II
I>« -rnirros annérs <le Itussuct. — Sa correspondance.
11 ne faut ni s'indigner ni s'étonner même du ton pris dès l'abord et soutenu jusqu'au bout par Bossuet dans cette querelle. Des qu'il y allait de la foi, il prenait la foudre en main, et l'on a vu, par l'affaire du P. Catfaro, qu'à ses yeux il y allait ut de la foi. Dans sa querelle avec un autre religieux, l'illustre Mal-branche, il disait, avec celte solennité qui lui est naturelle : « Ces mots vous étonneront, mais je ne les dis pas en l'air: je parle sous les yeux de Dieu et dans la vue de son - ment redoutable, comme un évêque qui doit veiller à la il vation de la foi1. » Un autre oratorien, Richard Simon, laborieux érudit, fit paraître en 1078 un gros ouvrage, 17//.sue du Vieux Testament: il y transformait la vieille v créai! la critique des textes sacrés. Avant que l'ou- - parût, Hossuet eut connaissance de la préface et de la table des matières. C'était le jeudi saint. Ce jour-là même Bosourt chez le chancelier Michel le Tellier. Ordre est donné au lieutenant de police de saisir le livre chez l'imprimeur et d'en faire brûler tous les exemplaires par la main du bourreau. Exclu de l'Oratoire, Richard Simon dut faire publier en Hollande, sous un pseudonyme, les livres qui complétèrent son œuvre de science modeste et profonde2. Ce fut l'étranger, et en particulier l'Allemagne, qui recueillit le fruit d'une entreprise toute française. Au reste, Bossuet se croyait si bien investi du droit siller à la protection de la foi orthodoxe, qu'il l'exerçait à mgers eux-mêmes; c'est ainsi qu'il lit saisir et interdire en France l'ouvrage de Roccaberti.
I. I istaet et Louis XIV! le dernier grand roi non parvenu qui trône, le der- -nnu et qui fasse oracle. » (Saime-Belve.) .1 publia sa Version du .Youveau Testament.
Les dernières années de cette vie si active se passèrent à Meaux et furent occupées par une correspondance avec Leibnitz, c'est-à-dire avec les protestants éclairés, qu'il s'efforça en vain de faire rentrer dans le giron de l'Église catholique1, par des Avertissements aux protestants, surtout par le soin des affaires diocésaines, dont Bossuet ne dédaignait aucun détail. Il prêchait encore, mais ce n'étaient plus ces mâles et amples sermons que, jeune, il prononçait devant la cour, c'étaient des homélies familières où s'épanchait son cœur. En avril 1702, il prêcha pendant deux heures, puis, fatigué, il se coucha, et l'on vit les paroissiens qui venaient de l'entendre, groupés autour de son lit, recueillir de sa bouche la fin de ses instructions pastorales. Il mourut le 12 avril 1704, âgé de seixante-dix-sept ans.
Mais cette dernière période de sa vie a été remplie aussi — comme la période précédente d'ailleurs — par une correspondance qui a été pour Bossuet un puissant moyen d'action sur les âmes, et qu'à ce titre on ne peut négliger. Ne cherchons point ici le charme tout personnel des lettres d'une Sévigné ou d'un Fénelon2. Bossuet n'écrit pas pour communiquer ses propres sentiments, mais pour fortifier, s'il y a lieu, ou combattre ceux des autres; il ne songe point à se faire valoir, mais à faire valoir les vérités qu'il expose. Ses lettres sont uniformément simples et graves, soit qu'il envoie à l'abbé de Rancé « deux oraisons funèbres, qui, parce qu'elles font voir le néant du monde, peuvent avoir place parmi les livres d'un solitaire, et qu'en tout cas il peut regarder comme deux têtes de mort assez touchantes3 »; soit que, sur la manière de traiter les protestants, il soutienne une opinion assez différente de celle du féroce Bàville ; ; soit qu'il plaide avec éloquence près de Louis XIV la cause des peuples ruinés par la guerre et les impôts :
Je n'ignore pas, Sire, combien il est difficile de leur donner ce soulagement au milieu d'une grande guerre, où vous êtes obligé à des dépenses si extraordinaires, et pour résister à vos ennemis et pour conserver vos alliés. Mais la
1. « Quand je me mets, disait Leibnitz, à examiner les raisons de M. de Meaux en logicien et eu calculateur, elles s'évanouissent de mes mains. »
t. ■> Très différentes des lettres de Bossuet, qui sont surtout des lettres d'affaires, fort utiles sans doute, mais non pas indispensables ù la connaisance de son caractère, les lettres de Fénelon, toutes personnelles, sans excepter les lettres de direction et de spiritualité, sont vraiment l'homme même, et l'homme tout entier. » (Brcnetiére. Histoire et littérature, II.)