‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 104 sur 228 · I- de Dien a subsisté: l'Église a triomphé de l'idolâtrie · texte numérisé non relu

I- de Dien a subsisté: l'Église a triomphé de l'idolâtrie

et de tout'-s les erreurs. »

Surtout il s'applique à faire voir sans interruption « la suite des conseils de Dieu dans la perpétuité de son peuple ». Ce peuple élu, dont l'histoire n'a été qu'esquissée dans la prepartie, il remplira toute la seconde, car il est « le seul qui ait connu dès son origine le Dieu créateur du ciel et de la -eul par conséquent qui devait être le dépositaire des secrets divins... Et aujourd'hui encore ce même peuple reste sur la terre pour porter à toutes les nations où il a été dis- . avec la suite de la religion, les miracles et les prédictions qui la rendent inébranlable. » Cette histoire du peuple Dii : sa grandeur et de sa décadence, revêt ici un care singulièrement dramatique. C'est avec émotion et ma- B jsuet retrace l'histoire de sa grandeur : au centre, - grandes figures de Moïse et de David. La chute de ce même peuple « devait être l'instruction de tout l'uni- : Nabuchodonosor ne fut que l'instrument de la venlivine. Mais la Providence divine, qui avait châtié la - .née des Juifs, pardonne à leur repentir, et permel que Jérusalem, « rétablie par un changement merveilleux , i ses enfanta à< tous côtés. Toute cette histoire ? comme illustrée par les prophéties : « Ézéchiel l'avaient prédit... Zaeharie l'avait marqué... Voilà

en quelle manière le peuple de Dieu subsiste toujours parmi tant de changements; et ce peuple, tantôt ehàtié et tantôt consolé dans ses disgrâces, par les différents traitements qu'il reçut selon ses mérites, rend un témoignage public à la Providence qui régit le monde. » Titus, par exemple, quand il détruit Jérusalem, n'est pas moins envoyé de Dieu que Nabucbodonosor.

C'est sur le châtiment, perpétué jusqu'à nos jours, du peuple autrefois élu, maintenant réprouvé, que Bossuet insiste avec le plus de complaisance, et l'on peut juger d'abord qu'il y a dans cette complaisance un peu de cruauté. Mais la doctrine que développe ici Bossuet lui est familière depuis le temps même de sa jeunesse. A Metz, dans le sermon sur la Bonté et la Rigueur de Dieu, il employait déjà les citations, les arguments, les expressions mêmes dont il se servira dans cette partie du Discours1. Il développe dans ce sermon, avec une ampleur peutêtre démesurée, l'épisode du siège de Jérusalem par les Romains. Mais c'est que cet événement porte en lui une grande leçon :

Comme donc Dieu avait résolu que cette vengeance éclatât par tout l'univers, pour servir à tous les peuples et à tous les âges d'un mémorial éternel, il y voulut employer les premières personnes du monde, je veux dire les Romains, maîtres de la terre et des mers, Vespasian et Tite, que déjà il avait destinés à l'empire du genre humain : tant il est vrai que les plus grands potentats de la terre ne sont, après tout, autre chose que les ministres de ses conseils !

Et afin que vous ne croyiez pas que ce débordement de l'armée romaine dans la Judée soit plutôt arrivé par un événement fortuit que par un ordre exprès de la Providence divine, écoutez la menace qu'il en fait à son peuple par la bouche de son serviteur Moïse...

O redoutable fureur de Dieu, qui anéantis tout ce que tu frappes! Mais il fallait accomplir la prophétie de mon Maître, qui assure dans mon Évangile « qu'il ne demeurerait pas pierre sur pierre dans l'enceinte d'une si grande ville ». C'est ce que firent les soldats romains, en exécution des ordres de Dieu : et Tite, leur capitaine et le fils de leur empereur, après avoir mis à fin cette fameuse expédition, resta toute sa vie tellement étonné des marques de la vengeance divine, qu'il avait si évidemment découverte dans la suite de cette guerre, que, quand on le congratulait d'une conquête si glorieuse : « Non, non, disait-il, ce n'est pas moi qui ai dompté les Juifs; je n'ai fait que prêter mon bras à Dieu, qui était irrité contre eux. »

Et Bossuet, dans cette ville où les Juifs étaient si nombreux, s'écrie : « Peuple monstrueux, qui n'a ni feu, ni lieu, sans pays, et de tout pays; autrefois le plus heureux du monde, maintenant la fable et la haine de tout le monde; misérable, sans

1. Voyez Gandar. Bossuet omteio*, I, n, et Etudes critiques, p. 392-303.

rai que ce Boit; derenu dans sa misère, par une certaine malédiction, la plus modéi s! I >utei

,r infoi lune, el il es! sin sans doute; mais, plus lard, dan* le sermon sur la Passion de «sera entraîner à un mouvement plus vif - les Juifs qui crient : S soi! sur

«nous el sui nos enfants! llyseï maudite ; tu ne s

que trop exaucée ; < g poursuivra jusqu'à tes derniers .'a ce que le Sei-neur, se lassant enfin de ses 5, se souviendra à la lin des siècles de tes misérables restes. Ces lerniers mots font entrevoir aux Juifs un avenir meilleur que le présent. La seconde partie du Discours défini! plus clairement cet avenir : « La Judée n'est plus rien à Dieu ni à la religion, non plus que les Juifs, et il est juste qu'en punition de leur endurcissement, leurs ruines soient disperpar toute la terre... Mais, comme ils doivent n venir un jour min. et que le Db-u d'Abraham n'a pas encore épuisé ses miséricordes sur la race, quoique infidèle, patriarche, il a trouvé un moyen dont il n'y a dan< le monde que ce seul exemple, de conserver les Juifs, hors de leur - et dans leur ruine, plus longtemps même que les peuples qui les ont vaincus, « II nous tient ainsi en attente de ce qu'il veut faire des malheureux restes d'un peuple autrefois si favori fera-t-il donc? Bossuet le sait avec certitude, car rophéties les plus obscures n'ont pas d'ombres pour lui : « Les Juifs reviendront un jour, et ils reviendront pour ne s'é-

endroniqu ffOc-

nii l'univers, auront >:■(>:■ r< mplis le la crainte et D ". Jusque-là, les Juifs doivent attendre que le temps marqué par la Providence «pour punir leur ingratitude et dompter leur orgueil soit accompli. Le Messie qu'ils rronl pas, et Bossuet s'égaye d'une de leurs 'ions: u De nos jours un imposteur s'esl dit le 1 en Orient; tous les Juifs commençaient à -attrouper autour de lui : nous les avons vus en Italie, en Hollande, en Alterna- M :. se préparer à tout vendre et à tout quitter pour le suivre! Ils s'imaginaient déjà qu'ils allaient devenir b-< maîtres du monde, quand ils apprirent que leur Christ s'était fait Turc et avait abandonne la loi de Moïse. C'est ainsi que let sourit ir tonné. Sa raillerie n'esl guère moin* implacable que ses invectives. Mais il ne faut pas lui demander de traiter ces choses en philosophe.

Et c'est pourquoi les philosophes, les historiens, ou, tout simplement, les lecteurs sans parti pris, sont plus surpris que convaincus par l'intrépidité avec laquelle Bossuet raisonne, affirme et conclut. Toute cette seconde partie, si longue, si dogmatique, ne passionne plus, lasse parfois ceux qui la lisent; mais on la lit peu. Sans doute, Ernest Renan lui-même nous l'a prouvé, l'histoire du christianisme a besoin d'être éclairée par l'histoire du peuple de Dieu ; mais nous ne croyons plus qu'autour de la seule histoire des Juifs gravitent toutes les histoires de tous les peuples. Et nous ne pouvons plus prendre au sérieux les vues de Bossuet sur le présent et l'avenir de ces mêmes Juifs, que la Providence a d'abord élevés, puis abaissés, en se réservant de les relever dans un nombre indéterminé de siècles. On se tromperait cependant si l'on croyait que cette seconde partie n'a plus rien de vraiment historique. Pour ne citer qu'un exemple, Bossuet, quand il parle des persécutions dirigées contre les chrétiens, explique fort bien pourquoi combattre les dieux de Rome c'était renverser les fondements de l'empire, et pourquoi les chrétiens, ennemis des dieux, furent regardés en même temps comme ennemis de la république, les païens voulant bien adopter, adorer le Dieu des Juifs, mais non pas ce Dieu tout seul. D'ailleurs, quand on parcourt la. Suite d-e la religion, on est payé de sa peine par des expressions fortes, qui s'enfoncent dans la mémoire : «Tout était Dieu (en Egypte) excepté Dieu même » ou par des réflexions morales jetées en passant : au chapitre ier, « sur l'orgueil, source de trouble et de division parmi les hommes ; au chapitre xxvi, sur l'intérêt, « ce puissant ressort qui donne le mouvement aux choses humaines »; ou enfin par des éclairs d'imagination poétique : « Représentez-vous le monde encore nouveau, et encore, pour ainsi dire, tout trempé des eaux du déluge1... »

La conclusion de toute cette partie est exprimée dans le chapitre xxxi avec la même rigueur systématique, mais aussi avec une grande hauteur dépensée et de style. « Quelle suite, quelle tradition, quel enchaînement merveilleux! » Après une condamnation dédaigneuse des incrédules, dont l'esprit indocile et vainement curieux ne sait pas ployer sous le joug de l'autorité divine, Bossuet se retourne vers son royal élève, que jamais, d'ailleurs, il n'a perdu tout à fait de vue, et lui marque, respectueusement et impérieusement à la fois, ce qu'il doit retenir d'une démonstration faite pour lui.

1. Dans la Légende des siècles, V. Hugo montre, par une expression toute semblable, la terre « encor mouillée et molle du déluge » (Boo: endormi).

•nduit ii l'étern:; ■ cons-

tant dai el une mai

. \ .- -- : glise m ane

i que ' ■ rem i Etudiez donc, Monseigneur, avec une attention particuli rite de

attentes les promesses de Dieu. Tout ce ! suite, tout ce qui s'él< \ Lès l'origine

damofl neur. Employez toutes i ippeler

■ qui s'en est 'lé-. ire écouter l'Église par

laquelle le Saint-Esprit prononce se? oracles.

- non seulement de ne l'avoir jamais abandonl'aroir ton jours soutenu itépar là d'être appelés

• os doute le plus glorieux de tous leurs titres.

tout aboutit donc à la glorification de la maison de France,

de Clovis, de Charlemagne, de saint Louis, et, en particulier, de

- XIV, protecteur de L'Église, lerreurde l'impiété el de l'hé-

s . L'exemple qu'il a reçu, le dauphin doit Le laisser à ses

Que votre auguste maison, la première en dignité qui soit au monde, soit la première à défendre les droits de Dieu, et a étendre par tout l'univers le règne do Jésus-Christ, qui le fait régner avec tant de gloire. » Ainsi la religion et la politique, pour le précepteur et pour l'élève, restent jusqu'au bout inséparables.

troisième partir.— Les a Empires* » — Que eettr partie menu- nVst pas purement historique.

« Dans la troisième partie, reprenant à part l'histoire des empires, l'auteur montre comment les peuples, causes libres dans le mouTement de leur activité particulière, mais causes soumises à la direction générale de la cause première, de la cause unique, qui est Dieu, concourent par l^urs vices et par ir la fondation et par la ruine des États s'élevant - ruines! u développement et au triom-

phe «i gion chrétienne1. » Ainsi, même dans cette der-

qu'on détache souvent du Discours pour la consi-

déret sous le point de vue historique, Bossuet ne cesse pas de juger à un point de vue tout religieux les grands hommes et les grands événements de l'histoire ancienne. Peut-être donc est-il excessif de dire : « Il traite l'histoire par la raison seule.. Il ouvre son histoire et il la conclut en chrétien; dans l'intervalle, il se borne à la faire en savant1. » Il est très vrai qu'à y regarder de près, un seul événement ici est expliqué par les desseins de Dieu sur les peuples : c'est la prise de Rome par les barbares. Mais, après tout, que sera la troisième partie tout entière, sinon une contre-partie de la seconde, une forte antithèse entre la « suite » ininterrompue de la religion et les révolutions de ces empires qui, selon une expression familière à Bossuet, tombent avec fracas les uns sur les autres? Leur chute, sans doute, est due, au moins en apparence, à des causes secondes qu'il peut être intéressant d'étudier; mais si ces causes secondes sont subordonnées à une cause première qui détermine et presse leur action, c'est un intérêt bien amoindri qu'offre l'histoire à la curiosité du savant désintéressé. Au lieu de s'intéresser au jeu des forces libres qui soutiennent, relèvent ou renversent tel État, il devra se borner à rechercher le principe d'erreur et le germe de décadence que Dieu a mis de toute éternité dans une race pour qu'après avoir fleuri, elle périsse. Tout est admirablement réglé, tout se développe par un enchaînement inexorable, sans que la plus petite place soit faite à ces hasards qui déconcertent parfois les plus savants desseins et rompent le cours logique des destinées. Montesquieu, d'ailleurs, ne sera pas moins fataliste que Bossuet, mais son fatalisme sera tout philosophique et humain. Bossuet, théoricien et théologien de la Providence, ne saurait être fataliste à proprement parler : à ses yeux il y a un être libre, un seul, mais qui est l'être même : cet être supérieur se donne le spectacle des choses humaines, qu'il dirige à son gré, mais sans paraître toujours les diriger. Et qu"a-t-il besoin de faire entrevoir sa puissante main derrière l'événement le plus mince? Il suffit qu'il donne l'impulsion première et qu'il laisse ensuite les États et les hommes vivre et mourir conformément à certaines « dispositions » naturelles qu'il leur a données.

Car ce même Dieu qui a fait l'enchaînement de l'univers, et qui, toutpuissant par lui-même, a voulu, pour établir l'ordre, que les parties d'un si grand tout dépendissent les unes des autres ; ce même Dieu a voulu aussi que le

1, Piébelliau, Bossuet Iiistorien du protestantisme.

- DE LITTÉRAH RE

r dire </«»■ lejs htimin ilèeatio* à Utquellê

h Itil que sa niiiiH />■■ i( urriié de </ritn l /ni n'nil

y .» ce <)ni - termine

.. - qui les ont fait an .

. décident tout a coup de là fortune des empira. Qui veut entendre à fond les choses huma

19 haut: et il lui faut observer les incliiuUioMs ei les meaurs, on. pour dire tout en

a -es en pari qui. par l'importance <1 . •• qu'il- ont eu à faire dan^ le moud", '.ni

c-<>ntri il, au cha:.. la fortune

publ. |

"ii oe saurait sans injustice réclamer de Bossuet une définition plus précise et plus complète de L'histoire. Dans la mesure où il peut t'tre historien, il l'est en ce passade, qui fait sa part à l'action - tnds hommes. Il a compris

sième partie et la précédente, exclusivement religieuse, le lecteur profane pourrait faire quelque différence.,

>t pourquoi il s'applique, dans les deux premiers chapi-

i relier le plus étroitement qu'il peut la religion et L'his- . a cou.-, lier le déterminisme providentiel avec untaine Liberté de mouvement qu'il laisse aux peuples, sous l'œil et sous la main de Dieu. bes les premières lignes il a soin de nous en avertir: u ces empires ont pour la plupart une liaison ssaireavecle peuple de Dieu », qiiisV.-st servi des uns pour le châtier, des autres pour le rétablir. En exterminant ce peuple ingrat, les Romains «■ ont prêté Leurs mains, sans j penser, à la \ g : en persécutant l<-> chrétiens, il- n'ont

fait que fortifier l'Église chrétienne, qui Leur a pris jusqu'à leur capital--. Des ruines de L'empire romain et de l'inva-

sion des barbares, il. t triomphante: la Rome païenne,

enivrée du san- des martyrs, est pillée el détruite; la Rome chrétienne adoucit la barbarie des envahisseurs • ux-mêmes, dont les roi- se font ses protecteurs. « C'est ainsi que les em-

du monde ont servi à la religion et à la conservation du peuple de Dieu . . I - empires que nous avons vu-

sur la terre ont concouru par divers moyens au bien rie la reli-

t à la gloire de Dieu, comme Dieu même L'a déclaré par

Il ne reste plus qu'à tirer de ce grand spectacle deux grandes leçons, l'une pour les rois, surtout pour les rois de France, ceux qui « de tous les rois sont prédits le plus clairement par les prophéties » : c'est que Dieu forme les royaumes pour les donner à qui il lui plait et les faire servir à ses desseins; l'autre, pour tous les hommes. Si ce spectacle apprend aux princes à être attentifs aux ordres de Dieu en rabattant chez eux l'arrogance, « compagne ordinaire d'une condition si éminente », elle apprend aux hommes en général « que l'inconstance et l'agitation est le propre partage des choses humaines ». C'est ainsi que paraissent toujours, même dans l'histoire, le précepteur qui instruit un prince chrétien, et le moraliste qui ne perd pas une occasion de rajeunir, pour le profit de tous, les grands lieux communs de la morale universelle.

La troisième partie avant les Romains. — Lacunes et faiblesse relative. — Egypte et Perse idéales. — La tirée e.

Préoccupé de ces idées, songeant beaucoup moins à vérifier les récits des historiens anciens qu'à en tirer des leçons politiques et morales, Bossuet ne pouvait pas écrire une histoire critique et complète des empires. D'une part, la vraie méthode historique était à peine soupçonnée, au xvir3 siècle, par quelques laborieux bénédictins; d'autre part, la matière même de l'histoire n'avait ni l'étendue ni la fermeté que lui ont donnée tant de travaux de l'érudition moderne.

L'extrême Orient n'était connu que par quelques relations à demi fabuleuses : de Bossuet à Voltaire, la Chine se révélera aux Français, et Voltaire, fier de cette science un peu fraîche, reprochera à Bossuet de n'avoir pas parlé des Chinois. L'oubli des Phéniciens est plus grave peut-être, parce que le caractère de la civilisation phénicienne n'était pas entièrement ignoré. Bossuet commence un peu au hasard par les Scythes et les Éthiopiens, sans doute parce qu'il les a trouvés en rapport avec des nations plus fameuses, peut-être aussi parce qu'il cherche, plus ou moins consciemment, un contraste entre ces peuples primitifs et les peuples « policés » vers lesquels il se hâte : « Il n'y a rien de suivi dans les conseils de ces nations sauvages et

-u - DE LITTÉRATORB

mal cultivées : si la nature y commence souvent de beaus

Liments, • lie • mais. Atari n1 , us que

imiter. N'en j

I ! il vienl aux Égy] [ui aient sa les règles du gouvernement et la vrai'1 fin delà politique, qui est de rendre la vie commode et iples heureux.

t séi se », faite pour lui plaire, il admire tout, excepté la religion; appuyé sur Diodore, qui - pas un guide très sur, il idéalise les vertus, les lois des tiens, même celles qui, selon lui, perpétuaient les emplois re en Bis, et il voit dans cette immobilité professionnelle le principe même de la perfection de l'art. Loin de redouter la perse-. ms a ne tradition plus ou moins routinière, il

Une coutume nouvelle était un prodige en Egypte : tout s'y faisait toujours de même. » De> cérémonies frappantes servaient à imprimer encore plus profondément dans les esprits les anciennes maximes. Les rois étaient respectés comme des dieux, « m s si [u'une coutume ancienne avait tout réglé, el qu'ils ne s'avisaient pas de vivre autrement que leurs ancêtres ». ■ ntifes, d'ailleurs, les instruisaient par des discours religieux quel: ss comme s'il se souvenait de certains -•niions du xvn* siècle. Ils y parlaient « des fautes que les rois commettre », mais ils croyaient « que les reproches ne faisaient qu'aigrir leurs esprits, et que le moyen le plu< nfiicace de leui s rei la vertu était de leur marquer leur devoir dans des louanges conformes aux lois et prononcées gravement devant les dieux . C'est après leur mort seulement quel-- j; 5 sa va enl que si leur majesté les nts humains pendant leur vie, ils y reviennent enfin quand la mort. es aux autres hommes ». On croirait lir^ la Politique li I.

On sent qu'ici Bossuet s'attarde avec complaisance non seulement pour moraliser, mais pour peindre : le tableau des inondations .lu Ml. s'il a moins de naïveté, n'a pas un relief moins pittoresque qu'on - Hérodote. L'art égyptien lui inspire le respect : c'est que l'Egypte visait au grand, et voulait frapper les yeux de loin, mais toujours en les contentant pari.-: roporlions », et cette « hardiesse réglée

' tout à la fois à l'imagination et à la raison d- Boss Il décrit avec admiration le temple de Karnafc el lea Pyramidos; il a lu ■.■ ir The venot; il fait appel à la noble

curiosité de Louis XIV el forme le vœu, réalisé par le général

Bonaparte, de l'envoi d'une mission française qui explore <c les beautés que la Thébaïde renferme dans ses déserts ». Chemin faisant, il entrevoit la théorie de l'influence des climats, à laquelle Montesquieu attachera son nom : « La température toujours uniforme du pays y faisait les esprits solides et constants... L'air du pays inspirait la frugalité. » Il est possible que cela soit déjà dans Hérodote; mais Bossuet y a mis sa marque. Bossuet seul pouvait écrire : « Mais quelque effort que fassent les hommes, leur néant parait partout. Ces pyramides étaient des tombeaux; encore les rois qui les ont bâties n'ont-ils pas eu le pouvoir d'y être inhumés, et ils n'ont pas joui de leur sépulcre... Ce grand empire ne dura guère. Il faut périr par quelque endroit. » Après cela, on peut avouer que Bossuet, venant avant Champollion, ne connaissait pas la chronologie des dynasties égyptiennes et qu'il a tort de refuser « une longue suite » à l'empire qui a le plus duré. Toute cette histoire a été renouvelée depuis; mais, si vieillie qu'elle paraisse chez Bossuet, elle garde encore grand air.

Pour la même raison, ce qu'il dit des Assyriens est bien superficiel et parfois inexact, surtout en ce qui touche leur civilisation : nos pères eux-mêmes n'en savaient guère plus que lui. Xénophon, moraliste et romancier, lui présentait les Perses sous un jour trop séduisant pour qu'il ne fût pas tenté de leur demander encore des leçons. Mais il discerne les défauts de la race, et l'on aime à voir le précepteur du dauphin écrire : u Le respect qu'on inspirait aux Perses, dès leur enfance, pour l'autorité royale, allait jusqu'à l'excès, puisqu'ils y mêlaient de l'adoration, et paraissaient plutôt des esclaves que des sujets soumis par raison à un empire légitime : c'était l'esprit des Orientaux; et peut-être que le naturel vif et violent de ces peuples demandait un gouvernement plus ferme et plus absolu. » Réduisez en formule cette observation jetée en passant, cette question posée, vous aurez déjà du Montesquieu, et Montesquieu n'eût pas expliqué mieux que Bossuet pourquoi ce corps immense, mais confus, de l'armée perse, surchargé d'une multitude de personnes inutiles et traînant à sa suite tous les objets nécessaires à une vie de luxe et de plaisir, ne pouvait se mouvoir de concert, tandis que les armées de la Grèce, « médiocres à la vérité, mais semblables à ces corps vigoureux où il semble que tout soit nerf», souples aux ordres des chefs, semblaient n'avoir qu'une même àme.

COURS DE LU rÉRATURE

•ni.'-. • el suivie, Bossuet s'élève de plus eu pi . lions sentent une sorte d'idéal

relatif, -i l'on peu! ainsi parler, d«> l'humanité civilisée dans les emps - la libei : - semblent de-

voir lui inspirer qa . Hais son esprit est assez

même ce qu'il n'aime pas; bien plus.

pour l'aimer à force de 1 ■ < «mprendre.

iberté, qu'une telle conduite inspirait, était admirable. I était une liberté soumise à la loi, mue par tout le pi roulaient pas que

les ho al du pouvoir parmi eux. Les magistrats, durant

leur mini- ;p.irticuliers qui ne gardaient

d'autorité qu'autant que leur en donnait leur expérience. La loi était regardée

tait elle qui établi! ta, qui en réglait

le pouvoir, et qui eiitin châtiait leur mauvaise administration.

// m'est /»ff« ici question d 'examiner liât* que spécieuses.

Enfin la C et préférait les iaconvtnienU de lu liberté à ceux

jètinn leqitime, quoique en effet beaucoup moinà Mime chaque

gourera - *, celui que la Grèce tirait du sien était

que les s'affectionnaient d'autant plus à leur pays qu'ils le condui-

re chaque particulier pouvait parvenir aux pi bonn<

Non seulement il est capable de pén - - . mais

il en saisit el il eu marque les diverses nuances : si qu'il

oppose, dans un court parallèle, la vie libre et vive d'Athènes à la v. . et laborieuse de Lacé dé m on e. 11 semble que Lacé- >ne devrait lui plaire davantage; mais il sent ce qu'a d'enfuis le naturel des Athéniens : 1 11 n'y avait rien de plus délicieux à voir que leur ville, où les fêtes et les jeux étaient perpétuels, où l'esprit, où la liberté et les passions donnaient tous les jours de nouveaui S] Ici Bossuet rappelle Platon et an-

Donce Fénelon. Quelque - lus loin, par un contraste qui ii'a rien de heurté, c'est le moraliste chrétien qui, après avoir an beau tableau desconquétes et de la mort prématurée d'Alexandre, aboutit a cette conclusion inattendue sur le néant tu liis d'un i oi conquérant :

I mple, qu'outre les fautes que raient corriger, c'est-à-dire celles qu'ils font par emportement ou pa: - . il y a un faible irrémédiable inséparablement attaché aux fi -t la mortalité. Toul j»**ut tomber en un moment ■ "ndroit-là ; ce qui nous force d'avouer que comme le vice le plus inhé- • le plus inséparal - !8 humaines, . . site, celui qui sait conserver et affermir un I sait conquérir el des ba

Voilà l'essentiel pour Bossuet : la leçon moral'', polit religieuse, à tirer des faits historiques. 11 serait assez peu sensible, j'imagine, au reproche qu'on lui adresse aujourd'hui d'avoir négligé déparier de la civilisation, de l'industrie et des arts de la Grèce. Il semble pourtant que ces connaissances entrent assez naturellement dans le plan d'une éducation libérale.

L'empire romain; Polybe, Machiavel, Saiiit-Évreinond et Bossuet.

m Nous sommes enfin venus à ce grand empire qui a englouti tous les empires de l'univers, d'où sont sortis les plus grands royaumes du monde que nous habitons, dont nous respectons encore les lois, et que nous devons par conséquent mieux connaître que tous les autres empires. » La vivacité à la fois et la solennité de ce début marquent assez et combien Bossuet est impatient d'arriver à cet empire « grand » entre tous, et pour quel motif, y étant arrivé, il croira devoir s'y reposer plus longuement qu'ailleurs. Épris de grandeur, et de grandeur raisonnable, admirant avant tout l'ordre et la suite dans les desseins qui conduisent les États, Bossuet ne cache pas sa préférence pour ce peuple, « de tous les peuples du monde le plus fier et le plus hardi, mais tout ensemble le plus réglé dans ses conseils, le plus constant dans ses maximes », et pour cette politique «la plus prévoyante, la plus ferme et la plus suivie qui fut jamais ». Et il veut que nous admirions avec lui cette ville si grande jusqu'en ses commencements; ces citoyens si jaloux de leur liberté et si soumis pourtant à la puissance légitime des magistrats; ce sénat dépositaire et défenseur des anciennes maximes, auguste compagnie qui « n'inspirait rien que de grand au peuple romain »; ces sentiments forts et ces nobles impressions qui, par une contagion insensible, passaient de l'un à l'autre, cette tradition des ancêtres fertile en beaux exemples, ce « tempérament » de nation fécond en héros.

Avant Bossuet. plus d'un grand écrivain avait traité l'histoire de Rome, mais en se plaçant à des points de vue assez divers. Polybe, ce Grec vaincu et moralement conquis, s'était proposé de montrer par quels moyens et par quelle sorte de gouvernement il avait pu se faire que les Romains fussent devenus maîtres de presque toute la terre.

Oui: menls, il faut oon? Ile a été la •

i-'iit il- eut gouverné l'univers, les différents Benliments q ir eux |ui étaient h la tête

le foyer domestique que par r ce moyen notre •

maine ou b'j soumetti - venir

le blâme.

D croyait que rhistoriea doil moins s'appliquer au récif des

action- mi in - qu'à ce qui B*est fait auparavant, en même temps et api i-dire à la recherche des causes et des résultats.

Comme devait Le faire Bossuet, il entreprend d'étudier en i d el d<- haut l'ensemble des événements, et d'écrire ce qu'il appelle une pragmatie », explication historique et philosophique des faits. « Le proût des histoires particulières, dit-il, esl peu de chose auprès de l'instruction solide qui se retire de l'histoire générale. C'est l'enchaînement de l'ensemble, ce sont les relations des parties étudiées tour à tour dans leurs différences et dans leurs ressemblances, qui peuvent seuls donner, à qui sait les étudier, à la fois tout le profit et tout le plaisir dont l'histoire esl capable. » Il n'est pas étonnant que Bossuet ait choisi pour guide l'homme qui voyait dans L'histoire la préparation la plus sérieuse à l'art da gouvernement, qui analysait

iii'-nts dont se compose la constitution romaine el admirait l'harmonieux équilibre, qui, enfin, mettait en relief comme malgré lui les vertus des Romains, l'habileté de leur politique extérieure : k l'intérieur, l'inébranlable fermeté de leur line. Polybe déjà voyait dans l'histoire une suite logique et nécessaire d'événements qui sortent les uns des autres; des faits étudié- el comparés il déduisait une loi, et Bossuet a plaisir à conclure comme lui : Polybe, par exemple, a démontré qu'à i i seulement la nature des armées romaines el

lies des Macédoniens, les dernières ne \ ' manquer

d'être battues à La Longue. Concluez donc avec Polybe qu'il fallait que la phalange Lui cédât, et que la .Macédoine fût vain- . Polybe a très bien conclu que Carthage d uait, a la lin, obéir à Home, par la seule nature des deux républiques. » Ces formules décisives semblent faites pour le génie d'un homme qui aime à affirmer avec autorité.

I. - Latins ne pouvaient se désintéresser de leur propre gloire. Le monument élevé par Tite-Live a, sur certains points, plus d'éclat que de solidité. Surtout orateur et moraliste, Tite- Live a été aussi une des sources ou Bossuet a le plus volontiei -

puisé; il le suit même de trop près pour ce qui concerne les .origines de Rome. C'est le même historien qui, au xvi° si fournit à Machiavel le point de départ de ses Discours sur la première Décade de Tite-Live. « J'ai tâché, dit Machiavel dans une lettre d'envoi, d'y renfermer tout ce qu'une longue expérience et une recherche assidue ont pu m'apprendre en politique. » C'est donc un livre d'expérience, et la méthode en est aussi tout expérimentale. Derrière la Rome antique, on voit souvent apparaître la Rome du xvie siècle : par exemple, Machiavel prouve V utilité de la religion romaine, mais c'est l'occasion qu'il saisit pour s'attaquer à la religion telle que les papes l'ont faite. Dissertations et satires, exemples et maximes, se succèdent un peu au hasard ; mais dans ce livre, qui n'est pas composé, on trouve des chapitres d'un réel intérêt : Lequel a le plus contribué à la grandeur de l'empire romain, de la vertu ou de la fortune. C'est la question que Polybe s'était déjà posée; c'est celle que Rossuet se pose à peine, car il l'admet comme résolue au profit de la vertu romaine. Il est superflu de dire que, pour l'élévation morale, aucune comparaison n'est possible entre les Discours de Machiavel et le Discours de Bossuet : la <c vertu » que Machiavel reconnaît aux Romains, c'est une habileté politique qui n'est pas toujours compatible avec la droiture. Mais, dans le détail, Machiavel voit juste, sur la constitution de Rome, sur ses armées de citoyens, sur sa conduite envers les peuples vaincus, sur les causes mêmes de sa décadence, qu'il attribue aux discordes civiles et à la trop longue prorogation des commandements militaires.

En France, après le vieux Garnier, avant le grand Corneille, c'est Balzac qui mit à la mode les Romains, ou plutôt « le Romain», type idéalisé de majesté un peu solennelle : les dissertations « politiques » qu'il adressait à la marquise de Rambouillet manquent souvent de naturel, mais non toujours de vérité; il y a de la grandeur dans l'idée qu'il se fait du citoyen et du magistrat romains. Mais la première étude précise qu'on trouve dans notre langue sur ce sujet, ce sont les Réflexions sur les divers génies du peuple romain dans les différents temps de la République, par Saiiit-Évrëmoiïd, exilé alors en Angleterre (1663). Sept chapitres, de la guerre de Jugurtha à la fin des guerres civiles, confiés au poète Waller pendant un séjour de Saint- Évremond en Hollande, ont été perdus clans la confusion que causa une terrible épidémie. On peut juger de ce qu'ils étaient d'après ce qui nous reste. Grand seigneur sceptique, Saint-

nond prend le ton de rironie dédaigneuse dès le premier chapitre, D ► fi unaros et ■/<

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