Lettre à M™* de Glapion. 9 novembre
2. Instruction à la classe bleue, 1710. Là aussi revient cette forte expression de l'ennui qui « dévore » les grands.
3. M. Geffrov et d'autres éditeurs écrivent mal la phrase de la lettre à l'abbé Gobelin, octobre 1674 : .< Il faut renoncer à ce pays ici, où il faut agir et parler contre sa conscience. » Il faut lire ou (ou bien), car 5lmc de Maintenon ajoute : « Vous savez lequel des deux partis m'est le plus aisé. >
4. Lettres à Gobelin. août et 1er septembre 1674 et 1er septembre; à Mlle de Guignonville, 9 novembre 1679; au duc d'Orléans. 25 septembre 170G, etc.
o. Lettres à Mme de Ventadour. janvier 1692; à l'archevêque de Paris, 13 mai 1696, 28 juillet 169S; à Si"" des Lrsins, 29 avril 1713.
COURS DE LITTÉRATl RE
médiocres; «-l! - admirables machin
- illuminations que des cordages el de vilaines
.il : . Quand on a celte lucidité de coup <i ■ Dèlre trop avant dans les choses pour pouvoir s'y attacher ou même simplement s'en amuser.
Kn i moin singulièrement perspicace,
et. clans une certain* - le vouloir, un historien des
temps. Cette fin du xvn" siècle annonce déjà, •ment, l'époque de la régence, et ce a'est pas seuleles Français » que Mme de Maintenon • use. On se mine à jouer, et l'on se tue à boire. Toutes les - k'fit à la < malheureuse passion des cartes :>, moins plaisir que Qéau : « Les tables de lansquenet ont plus l'air d'un triste commerce que d'un divertissement2. » La goinfrerie et l'ivrognerie sont si répandues que Mm0 de Maintenon le M de Dangeau dont le tils, aimable par ailleurs, se distingue comme tant d'autres par « un peu de crapule... In peu de crapule se pardonne dans ce temps-ci ». Dans les plus tristes années, quand l'humiliation de la France el la du peuple sont à leur comble, les bal- et les fêtes se multiplient, les femmes étalent un luxe indécent. « On ne voit plus d'argent, el on n'a pas une jupe de moins. » Elles décident sur tout, se mêlent de juger des livres, des sermons, du gouvernement de l'État spirituel et temporel, ne connaissent plus la modestie8. « Je vous avoue, écrit-elle à Mme des Ursins, que les femmes de ce temps-ci me sont insupportables : leur habillement insensé et immodeste, leur tabac, leur vin, leur gourmandise, leur grossièreté, leur paresse, tout cela est si opposé à mon goût, et, ce me semble, à la raison, que je ne [là un portrait qu'on voudrait croire charg .
il y a des exceptions, sans doute, mais il ne semble pas
qu'elle les voie, et de plus en plus elle s'isole : Je n'ai per-
à qui parler, et je crois que j'en épargne beaucoup de
i mes confidences ne seraient ni favorables ni hono-
l. Entretien n>e^ Mra* de Glapion, i >yez la même pensée exprimée
B Hotteriile, nu ite : « Je ne songeais «jh'.i me diw.-rtir de ce
u te jouait sous mes feu . 23 juillet 1708, 30 janvier 1707; au comte d" • des Ursins, 23 février I7H.
82 janvier 1708; à M»* de Caylus, 12 juillet i" ■ -
.MADAME DE MAINTENÔN ia
râbles au prochain. Les hommes sont très mal avec moi, et je ne regarde pas les femmes... Je suis plus que jamais ermite à la cour. Il n'y a personne sans exception à qui je puisse parler ». » Cela étonne bien un peu : ce « trésor », ce « prodige », parfaite en tout, est alors dans la Heur de sa bonne grâce et de sa gaielé; dès l'âge de onze ans, à son arrivée en France, elle a éclairé comme d'un rayon de soleil la vie solennellement maussade de Versailles. Quand elle meurt, « tout manque, tout parait vide; il n'y a plus de joie, plus d'occupalion »; mais peu de jours après, la dernière illusion s'en va. Mme de Maintenon apprend tous les jours des choses qui lui font croire que l'exquise petite duchesse lui aurait donné de grands déplaisirs. <( Dieu l'a prise par miséricorde2. » Elle disparue, l'ennui de la vie se fait plus épais et se mêle d'un peu plus d'amertume.
Au dehors, et Saint-Cyr mis à part, elle a bien peu de correspondants à qui elle puisse ou veuille confier ses peines. Son frère, qu'elle aime et soutient plutôt, semble-t-il, pour le nom qu'il porte que pour ses qualités personnelles, n'est occupé que de tirer parti de la merveilleuse fortune qu'a faite sa sœur, quoiqu'il sache bien, comme il le dit plaisamment, que cette aventure personnelle ne se communique point. Joueur, endetté, peu scrupuleux, il n'a jamais eu le cœur d'un gentilhomme, et il ne revient à sa sœur que des choses désagréables de lui. Avec patience toujours, avec fierté souvent, elle défend contre ses âpres exigences le royal « beau-frère » à qui il tend la main. Il ne fut pas connétable, mais trente mille livres de rente le dédommagèrent. Quand il mourut à Vichy, en 1703, elle ne le pleura guère. Elle avait recueilli et élevé sa nièce d'Aubigné, qu'elle maria au duc de Xoailles. Celui-ci est le confident des dernières années; mais ce n'est pas un oisif, et on le voit rarement à la cour. D'ailleurs, tous les Xoailles ne lui ressemblent pas : l'archevêque de Paris est un janséniste obstiné, le premier de ses sujets, disait le roi, qui eût osé lui tenir tète, et l'on devine que sa correspondance avec Mme de Maintenon s'est quelque peu ressentie du mécontentement royal.
Une autre de ses nièces, la gracieuse et spirituelle Mme de Caylus, ne demandait qu'à lui plaire et qu'à égayer sa solitude attristée. Mais tout ce que valait M01" de Caylus, elle ne le
1. Lettres au duc de Noailles, 24 juillet 1706 et 15 juillet 1707.
2. Lettres h M""* des Ursins, 27 mars, et au duc de Noailles, lfr avril 1712.
sentit que tard, trop tard. Quelques ondui te, quel-
ques s Mu- s mal vues en cour, quelques
raillei s gard des d raient attin à M de Caylus
la fort à un exil. M de Maintenon lui devait pourtant une compensation, après l'avoir mariée au comte de Caylus, si indigoe d'el I«* . Mais elle étail volonii dépens des autres. M me quand M lus fut rentrée en faveur, sa tante ne lui témoigna jamais qu'une tendresse mitigée. Elle montra plus de patience et de d«>uceur envers cette aventurière française, véritable régente des affai- M des Ursins, qui lui écrivait des lettres « à feu et à sain: . pleines d'ironies et de reproches. Accoutumée o à vivre de poison », elle lui pardonnait tout1, et il lui semblait qu'il lui manquait quelque chose de nécessaire quand elle n'avait pas de ses lel Test là d'ailleurs qu'une liai-
son d'esprit, où le cœui a très peu de part.
Mais le roi, à qui elle doit tout, quelle reconnaissance et quelle affection lui témoigne- t-elle? 11 apparait sous deui as]
mdance deMme de Maintenon : vu du côté de la cour, il manque de grandeur et semble participer à la médiocrité de son entourage; mais, vu du côté de la France, il se rel
M de Maintenon donne à son frère un très sage conseil, qu'elle a pu emprunter aux Maximes de la Rochefoucauld : c'est jamais parler aux étrangers de sa femme. On voudrait que dans la situation délicate où elle est placée vis-à-vis de Louis XIV, elle parlât beaucoup du roi et point du tout de l'homme. On voudrait qu'elle ne se plaignît point tant, et un peu à tout le monde, des tristesses, des vapeurs du roi qu'elle doit essuyer, de sa conversation ou plutôt de son manque de conversation, de sa santé robuste, qui fait qu'il n'est incomde rien, tandis qu'elle est incommodée de tout; enlin de -i tes incessantes "t interminables qui font imbre
une prison. /- > me L'aide à vue, et je ne vois plus qui que it... Je n'ai point de repos ici : le roi vient dans ma chambre trois fois par jour... Si j'habite longtemps la chamb
je deviendrai paralytique; il n'y a ni porte ni fenêtre qui
: on y est battu d'un vent qui me fait souvenir des ora-
le l'Amérique2... On n'arrange pas sa chambre comme
1. Lettre* ;'i Mm<! d ' juin. 1 ♦ septembre. 4 et 14 novembre 17"r<; à Vil-
nljre 171 1.
i lac Je No.'til-
on vont quand le roi y vient tous les jours, ei il faut périr en symétrie1. » Nous sommes tenus par elle au courant des moindres détails de ses tristes journées; il n'est pas jusqu'à son coucher qui n'ait pas de secret pour nous. Habitué à ordonner, le roi ne se doute même pas qu'elle puisse se contraindre; il ne la plaint donc pas, mais elle se plaint pour deux. Et nous la plaignons, certes, nous aussi, d'être réduite à abdiquer toute volonté propre, à courir le cerf, par exemple, peu de mois après la mort du dauphin, dans un temps où les tristesses ne sont épargnées ni à la France ni à la famille royale. Ces misères pourtant sont inséparables de sa grandeur artificielle; qu'elle les sente avec vivacité, on le comprend; on comprend moins qu'elle les énumère et les analyse avec une complaisance morose, comme si elle avait une revanche à prendre.
C'est que sur un point tout au moins ils ne peuvent s'entendre. Celte vie de cour que hait Mme de Maintenon, c'est celle que le roi a toujours menée; il n'en connaît, il n'en conçoit point d'autre; il est comme le représentant suprême de cette tradition dont elle lui dénonce parfois le ridicule ou le danger. « Cela s'est toujours fait, » répond-il alors, et cela continue à se faire. Tout a bien changé cependant, par ailleurs, et les fêles du passé font un étrange contraste avec les tristesses du présent. A Versailles, entre femmes, le jour se passe à pleurer2. C'est alors que le roi paraît ce qu'il est vraiment, c'est par là qu'il se relève. 11 est atteint bien profondément et dans son cœur et dans sa fierté par les deuils répétés qui frappent sa famille et par les défaites qui amoindrissent son royaume. Son courage reste toujours égal, malgré « un fond de tristesse » qui n'échappe pas à Mme de Maintenon, et c'est au lendemain de la défaite d'Hochstedt que le témoin le plus assidu de ce courage peut écrire : « Son humeur n'a pas changé un moment, sa bonté l'a occupé de tous les particuliers qu'on a perdus, et rtous pouvons dire sans flatterie qu'il est véritablement grand3. » Au lendemain de Ramiliies, elle ne peut s'empêcher d'admirer encore cette force d'àme, où quelques-uns voient de l'insensibilité. Non, il n'est point insensible, mais courageux et chrétien \ Courage et courage chrétien, ces deux choses ne se séparent pas dans son esprit, et peut-être admirerait-elle moins le