‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 124 sur 228 · I. A M.»* de la Vief ville, janvier l'i · texte numérisé non relu

I. A M.»* de la Vief ville, janvier l'i

On veut ordinairement que les enfants obéissent à l'aveugle, sans examiner ce qu'on leur ordonne. Nous ne vous traitons pas de m ilraire, je vous p >rmets d'examiner si ce qu'on vous dit et ce qu'on ire est raisonnable ou non. parce que vous devez être capables d'entrer dans nos intentions '.

Ce rationalisme a sa grandeur; il faut souhaiter qu'il soit toujours applicable à tous les degrés de l'enseignement. En tout cas, il est curieux de voir la dévote Mme de Maiutenon reconnaître publiquement aux demoiselles de Saint-Cyr le droit au libre examen. La « personne raisonnable » dont elle trace le portrait a de la simplicité, une gaieté douce et sereine, manee de bon appétit, avec plaisir même, au réfectoire, « puisque Dieu a bien voulu qu'on trouvât du plaisir dans le mander », se garde d'être sérieuse à l:heure de la récréation, de n'y vouloir jamais parler que de choses graves, y apporte la joie au contraire, saute, danse, se réjouit avec les autres et pense à les réjouir, « car cette personne est fort gaie ». C'est sur elle que les demoiselles de Saint-Cyr doivent se régler : « Vous êtes jeunes et gaies : réjouissez-vous donc, cela est d^ votre è.»e. Je prie Dieu, mes enfants, que vous en ayez toute votre vie autant de sujet que vous en avez présentement. »

Déjà pourtant on devine par où s'assombrira « cette gaieté » particulière. Derrière ce présent si paisible et relativement si riant de Saint-Cyr, l'institutrice moraliste laisse entrevoir un avenir bien peu semblable. Le mariage, la vie de famille et, en général, Il vie, elle les peint de couleurs telles qu'elle semble donner des leçons de pessimisme à des jeunes filles qui n'en avaient pas besoin, les unes étant trop disposées déjà à ne pas voir la vie par ses beaux côtés, les autres ne demandant pas mieux que de se laisser prendre à cette illusion, et ne le pouvant plus, dès que toute illusion est dissipée. C'est le grand reproche qu'on fait à M,ne de Maintenon, et ce reproche a été souvent exprimé avec force :

J'ai toujours pensé d'elle : «■ Qui n'est que juste est dur, qui n'e3t que sage est triste. » Voltaire. - st triste. Si les pauvres filles de Saint-Cyr

l'avaient crue sur parole, elles n'avaient guère qu'a se jeter à l'eau avant de retourner dans leurs familles. Elle ne sait pas leur montrer ce qu'il y a d'aimable dans les devoirs les plus tristes en apparence. Cette grande et "sérieuse aventurière était fort sensée, mais peu poète, et dans l'éducation il faut savoir

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