rw est donc un livre très sincère à la
né. 11 est très sincère, parce que, toute même mise à part, on sent que Hossuet, la plus | sonnification qui ait jamais été de l'ordre et de
rreur de tous les novateurs qui les troublent, :1 abîme on se jette quand on abandonne conséquences de l'esprit de désordre, mettre en relief, avec une énergique convic- Peu à peu tout va en ruine quand on a ébranlé les fon- :ils... Chacun est maître à certains moments, parmi ceux qui se sont soustraits à l'autorité légitime, et le plus modéré est toujours le plus captif... C'est ainsi que tout se confond Ton sort du droit sentier pour suivre ses propres idées. » 11 ne pardonne pas aux réformés d'avoir ouvert la voie au ne, « c'est-à-dire à un athéisme déguisé ». Prêtre, il se fait la plus haute idée du rôle de l'Église dans le monde, de son universelle suprématie, et il s'indigne contre la doctrine anglaise « qui fait la puissance des évêques tellement émanée de celle du roi, qu'elle est même révocable à volonté ». Philochrétien, il voit partout l'action de la Providence protectrice du catholicisme : c'est la Providence, par exemple, qui Lutzen « le grand Gustave », au moment où toute la roit que Rome même va devenir sujette du luthéranisme.
a l'histoire donc Bossuel est théologien, comme il l'a été dan- >//■ l'histoire universelle, comme il l'est partout.
Muant aux causes historiques et politiques de la réforme, non seulement il ne les a pas vues, mais il ne pouvait pas les voir.
Il n'écrit point une histoire de la Réforme ; il écrit une histoire des variations .vises réformées. Il n'entreprend pas de raconter comment la Réforme propagée, la cause et les conditions des grands Solutions politiques dont elle est sortie et qu'elle a l'Europe : l'étudier et la développer ainsi, ce serait, en l'expliquant, lui donner une sorte de raison d'être et l'assimiler tout au moins aux anciens empires. Une telle proposition, aux yeux de blasphématoire...
oçue est une œuvre de controverse; la controverse y prend ils les méthodes qu'y emploie Bossuet sont celles de ,a conl it6t que celles de l'histoire proprement dite...
Une faut point lui demander de chercher dans l'État, dans l'Église, dans la société surtout, dans les institutions et dans les mceur* des causée profondes et générales à la Réforme. Il n'en voit que de particulières, tout intéressées, toutes passionnées et, partant, inépuisables. Pour faire honte aux réformés de leur prétendue réforme, il y rapetisse tout et l'abaisse : les idées, ce ne sont que querelles sur les mots, erreurs sur les textes infidèlement rapportés ou détorqués de leur sens, déguisements fourbes, sophismes, subtilités, détours, équivoques, artifices de langage et abus de l'esprit humain; les hommes, l'orgueil seul et la sensualité les animent : l'appétit déréglé de l'intelligence humaine pour les nouveautés, l'arrogance, la vanité, l'ostentation, la curiosité vaine des choses interdites, l'impatience de la règle, par-dessus tout l'ambition d' « esprits superbes, pleins de chagrin et d'aigreur », voilà ce qui les « pousse à tout remuer pour se faire distinguer des autres » ; voilà « la dépravation profonde qui les pénètre jusqu'à la moelle des os ». L'Histoire des variations est, sous ce rapport, une sorte de commentaire vivant du Traité de la concupiscence. Bossuet en tire toutes ces grandes leçons de misère humaine où il excelle. Les caractères y sont merveilleusement dessinés, et, nulle part, personne n'a mieux montré, ainsi que Nisard l'a si bien dit, « comment l'intérêt se mêle aux opinions spéculatives, et la passion aux \ues de l'intelligence ; comment les hommes de parti exploitent leurs doctrines et en sont dupes ». Mais dans ce cadre de théologie et de prédication, l'histoire demeure toute psychologique ; tous les mouvements s'y réduisent à des sophismes dans la pensée, à des intrigues et à des cabales dans l'action...
Les causes et les conditions sociales des révolutions, les passions nationales qui s'y mêlent, les grandes transformations de nations et d'États quis'y accomplissent, échappent à Bossuet dans la Réforme, comme elles lui ont échappé à Rome. Il n'aperçoit dans la Réforme qu'un égarement de la conscience, il n'y découvre point une révolution dans la conscience. Il rattache la Réforme à ia série des éternelles aberrations de l'esprit humain; il n'y discerne point une époque de l'histoire de l'humanité. Enfin, le peuple en est absent; la multitude n'y apparaît qu'en instrument aveugle des hypocrites ou des séditieux qui l'exploitent. Ce qui est pour nous le fond même et la substance de l'histoire n'en est pour lui que le cadre ou le décor l .
1. Albert Sorel, Temps du 5 janvier 1893. Dans cette étude magistrale, H. Sorel rend compte du très beau livre de M. Rébelliau, Bossuet historien du protestantisme, où l'auteur s'efforce de montrer que Y Histoire des variations est une œuvre vraiment scientifique. M. Lanson, qui admire aussi de plein cœur Bossuet historien et polémiste, ou polémiste dans l'histoire, écrit pourtant : * L'est une œuvre de théologie, et, sous forme d'exposition historique, un traité de controverse: Bossuet de tout temps a aimé cette méthode... Il va sans dire que son talent historique n'a pu s'exercer que d'accord avec sa doctrine théologique, et que partout où l'histoire eut contredit la théologie, c'est la théologie qui seule dicte à l'écrivain sa pensée et sa phrase. Bossuet a pu peindre les hommes de la Réforme : il ne pouvait expliquer la Réforme elle-même. Il ne faut pas lui demander les causes historiques qui ont soustrait en peu d'années la moitié de l'Europe à l'obéissance du pape... Il n'a pas vu ni marqué suffisamment que la Réforme, en tous ces pays, a été la conséquence fatale de l'impossibilité que les peuples ont sentie à un moment d'aller plus loin, en restant soumis à Rome, dans le développement de leurs aspirations et de leur génie : la constitution de l'Eglise faisait obstacle à la vie nationale ; la nation qui voulait vivre et être tout ce qu'elle pouvait être a rompu l'obstacle ; le fait religieux est enveloppé et dominé de toutes parts par les nécessités historiques. » (Bossuet, Lecène.)
BoshikM historien dans 1' << Histoire «les variations ».
\.'H n'est donc pas Y histoire telle que
ons aujourd'hui, mais c'est pourtant, même
►n y a fait la part de la polémique, une histoire où
lliistorien, et non des moindres, sont
leur jour. Ce même critique qui vient d'indiquer si
g jualités deThistorien qui font défaut à liossuet,
rel, D'indiqué pas avec moins de netteté par où, malgré
si une œuvre historique.
;et avait confondu sans peine les docteurs réformés contre lesquels il ition est l'évidence même, et l'on peut dire que plus .pprofondie et fouillée, plus la variation y appâts ntielle, en quelque 8or te. C'est que la variation est l'esprit m . Réforme et la conséquence nécessaire du libre examen. Voilà les réformés, contemporains de Bossuet, ne voulaient pas voir, ce qu'ils s'obstinaient à nier, ce qui est devenu lumineux par la suite et ce que
t. autant que personne, a contribué a mettre en lumière. Au xv: cle les : dent encore tout pénétrés des nés qui inspiraient
:'iité, signe de vérité dans la foi ; l'immutabilité, signe de vertu dans l'État. C'étaient les idées de Rome; la Réforme procédait d'une .itir; mais les réformés ne s'en rendaient pas . Ils cherchaient leurs titres dans une primitive Église très artificielle qu'ils reconstruisaient, et dans une conformité, très arbitrairement établie, aux dogmes de cette Église. Aujourd'hui, la Réforme se réclame, au contraire, [ni est l'esprit de mouvement et de vie, et son titre principal à exprimer la conscience de l'humanité moderne, elle le trouve dans ses -. On disait autrefois : u Vous changez, donc vous On dirait aujourd'hui volontiers: '< Vous êtes immuable, donc Muet, M. Monod l'a dit en termes excellents, a donc . • •■:■ cette évolution capitale du protestantisme ; il a contribué tesl mu une conscience plus claire et une vue plus nette ; foi et de leur Église ».
Il a fait plus. Il a jeté dans le monde, avec toute l'autorité de son style, et de la transformation, de l'évolution, si l'on veut, des idées, [ui est devenue la notion fondamentale de l'hisl'histoire de la religion chrétienne où il la montrait, pour • dans l'histoire générale, où elle est devenue ;1 ne subsistait de l'Histoire des variations que le fond qu'y .1 n'en subsisterait rien, car depuis ; lus, sur ce point, de rai-ou d'être. Mais il reste, trahie, en un appareil de composition sans rivai, la ment analysée et suivie, de l'évolution d'u;.
ce à la beauté littéraire qui a fait li-' ssuet, cette œuvre a agi et continu
Itérer encore contre le dessein de l'auteur, mais avec le progrès de l'esprit humain.
Dès lors, nous sommes à notre aise pour admirer, et non pas seulement pour admirer les beautés littéraires, on serait tenté de dire les beautés dramatiques de l'ouvrage, pour nous écrier, avec Mme de Sévigné : « Nous lisons les Variations de M. de Meaux. Ali! le beau livre à mon gré! Le temps passe comme un éclair : il nous emporte. » Plus d'un développement théologique qui ne rebutait pas une grande dame du xvnc siècle, une Sévigné sérieuse et rieuse tout à la fois, nous semble aujourd'hui un peu complaisant et traînant. Mais les grandes vues d'ensemble, alors même que nous n'y entrons pas, éveillent en nous d'autres idées aux lointaines perspectives, et savoir suggérer des idées, c'est peut-être la plus féconde vertu de l'historien. D'ailleurs il y a deux parts à faire dans l'ouvrage de Bossuet : la part de la polémique actuelle, qui devait vieillir, qui ne peut plus nous passionner comme elle passionnait les contemporains, mais que l'éloquente passion d'un Bossuet rend vivante encore en quelque mesure pour les lettrés; et la part des recherches historiques, dont la passion ne doit pas nous cacher le fond solide. M. Rébelliau a pu consacrer tout un livre, et un livre vraiment historique, à l'étude des sources où Bossuet a puisé; il a pu le montrer s'appuyant de préférence sur les actes officiels ou sur les propres écrits des réformateurs plutôt que sur des livres de seconde main, très supérieur par la rigueur — relative — de sa méthode à Davila, cet historien des troubles civils du xvie siècle, qui fut très estimé jusqu'au milieu du xvne siècle, mais dont la courte vue ne dépasse guère les cabinets des princes et le jeu des passions de la cour.
Tout historien est nécessairement un moraliste, et c'est peut-être à force d'être un profond moraliste que Bossuet parfois est un historien exact. Ce sont des idées qu'il oppose, mais ce sont aussi et surtout des hommes, et ces hommes, il les étudie, les caractérise, les peint, de façon à ne nous laisser rien ignorer de leur vie morale. De là ces portraits individuels et parallèles où se concentre, pour ainsi dire, la lumière qui éclaire les événements. Sans doute, le point de vue change, et le ton aussi, selon qu'il est question d'un saint Bernard ou d'un Luther.
Saint Bernard. — Le seul saint Bernard, que Dieu suscita en ce temps-là avec toutes les grâces des prophètes et des apôtres pour combattre les nou-
3i COURS DE I.HÏï.imTRE
j efforts ] ir s'él ndrc on .; là qu'on voyait un e-pi i ' vraiment . qu'elle fut en admiration m
[u'il y , n rut qui, en laienl saint B< rn ublier qu'à la tin il s'él :;s leur
ntre eux un te) '•'
■ --. : . ; cti ::• et professeur en
:: rg, donna le branle à ces mouve-
;\ qui s-- sont dits réformé? l'ont également
: auteur de celte nouvelle Téformatinn. Ce n'a pas été seulement
-. qui lui ont donné à l'envi de grandes looan-
Dl ses vertus, sa magnanimité, sa constance, l'in-
mparable qu'il a fait paraître contre le pape. C'est la trou
ou pli:' nnerre, c'est la foudre qui a tiré le monde de sa léthar-
t pas Luther qui parlait, c'était Dieu qui foudroyait par sa
bouche.
;u'il eut de la force dans le génie, de la véhémence dans ses disune éloquence vive et impétueuse, qui entraînait les peuples et les .t; une hardiesse extraordinaire quand il se vit soutenu et applaudi, avec un air d'autorité qui faisait trembler devant lui ses disciples : de sorte ni le contredire ni dans les grandes choses ni dans les petites..., Enflé de son savoir, médiocre au fond, mais grand pour le temps, et tnqi grand pour son salut et pour le repos de l'Église, il se mettait au-dessus ; les hommes, et non seulement de ceux de son siècle, mais encore des plus illustres des siècles passés...
Il faut avouer qu'il avait beaucoup de force dans l'esprit : rien ne lui manquait que la règle, qu'on ne peut jamais avnir que dans l'Église et souslejoug mie. Si Luther se fût tenu sous ce joug si nécessaire à .ts, et surtout aux esprits bouillants et impétueux comme .. il eut pu retrancher de ses discours ses emportement-, ses plaisanteses excès, ou, pour mieux dire, ses extravaavec laquelle il manie quelque- vérités n'aurait pas servi a. C'est pourquoi on le voit encore invincible quand il traite les . i! avait pris dans le sein de l'Église : mais l'orgueil suivait victoires.
Calt in. — Calrin mourut au commencement des troubles. C'est une faiblesse de vouloir trouver quelque chose d'extraordinaire dans la mort de telles gens : Dieu ne donne pas toujours de ces exemples. Puisqu'il permet les
il ne faut pas s'étonner que, pour achever
: miner en eux jusqu'à la fin l'esprit de séduction
avec les apparences dont il se couvre; et, -ans m'informer davantage de la
le la mort de Ca.- / d'avoir allumé dans sa patrie une
flamme que tant . ..du n'a pu éteindre, et d'être allé comparaître
devant le jugement de Dieu sans aucun remords d'un si grand crime.
el fait effort pour être impartial envers : il esl clair aussi qu'il ne peut y réussir entièrement. : as, après lout, si maltraité qu'on poula i mparaison avec Calvin lui est favora- Lte violence Luther était la douceur même; ! faut faire la comparaison de ces deux hommes, il n'y a
personne qui n'aimât mieux essuyer la colère impétueuse et insolente de l'un, que la profonde malignité et l'amertume de l'autre, qui se vante d'être de sang-froid quand il répand tant de poison dans ses discours. » Il est même un des chefs de la Réforme vers qui Bossuet semble entraîné par une sorte de sympathie involontaire : c'est Mélanchthon, « homme modéré et naturellement sincère,. . . le plus paisible de tous les hommes », écrivain érudit et élégant, simple et crédule pourtant (« les bons esprits le sont souvent »), que l'éloquence de Luther transporta tout d'abord d'enthousiasme, mais qui bientôt ne savait plus où il en était quand il assistait aux emportements de son maître ; il ne le suivait qu'en gémissant : « C'est pourquoi il pleurait sans fin, et Luther, par toutes les lettres qu'il lui écrivait, ne pouvait le consoler... Ses larmes ne tarirent plus durant trente ans... Quel état de ne pouvoir trouver nulle part ni la paix ni la vérité comme il l'entendait! » Les livres II, III et V sont, sinon une étude historique toujours sûre dans les détails, au moins, dans l'ensemble, une merveilleuse étude psychologique, un a caractère » tracé avec beaucoup de vigueur à la fois et de finesse, ou plutôt une antithèse entre deux caractères, le fougueux Luther et le tendre Mélanchthon, l'homme d'action et le lettré. Bossuet aime ces parallèles : Zwingle et QEcolampade, Zwingle et Bucer, Thomas Cranmer et saint Thomas de Cantorbéry. On sent le parti pris et l'artifice du procédé, même là où l'on admire le plus la droiture des intentions et la sincérité de la foi. Mais on sent aussi l'effort pour s'élever, non à l'impartialité absolue (elle n'irait pas sans la neutralité, et la neutralité, aux yeux de Bossuet, serait une trahison), mais du moins à une vue sereine des choses :
Les commencements de Luther, durant lesquels Mélanchthon se donna tout à fait à lui, étaient spécieux. Crier contre des abus, qui n'étaient que trop véritables, avec beaucoup de force et de liberté ; remplir ses discours de pensées pieuses, restes d'une bonne institution; et encore avec cela mener une vie, sinon parfaite, du moins sans reproche devant les hommes, sont choses assez attirantes. Il ne faut pas croire que le3 hérésies aient toujours pour auteurs des impies ou des libertins, qui de propos délibéré fassent servir la religion à leurs passions,... il y faut même trouver une régularité apparente, sans quoi où serait la séduction tant prédite dans l'Écriture? Luther avait goûté la dévotion... Condamné par le pape, il réclama le concile que toute la chrétienté réclamait aussi depuis plusieurs siècles, comme le seul remède des maux de l'Église. La ré formation des mœurs corrompues était désirée de tout l'univers; et quoique la saine doctrine subsistât toujours également dans l'Église, elle n'y était pas également bien expliquée par tous les prédicateurs. Plusieurs ne prêchaient que les indulgences, les pèlerinages, l'aumône donnée aux reli-
- pratiques, qui n'en étaient que les
II n>- craint pas d'y insister, « la réformation était dés
- ' par les prélats catholiques ».
Gerson, un d'Ailly, qui, « vrairÉglise, en déploraient les maux ir, en proposaient avec respect la réformation, dont ienl humblement le délai », regardant la rupus les maux, ormateurs
i, conBants en leur sens propre, qui précipitent la rupture et y cherchent la satisfaction de leur orgueil! Ceux-là, Bossuet, apôtre de la tradition immuable, ne pourrait pas leur rendre justice, alors même qu'il le voudrait. Si l'on joint à l'Histoire des variations la très remarquable V Histoire des variations (1691), il semble impossible de refuser, sinon son adhésion, au moins son respect à une e qui suffirait à remplir la vie et à faire la gloire d'un seul homme. On ne mettra pas, sans doute, avec un critique1, VHisl au-dessus de tout ; mais on dira
volontiers avec lui: « Qui n'a pas lu VHist lations
ne connaît pas Bossuet. »
Les ■ Maximes et réflexions sur la comédie »•
Quelques années plus tard, en 1604, dans une œuvre beaucoup moins considérable, mais plus significative encore peutqu'elle est moins modérée, Bossuet se montrait de nouveau le gardien jaloux de la stricte orthodoxie, l'adversaire ; de toutes k-s opinions individuelles qui risqueraient de la compromettre.
Iscence, il écrit :
;'Oint aux théâtre* : car tout y est comme dans le monde, dont
-.il de la vie ; on y rend le plaisir com .lier.
n jouant ou en faisant un jeu desvici s; par là on nourrit 1< ;tatenr du dehors
aies et littéraires.
est au dedans un acteur secret. Ces maladies sont contagieuses; et de la feinte on en veut venir à la vérité.
Cette condamnation du théâtre n'est point chose nouvelle : les Pères de l'Église l'ont souvent formulée, à un double point de vue, point de vue théologique et point de vue moral. Mais ils parlaient plus encore en théologiens qu'en moralistes : ce goût de la plupart des païens et de certains chrétiens même poulies choses du théâtre leur paraissait une des formes de l'idolâtrie. Partout ils y retrouvaient le culte plus ou moins déguisé des divinités païennes, c'est-à-dire des démons. Mais aucun d'eux, dans ses invectives, n'a égalé la farouche énergie de ïertullien dans son Traité contre les sjjcctacles :
Le voilà venu, ce jour suprême, surprise et raillerie des nations, ce jour où le vieux monde et toutes ses productions seront engloutis et consumés dans une flamme commune ! Quel grand, quel immense spectacle ! Oh ! comme j'admirerai! comme je rirai! Quels transports, quelle jouissance pour moi de voir tant et de si grands rois dont on nous disait qu'ils avaient été reçus dans le ciel, gémissant ensemble dans les ténèbres inférieures avec leur Jupiter et leurs courtisans! de voir les magistrats persécuteurs du nom du Christ dévorés par un feu vengeur plus cruel que celui où ils ont eux-mêmes jeté les chrétiens ! de contempler les sages philosophes brûlant pêle-mêle avec leurs disciples, et forcés de rougir devant eux, après leur avoir assuré que Dieu ne s'occupe pas du monde, que l'âme n'est rien de réel ou qu'elle ne peut retrouver son enveloppe terrestre ! Et les poètes éperdus et palpitants, non pas devant le tribunal d'un Minos et d'un Rhadamanthe, mais aux pieds du Christ qu'ils n'attendaient pas ! Alors il faudra entendre les tragédiens poussant de vrais cris dans leur propre détresse; alors on verra les comédiens vraiment amollis se fondre au milieu des flammes, et les cochers sur un char de feu, rougis de la tète aux pieds...
Les jansénistes, comme Nicole et le prince de Conli, qui ont écrit, longtemps après, des traités contre la comédie, n'ont plus fait entendre de ces cris implacables; mais, au fond, le point de vue n'a guère changé : les spectacles sont au premier rang de ces divertissements dont l'auteur des Pensées parle avec un si éloquent mépris, par lesquels l'homme cherche à échapper au souci de sa misérable destinée, à la méditation salutaire du dogme de la chute1. Ici donc, comme partout, Bossuet
1. « La nature de l'émotion dramatique est contraire au principe fondamental du christianisme. Pour goûter en paix et sans scrupule le plaisir que peuvent donner le Cid ou Bérénice, le spectateur doit avoir banni de son esprit l'idée que la nature humaine est corrompue, que la perfection morale consiste à contredire la nature, à réprimer les instincts et tous les mouvements irraisonnés de la sensibilité, et qu'enfin tous nos élans spontanés d'amour et de tendresse sont coupables, dès qu'ils ne vont pas à Dieu seul. 11 faut donc traiter de chimère le dogme du péché