‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 14 sur 228 · Gandar, Bossuet orateur, i · texte numérisé non relu

Gandar, Bossuet orateur, i

[•lus devait l'inquiéter c site doctrine du quiétisme, si I ropre du mot, puisqu'à la piété : rières et par des actes, elle substitue d'amour », qui esl justement le contraire d'un l'étal i », qui est le contraire d'une pi ièi mour et l'état d'oraison consistant dans à Dieu, sans paroles el sans pen~<'-<i autre qu'une aspiration vague vers l'idéal rêvé, aimé, embrassé éperdument, dans la « désappropriation » et l'anéantissement du l'extase prolongée on perd le goût el Le sens.de dite, par conséquent de la règle orthodoxe et des pratijournalières du culte. Cette dévotion raffinée et qui procédait par des voies extraordinaires pouvait être le partage d- quelques natures privilégiées, mais n'était pas faite pour le ; nombre des fidèles. Le robuste bon sens de Rossuet ne lit s'accommoder d'une doctrine aussi exceptionnelle el g tuse. Il vit le danger et le fit voir, mais sans indulgence et quelquefois sans justice pour celui qu'au plus fort de la lutte il appelait « un ami de toute la vie, un cher auteur, Dieu le sait, que je porte dans mes entrailles ». Rappelons brièvement les principaux épisodes de cette lutte regrettable entre deui ques.

L'Espagnol Molinos ' 1 627-1696) avait publié à Rome, en 1675, sa Guide spirituelle, où il préconisait la contemplation parfaite, - i-dire passive, de Dieu, repoussait le culte des saints, l'adoration des images, dispensait même les « parfaits n de l'usage des sacrements et de la pratique des bonnes œuvres, car, étant anéantis dans l'amour, ils n'ont plus rien à désirer, pas Le salut, ni rien à craindre, pas même l'enfer. D'abord approuvé, ce livre ne fut dénoncé qu'après dix ans, el Molinos mourut dans les prisons de l'Inquisition. Sa doctrine aboutissait a la négation de toute morale, et il parait certain qu'il mit trop d'accord sa conduite privée avec sa doctrine. Une illuminée, mais qui ne manquait pas d'éloquence, ni même, semble-t-il, de vertu [malgré les calomnies dont on l'abreuva, et les insinuajue Bossuet lui-même n'épargna ni à eile ni à son pre-

confondre arec le jr-suite espagnol Molina, illustré par les taies, ni le molinosisme avec le molinisaie. rvi, plus

• de la préface qui est en tête des œuvres de I chatte. — Voyez <i;.ns la Libre Recherche de mai 1858 L'article 1 intitule Vanh , me;\\ N montre « où nipnc le divorce

ussi sur le fond de la question le 0 M. H. Michel, R

mier disciple, le P. Lacombe, barnabile, ni à son ami dévoué, Fénelon;, Jeanne-Marie Bouvières de la Molbe (1648-1717), devenue Mme Guyon, veuve à vingt-huit ans, abandonnant ses trois enfants, mais aussi la fortune dont elle jouissait jusqu'à leur majorité, parcourut en apôtre Genève, la Savoie, le Dauphiné, le Piémont, et revint à Paris en 1687, apportant deux ouvrages : le Moyen court et très facile pour l'oraison, et l'Explication mystique du Cantique des Cantiques. Dans un style étrange, elle y reprenait la doctrine de Molinos, mais en l'atténuant, surtout en ce qui concerne cette indifférence universelle et facilement immorale que prêchait le théologien espagnol; elle n'en admettait pas moins que l'abandon parfait de l'âme à Dieu dispense des autres actes de piété. Dès lors commence la série de ses emprisonnements et aussi des étonnantes vicissitudes par lesquelles passa sa réputation, car, déjà suspecte, elle conquit un moment Mme de Mainlenon et Saint-Cyr.

Pour Fénelon, il était plutôt attiré que repoussé par le mysticisme romanesque de la femme dont Michelet a écrit : « C'était sainte Thérèse, et c'était don Quichotte. » — « Leur esprit, dit Saint-Simon, se plut l'un à l'autre; leur sublime s'amalgama. » Lorsque éclatèrent les premières poursuites contre Mme Guyon, il était depuis plusieurs années précepteur du duc de Bourgogne. En 1695, il était nommé à l'archevêché de Cambrai. Or, à cette date, s'il n'était déjà compromis, il était bien près de l'être, car Mmc de Mainlenon écrivait à M?r de Noailles, archevêque de Paris, le 15 novembre 1695 : « Nous parlâmes de Mmc Guyon. Il ne change point là-dessus, et je crois qu'il souffrirait le martyre plutôt que de convenir qu'elle a tort. » Elle écrira quelques mois après (8 mars et 7 octobre 1696 . « J'ai eu de grands commerces avec M. de Cambrai, qui roulent toujours sur Mme Guyon, mais on ne nous persuadera ni l'un ni l'autre... J'ai vu notre ami; nous avons bien disputé, mais fort doucement; je voudrais êlre aussi fidèle et aussi attachée à mes devoirs qu'il l'est à son amie. Il ne la perd pas de vue, et rien ne l'entame sur elle. » Dans l'intervalle, pourtant, les événements s'étaient précipités : Bossuet avait interrogé Mme Guyon, qui lui avait soumis tous ses écrits; il avait critiqué les excès de sa doctrine, mais sans la traiter encore en hérétique, puisqu'il lui donnait la communion de sa propre main. Sur la demande de Mme Guyon, des commissaires ecclésiastiques furent nommés : c'étaient Bossuet, l'évêque de Chàlons, et le supérieur de Saint-Sulpice, M. Tronson; Fénelon leur fut.

pchevèché de Cambrai. Ils se réonirenl i Isi m pagne de Saint-Sulpiee. De

un formulaire que I énelon luimêm< s, signa le *0 mars 1695, juste

tr-us mois M M Guyon se soumit, puis recom-

lions; elle fut arrêtée et enfermée

: •■nire Bossuel el Fénelon n'était qu'apparent; bienaliments profonds qui les séparaient.

i — ulement le contlit de deux doctrines, mais de us deux très diversement mais également doin. Fénelon, pendant les débuts de

mirent de [dus en plus décidé à ne pas accaii" personne que tant d'autres ont déjà fouel qu'il a « révérée comme une sainte ». 11 proleste d'ailleurs qu'il se cardera de contredire Bossuet, qu'il parlera toujours de lui « avec des égards infinis... Loin de donner aucune scène au public, je ferai voir à tout le monde la déféet le respect que j'ai pour ce prélat, que j'ai toujours - dé depuis ma jeunesse comme mon maître. » Déjà, cependant, la guerre entre eux est déclarée; on le sent au ton de plus en plus animé de ces lettres : « M. de Meaux est inexcusable roir donné comme une doctrine de Mme Guyon ce qui ■lu'un songe ou quelque expression Ggurée... Pour moi, le je ne comprends rien à la conduite de M. de Il parait surtout affligé, inquiet, de voir Mme de Maintenon s'éloigner de lui : « Pourquoi donc vous resserrezle cœur à notre égard, Madame, comme si nous étions une autre religion que vous1? » Mmc de Maintenon n'était pas femme à se dévouer à ses amis devenus suspects; en 'meut elle n'est occupée que de se faire pardonner par Loois XIV son ancienne amitié pour Fénelon.

Le ses lettres (sept. 1696), Fénelon annonce à •on la publication prochaine d'un ouvrage destiné h lejustifl

; j'explique a fon-1 tout le système des voie» intérieur i je marque, d'une part, tout ce qui est conforme h la loi el fondé sur la

aire, tout ce qui va plus loin, et qui doit être iment. Plus je suis dans la nécessité de refuser mon appro-

II I M •: .tenon, 7 mars et teptem-

bation au livre de M. de Meaux, plus il est capital que je me déclare en même temps d'une façon encore plus forte et plus précise. L'ouvrage est déjà toul prêt. On ne doit pas craindre que j'y contredise M. de Meaux : j'aimerais mieux mourir que de donner au public une scène si scandaleuse. Je ne parlerai de lui que pour le louer, et pour me servir de ses paroles. Je sais parfaitement ses pensées, et je puis répondre qu'il sera content de mon ouvrage, quand il le verra avec le public. D'ailleurs, je ne prétends pas le faire imprimer sans consulter personne. Je vais le confier avec le dernier secret à M. l'archevêque de Paris et à M. Tronson. Dès qu'ils auront achevé de le lire, je le donnerai suivant leurs corrections. Ils seront les juges de ma doctrine, et on n'imprimera que ce qu'ils auront approuvé : ainsi on n'en doit pas être en peine. J'aurais la même confiance pour M. de Meaux, si je n'étais dans la nécessité do lui laisser ignorer mon ouvrage, dont il voudrait apparemment empêcher l'impression par rapport au sien.

Le livre de Bossuet auquel Fénelon fait allusion, c'est les Instructions sur les états d'oraison1, qui parut en janvier 1697 ; Fénelon, après y avoir adhéré d'avance, sans le connaître, avait retiré son approbation quand il avait connu l'esprit et les conclusions du livre, et avait senti la nécessité d'écrire à son tour un ouvrage qui prévint celui de Bossuet et en atténuât l'effet. C'est ce qu'il explique à Bossuet dans une longue lettre de mars 97, lettre habile, éloquente, un peu perfide dans sa candeur. Il y regrette d'abord qu'un homme d'une si profonde érudition n'ait pas eu le loisir de lire les auteurs mystiques ; il s'y plaint doucement qu'un prélat aussi éclairé ait eu une si grande facilité à le croire capable de certaines extravagances. « Un mot de conversation tranquille aurait dissipé ces ombrages... Pourquoi ne me parliez-vous pas? pourquoi n'éclaircissiez-vous pas avec moi le fond de la doctrine, pour lequel vous n'étiez peiné que sur des équivoques? Pourquoi vouloir vous jeter dans des discordes inutiles à l'Église, et injurieuses pour moi et pour mes amis les plus respectables? » Avec beaucoup de dignité, avec plus d'adresse encore, il explique pourquoi il ne peut donner au livre de Bossuet une approbation où le public verrait une abjuration lâchement politique de ses prétendues erreurs, et pourquoi les bruits que Bossuet laisse s'accréditer sur le compte de son confrère l'obligent à écrire sa justification en termes si forts et si clairs que nul honnête homme ne puisse douter de sa sincérité. Par malheur, le livre qu'il annonçait, l'Explication des maximes des saints, qui parut

1. La préface annonce cinq traités successifs ; on vient de retrouver, à la bibliothèque de Saint-Sulpice, le second traité, resté manuscrit, parce qu'il traite des principes communs de l'oraison chrétienne, et que la publication du livre de Fénelon rendit nécessaire une réponse moins générale.

un n. lait loin d'être un chef-

d'œu • pas à lorl que Saint-Simon en critique

•fusion. C'est une antithèse perpétuelle, mais rarement

une dictionnaire par définitions », dans la première parun exposé tl.-s faux principes du mysllais, quoi qu'en dise Fénelon, on ne voit où commence L'équivoque »; le faux et le vrai - en plus d'un endroit que par des nuances. Kn plus d'un endroit aussi, d'ailleurs, se révèle la clairroyance d'un esprit qui n'aime pas à être dupe :

<>n ne saunil trop se défier de l'imagination /-chauffée et qui exagère tout ce qu'on ressent ou qu' : - utir. I! faut se défi.-r d'un orgueil subtil

- me imperceptible qui tend toujours a se flatter d'être une àmeextraordinairemeni ; ..tin il faut se défier de l'illusion qui se glisse, el qui

fait qu'après avoir commencé par l'esprit avec une ferveur sincère, on finit par la chair...

Faux. — Dans l'état passif, l'exercice distinct des vertus n'est plus de sai- <rceque le pur amour, qui les contient toutes éminemment dans sa quièti. ;iTK-nt les ftmes de leur exercice.

Parler ainsi, c'est contredire l'Evangile; c'est mettre la pierre de scandale dans la voie des enfants de l'Église : c'est b.-ur donner le nom de vivait! dant qu'ils sont morts.

C'est par là que Fénelon se dislingue de Molinos : à ses yeux l'acte de pur amour ne dispense pas de tous les autres

•l'oraison, tel qu'il le définit, n'est pas entièrement extatique et inactif. Mais, à la cour, où Rossuet venait demander solennellement pardon au roi de ne pas lui avoir révélé pins tôt les audaces hérétiques de l'archevêque de Cambrai, la I énelon était déjà perdue. C'est avec peine qu'il obde Maintenon un moment d'entretien particulier : Il sait, •'lit-elle1, le mauvais effet de son livre, et le «l'usons qui me persuadent de plus en plus que iJieu veut humilier ce grand esprit, qui a peut-être trop compté sur ses propres lumières. » En vain il demanda la permission dallera Home soumettre lui-même son livre au pape Inno- \II : il fut exilé, par ordre royal, dans son diocèse de Caml Chanlerac, instruit d'ailleurs et ver-

. qui fut son avocat à Rome; mais il avait affaire à un maître intrigant, l'abbé Bossuet, neveu de l'évêque de Meaui- • t dictait au roi une lettre qui dénonçait au pape les

BOSSU ET il

Maximes des saints; Bossuet écrivait la Relation sur le quiélisme

(1698), où, dès le début, il se montre résolu à ne plus carder

Pui?que M. l'archevêque de Cambrai veut qu'on lui réponde si précisément sur ses demandes, et que, dans cette conjoncture, il n'y en a point de plus importantes que celles qui regardent notre procédé, qu'il lâche de rendre odieux en toutes manières, pendant qu'il a été en toutes manières plein de charité et de douceur jusqu'à l'excès : si l'on tardait à le satisfaire, il tirerait trop d'avantage de notre silence.

Ce qu'il a fait, il l'a fait par inquiétude pour l'Église et pour les princes de France dont Fénelon était précepteur; quand il a dû parler, il l'a fait « avec toute la liberté, mais aussi avec toute la douceur possible » ; il a été étonné de voir si obstiné dans ses erreurs « un si bel esprit..., un esprit si lumineux ». Pouvait-il hésiter? « 11 y allait du tout pour L'Église. » Voilà qui justifie amplement « ces airs foudroyants » que l'archevêque de Cambrai commence à prêter à l'archevêque de Meaux. Cette accusation de vouloir tout foudroyer à tort et à travers a évidemment été désagréable à Bossuet, qui ne veut pas être « si fulminant *», et qui par quatre fois, en quelques pages, y revient. Son réquisitoire prend ici, ce qui est rare dans son œuvre, des airs de plaidoyer personnel : il se défend d'être infaillible, tout en parlant un peu comme s'il l'était; il se défend d'avoir seul soulevé le monde contre Fénelon, lui « le plus simple de tous les hommes, le plus incapable de toute finesse et de toute dissimulation », et il proteste « à la face du soleil ». Il ne pouvait pas, il ne devait pas se taire : c'eût été « manquer à l'essentiel de l'épiscopat, dont toute la grâce consiste principalement à dire la vérité ». Aussi n'épargne-t-il pas les erreurs palpables, les inexcusables excès, les « vrais entortillements » de « cet archevêque »; il va jusqu'à comparer la liaison de Fénelon avec MmcGuyon à celle de l'hérétique Montan et de Priscille; il exhorte M. de Cambrai « à occuper sa plume éloquente et son esprit inventif à des sujets plus dignes de lui ». L'impression produite fut profonde : « Le livre de M. de Meaux, dit Mme de Maintenon1, réveille la colère du roi sur ce que nous l'avons (Fénelon) laissé faire archevêque. Il m'en fait de grands reproches. Il faut que toute la peine de cette affaire tombe sur moi. » Ce livre a fait voir clairement le danger d'une doctrine « sou-

i. Lettres à l'archevêque de Paris et à Mm<! de Briuon, 2'? juin et 30 nov. 1693.

Ot'RS DE LITTÉRATURE

tenue par un homme d'une telle vertu, «l'un tel esprit, et dans un tel nienon - ision

de Rome - - >ire de Dieu el l'avantage de l*É-

s, a Homo, les choses n'allèrent point tout d'abord selon

Hainteoon, «le Louis XIV el «Je Bossuet. On

: ihédeTéi - : laquelle Fénelon se défendait:

s que la Relation eut été publiée, Féne-

,!, liait sa '. ■ dont l'éloquence à la fois mesurée et

chaleureuse lui ramenait les esprits. Puis, le pape et cinq sur

a commissaires chargés d'examiner le livre suspect étaient

favorables, sinon au livre, du moins à l'auteur. Enlin le repré-

i( de la France près du saint-siè::e, le cardinal de Bouil-

I e Fénelon, faisait traîner les choses en longueur ;

il fut rappel-'. Après quinze mois consacrés à l'examen de l'ou-

. les commissaires rendirent un arrêt de parla,-, le 2'i sep-

: e 1698, et, par ce fait seul que les voix étaient partagées,

Fénelon était mis hors de cause. Mais, sur l'invitation pressante

I. ii i s XIV. le pape fut contraint de porter l'affaire devant

la congrégation du saint-office et de signer, le 12 mars 1699,

un décret «Je condamnation mitigée. Les ennemis de Fénelon

n'obtenaient pas que ses autres livres fussent condamnés, ni

qu'il fût qualifié d'hérétique, ni que les Maximes fussent brù-

On sait avec quelle humilité, un peu atfeclée peut-être

dans ses manifestations, Fénelon se soumit à l'arrêt qui le

frappait. Sa conduite fortifia les anciennes sympathies et lui

en conquit beaucoup «le nouvelles. C'est ainsi qu'il trouva tou-

- moyen, en cette querelle si périlleuse pour lui, de se

donner raison, sinon dans le fond, au moins dans la forme.

le fond, on se gardera ici de se prononcer, et l'on se bornera à remarquer que tous les juges compétents ne donnent >rt a Fénelon. Des critiques comme MM. Janet et Faguet l'ont reconnu, d'un certain point de vue, en nous élevant audessus de toutes les religions forrnelb-s, nous trouverions une belle et haute vérité dans le système de Fénelon, ou plutôt dans son idéal, qui consiste ; nt à saisir dans une reli-

L'élément essentiel de la religion, commun à toutes les

i. Lettn

panse à l" Relatic atx. Elle fut suivie de deux nouveaux écrits :

unbrai et Réponse aux i fes deux

Bouvet de >.: ' 'de Home, et

'amnation des Maximes des saints, Poussielgue.

religions, l'adoration de l'inconnaissable cause, source et matière de toute forme et de toute existence. Fénelon, dit M. Janet, « représentait les intérêts de la partie la plus haute et la plus pure de l'àme, ne fut-ce qu'à titre d'idéal, inaccessible sans doute pour nous, mais dont il nous faut approcher le plus possible l. »

Dans la forme, les torts furent assurément partagés. M. Crouslé lui-même ne nie pas que, des deux côtés, plus d'une considéralion personnelle fortifia, aigrit les dissentiments sur la doctrine; qu'en particulier, dans les mémoires écrits en latin, Bossuet accorda trop aux habitudes d'une langue où l'on épargne peu ses adversaires; qu'il poursuivit le sien avec trop d'àpreté. MM. Brunetière et Lanson, qui ne sont pas suspects, laissent entendre que Bossuet, avec plus de vigueur et de persévérance que de charité et même de franchise, poursuivit le triomphe de la vérité par des voies souvent équivoques, et triompha, en effet, de son ancien ami sans ombre d'affliction. En signant malgré lui l'arrêt de condamnation, le pape, dit-on, se serait déjà écrié que Fénelon peut-être aimait Dieu avec excès, mais que Bossuet assurément n'aimait pas assez son prochain. Un ecclésiastique d'esprit très modéré, l'abbé Fleury, n'était guère plus indulgent : « 11 m'a avoué, dit un de ses amis2, qu'il croyait qu'il y avait un peu de passion dans la conduite de M. de Meaux. Ce grand homme avait, à la vérité, les meilleures intentions du monde; mais pourquoi tant écrire? pourquoi ne pas se contenter d'avoir dénoncé le livre des Maximes? pourquoi avoir dit hautement à Marly que M. de Cambrai était autant hérétique que Luther? pourquoi tant de sollicitations à Rome?» D'autre part, si Bossuet a été trop passionné3, Fénelon n'a-t-il pas été trop habile? Alors que Bossuet fonçait, pour ainsi dire, sur lui en droite ligne, ne s'est-il pas quelquefois dérobé à son attaque par des fuites trop savantes? « C'est la grande mode, disait Bossuet, de trouver beaucoup d'esprit à M. de Cambrai. On a raison; il brille d'esprit, il est tout esprit; il en a bien plus que moi. » Il en a trop parfois là où il n'est besoin que de simplicité. Mais aussi il voit plus loin que Bossuet. Enfermé entre les hautes murailles de la tradition, Bossuet se préoccupe peu du monde extérieur. Plus mondain et plus moderne, Fénelon sent le

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