‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 16 sur 228 · Lettre du 30 octobre · texte numérisé non relu

Lettre du 30 octobre

4. Lettre à M. de la Broue, évêque de Mirepoix, 15 juin 1693. Cette lettre, d ailleurs, est plus prudente que vraiment miséricordieuse.

. même

- iccabler le peuple par qui seul elle 1 - .Ainsi

ment est autant nécessaire p >ur i que pour leur re-

ir lui dire sur ce fondement ce que je crois son igation Indispensable, elle doit avant toutes

- - - - el surtout ce

. :;ir sans que Voire Majesté --u profite, tant par les disor-

ruerre que par les frais qui se font à lever la taille, qui vont yables. Quoique Votre Majesté sache bien sans doute comimel d'injustices el de pilleries, ce qui soutient qu'ils ne peuvent se persuader que Votre Majesté sache tout; et ils espèrent que l'application qu'elle a fait paraître pour les chora à approfondir une matière si nécessaire. Il n'est ■• mds maux, qui sont capables d'abîmer l'Etat, soient : autrement tout serait Bans ressource. Mais ces remèdes ne se Dt trouver qu'avec beaucoup de soin et de patience : car il est malaisé d'ima. xpédients praticables, et ce n'est pas à moi à discourir sur

- i. Mais ce que je sais très certainement, c'est que si Votre Majesté : sévéramment qu'elle veut la chose ; si, malgré la difficulté qui se trouvera dans le détail, file persiste invinciblement à vouloir qu'on cherche; >i. enfin, elle fait sentir, comme elle le sait très bien faire, qu'elle ne veut point èlre trompée sur ce sujet, et qu'elle ne se contentera que de choses so- • effectives ; ceux à qui elle confie l'exécution se plieront à ses volontés, et tourneront tout leur esprit à la satisfaire dans la plus juste inclination qu'elle puisse jamais avoir.

Au reste, Votre Majesté, Sire, doit être persuadée que, quelque bonne intention que puissent avoir ceux qui la servent pour le soulagement de ses peuples, elle n'égalera jamais la votre. Les bons rois sont les vrais pères des peuples; ils les aiment naturellement; leur gloire et leur intérêt le plus essentiel est de 1 s conserver et de leur bien faire; et les autres n'iront jamais en cela si avant qu'eux. C'est donc Votre Majesté qui, par la force invincible nielle elle voudra ce soulagement, fera naître un désir semblable en l'elle emploie; en ne se lassant point de chercher et de pénétrer, elle verra sortir ce qui sera utile effectivement...

Il est arrivé souvent qu'on a dit aux rois que les peuples sont plaintifs naturellement, et qu'il n'est pas possible de les contenter, quoi qu'on fasse. Sans remonter bien loin dans l'histoire des siècles passés, le vôtre a vu Henri IV •m\. qui par sa bonté ingénieuse et persévérante à chercher les remè- .'Etat, avait trouvé le moyen de rendre les peuples heureux, et de leur faire sentir et avouer leur bonheur '.

Dans ces grands sujets on retrouve l'orateur, l'homme à qui l'abbé de Langeron pouvait dire : « Vous êtes, Monseigneur, plein

i. Au roi, 10 juillet 1675. Voyez aussi les lettres relatives aux relations entre le roi et M"* de Montespan. En louant Bossuet, Arnauld disait un peu sévèrement, on le voit : u II y a néanmoins un lerumtamen dont j'appréhende qu'il n'ait un grand compte à rendre à Dieu : c'est qu'il n'a pas le courage de rien représenter au roi. » Sans aller jusqu'à dire, avec Saint-Simon, que Bossuet parle au roi e avec une liberté digne des premiers siècles et des premiers évêques de l'Eglise », on dira moins encore arec Lamartine [Raphaël, 07; : Bossuet, langue d'or, àme adulatrice, rassemblant en lui dans saconduile et dans son langage devant Louis XIV le despotisme d'un docteur et les complaisances d'un courtisan. »

de fentes par où le sublime échappi de tous les dans la correspondance comme dans la conversation, Bo n'est sublime qu'involontairement el rarement. Comme il v.ni, avant tout, se faire comprendre et persuader, c'est par des qualités précises, sobres et solides que se distinguent Bes Lettres. De loin en loin, la gravité s'égaye d'un sourire, comme dans ce billet au grand Gondé (9 octobre 168o) sur le « fontainier » qu'il lui avait envoyé pour exécuter quelques travaux à Germigny, maison de campagne des évoques de Meaux :

Mes ouvrages sont achevés, Monseigneur, et il no me reste plus qu'à rendre grâces très humbles à V. A. S., et à lui demander pardon d'avoir retenu si longtemps son fontainier. Il a travaillé avec beaucoup de soin Jusqu'à hier, et pour moi je me suis rendu si parfait dans les hydrauliques, que V. A. dorénavant ne me reprochera plus mes âneries.

Comme il est facile de le deviner, les lettres de direction religieuse tiennent la plus grande place dans la correspondance de Bossuet. Depuis longtemps il s'était fait une idée de ce que devait être, dans les temps modernes, le directeur de conscience. Il en avait tracé le portrait dans son panégyrique de saint François de Saies (1662), d'après le saint même dont il prononçait l'éloge : « Le directeur souverain des âmes ne se contente pas do répandre les lumières de son esprit, il en veut au cœur. » La politique du monde lui est étrangère; c'est Dieu lui-même qu'il se propose d'imiter. Mais François de Sales, trop vertueux et fleuri, ne pouvait lui sembler un modèle idéal, et Ton a vu que Fénelon lui reprochait de ne pas l'avoir pratiqué. Non qu'il faille refuser à Bossuet l'onction. Deux de ses pénitentes, Mmesde Luynes et d'Albert, lui disaient avec transport : « Comment faites-vous donc, Monseigneur, pour vous rendre si touchant? Vous nous tournez comme il vous plait, et nous ne pouvons résister aux charmes de vos paroles1. »

Ces deux sœurs, filles du duc de Luynes et d'une Séguier, élevées à Port-Royal, puis religieuses à l'abbaye de Jouarre, dans le diocèse de Bossuet, étaient de caractère bien différent: Mmo de Luynes, mieux faite pour être comprise de Bossuet, avait de la fermeté dans le caractère, aimait l'action, ambitionnait les honneurs et finit par diriger l'abbaye de Torcy; Mme d'Albert, qui savait le latin et même un peu le grec, était

Mémoires de Ledieu.

plus i - ' mystique, avait d< s soudains

tristes et la tentai rvent

chacun pour leurs fins . - ramait en scrupules infinis et

puérils, craignant de ne - t des

chimères ou désespérait réclamait d'elle <■ l'esprit de

- mhaiter autre chose que qui se peut bonnement », el, «juand elle se complaisait

ilion inquiète, menaçait - lire*. 11 aimait p-u le <• galimatias spiri' lit a l'une de ses plus fidèles correspondant

: i ii .1 u . entrée en religion depuis son ven

m surhumaine, avec de vifs

élans, suivis de découragements profonds. D'une part, il la

te doucement au possible, de l'autre il se ^arde de tuer

en el: n •• : 11 n'y a pas moins d'obligation d'espérer

que de croire : l'espérance est commandée comme la foi, il

faut que ceux qui espèrent soient dans la joie. » Kspérer, vivre,

i '''-luisent toutes ses instructions. Mais elles ne

intaient pas toutes ses pénitentes, par exemple la belle et

hautain.- M d< M aisonfort, nièce de Mme Guyon, et qui, exclue

giée dans le diocèse de Meaux, avait soumis

à la direction de Bossue! un esprit trop critique et une àme

où la et la modestie, fruits peu spontanés, avaient be-

Pune culture patiente.

U fallait «lonc accommoder aux diverses natures Je ton des

conseils, sinon la méthode de la direction générale, qui restait

me au fond : du haut de sa foi une et sereine, Bossuet

vec étonnement parfois, mais jamais avec trouble, à

g - intérieurs d'âmes très délicates et passionnées; il n'y

entrait qu'un moment pour y apporter la certitude et la paix.

n'essayait de se transformer en elles ni de les

transformer en soi : vouloir trop bien comprendre certaines

inquiétudes c'eût été s'exposer a en prendre sa part; vouloir

ner de trop près en les modelant sur son àme pro-

ranniser. Bossuet leur montrait où était la

lit vivre ensuite; il dirigeait sans s'imposer. Il

.il conseillait à l'abbesse et aux religieuses de Jouarre

de mettre « la foi et l'obéissance à la place de la raison2 », et

- l-ttr «. il trace tout un programme d'enseignement des filles, rithmétiqae . .' -'romaine, soit dans les originaux,

• Jérôme et ■] - i ère.

• dt bien dur, si ! religieuse nous soumettait à un

BOSSUET 5a

qu'on trouverait en cette correspondance spirituelle plus d'un passage fait pour surprendre, pour alarmer la conscience moderne; mais les rigueurs de la doctrine étaient tempérées par l'esprit de mesure, le sens pratique, la profonde connaissance des âmes, et c'est à cela surtout que le lecteur d'aujourd'hui s'attache : si le théologien ne le convainc pas toujours, le moraliste jamais ne le lasse.

Le style de Bossuet.

Ceux mêmes qui contestent à Bossuet l'originalité de la pensée lui accordent le génie du style dans toute sa plénitude : « Ce n'était pas un penseur sans doute, dit Scherer, ni un savant, mais quel écrivain! » Admirer l'écrivain est chose facile, le définir est plus malaisé. Un tel sujet mériterait une étude approfondie; nous ne pouvons qu'en esquisser ici les grandes lignes.

On est trop porté à ne voir qu'un aspect de ce génie et à le caractériser par les mêmes mots vagues : majestueux, sublime, terrible. Souvent on cite, et je vais citer moi-même avec plaisir ce jugement de Doudan1 :

Je me figure que peu de gens entendent Bossuet. On s'attache au fond de ses idées, et elles importent peu en comparaison de cette imagination qui laisse derrière elle tous les poètes pour la gravité et l'état surnaturel. Il est le seul ministre en ce monde qui eût pu faire le discours du trône de Dieu, si Dieu souffrait un gouvernement représentatif. Milton et Pindare n'eussent été que de beaux esprits, dans cette occasion, en regard de Bossuet. C'est la plus grande voix que vous ayez entendue depuis qu'il y a des hommes, une voix qui s'entendait au fond de toutes les forêts et qui faisait rêver aux choses éternelles. On dit que le lion fait un effet de ce genre quand, en se promenant lentement, il rugit dans la nuit, et que les Arabes en tremblent sous leurs tentes à dix lieues à la ronde.

Si l'on n'y prend garde, pourtant, à force d'insister sur le caractère « surnaturel » de l'éloquence de Bossuet, on finira par en appauvrir les ressources, aux yeux du public, qui aime à se

homme. » (Abbé Beli.on. Bossuet directeur de conscience; Bloud et Barrai.) Comparez de Grisy, Fénelon directeur de conscience. Didier. 1. Lettre" à M. de Sahune.

contenter de formules, et l'on aboutira au jugement simplifié de

:hal :

celui <ie In tfrreur.

terrible de Bonaparte, et non cette no- -. le plus U terrible.

Eh le de Bossael a plus d'un « son », et II. Lan-

: • Ceui qui s'imaginent que Bossuet ■• >i\ tonnante el le geste sublime seraient parfois empêchés de le reconnaître. » Il est vrai que If. Lanson va, té, un j" u loin quand, à propos de certains passages [•lus concis, j. t plus vi s, il songe au xvnic siècle el

Laire. Par la nature même de son ferrie, de la mission qu'il - . du bot qu'il se propose, Bossuet est nécessai-

nt et avant tout un orateur, même dans l'histoire; mais il ne l'est pas toujours, et son génie oratoire lui-rnème est complexes. Bossuet est nourri de la Bible el des Pères ; par là il est poète et orateur tout ensemble. nourri aussi de l'antiquité latine; par là il est surtout Français encore, el plus qu'on ne le croit. Enfin, suel, et sa façon d'écrire est bien h lui. Qu'il doive beaucoup aux Écritures et aux Pères, il paraît :lu de le prouver : la première pajre venue de ses œuvres, tes au hasard, en fournit vingt preuves éclatantes. Et même pourquoi il est quelquefois périlleux de vanter cîiez lui la vigueur ou la grâce de telle expression : elle n'est .it qu'une réminiscence, mais si parfaitement assimilée et fondue dans le texte, qu'elle en est comme recréée. Eux aussi, ivains jansénistes 'je ne parle pas de Pascal, qu'il faut toujours mettre à part ont les livres saints toujours présents à l'esprit et les citent avec complaisance; mais le contraste est trop sensible entre la simplicité énergique el imagée de leurs citations et leur simplicité à eux, trop souvent terne et nue. Limage, la couleur, le relief, ce n'est pas à la Bible seule assu- I les doit : la lecture de la Bible ne suffit pas à faire un poète quand la poésie n'est pas déjà dans la l. dans le cœur de celui qui s'en inspire. Bossuet était né homme d'imagination puissante : tout s'anime et vit sous sa. main. Il ne cherche pas l'image: elle vient spontanément audevant de lui. « Telle est l'idée qu'on nous donne de l'Église chrétienne sous les apôti [ue le sang de Jésus-Christ

était, pour ainsi dire, encore tout chaud, sa doctrine toute fraîche... L'Écriture se laissait tordre et violenter à qui le voulait.» (Variations.) « La parole est le rets qui prend Lésâmes, mais on travaille en vain si Dieu ne parle pas : sur votre parole, Seigneur, je jetterai le filet. » Cette simplicité imagée est souvent familière, et cela est biblique encore : il dit, dans une lettre de direction : « Cassez le noyau, vous trouverez la substance. » Dans la polémique, il se souvient que les Pères n*ont pas dédaigné de se servir au besoin, contre les adversaires de la foi, de l'ironie souvent triviale, et il ne craint pas de les imiter: « Voilà ce que c'est que d'être réformés de la façon d'un cordonnier! » [Variations.) Peu lui importe que le mot soit noble, pourvu qu'il soit expressif et juste : « Mourir ou vaincre, c'est ce qui fait des soldats déterminés qui ne démordent jamais. » Cette simplicité, sublime tour à tour et familière, c'est à la source de l'antiquité chrétienne qu'il la puise.

Si l'on en croit Nisard, Bossuet est nourri de la moelle des deux antiquités. Mais il faut s'entendre. Bossuet ne fut jamais, au même degré que Fénelon, un adorateur de l'antiquité païenne et classique. Il trouvait un « grand creux » dans toutes ces fictions dont s'enchantait l'imagination de l'auteur du Télémaque. En particulier, il était, à coup sûr, moins grec que latin. S'il lut les Pères grecs, il lut moins Platon et Démos thène. Mais le génie latin, tout oratoire, l'attirait par son air de grandeur, et peut-être aussi par sa conformité au génie de notre civilisation et de notre langue.

C'est de la connaissance approfondie du latin et de l'usage excellent qu'il en sait faire, que découle chez Bossuet ce français neuf, plein, substantiel, dans le sens de la racine, et original; et ce n'est pas seulement dans le détail de l'expression, de la locution et du mot que cette sève de littérature latine se fait sentir, c'est dans l'ampleur des tours, dans la forme des mouvements et des liaisons, dans le joint des phrases et comme dans le geste1.

C'est aussi dans le goût pour les généralités morales et dans la tendance familière à les condenser en maximes. Nous avons déjà recueilli nombre de maximes énergiquement brèves, jusque dans les ouvrages de piété. 11 suffit de parcourir la Politique tirée de l'Écriture sainte et l'Histoire des variations, pour en glaner bien d'autres, saisissantes ou pénétrantes, dont la marque et, pour ainsi dire, la frappe, est toute romaine, si l'esprit en est tout chrétien :

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