ce qui va fleurir n'est en germe en lui. C'est un vrai contemporain de Suard et de Morellet. Il n'a soupçonné ni le spiritualisme, ni la mélancolie de René, ni l'ennui d'Obermann, ni les ardeurs romanesques de Corinne. Il n'a prévu ni les curiosités métaphysiques ni les inquiétudes littéraires qui entraînaient Mmc de Staël et Benjamin Constant vers l'Allemagne. Il a vu jouer Shakespeare à Londres, et il y a moins compris que n'avaient fait Voltaire, Lelourneur et Ducis. Le feu qui court dans ses veines n'est pas la llamme subtile qui dévora
ANDRE CHLNIER 97
Werther. Il ne porte pas en lui le grand vague, le malaise infini des temps nouveaux. Il n'est point épris de cette folie de gloire et d'amour qui va saisir les enfants de la Révolution. Il n'a aucune des aspirations de l'esprit moderne. On citerait sans peine des vers de Lemierre, de Millevoye, de Fontanes, de Chênedollé, qui nous touchent de plus près que les siens par le ton, l'accent et le sentiment. Il est le moins romantique des poètes. Lamartine Ta bien senti, malgré son peu de critique et d'étude. En cette jeune victime de la Terreur il a flairé, avec la certitude de l'instinct, l'adepte, le séide de ce xvnr3 siècle abhorré, l'ennemi.
D'ailleurs, le divin André n'en mérite pas moins d'immortels honneurs. Il n'a rien à craindre d'une critique rationnelle et fondée sur l'histoire. Au contraire, plus on l'étudié, et mieux on l'admire. Rendu à son temps, replacé clans son milieu, remis dans son vrai cadre, il n'apparaît plus seulement comme un délicieux artisan de petits tableaux et de figurines pseudo-grecques et néo-romaines, une sorte de peintre à la cire et de coroplaste tout riant des souvenirs de Pompéi; c'est une âme ardente et vertueuse, c'est un mâle génie où souftle l'esprit d'un siècle. Et quel siècle! le plus hardi, le plus aimable, le plus grand !
Axât. France, Temps du 26 août 1888.
Il est extrêmement hasardeux pour un auteur, bien que cela ait pu quelquefois réussir, d'attendre d'être sorti du monde des vivants pour entrer dans l'immortalité. L'anachronisme auquel on s'expose risque fort de devenir fatal. André Ghénier lui-même a toujours un peu souffert d'être une célébrité posthume. Il n'a point dans son temps de racines profondes. On ne sait à quoi le rattacher : au xvin0 siècle, dont il est par l'esprit ainsi que parla date? ou à l'art moderne qu'il annonce, mais qu'il annonce trop tard, après coup, sans avoir contribué à son avènement? Non point qu'il soit, comme le vieux Jean de Schelandre, un romantique avant Victor Hugo; il est plutôt un classique réformé, rajeuni et très perfectionné, qui paraissait créé tout exprès par le Ciel pour acheminer la poésie doucement et sans révolution dans ses nouvelles voies, si sa bonne influence avait pu se faire sentir à temps.
Stapfeh, des Réputations littéraires; Hachette.
Ceux qui veulent faire d'André Chénier le précurseur de la nouvelle école poétique n'abordent, en réalité, qu'une discussion purement littéraire; c'est la forme, la langue et surtout la prosodie du poète qui, seules, peuvent leur offrir des arguments à l'appui de leur thèse. Oui, il n'est pas douteux que le vers d'André Chénier n'a rien qui rappelle les poètes contemporains, de Delille, par exemple; qu'il a une harmonie, une variété, une précision, une couleur, une hardiesse inconnues jusqu'alors, et qui transportèrent d'aise les romantiques. Mais il esl bien certain aussi qu'André Chénier ne ressemble à ces derniers ni par son caractère, ni par ses idées, ni par ses sentiments, ni par son inspiration. Ils sont, eux, catholiques, royalistes, avides d'idéal et tout imprégnés de sentimentalisme vague. Il est, lui, républicain, philosophe, disciple des encyclopédistes, d'un tempérament vigoureux et sensuel. Comment, d'ailleurs, ses poésies auraient-elles pu déterminer le mouvement romantique? A l'époque où elles furent publiées par M. de Latouche, en 1819, ce mouvement était déjà commencé et n'avait plus besoin d'être excité. A cette date, Lamartine, qui ne goûta jamais Chénier, tenait en poche les premières Méditations, et Alfred de Vigny avait écrit les principales pièces antiques de son premier recueil, la Dryade (1815), Symétha et le Bain (1817 . Sans doute, plusieurs fragments d'André Chénier avaient circulé manuscrits, ou paru dans les journaux, puisque Chateaubriand en cite quelques-uns dans le Génie du christianisme. Mais ces poèmes n'ont pas inspiré les romantiques. Ce n'est pas chez les Grecs et chez les Romains qu'il faut aller chercher les ancêtres des Lamartine et des Hugo, disciples harmonieux de « ces durs chanteurs du Nord nébuleux» que détestait le poète de Néère, à'Amymone et de Clylie. Ce qui est vrai, en revanche, c'est que 1'inûuence d'André Chénier se retrouvera chez quelques-uns des plus délicats poètes delà seconde moitié de ce siècle.
Maurice Albert, la Littérature française sous la. Révolution, l'Empire et la Restauration ; Lee ène.
Chénier rouvre en France les sources de la poésie, depuis longtemps taries ; il ressuscite, à la fin de l'âge classique, la préoc-
cupation de l'art, que le xvin0 siècle, occupé à de graves controverses, avait presque oubliée; il ravive le sentiment de la couleur, de la forme et du son : il n'a pas le moins du monde influé sur Lamartine et sur Hugo, qui ne l'ont pas connu; mais on trouve aujourd'hui tout naturel qu'il les ait immédiatement précédés. En même temps, il a été un grand citoyen. Son héroïque combat, sa mort généreuse, appartiennent à la poésie autant qu'à l'histoire. 11 a montré par son exemple que le culte désintéressé de l'art non seulement n'empêche pas celui du bien, mais qu'en épurant l'âme tout entière il la rend plus vaillante et plus ferme. Il y a eu de plus grands poètes que Chénier; mais aucun n'a plus noblement ni plus efficacement servi la cause de la poésie par sa vie et par ses vers. Là est la gloire, vraiment impérissable, de l'auteur des ïambes. Il mérite bien le juste hommage que lui a rendu un des plus exquis poètes de notre temps, impeccable artiste comme lui, et comme lui citoyen épris d'un semblable idéal de beauté et de justice.
Je t'invoque, ô Chénier, pour jupe et pour modèle ! Apprends-moi, car je doute encor si je trahis, Patriote, mon art, ou, chanteur, mon pays, Qu'à ces deux grands amours on peut être fidèle;
Que l'art même dépose un ferment généreux
Par le culte du beau dans tout ce qu'il expria
Qu'un héroïque appel sonne mieux dans la rime;
Qu'il n'est pas de meilleur clairon qu'un vers nombreux ;
<}ue la cause du beau n'est jamais désertée
Par le culte du vrai pour le règne du bien;
Qu'on peut être à la fois poète et citoyen,
Et fondateur, Orphée, Amphion et Tyrl ]
Que chanter c'est agir, quand on fait, sur ses pas, S'incliner à sa voix et se ranger I
w es "ticir, et s'émouvoir les marbres, EL surgir des héros pour tous les bons combats!
O maître, tour à tour si tendre et si robuste, Rassure, aide et défends, par ton grand souvenir, Quiconque sur sa tombe osa rêver d'unir .Le laurier du poète à la palme du juste1.
MoaiLLOT, André Chénier; Lecène.
. ^ullv-I'rudlioninic. la Justice.
LETTRES
Au mois de mai 1787, André Chénier, alors âgé de vingt-cinq ans, suivit, en qualité de secrétaire particulier, M. de la Luzerne, ambassadeur en Angleterre ; il resta à Londres un peu plus de deux ans, étudiant Shakespeare, jugeant avec équité la constitution, avec sévérité les mœurs privées et politiques.
Cependant les événements se déroulaient en France : la convocation des étals généraux, le serment du Jeu de paume, excitèrent chez André Chénier une profonde émotion. Sa famille entière, son père, son frère, étaient allés à la Révolution. Marie-Joseph se faisait applaudir du peuple, le 4 novembre 1781», avec sa tragédie de Charles IX. L'inaction à laquelle A. Chénier se jugeait condamné par le séjour à l'étranger lui devint intolérable. Au printemps de 1790 il retourna définitivement en France et se jeta dans la mêlée.
On suppose qu'à la veille de prendre une telle résolution, il écrit à son ami, Abel de Malartic, chevalier de Fondât, celui qu'il a appelé quelque part le « doux confident de ses jeunes mystères », et qu'il lui fait part des sentiments qu'il éprouve, des espérances qui l'animent et des projets qu'il a formés.
Concours général. — Enseignement moderne. Seconde. 1895.)
En 1811, à la mort de Marie-Joseph Chénier, Daunou, son exécuteur testamentaire, devint le dépositaire des manuscrits d'André Chénier et songea à les publier. Il hésita longtemps, puisque l'édition, enfin confiée par lui et par la famille de Chénier aux soins de H. de Latouche, ne parut qu'en 1819. Nous savons que, dans l'intervalle, Daunou communiquâtes précieux papiers à plusieurs des écrivains d'alors.
On supposera que, vers 1818, avant de se décider à risquer l'édition, il remit les manuscrits, en lui demandant conseil, à
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Chaleaubriand, qui depuis longtemps connaissait plusieurs des poésies d'André Chénier, et en avait cité avec éloge quelques fragments dans une note du Génie du christianisme '1802). On composera la réponse de Chateaubriand à Daunou. Il décrira l'impression qu'il a gardée de cette lecture; il s'efforcera de remettre à sa juste place parmi ses devanciers le grand poète qui vient de lui êtie révélé, dira l'opportunité d'une publication qu'il souhaite, et tâchera de se représenter par avance la nature de l'influence qu'A. Chénier est appelé à exercer sur les générations prochaines.
(École normale supérieure. — Concours de 1896.)
Lettre d'André Chénier à sa mère pendant le voyage de Suisse et d'Italie qu'il fit avec les frères Trudaine en 1783. 11 écrit de Naples, avec le regret de ne pouvoir pousser jusqu'à la Grèce et Constantinople.
(Fénelon. — Devoir de sixième année.)
Un ami d'André Chénier, à qui il a envoyé son poème de l'Invention, lui écrit.
(Montauban. — Lycée de filles. — Devoir