Lettre au duc de Noiille?. 0 juin
2. Lettre à Mme 'les Ursins, 14 septembre 1700. Sur le roi et la misère du peuple, voir les lettres à Mme de Brinon, 3 février 1603 et 30 novembre 1G98; à Mme des Ursins, 27 juillet 1709; au duc de Xoailles, 3 septembre 1709.
COURS DE I.U l KRATURE
!•• public, sans aucune pro-
ut.
El B rilliers lui répondait qu'elle loi paraissait bien intentionn . craignant toujours d'à -
iurir un< - . Que nous dira Saint-Simon
lui-n. : de se contredire, lui q ai s'attache à mettre
ir la continuité vraiment extraordinaire des ambitions
d-- Main tenon? Qu'elle sentait et pensail en petit, que
son caractère était d'une mobilité extrême : aisément en-
l'était à l'ei - — i facilement déprise, elle se
liait de même. Voltaire, à son tour, nous la représente
icoup plus occupée de complaire à celui qui gouvernait
que de gouverner, et ménageant son crédit ou ne l'employant
qu'avec une circonspection extrême . Notre Michelet l'a ré-
qui est plus rude :
Elle - . spril impérieu . le menu, i
.! sans blâmer, qu! -
•. faire marcher le roi dam son, il lui aurait fallu
in ferme caractère et du coui [uer pour la
p<>ur l'humanité. ] - Iterne, elle avait pria de» habitude*
de déi" rvile, habilement - l'attitude.
Veut-on un juge moins absolu, mais qui a pénétré l'esprit de . Ma in le non? le regretté Marion nous dira ce que vaut ce fanl": grande intrigante, aspirant et réussissant à -
verner la France.
mélodrame une femme de coup de grâce et d'esprit, qo
beaucoup d'autres, une femme qu'on aie droit de ne pas - femmes manquent «le volonté, de . et d'esprit de conduite, mais qui fut, à toul prendre, digne de plus d'estime que la plupart d
le mérite un repi ni <-t avant tout d'avoir manqué «le
n'avoir, par peur de déplaire, ni fait tout le bien qu'elle eût pu
ni empêché tout le mal qu'il ne tenait peut-être qu'a elle d'empêcher...
ap pour un li eût déplu.
• • .--lui au moins le bén fl e cett».' prudence trop peu i..
i. !)• •« h lettre de direction di !on combal l'idée qu'elle sVst faite d<:
• ta le --i comprendre les »u> dé6ez \>
trop de rous-nséme, ou bien vous craignez trop d'enti sioris contraires au goût que vous avez pou
Enfin, de nos jours, M. Brunetière, moins- durement que Mi-
chelet, niais par des considérations analogues, a justifié Mme de Mainlenon comme elle n'eût pas voulu être justifiée. ï les calomnies, selon lui, viennent de ce qu'on l'a crue bien plus intelligente et énergique, moins ordinaire qu'elle ne fut réellement. Elle n'avait que le goût du détail et du ménage; elle manquait de vues générales et directrices. Et comment pourrait s'intéresser activement aux grandes affaires une femme qui garde au fond de son àme l'infini dégoût de l'homme et de la vie ?
Si, comme le pensent tous ces historiens et tous ces critiques, Mme de Maintenon est bien cet esprit subalterne et timide, elle ne saurait être le premier ministre de Louis XIV vieillissant, de ce Louis XIV qui avait depuis longtemps appris à faire son métier de roi, et qui le fit jusqu'au bout, jaloux d'une autorité sur laquelle les Colbert et les Louvois n'empiétaient pas. Est-ce à dire qu'il faille prendre à la lettre les protestations par trop modestes d'une femme qui s'est fait à elle-même, laborieusement, une situation fausse, et semble en aimer jusqu'à la fausseté? Naïf qui l'en croirait. On est seulement fondé à croire qu'elle ne ment pas quand elle déclare qu'elle se tient et qu'on la tient en dehors des affaires : « Le roi ne veut entendre parler d'affaires que par ses ministres... Je n'oserais montrer votre lettre : on n'aime pas ici que les dames parlent d'affaires... Le roi veut que toutes ces choseslà passent par les canaux ordinaires... Je ne sais point les affaires; on ne veut point que je m'en mêle, et je ne veux point m'en mêler1. » Quand elle montre ainsi les sentiments du roi d'accord avec les siens, elle ne trompe pas ses correspondants ; elle exagère seulement un peu son détachement de toutes choses, et nous savons maintenant, par exemple, qu'elle ne se désintéressait pas des choses d'Espagne aussi complètement qu'elle l'affirmait à Mme des Ursins ; mais c'est que celle-ci ne s'en désintéressait pas assez , se passait des ambassadeurs et des ministres, s'essayait à jouer le rôle de premier ministre femme. En général, petit esprit, Mrae de Maintenon n'a voulu et pu avoir d'intluence sérieuse que dans les petites choses de la politique, entre autres dans celles qui touchent aux princes légitimés, et cette iniluence n'en vaut pas
1. Lettres ù l'archevêque de Paris. 12 septembre 1698; à Mmc des Ursins, !" octobre et 25 novembre 1709, 15 septembre 1710.
mieux sinon avili, da moins 'un
me elle le * 1 i t elle-même, la piété • à la mode . Q lel pii té .' ! le-m tile que cette piél
ii donne à croire qu'on doute au m - sprit*. A n'en p is douter, sa pro-
. . ins jusqu'au ne fut pas
iblemenl contemplatif n'es(
. Elle n'approuve pas que l'on conduise une rein chemin qu'une carmélite; '--lie croit que la piété ne i devoir, que ce soit le devoir d'une . d'une tille; elle admire médiocrement la discipline moral - opposée, d'ailleurs, à son influence près
: elle déclare a son curé qu'il y a trop de couvents. En un mot, elle ne veut point être regardée comme « une vieille pourtant c'est bien en vieille dévote qu'elle sentit parier quand elle reproche à ce pauvre roi d'aimer trop la musique. Le roi, poor sa défense, allègue que La reine sa mère et la reine sa femme, de >nnes
et qui communiaient fort souvent, se plaisaient à l'opéra. Cet ient ne convainc point Mme de Maintenon, soufflée par . 1 (ment et cruellement e rve que le
ipé de la seule beauté des sons au point de chanter souvent ses propres louanges « sans penser que c'est les siennes... Me. quel personnage d'attrister ainsi quelqu'un que l'on aime et à qui on ne voudrait pas déplaire. Voilà cependant ce que j< s le faire. Je l'afflige souvent quand il ne vient chez moi que pour chercher à se consoler- . Mais qui donc l'oblige à contrister ce vieux roi, qui a déjà tant de raisons d'être triste? Une prière qu'elle écrivit Fers 1691 nous donnera son secret : « Faites que je me sain
1 . I.-iv allée, »i farorabl non, écrit pourtant : ■ On peut Hiro
>np de circonstances elle - i roi. >. — C était une
par l'assiduité
:'i la messe et la fréquentation d>s sacrements. Elle fit ain?i livrer les destii
• rrible, à des gens dont il n'eût fallu faire que le
dr-5 l'r^ins. Il janvier -, | : i curé La oguet 'i
arec M"* deGlapion, t 3 Quand elle l'assiégeai! de scru-
tai nei ts ; i faisaient partie nécessaire <lc l'éclat «le si cour, iur lui une piété trop - Iacquuiet.)
que je l'aime en vous et par vous, et qu'il m'aime de même. » Si elle fait le salut du roi (avec le sien;, elle mourra « en repos ». Elle l'écrit cinq ans après à son archevêque, et elle se croit si obligée de mener cette œuvre abonne fin, qu'elle prend pour confidents uniques, même en se cachant du roi, cet archevêque, l'abbé (iobelin ou l'évèque des Marais. Schérer l'a très bien vu et très bien dit :
Elle voulait, comme elle s'exprime souvent, faire son salut, un terme consacre, qui. dans ce qu'il a précisément de terre à terre et de réaliste, rend bien le genre de piété dont ii s'agit. Il ne faut attendre de notre sainte ni les émotions tendres ni les sentiments sublimes. Elle n'a que faire soit des austérités de Port-Royal, soit de la spiritualité de Fénelon. Faire son salut, c'est gagner le ciel; c'est porterai! crédit de son compte le plus de mérites possible pour le jour du jugement; c'est pratiquer autant de renoncements et de bonnes œuvres, suivre autant d'offices et répéter autant de petites prières que le train de ce monde le permet. Faire son salut, c'est l'obéissance de l'esprit à l'autorité doctrinale, obéissance qui ne coûte rien à une époque où la critique n'est pas encore née, et c'est la soumission de la conduite au directeur auquel on a remis le soin de son âme. Faire son salut, c'est désirer faire aussi celui des autres, et prendre à cœur les intérêts de la société religieuse à laquelle on a le privilège d'appartenir. Faire son salut, en un mot. c'est mener une vie légèrement ascétique, et, selon ses moyens, servir la grande cause impersonnelle, celle de Dieu et de l'Église. Voilà quelle était la religion de Mme de Main tenon. Cet idéal d'ordre, de règle, de bonnes mœurs et de bonnes œuvres allait à sa nature, à sa taille. Ajoutons que. volontiers prêcheuse et directrice, elle devait plus qu'une autre devenir convertisseuse. Les circonstances lui laissèrent entrevoir la possibilité de faire le salut du roi en même temps que le sien, et, qui sait"? le salut de la France avec celui du roi. et par la France celui de cette chrétienté si grièvement entamée par l'hérésie depuis un siècle et demi. Lourde mission, et qui contrastait avec ses goûts de retraite, mais en même temps glorieuse mission, et digne d'une âme ambitieuse des nobles rùles.
Le succès ne fut pas immédiat, ou plutôt ce ne fut qu'un succès de forme, dont Mme de Maintenon, il faut lui rendre cette justice, ne se contentait pas : de la piété on voulait bien prendre les pratiques extérieures, mais non pas l'esprit. Le roi ne manquait pas une « station »,mais s'humiliait-il? étaitil un vrai pénitent? Elle se le demandait avec angoisse1. Lorsque enfin elle croit avoir réussi ^au moins pour le roi, car, pour la cour, elle n'eut saus doute pas d'illusion), lorsque le roi est mort « comme un saint et comme un héros », elle est comme le bon ouvrier qui se repose, sa tâche accomplie. Point de plaintes, mais plutôt des actions de grâces : son état est « heureux » ; elle a quitté le monde qu'elle n'aime pas, pour « la plus
1. Lettres à l'archevêque de Paris, 31 janvier et 17 octobre 1608.
aimable retraite » qu'elle puis! .Dieu l'areli
fonctions. Sa mission providentielle achevée, elle va poui donner tout enl véritable : née inslilul
nstitutri< e qu'elle mom ra.
>i l'on jour, comme elle se voit elle-même, celle
augus " salul du r<»i e( des Français, on esl con-
duit à admettre que son domain.' propre a été, non pas La I mais la religion, et, dans la religion, non pas ce qu'il
. m u- ce qu'il y a de plus pratique, le choix ies, les querelles ecclésiastiques. Saint-Simon, qui peint en elle L'intrigante universelle, est bien plus près '!•• la vérité lorsqu'il L'appelle l'abbesse universelle2. Ce rôle de ers l eccl siastique de France lui valut bien des déboires, mais l'occupa jusqu'à la passionner. « Ma destiécrit-elle à un prélat qui fut son ami après Fénelon. est de mourir par les évoques8. Mais '-II'' vivait jusqu'à nouvel ordre. A chaque pas - : lires du quiétisme, du jansénisme H de la bulle Unigenitus, on retrouve Mme de Maintenon, toujours active.
Mais la révocation de L'édit de Nantes a une autre port i . pour ne citer que lui, dénonce la complicité morale de
Maintenon dans une des persécutions les plus cruelles dont l'histoire fasse mention4. Voltaire avait nié cette compli- - avec trop d'assurance.
: le Mainte] m eut beaucoup de part à la itioo 'le l'édit de Nantes? Elle toléca cette persécution, comme elle loléra
mais certainement elle n'y eut aucune part; c'est un fait certain. Elle n'osait jamais contredire Louis XIV '■>.
a certainement «onnu et approuvé- la révocation de redit de Nantes. Mais de ce que cette révocation et le mariage
' ont été concomitants, il ne résulte pis que l'un suit la
1. Lettre à M-1 des Ursîns, 11 septembre 1715. N'est-il pas vrai qu'il t a comme
une do! . cette singulière letl intia délivrance [.lus
--• . Le toi pai li bonne tin qu'il a faite, a donnée bob uni- le témoi-
rtantfl 'Mort- et les innombrables dégoûts n'ont pas été rains;
,t désormais s'enfermer a tonjonni dans son cher Saint-Cyret j contentes
■ i\ inclinatio] - . - in.)
inirerselle : c'était lion favoi ite. De II
d oui le Noailles, > avril 1706.
. Dî lier.
v 17 janviei i ri article <lu Journal de politique et
mti rite, .. M1 «de Maintenon nne part dans la
conséquence de l'autre. Est-il possible d'ignorer que la solution de cette grande affaire, dont quelques-uns veulent mettre la direction entre les mains d'une femme, était depuis longtemps pressée par des intérêts à la fois politiques et religieux : que, pour s'en tenir à ceux-ci, le clergé de France et les confesseurs du roi l'avaient préparée de longue main? Mme de Maintenon ne fit rien pour en prévenir, et fit peu de chose pour en atténuer les funestes effets1. Il y a plus : quand ces effets se furent produits, elle persiste à croire qu'il serait dangereux de rappeler les protestants, et nous avons son opinion fort nettement exposée sur ce point dans un Mémoire de 1697. C'est par politique beaucoup plus que par pitié pour « ces gens-là », ennemis de nos anciens rois, que ce Mémoire propose certains adoucissements dans la persécution au moins extérieure, par exemple « éviter les spectacles qui donnent une idée de martyre, rien n'étant plus dangereux tant pour les nouveaux convertis que pour les anciens ».
Nous ne pardonnons pas aujourd'hui cette attitude et ce langage à celle qui s'appelle elle-même la petite-fille d'Agrippa et qui naquit huguenote. Nous ne comprenons pas qu'elle écrive gaiement : « On ne voit que moi dans les églises conduisant quelque huguenot2, » et qu'elle l'écrive à d'Aubigné, son triste frère, cet autre converti convertisseur, qui s'enrichit. sur les conseils de sa sœur, aux dépens des proscrits. D'Aubigné opère en Saintonge, d'où viennent des nouvelles surprenantes : la ville de Saintes s'est convertie « par délibération »; Cognac, après une harangue éloquente de son gouverneur, qui est précisément d'Aubigné; tout cela est « miraculeux». Mme de Maintenon n'ignore pas que l'état de ceux qui abjurent sans
1. «Reste la grosse question, eeile de la révocation de l'édit de Nantes. On ne saurait douter, selon moi. ni que MmL de Maintenon ait été consultée, ni que la mesure ait reçu son assentiment. Je ne puis admettre un seul moment que le roi n'ait pas mis dans la confidence de ses résolutions la femme qu'il regardait comme sa directrice de conscience, et qu'il n'ait pas trouvé en elle approbation et encouragement. Elle a certainement été tenue au courant de tout et elle a suivi l'entreprise avec L'intérêt passionné de la dévotion. Le mémoire qu'elle rédigea en 1697, sur les tempéraments à apporter aux persécutions, suffirait au besoin à prouver sa participation à ce qui avait été fait. Mais ce mémoire prouve en même temps qu'elle considéra toujours la révocation comme une affaire beaucoup moins politique que religieuse. Ce sont les intérêts de l'Eglise qui lui paraissaient en jeu. et c'est à ce titre qu'elle s'en était occupée. Ajoutons qu'ici même, et quelque ardeur de prosélytisme qu'elle ait pu y apporter, il faut se garder de confondre l'acquiescement, là complicité, avec l'initiative. Telle que nous avons appris à connaître M""* de Maintenon. j'ose le dire, la supposition qu'elle ait été l'instigateur, l'auteur premier et responsable de l'abrogation de l'édit de i-598, manque de toute vraisemblance, n SCHÉREU.