‹ Cours de littérature (volume 2)Chapitre 7 sur 68 · Lettre à M°" ***, 13 fevr · texte numérisé non relu

Lettre à M°" ***, 13 fevr

3. « 11 y a ici une intimité que le roman n'avait pas encore atteinte ». (LàMSOH.)

résultaient le matin et le soir » : ce qui lui appartient en propre, ce n'est pas le goût de la description des objets physiques, c'est le sentiment d'une correspondance secrète entre la nature et le cœur de l'homme. Doudan définissait très bien la Nouvelle Héloïse « la peinture des tristesses de l'âme dans le cadre admirable de la nature ». Rousseau avait une tendresse de cœur particulière pour la promenade sur le lac qui termine la quatrième partie1, et dont, plus d'un siècle après, le poète du Lac devait se souvenir :

Voilà la pierre où je m'asseyais pour contempler au loin ton dernier séjour... Voici le bord où; d'un œil avide et sombre, je mesurais la profondeur de ces abîmes... Nous gardions un profond silence. I.e bruit égal et mesuré des rames m'excitait à rêver... « C'en est fait, disais-je en moi-même, ces temps heureux ne sont plus : ils ont disparu pour jamais. Hélas ! ils ne reviendront plus; et nous vivons... »

Ce lyrisme devait étonner les contemporains de Voltaire : les railleries, en effet, ne firent pas plus défaut que les critiques au nouveau romancier; il s'en soucia peu : « Les Ximénès et les Voltaire peuvent critiquer la Julie à leur aise : ce n'est pas à eux qu'elle est curieuse de plaire2. » Mmc du Deffand, qui aimait bien qu'on lui peignît les passions, mais n'aimait pas qu'on lui décrivit les objets3, trouva d'abord que rien n'était « plus contraire au bon sens » que Y Héloïse, mais y découvrit ensuite « des endroits fort bons », noyés « dans un océan d'éloquence verbiageuse'* ». Elle-même cédait au courant: Paris était conquis, et Rousseau, enchanté, loue, dans les Confessions, le « sens exquis » d»j ces Français qui, parmi les peuples d'Europe, sans en excepter la Suisse, l'ont le mieux compris et goûté.

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