‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 13 sur 228 · C. de Litt. — Bossuet · texte numérisé non relu

C. de Litt. — Bossuet

aura pour lui la tradition chrétienne; mais à la défendre, à en

i rigueur, il apportera une àpreté

brislianisme.

I |. | ix théatin d'origine sicilienne, ami de

ion anonyme publiée en tète des

: m i que les condamnations

-lise contre le théâtre ne s'appli-

: us au th ré du xvn8 siècle. Cette hardiesse,

: aujourd'hui si timide, sembla monstrueuse à

. écrivit au P. Caffaro une lettre foudroyante

du 9 mai 1694. Le débul en est modéré : il semble douter

■ tu thé Ltre soit d'un religieux; mais, comme

le monde la lui attribue constamment, comme depuis peu

on a - let qu'il s'en reconnaissait fauteur, Bossuet

il lui adresser d'abord qu'une plainte tout intime, « en

,u les préceptes de l'Évangile ». Bientôt pourtant le

mime. Molière, Itacine et Corneille ne sont pas épai

[. aller de (Juinaull et de Lulli.

remière chose que j'y reprends, c'est que vous ayez pu dire et répéter

que ia' , leile qu'élit est aujourd'hui, n'a rien de contraire aux bonnes

ti épurée à {'heure qu'il est sur le théâtre fruuçaù

, a rien '/ne l oreille ta plus chaste ne put entendre. Il faudra donc que

- tea Impiétés et les infamies dont sont pleines les

. que roua ne rangiez pas parmi les pièces d'aujour-

- l'un auteur qui vient à peine d'expirer, et qui remplit encore à

- [uiYOques les plu3 grossières dont on ait jamais

- d'un chrétien.

n'obligez pas r :s nî»ez seulement si vous oserez soutenir à

;g où la vertu et la piété Boni toujours ridicules, la cor-

. ue '-t toujours plaisante, et la pudeur toujours otï

a crainte d'êtreriolée par les derniers attentats, je renx dire par

- plus impudentes, à qui l'on ne donne que les enveloppes

as jugez digne de votre habit, du nom et

prêtre, de trouver honnêtes toutes ces fao-

. i jouir du beau temps de la jeunesse, qui re tentes péras de Quinault, à qui j'ai vu cent fois déplorer ces

tre plus chrétien. Alors, quand l'on admettra que l'âme a droit.

>ns, d'exercer toutes ses puissances, que l'usage en est

• le plaisir qu'elle tire de se sentir vivre et agir,

autrement que Bossuet; on : le fortes

• 1 1 pro luire, la corruption ries

i ■•. p ii- leur de dit- m -ii,

',.-/;. . .pu n'est

lancé

t fut en cette occasion plus [/harisieu que disciple

Il ne sert de rien de répondre qu'on n'est occupé que du chant et du spectacle, sans songer au sens des paroles, ni aux sentiments qu'elles expriment : car c'est là précisément le danger, que pendant qu'on est enchanté par la douceur de la mélodie, ou étourdi par le merveilleux du spectacle, ces sentiments s'insinuent sans qu'on y pense, et gagnent le cœur sans être aperçus. Et sons donner ces secours à des inclinations trop puissantes par elles-mêmes, si vous dites que la seule représentation des passions agréables, dans les tragédies d'un Corneille et d'un Racine, n'est pas pernicieuse à la pudeur, vous démentez ce dernier, qui a renoncé publiquement aux tendresses de sa Bérénice, que je nomme parce qu'elle vient la première à mon esprit; et vous, un prêtre, un théatin, vous le ramenez à ses premières erreurs.

Vous dites que ces représentations des passions agréables ne le3 excitent qu'indirectement, par hasard et par accident, comme vous parlez. Mais, au contraire, il n'y a rien de plus direct ou de plus essentiel dans ces pièces, que ce qui fait le dessein formel de ceux qui les composent, de ceux qui les récitent et de ceux qui les écoutent. Dites-moi, que veut un Corneille dans son Cul, sinon qu'on aime Chimène, qu'on l'adore avec Rodrigue, qu'on tremble avec lui lorsqu'il est dans la crainte de la perdre, et qu'avec lui on s'estime heureux lorsqu'il espère de la posséder?...

Mais tout cela, dites-vous, parait sur les théâtres comme une faiblesse ; je le veux; mais comme une belle, comme une noble faiblesse, comme la faiblesse des héros et des héroïnes, enfin comme faiblesse si artificieusemen t changée en vertu, qu'on l'estime, qu'on lui applaudit sur tous les théâtres, et qu'elle doit faire une partie si essentielle des plaisirs publics, qu'on ne peut souffrir de spectacle oà non seulement elle ne soit, mais encore où elle ne règne et n'anime toute l'action...

Cette « lettre » finissait par une adjuration pressante et menaçante adressée au P. Gafîaro d'avoir à rétracter ses erreurs. La rétractation fut immédiate et piteuse : le pauvre Sicilien, tout étourdi de ce coup de foudre, protesta qu'il n'avait jamais lu une seule pièce « tout entière » de Molière, de Corneille ou de Racine; qu'il avait jugé tous les auteurs dramatiques d'après son ami Boursault; que d'ailleurs il entendait mal le français; et, victorieux, mais désireux de rendre publique la victoire de l'orthodoxie, Bossuet fit de sa lettre développée et légèrement modifiée çà et là, les Maximes et Réflexions siw lu comédie1. On y retrouve, mais singulièrement aggravée, l'invective contre Molière, « ce rigoureux censeur des grands canons et des mines et des expressions de nos précieuses », moins rigoureux dans sa morale. On ne lit pas sans malaise des paroles aussi implacables que celles-ci :

Il a fait voir à notre siècle le fruit qu'on peut espérer de la morale du théâtre, qui n'attaque que le ridicule du monde, en lui laissant cependant toute sa corruption. La postérité saura peut-être la fin de ce poète comédien,.

[. Voir l'édition qu'en a donnée M. Gazier, chez Belin.

| Médecin pur forer, reçut la .1 t- Ldie >l<-'iit il i

~ il rendit le derni m tri-

\ car vous pleurerez. »

I - mis, pour la gravité, la sagesse, la 5i m pi -dessus d< - tragiques chrétiens. Bossuet les

quelque exagération et quelque ineiaclilude môme,

(|\iv médie la passion de l'amour. Eu Gn de

îles représentations qui soient déclarées inno-

• celles que les jésuites donnent dans leurs collèges, surtout le jour de la distribution des prix, et encore « le m<ill-ur est. après tout, qu'elles soient très rares ». Nous n'avons point sur la terre, depuis le péché, de vrai sujet de nous ré- ••uii ; aussi Jésus, qui a pris nos faiblesses et nos douleurs, n'a-t-il pas pris nos joies, ne voulant pas « que ses lèvres, où

tait répandue, fussent dilatées une seule fois par un mouvement qui lui paraissait accompagné d'une indécence indigne d'un Dieu fait homme ». Ce livre décourageant aboutit donc à la condamnation, non plus seulement de la comédie, mais de la gaieté qui se traduit par le rire.

II n'en suggère pas moins, même à ceux qui en repoussent la doctrine, plus d'une réflexion sérieuse. Les modernes ne voient pas partout le péché, partout la concupiscence; mais lorsque Bossuet montre l'homme cherchant à s'étourdir et à s'oublier soi-même, « pour calmer la persécution de cet inexorable ennui qui fait le fond de la vie humaine, depuis que l'homme a perdu le goût de Dieu », ils voient là, s'ils sontsin-

. autre chose qu'une déclamation. Cette même question

reprise, un demi-siècle plus tard, avec la même gravité et

la rnéme passion, par un homme bien dilférent de Bossuet et

qui pourtant rajeunira quelques-uns de ses arguments : dans

A 1 1 sur les spectacles, J.-J. Rousseau attaquera

aussi et Molière et Racine et tout le théâtre français, qui « ne

hre que la tendresse ». Sans entrer dans ce débat, pourquoi

is l'avouer? nous préférons aux rigueurs sans mesure de

l sévérités, au moins humaines et nuancées, d'un

Ion.

Bossuet et Fénclon : la querelle du qniétisme.

Bossuet et Fénelon commencèrent par être amis, malgré la différence des âges; mais ils ne pouvaient le rester; il y avait entre eux des différences trop profondes, et la querelle du quiétisme ne fut qu'une de ces occasions de rupture qui naissent tôt ou tard entre des esprits mal faits pour se comprendre. Bossuet, dépositaire et champion de la foi traditionnelle, avait l'horreur de toutes les nouveautés en religion plus encore qu'en politique; Fénelon, plus souple et plus ondoyant, moins affermi dans la certitude, était d'une orthodoxie, pour ainsi dire, plus vacillante : il pensait par lui-même, il rêvait, il imaginait en tout un idéal qui a pu être jugé parfois chimérique. Alors que Bossuet, théologien avant tout, appuie tousses discours et tous ses ouvrages sur le roc inébranlable du dogme interprété par les Pères, et ne cite que les Pères ou l'Écriture, Fénelon, lettré délicat, érudit, bel esprit, mêle dans ses souvenirs, dans ses citations, l'antiquité païenne à l'antiquité chrétienne, et semble, à de certains moments, disciple de Platon plus encore que de saint Augustin. Enfin et surtout, alors que Bossuet est tout raison, Fénelon est un homme de sentiment : c'est au sentiment qu'il doit ce charme indéfinissable qui encore aujourd'hui agit sur nous; mais c'est le sentiment aussi qui l'engagera si avant dans le parti de la mystique Mmo Guyon.

Tout ce qui est mysticisme pur, c'est-à-dire sentimentalité religieuse, devait éveiller la défiance de Bossuet, homme d'action et pour qui les actes sont l'essentiel de la religion véritable. Mme de Maintenon disait de lui qu'il n'était pas dévot, et luimême ne faisait pas difficulté de reconnaître qu'il avait peu lu les auteurs mystiques. Il a composé le panégyrique de sainte Thérèse, repris plus tard par Fénelon ; mais là où Fénelon semblera s'appliquer à amoindrir la vie consciente et volontaire au profit de la contemplation extatique, Bossuet fait appel aux forces vives de l'âme et les fortifie *. On a remarqué même qu'il accorde assez peu d'autorité à François de Sales, ce Fénelon du xvie siècle, qui a eu « plus de bonnes intentions que de science » .

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