‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 105 sur 228 · VOU · texte numérisé non relu

VOU

- n : . !p \m ce dessein, il m'a p asa ijettttsemenf à d

Lon, il le gardera d'un bout à l'autre «le son étude. Il aci uns nu grand courage, une grande autoriti mœurs, un grand amour de la patrie. Mais il nous met en garde contre une admiration excessive : « Ceux qui ont eu à se plaindre de leur siècle ont donné mille louanges à l'antiquité dont Us n'avaient rien à souffrir, et ceux dont le chagrin trouve à redire à tout ce qu'on voit ont fait valoir, par fanpj'on ne voyait plus. » Les Romains avaient, sans doute, une vertu sévère, mais éloignée de la polir

ment. Ils savaient être pauvres; mais le moyen de b*ur en faire un mérite, alors que cette pauvreté était honorée de tous ompensée? Cependant, quand il en vient à la lutte de Ilome et de Carthage, Saint-Évremond renonce au persiflage. « Pour voir la (.'publique dans toute l'étendue de sa vertu, il faut la considérer dans la seconde guerre de Carthage. » Son admiration pour l'héroïsme des Romains au lendemain de Cannes ne l'empêche pas d'admirer la hauteur d'àme d'Annibal. Il établit entre les deux cités rivales, entre leurs constitutions et leurs armées, un parallèle qui n'est pas trop indigne d'être ; i elui de Uo-suet, et que couronne cette conclusion : < Toute- 1 considérées, il ne faut pas s'étonner que les

Romains soient demeurés victorieux, car ils avaient les qualités principales qui rendent un peuple maître de l'autre. » Mais, si le fond est raisonnable, combien ce style, d'une élégance un peu molle, pâlit à côté de la brièveté impérieuse de Rossuet j

Celui-' i était par nature plus romain et moins grec qu< I nelon. La majesté et même La pompe romaine, cette aspiration : i grandeur et vers L'unité, ne pouvaient le laisser indifférent. An Livre X de la Politique Urée de l'Écriture ive, comme dans Le Discours, que le Saint-Esprit . us li livre des Macchabées, n'a pas craint de louer la - naine, parce qu'elle avançait et atfermi>sait

ses conquêtes plutôt par conseil et par patience que par la force des armes; parce que l'amitié des Romains était sûre; parce qu'ils ne soumettaient les pays que de proche en proche; parce qu'ils étaient uniquement attentifs à la patrie et au bien commun; enfin, parce qu'au milieu de tant de grandeurs ils gardaient l'égalité et la modestie convenables à un état populaire, et obéissaient aux magistrats annuels avec autant de soumission et de ponctualité qu'on eût fait dans les monarchies les plus absolues. « Il ne reste plus qu'à remarquer, ajoute Bossuet, que quand ce bel ordre changea, le peuple romain vit tomber sa majesté et sa puissance. » C'est presque toute la troisième partie qui est là comme en germe. Dès le début de cette partie, en effet, Bossuet rappelle que, dans la première, il a déjà retracé la longue et mémorable histoire du peuple romain : il ne se propose ici que de faire comprendre « les causes de l'élévation de Rome et celle des grands changements qui sont arrivés dans son état », c'est-à-dire les causes et les degrés successifs de sa grandeur, puis de sa décadence.

Si l'on voulait comparer ici Bossuet à Montesquieu1, il serait aisé de reprendre et de suivre ces deux divisions que luimême, plus ou moins librement, a suivies, et qui, on ne l'a pas assez remarqué, forment, avant Montesquieu, non pas des m considérations », mais un « discours » suivi sur la grandeur et la décadence des Romains. Nous nous bornerons à noter que Bossuet, moins systématiquement optimiste qu'on ne l'a dit souvent, sait discerner les petitesses jusqu'au sein de la grandeur, et que le succès final ne l'empêchait pas de voir l'injustice des moyens employés.

Que si les Romains s'étaient servis de ces grandes qualités politiques et militaires seulement pour conserver leur État en paix ou pour protéger leurs alliés opprimés, comme ils en faisaient le semblant, il faudrait autant louer leur équité que leur valeur et leur prudence. Mais quand ils eurent goûté la douceur de la victoire, ils voulurent que tout leur cédât, et ne prétendirent à rien moins qu'à mettre premièrement leurs voisins et ensuite tout l'univers sous leurs lois.

Pour parvenir à ce but, ils surent parfaitement consprver leurs alliés, les unir entre eux, jeter la division et la jalousie parmi leurs ennemis, pénétrer leurs conseils, découvrir leurs intelligences, et prévenir leurs entreprises.

Ils n'observaient pas seulement les démarches de leurs ennemis, mais encore tous les progrès de leurs voisins : curieux surtout, ou de diviser ou de contre-balancer par quelque autre endroit les puissances qui devenaient de trop grands obstacles à leurs conquêtes...

1. Voir cette comparaison dans l'étude consacrée à Montesquieu.

ivaient lu'ils metl - couleur de les pi

AjOUl D9 ' 'Tn leu^( :

qualit • : Plus

u-i! dominer à ce prix .' el . lemenl

• is si inhu-

in~. pour répaiidi-c partout la terreur, affectaient d

de paraître is, qu'ils faisaient mourir inhumainement, api s en triomphe c - des chariots comme d-- Mais s'il- étaient cruels et injustes pour conquérii liaient ave équité les nations inbjng

L'admiration se hâte de reprendre ses droits; mais la critique a a e. De même on a dit, non sans raison, que Bosplus porté à considérer les choses sous l'aspect de la grandeur el du se s, se détourne de la décadence, où tout scur. Et il est vrai qu'il n'y attache pas, comme Montesquieu, un long el triste regard. Mais il a indiqué avec netteté certaines ses d- la décadence, sinon toutes.

Rome victorieuse s'étend durant deux ceo

lit tout l'un;-. - <nce.

En c . depuis 1 1 ruine de Carthage, les charges, dont la dignité

profit s'augmentait avec l'empire, furent briguées avec fureur. Les prétendants ambitieux : - al qu'a flatter le peuple, et la

nue par l'occupation d

troubla plus que jamais. I. - - mirent tout en confusion, et leurs

séditieu! sitions furent le commencement de toutes les guerres civiles.

mmença à porter des armes, et à agir par la force ouverte dan*

lé romain, où chacun auparavant voulait l'emporter

Les légitimes,

rrea survenues modérèrent les

brouilli

.1 homme

. ieil de la ri' leva par ce moyen aux plus grands hon-

sylia. pal ' "*te du parti contraire el devint l'objet de la ja~

i corruption peuvent toul d ma Rome. L'amour de la patrie teint.

ir comble de malt) ! apprennent le luxe ans

ntent l'avarice.

aux commencèrent à s'attacher leu qui ne

- que le caractère de l'autorité publique.

Ou dirait, il est vrai , que I: sent mal à l'aise !

terrain, et qu'il a hâte de le quitter; ce n'est plus l*;imple période qui semble se modeler sur l'amplitude même de l'empire; c'est une phrase hachée, c'est presque déjà celle de Montesquieu dans les Considérations. C'était celle des Époque*, dont le chapitre vu semble détaché. Bossuet y présente « ramassés ensemble, pour une plus grande facilité », un certain nombre d'événements principaux, qui ont, selon lui, une liaison manifeste, bien qu'arrivés en des temps assez éloignés. Cette liaison, toutefois, il la voit et la fait voir avec moins de netteté et de force que ne fera Montesquieu, plus profond politique; ainsi, sur les discordes civiles, dont Bossuet, cet ami passionné de l'ordre, exagère l'action funeste, sur la façon dont elles auraient conduit les Romains au despotisme militaire, Montesquieu pense tout autrement, et il semble bien que c'est Montesquieu qui a raison. Aussi le résumé que donne Bossuet des causes de l'élévation et de la chute de Rome est-il incomplet ou même inexact en ce qui concerne la chute. Bossuet accumule ensuite, il est vrai, des causes particulières dont l'analyse fait assurément grand honneur à la pénétration de son esprit; mais il conclut en déclarant que la vraie racine du mal est la jalousie qui sépar e les deux ordres, et cette cause n'est peut-être pas si « universelle » qu'il le croit.

Conclusion touîc religieuse. — Jugement d'ensemble sur le « Discours ».

Quand on lit, dans le Discours, ces derniers chapitres de la dernière partie, et qu'on oublie le reste du livre, on croit souvent être en face d'une véritable histoire, au moins d'une histoire morale, de l'empire et surtout du génie romain. A la vérité, on s'aperçoit bien çà et là que, même considérée comme histoire morale, elle n'est pas exempte de parti pris. Quand Bossuet admire, il n'admire pas à demi. On l'avait remarqué déjà pour l'Egypte, on peut le remarquer, à plus forte raison, pour Rome. Nous ne parlons pas de ce qui concerne les origines de la ville et du sénat, la prétendue liberté dont le peuple jouissait sous les rois, le prétendu dessein formé par Servius Tullius de réduire Rome en république, les antiques légendes des Scévola et des Coclès. Saint-Évremond lui-même, après

avoir manifesté an beau inépris pour ces fables, s'était em-

àuire. Mais le rôle et la politique du sénat

à L'intérieur, et surtout envers les peuples étrangers, ont été vus

d'un œil bien complaisant, malgré des - insuffisantes.

ndanl, tout est si bien lié, si vraisemblable, l'ensemble a tant de grandeur et d'unité, qu'on ne s'arrête pas aux erreurs

Lail. Quelques traits • ïs s ou trop atténués n'empêchent

e portrait d'être vrai et vivant.

iulu être lu comme on lit un historien désintéressé. Presque à chaque page, il nous fait sentir que s'il consent que son livre soit utile à tous, comme Louis XIV lavait désiré, il entend qu'avant tout ses leçons soient utiles à son royal élève. Au moment où nous avons l'illusion qu'il travaille à se faire comprendre de nous, nous sommes désabu-

ir un mot direct et personnel : « Vous avez souvent remarqué vous-même dans les Commentaires de César... Il y a plaisir, Monseigneur, a vous parler de ces choses, dont vous êtes si bien instruit par d'excellents maîtres, et que vous voyez pratn; is les ordres de Louis le Grand, d'une mani- n

-i admirable, que je ne sais si la milice romaine a jamais rien eu de plus beau... Vous voyez ce que fait dans toute L'Europe une semblable opinion des armes françaises... » C'est l'homme du xvne siècle qui attaque « les maximes du faux honneur qui ont fait périr tant de monde parmi nous », et qui vante au contraire lhonneur vrai, la généreuse fierté de la noblesse franst le prêtre qui, a propos de la « sainte » institution des féciaux, fait honte de leur dureté aux chrétiens « à qui un Dieu venu au monde pour pacifier toutes choses n'a pu inspirer la charité et la paix ». Enfin, comme si les premiers chapitres de cette troisième partie ne nous avaient pas suffisamment avertis de ses intentions, il couronne son œuvre par un dernier chapitre intitulé mion de tout le discoun précédent, on

i mtre qu'il faut tout rapporter à une Providence.

Uaiï ;:•. que ce long enchaînement des causes

particulières, qui font et défont le* empires, dépend des ordres secrets de la

divine Providence. Dieu tient du haut des cieui .- les royau-

! a tous le- cœurs en sa main : tantôt il retient les passions; tantôt il

leur lâche la bride, et par là il remue tout le genre humain. Veut-il taire des

conquérants, il fait marcher l'épouvante devant eux, et il inspire à eux et à

soldats une hardiesse invincible. Veut-il faire des législateurs, il leur

son esprit de sagesse et de prévoyance; il leur fait prévenir les maux

fondements de la tranquillité publique. Il

I la sagesse humaine, toujours courte par quelque endroit ; il l'éclairé,

il étend ses vues, et puis il l'abandonne à ses ignorances ; il l'aveugle, il la précipite, il la confond par elle-même ; elle s'enveloppe, elle s'embarrasse dans ses propres subtilités, et ses précautions lui sont un piège...

C'est ainsi que Dieu règne sur tous les peuples. Ne parlons plus de hasard ni de fortune, ou parlons-en seulement comme d'un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils incertains est un dessein concerté dans un conseil plus haut, c'est-à-dire dans ce conseil éternel qui renferme toutes les causes et tous le> effets dans un même ordre. De cette sorte tout concourt à la même fin, et c'est faute d'entendre le tout, que nous trouvons du hasard ou de l'irrégularité dans les rencontres particulières...

C'est pourquoi tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force majeure. Ils font plus ou moins qu'ils ne pensent, et leurs conseils n'ont jamais manqué d'avoir des effets imprévus. Ni ils ne sont maîtres des dispositions que les siècles passés ont mises dans les affaires, ni ils ne peuvent prévoir le cours que prendra l'avenir, loin qu'ils le puissent forcer. Celui-là seul tient tout en sa main, qui sait le nom de ce qui est et de ce qui n'est pas encore, qui préside à tous les temps, et prévient tous les conseils.

Principes et conclusions se rejoignent, et l'on ne s'étonne pas que Bossuet se répète, car il ne croit pas qu'on puisse jamais trop appuyer sur la vérité fondamentale entre toutes. Ainsi. en voyant les empires tomber presque tous d'eux-mêmes et la religion se soutenir par sa propre force, le dauphin connaîtra « quelle est la solide grandeur, et où un homme sensé doit mettre son espérance. » Ici, c'est encore au dauphin que s'adresse Bossuet, mais il fait en sorte que la leçon qu'il lui laisse s'étende à tous les hommes.

Avec ses lacunes et ses erreurs, avec son parti pris que l'auteur lui-même proclame, le Discours ne saurait satisfaire l'esprit plus indépendant et plus critique du lecteur moderne. Mais il est de ceux dont il ne faut parler qu'avec respect. Voltaire, qui en avait parlé ainsi dans son Siècle de Louis XIV, a écrit ailleurs : « Son histoire particulière de trois ou quatre nations, qu'il appelle universelle, est d'un génie plein d'imagination. Il a fait ce qu'il a pu pour donner quelque éclat à ce malheureux petit peuple juif, le plus sot et le plus misérable de tous les peuples1. » Bossuet a exagéré peut-être l'importance de ce peuple; mais Voltaire certainement la restreint à l'excès. Il est curieux de noter que des catholiques mêmes ont fait à Bossuet ce même reproche. Dans son livre Des intérêts catholiques au dix- neuvième siècle, Montalembert regrette qu'en traçant pour un prince chrétien les droits et les devoirs de la politique, il les ait empruntés exclusivement à l'histoire du peuple juif : « comme si l'histoire de

Page 1