‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 107 sur 228 · Blcklf — I la civilisai I 1er · texte numérisé non relu

Blcklf — I la civilisai I 1er

Bohsea De . — Dieu et l'histoire; traduction Dietz; in-8°. Perria. Chatealbhiam». — Génie du christianisme, 3e partit.-. 1. III. Cowrs auguste .—Philosophie positive, i. IV,280; V, 254,596;VI, 316. De-chanel. — Le Bomantisme des classiques, 3e série ; Calmann-LOvy,

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— Le P'/rrhonisme de l'histoire, ch. n.

JUGEMEJN rS

Je soutiens qu'il y a plus d'obseryation el de majesté dans

rs que nous avons sur l'histoire universelle, que

dans Tite-Live ou dans Thucydide. Oui, La manière dont la

suite des temps y est développée, dont l'économie admirable (tes révolutions et la conduite ineffable de Dieu sur l'univers, par rapport au christianisme et au salut des hommes, y sont marquées, tout cela, dis-je, est infiniment élevé au-dessus de ce qui nous reste des anciens en pareille matière. l'i-iRKAULT. Parallèle ■/• i

L'- w.. siècle n'a rien produit de plus noble, de plus vif. de plus énergique que le Di - e;\

le caractère d'une raison supérieure soit imprimé plus avant; rien d'une plus grande continuité de sublime; rien qui >oil assorti mieux à la dignité d'un sujet qui laisse infiniment après lui tou- les autres sujets. On dirait que c'est la religion qui s'explique ici efle-mèp

H tteville, la Religion cht ~ faits :

17 »0. in-4°; t. Ier p. cxcvi.

Bossuet applique l'art oratoire à l'histoire même, qui semble l'exclure. Sou D //e n'a eu ni modèle

ni imitateurs. Si le système qu'il adopte pour concilier la chronologie des Juifs avec celle des autres nations a trouvé des contradicteurs chez les savants, son style n'a trouvé que des admirateurs. On fut étonné de cette force majestueuse dont il décrit les mœurs, le gouvernement, l'accroissement et la chute des grands empires, et de ces traits rapides d'une vérité énergique dont il peint et dont il juge les nations.

Voltaire, Siêch ri- Louii XIV, chap. \\.\ii.

On a accusé Bossuet d'avoir été, dans son Histoire universelle, plus orateur qu'historien, et plus théologien que philosophe; d'y avoir trop parlé des Juifs, trop peu des peuples qui rendirent si intéressante l'histoire ancienne , et d'avoir, en quelque sorte, sacrifié l'univers à une nalion que toutes les nations affectent de mépriser. Il répondait à ce reproche que, s'il avait paru, dans un si grand tableau, négliger le reste de la terre pour le seul peuple à qui le vrai Dieu fût connu, c'était qu'il avait cru devoir non seulement à ce Dieu dont il était le ministre, mais encore à la France, dont le sort était confié à ses leçons, de montrer partout au jeune prince, dans cette vaste peinture, l'objet le plus propre à forcer les rois à être justes, c'est-à-dire l'Être éternel ou tout-puissant, dont l'œil sévère les observe et dont l'arrêt terrible sait les juger...

On admire dans cette grande esquisse un génie aussi vaste que profond, qui, dédaignant de s'appesantir sur les détails frivoles, si chers au peuple des historiens, voit et juge d'un coup d'ceil les législateurs et les conquérants, les rois et les nations, les crimes et les vertus des hommes, et trace d'un pinceau énergique et rapide le temps qui dévore et engloutit tout, la main de Dieu sur les grandeurs humaines, et les royaumes qui meurent comme leurs maîtres.

D'Alembert, Éloge de Bossuet.

On voit la grandeur du génie de Bossuet dans son Histoire universelle; il atout son plan dans sa tète, et tout se présente en grand sous sa plume, tandis que Voltaire ne dessine que par portions, et l'on s'aperçoit qu'il n'embrasse que l'objet présent.

Mme >*ecker, Mélanges.

Bossuet illustre la classe des historiens, quoique, à vrai dire, dans son Discours sur l'histoire universelle, il appartienne encore à la classe des orateurs.

M.-J. Chénier, Discours prononcé à l'Athénée (1806). C. de Litt. — Bossuet (Disc, sur l'hist. unir. . 3

Comme une aigle aux ailes immei

■ .!" habitante des cieox, Franchi! en un instant les plus vastes distances, Parcourt tout • >l el voit tout de aes yeux,

Tel, à son gré changeant de pla

Bossue a notre œil retrace Sparte, Athènes, Memphis aux destins éclatants; Tel il passe, escorté de leurs grandes ima£ la majesté des agi -.

Et la rapidité des temps.

Oui, s'il parut jamais sublime,

C'est lorsque, armé de son tlambeau, Interprète inspiré des siècles qu'il ranime, 1» s Etats écroulés il sonde le tombeau;

C'est Iorsqu'en sa douleur profonde,

Pour fermer le convoi du monde, Il scelle le cercueil de l'empire romain, Et qu'il élève alors ses accents prophétiques,

A travers les débris antiques

Et la poudre du genre humain.

Chknedollé, Etude* poétiques.

Mil

Bossuet est plus qu'un historien, c'est un Père de l'Église, un prêtre inspiré, qui souvent a le rayon de feu sur le front, comme le législateur des Hébreux. Quelle revue il fait de la terre ! Il est en mille lieux à la fois. Patriarche sous le palmier de Tophel, ministre à la cour de Babylone, prêtre à Memphis, législateur à Sparte, citoyen à Athènes et à Home, il change de temps et de place à son gré; il passe avec la rapidité et la majesté des siècles. La verge de la loi à la main, avec une autorité incroyable, il chasse pêle-mêle devant lui et Juifs et Gentils au tombeau ; il vient entin lui-même à la suite de tant de générations, et, marchant appuyé sur Isaïe et sur férémie, il élevé ses lamentations prophétiques à travers la poudre et les débris du genre humain. La première partie du Discours est admirable par la narration; la seconde, par la

sublimité du style et la haute métaphysique des idées; la troi sième, par la profondeur des vues morales et politiques.

Chateaubriand, Génie du christianisme.

Bossuet c'est la plus grande parole de l'univers chrétien, et le meilleur conseiller des princes. Ce que j'ai appris de lui depuis mes difficultés avec Rome me le fait encore plus grand. Je l'avais cru d'abord un poète, un Homère biblique. On nous instruisait très mal ta Brienne : j'avais quinze ans, on ne me mettait dans les mains que d'insipides extraits de Domairon.

Des extraits! méthode pitoyable! La jeunesse a du temps pour lire longuement, et de l'imagination pour saisir toutes les grandes choses. Plus tard, je réparai cette lacune en lisant prodigieusement, mais avec peu de choix, au hasard d'une bibliothèque de garnison. Le grand côté de l'histoire ne réapparaissait pas. A Valence, mon àme dormait encore; et ce que j'écrivais, car j'écrivais beaucoup, était faible et pâle.

Le jour où, par bonheur, je rencontrai Bossuet, où je lus, dans son Discours sur l'histoire universelle, la suite des empires, et ce qu'il dit magnifiquement des conquêtes d'Alexandre, et ce qu'il dit de César qui, victorieux à Pharsale, parut en un moment par tout l'univers, il me sembla que le voile du temple se déchirait du haut en bas et que je voyais les dieux marcher.

Depuis lors, cette vision ne m'a plus quitté, en Italie, en Egypte, en Syrie, en Allemagne, dans mes journées les plus historiques; et les pensées de cet homme me revenaient plus éclatantes à l'esprit à mesure que ma destinée grandissait devant moi.

Napoléon Ier (1812).

A mesure que de nouvelles recherches, guidées par une méthode plus libre et plus rigoureuse, dissipent les ténèbres qui enveloppaient le passé, la critique oppose aux affirmations tranchantes de Bossuet des faits qu'il n'a pas connus, ou dont il n'a pas tenu compte, ou dont il a forcé l'interprétation; et, par une discussion sévère, qui ne se borne pas à relever le détail de la mise en œuvre, elle menace d'ébranler peu à peu jusqu'aux fondements sur lesquels repose l'édifice. Mais, s'il est impos-

i us DE LITTERATURE

sible à une saine philosophie d'enfermer dans les annales d'un peupl nées du monde entier, s*il lui répugne d'aï

1er les exemples tirés de l'Ancien Testament jk.ui' la solution définitive des problèmes qu'agi ( en ( incessammenl la morale et

Litique, le système qu'elle abandonne esl cependant resté pour elle, dans sa simplicité, dans sa profondeur, l'inépuisable sujet Je méditations t fécondes. Elle fait son devoir en

signalant à ceux qui •'••rivent et a ceux qui fonl l'histoire I»' dangerde croire trop facilement qu'ils ont lu dans les conseils de la Providence; mais elle ne veut pas oublier que Bossuet, plus que personne, l'a affermie dans ses voies en accoutumant les esprits a chercher au-dessus de la mêlée des intérêts et des agitations san> lin de l'espèce humaine, le secret du passé, le mystère de l'avenir et la claire vue de cette justice éternelle qui est la loi des jugements de l'histoire, comme elle est la règle de nos actions. Ce qui fait tort, dans le Discours smt l'histoire uni-

'•-. à la critique, c'est l'enthousiasme. D'un seul regard, Bossuet embrasa la longue suite des siècles, il s'en empare, il

eu dispose t*t il l'ordonne avec la libre fougue du i te épique;

en établissant sur les ruiie-< de- empires qui s'élèvent et s'écroulent la religion chrétienne, qui seule ne craint pas le changement, il impose aux annales confuses des nations l'unité d'une autre Iliade. Il li*-- le merveilleux à l'action plus étroitement que n'a fait Home

Gaudar, Bossu t et I" littérature française.

C'est dans le Discourt sur l'histoire universelle, et particulièrement dans cette troisième partie, la plus haute expression de l'esprit français dans la prose, que Bossuet est 1" plus original. Ailleurs, il ne se sépare guère des livres saints ou des Pères. Le Discours est tiré tout entier de son fond. 11 est vrai que ce fond était formé de la moelle des deux antique

Nisard, Histoire de /" littérature française, III: Didot.

i souvent nommé Bossuet l'historien, l'interprète, leconde la Providence. Et en effet ces magnifiqc ssions

se présentent d'abord pour désigner la manière étrange et nouvelle dont il raconte les choses humaines. Il en parle avec une simplicité familière, comme fait à ce grand spectacle, et dans le secret de ce qui le produit. On dirait véritablement que, du sein des conseils suprêmes, il aperçoit tous les lieux et ton- les temps rassemblés sous son regard. Avec quelle rapidité il les parcourt ! L'espace se resserre, les années se pressent, les siècles passent comme des instants, et viennent s'enfermer dans l'énergique brièveté de son expression, dans des mots spacieux qui les comprennent tout entiers. De la hauteur où il s'est placé, quelques hommes à peine attirent son attention : ce sont les peuples, les empires eux-mêmes qu'il voit marcher, courir, chanceler, tomber les uns sur les autres, mourir enfin comme des hommes. Voilà les véritables héros de ce grand drame auquel il nous fait assister avec lui; il nous les montre qui, par la diversité de leurs génies et de leurs caractères, travaillent tous ensemble avec ardeur à une œuvre inconnue, aveugles et fragiles instruments que brise la main qui les conduit. C'est Dieu qui les pousse, qui les élève, qui les précipite, qui, par toutes les révolutions de la terre, établit et perpétue l'empire de sa loi immortelle. Ces agitations passagères vont se perdre dans le cours toujours égal de la religion, seule immuable au milieu de tant de vicissitudes, et qui s'affermit de chaque secousse qui ébranle le monde.

Patin, Éloge deBossuet; Hachette.

Bossuet savait l'histoire ancienne et l'histoire de l'Eglise; mais ces deux histoires ne lui servent de rien pour comprendre les temps modernes. Ce que Bossuet ne savait pas, ce qu'on ne savait pas de son temps, c'était l'histoire de notre pays, de ses crises, de ses révolutions, de ses institutions changeantes, autrefois libres dans une certaine mesure, peu à peu supprimées et absorbées par le pouvoir absolu; c'était l'histoire de l'Europe au moyen âge, au xv°, au xvie siècle, dans ces temps où l'ordre politique des temps modernes s'était lentement et péniblement élaboré. Enfin, dans ce magnifique Discours sur l'histoire universelle, fait à l'usage d'un prince moderne et d'un prince français, il ne manque que deux petites choses : l'histoire moderne et l'histoire de France. En cela Bossuet était

bien du siècle de Louis XIV. Chose étrange, ce rèj i tra-

dition n'avait pas de tradition. Ce grand triomphe du génie français n'a pas pu nous laisser une histoire nationale! Il a fallu la Révolution pour donner à la France 1»* souci du passé iment de la tradition français

P. J w! r. I ure

C'est faire un usage illégitime de l'idée d'une Providence divine <>u de quelque autre idée théologique que ce soit, que de la prendre comme fondement de la philosophie de l'histoire. C'est intervertir les vrais rapports de la science et de la théologie. Les vérités religieuses sont des inductions tirées des lois scientifiques; elles ne sont pas ces lois mêmes ni leur raison. Ce n'est i où finit la science que commence la philosophie religieuse... Ce qui n'est qu'une conclusion tirée de la philosophie de l'histoire, Bossuet en fait la prémisse fondamentale de cette s< i»ix:e. 11 explique par la doctrine de la Providence les données mêmes qui nous permettent de conclure à l'existence d'une Providence. Il n'applique pas librement l'induction aux faits de l'histoire, mais il essaye de rendre raison de ces faits par un des articles de sa croyance théologique. C'est là évidemment un procédé antiscientifique. C'est faire la base de l'édifice de ce qui devrait en être le sommet; c'est tenter de bâtir en commenr-arit par le toit. Et cette erreur radicale est le principe générateur du système de Bossuet.

Flint, ta Philosophie 'le l'histoire en France, trad. Carrau; Alcan.

Je sais ce qui manque à Bossuet, ou plutôt ce qui manquait

à son temps; l'Orient était encore inconnu et impénétrable;

ni les hiéroglyphes, ni les inscriptions cunéiformes, n'avaient

dit leur secret; h peine un voyageur avait-il entrevu Thèbes et

Memphis; on ignorait où gisaient les ruines de Babylone et de

e. On en était réduit à accepter, à commenter, à déve-

-lements obscurs, inexact-, incomplets, que

- jraphes, les lexicographes grecs, les

compilateur: d'anecdotes et d'historiettes, imbéciles ou rnen-

teurs, parfois l'un et l'autre, avaient laissés sur les civilisations orientales. Même pour la Grèce et pour Rome, l'érudition historique était dans l'enfance. Les sciences qui prêtent leurs secours à l'histoire, l'épigraphie, l'archéologie, n'avaient point encore donné leurs plus importants résultats : surtout on ne savait pas encore les appliquer utilement à la connaissance de la vérité. C'était encore plutôt des curiosités que la base du travail historique. La critique des sources et des témoignages n'existait pas. On respectait les auteurs anciens, on ne les contrôlait pas... Le plus haut degré de génie où l'on pût atteindre consistait, non à examiner les récits des historiens, mais à en raisonner, à en tirer un système de considérations politiques ou philosophiques. Ainsi fit Bossuet... Mais pourquoi le lui reprocherait-on? Machiavel, au siècle précédent, ni même, au siècle suivant, Montesquieu, n'ont pas fait autrement. Ce n'est que de nos jours qu'on a usé d'une autre méthode, quand on se fut aperçu que l'édifice manquait parles fondations, et que les textes des anciens ne contenaient souvent la vérité que comme le minerai impur contient l'or.

Lanson, Bossuet; Lecène.

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