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Ch. ier

Lefèyre-Po.ntalis Amédée). — Discours sur la vie et les écrits du duc de Saint-Simon, dans le compte rendu delà séance publique annuelle de TAcadémie française, 30 août 1855.

g DE LITTÉRATURE

— Pi •' I - ' i ' l

M \l;n\ II: m.' . - // . t. \ Y.

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' - N - v Didot : I. III, ch. w.

iques; Didier, in-8°;

Bautte-Beoye. — C • du lundi; Garnier, in-12: II, 5 à 8; III.

: 12, r. , ■ H< . Y. 5 . 316, 119 à 321 : IX. 7, 102,

24,349, Mil. 13, 83, 289; XY,

Calmann-Lévy, in-12; t. X. p. 256 à 280.

Taine. — E itique et d'histoire; 4e édit., Hachette,

in- 16, p. 199 à 251.

Veuillot Louis . — Çà et ]>i. t. II. p. 437. Vii.i.KMAi.N. — Tableau de la littérature au dix-huitième siècle; nouv.

édit.. 1855, iu-8\ Didier: t. I", p. 2i0 à -IVl. Yinki". — Histoire de la littérature franco -huitième

Fi-chbacher, iu-12; t. I« 82 à 108.

- J.-J. . — Essais sur l'histoire de i> littérature fi ançaise, p. 2U7- Cf. Nouvelle Biographie générale, art. Saint-Simon.

JUGEMENTS

Si le style de M. de Saint-Simon est en général d'une grande négligence, il étincelle quelquefois d'expressions infiniment énergiques, de traits que n'eût point désavoués le génie de Tacite et de Montesquieu. Si l'amertume et la causticité sont les caractères habituels de sa manière de voir, il n'en loue pas avec moins de grâce; personne n'a peint avec plus de charme l'àme et les vertus de Fénelon1. Malgré la multitude des ouvrages écrits sur le règne de Louis XIV, il semble que l'énigme fastueuse du caractère de ce prince ne se débrouille entièrement à vos yeux qu'en lisant les Mémoires de V Observateur véridique2, beaucoup trop véridique sans doute pour l'intérêt d'une gloire qui en imposa si longtemps à l'Europe entière.

Grimm, Correspondance, nov. 1788.

A la même époque écrivait un des génies les plus originaux de notre littérature, le premier des satiriques en prose, inépuisable en détails de mœurs, et qui peint d'un mot, comme Tacite, créateur d'une langue toute à lui, et, sans correction, sans ordre, sans art, admirable écrivain. Cet homme est le duc de Saint- Simon, avec son ardente curiosité, sa fièvre de cour et sa justesse de coup d'œil dans le feu de la passion. Il va d'un siècle à l'autre, la tête haute, l'esprit libre ou dominé seulement par les préjugés de son choix. Il est pétri de contradictions. Il aime le jansénisme à Port-Royal, le hait au Parlement, déteste le pouvoir absolu, même dans Louis XIV, et ne conçoit la liberté que pour les ducs et pairs. Il se trompe souvent quand il agit, quand il conseille; mais quel connaisseur des hommes quand il ne faut que les peindre! De Fénelon jusqu'à Dubois, que de

1. Ce portrait de Fénelon est moins favorable et attendri que Grimm ne l'imagine.

2. Les trois volumes édités par Soulavie portaient ce titre : Mémoires de M. le duc de Saint-Simon ou l'observateur véridique, etc.

COURS DE l.ll rÉRATURE

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- int-Simon, c'est le plus grand peintre des temps mod<

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le plus grand peintre de L'anliquil - bar-

tjette dans le second >te, il faudrait le mettre bien au-des i] n'aurail - du tout. Quand Saint-Simoi

jlable. Il y a dans ses Af< n volumes entiers qui sont à Ses gén<

embrouillées, ses dissertations sur les ûnances, lasseraient la patience d'un saint. Quand il est bon. Bossuel n'est pas plus pathétique, la Bruyère plus piquant, Pascal plus profond.

5 lui sont familiers. Il a la foi a l'amertume, il ala gi I la tendre

I iques;

iin.

est le pi . - peintre •

Louis XIV dans son entier épanouissement. Jusqu'à lui on ne se doutait pas de tout ce que pouvaient fournir d'inté- Irame mouvant et sans cesse i enouvelé il . les mariages, les moi ■ n même le train habituel uY* chaque jour, tionsou les lélanl sur des physiono-

innombrables don' • ressemble, les Qui et

% d'ambitions • - animant plus ou inoins visible-

p , et les g i u qu'ils

entre eux dai illes, pèle-

môle apparent, mais qui, désormais. • lui, n'est plus

confus, et qui nous livre ses combinaisons et ses conti jusqu'à Saint-Simon on n'avait que des aperçus et des esquisses légères de tout cela; le premier il a donné, avec l'infinité des détails, une impression vaste des ensembles. Si quelqu'un a rendu possible de repeupler en idée Versailles et de le repeupler sans ennui, c'est lui. On ne peut que lui appliquer ce que Buffon a dit de la terre au printemps : « Tout fourmille de vie. » Mais en même temps il produit un singulier effet par rapport aux temps et aux règnes qu'il n'a pas embrassés; au sortir de sa lecture, lorsqu'on ouvre un livre d'histoire ou même de Mémoires, on court risque de trouver tout maigre, pâle et pauvre : toute époque qui n'a pas eu son Saint-Simon parait d'abord comme déserte, muette et décolorée; elle a je ne sais quoi d'inhabité; on sent et l'on regrette tout ce qui y manque et tout ce qui ne s'en est point transmis. Très peu de parties de notre histoire (si on l'essaye résistent à cette épreuve et échappent à ce contre-coup; car les peintres de cette sorte sont rares, et il n'y a même eu jusqu'ici, à ce degré de verve et d'ampleur, qu'un Saint-Simon.

Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. XV; Garnier.

Au xvne siècle, les artistes écrivaient en hommes du monde; Saint-Simon, homme du monde, écrivit en artiste. C'est là son trait. Le public court à lui comme au plus intéressant des historiens. Ce talent consiste d'abord dans la vue exacte et entière des objets absents. Les poètes du temps les connaissaient par une notion vague et les disaient par une phrase générale. Saint- . Simon se figure le détail précis, les angles des formes, la nuance des couleurs, et il les note avec une netteté de peintre ou de géomètre... .

Voilà une d-es raisons qui rendent aujourd'hui Saint-Simon si populaire; il décrit l'extérieur, comme Walter Scott, Balzac et tous les romanciers contemporains, lesquels sont volontiers antiquaires, commissaires-priseurs et marchandes à la toilette; son talent et notre goût se rencontrent; les révolutions de l'esprit nous ont portés jusqu'à lui.

11 voit aussi distinctement le moral que le physique, et il le peintpar ce qui le dislingue... Il connaît l'individu; il le marque

rses particularités, par ses différen-

n'est point Le jaloux ou le brutal, c'est un

a un cei tain brutal; il y a trois ou quatre mille

coquins chez lui, dont pas un ne ressemble à l'autre... A.me,

: el dehoi - -i vêtements,

tint-Simon voit lout et fait tout oir. En

iblant toutes tro iveriez guère

ginations aussi compréhensivea et aussi

nettes que celle-là.

H. Taini . I d'histoire; Hachette.

implacabl «prit plein de

causticité, d'âpreté, d'acrimonie; ce censeur impitoyable, s'il en fut, a le cœur ouvert aux impressions tendres. La rencontre . le souvenir d'un homme vertueux fait tressaillir son mmuni ; un pathétique que nul n'a

. parc*- que nul n'est plus vivement louché que lui... La langue française est un coursier moins fougueux que rétif, que chaque écrivain à son tour a soumis au mois et à l'éperon; le duc de Saint-Simon en a peut-être été le plus étonnant dompteur. Pei - à travers champs comme lui î

une ne lui a fait plus impérieusement rompre ses habitudes et \ Vucun écrivain n'a mieux fait voir de combien d'articulations elle est pourvue qu'on ne lui soup- . lit pas, el de combi ivem snts elle est capable qui mblaient refusés. La proportion du conventionnel et de té parait faible dans ce dialecte extraordinaire, au prix du • t du Qexible. Que l'incorrection et l'obscurité soient firé- iventureu que nous n'a-r garde de nierou d'excuser. Mais, pour être bien éloigné du ,- moins un style de génie... Tout p]ein ii!li par les nombreuses circonstances ifil rapj dire toutes, et manquant de loisir pour les distribuer, Saint-Simon en charge sa phrase, iant, pour ainsi dire, a chaque saillie de la période, me d'incidente, d'épithète ou de parenthèse, ettrouvant la double tout dire et d'avancer, le d'un ; surprenante, qui fait jaillir chaque imme une étincelle. C'est souvent un véritable

phénomène que la phrase de Saint-Simon, pleine, drue, distendue à force de substance, où les idées semblent foisonner, se croiser et s'agiter comme la foule dans une place publique. VineTj Histoire de la littérature française au dix-huitième siècle; Fischbacher.

La place que Saint-Simon a conquise dans notre littérature, il la gardera ; c'est une place à part et qu'il occupe presque seul. Il a, parmi nos grands écrivains, une physionomie toute particulière, et il nous donne, quand nous le lisons, des sensations auxquelles nous ne sommes pas accoutumés. Le génie français a naturellement le goût de la méthode, de la mesure, de la règle; nous aimons avant tout ceux qui suivent une route moyenne entre les extrêmes, qui composent bien, qui savent écrire ; ces qualités sont de celles qui s'acquièrent ordinairement par l'éducation et se conservent par le travail. Aussi la Bruyère, irrité contre la vanité de certains personnages, qui se permettaient d'écrire sans l'avoir appris, soutenait-il que « c'est un métier de faire un livre, comme de faire une pendule». Horace l'avait dit avant lui, et ils ont raison tous les deux en principe ; ce qui n'empêche pas que, parmi les écrivains de métier, on est heureux de rencontrer quelqu'un qui écrive de nature, sans procédé, sans études, comme ilsent et comme ilpense. Au milieu de ces belles allées si bien ratissées et alignées, ce petit coin sauvage, où l'herbe pousse en liberté, nous plaît par le contraste; on s'y arrête volontiers et l'on s'y repose. C'est le secret du plaisir que nous trouvons à lire Saint-Simon. Son originalité nous charme d'autant plus qu'elle n'a rien de factice ni de cherché ; loin de s'en glorifier, il s'en excuse. Il aurait bien voulu, nous dit-il, prendre le temps de mieux écrire, mais il ne l'a pas pu, « emporté qu'il était par la matière, et peu attentif à la manière de la rendre, sinon pour la bien expliquer ». C'est un grand bonheur qu'il n'ait pas mieux soigné son style. Il ne nous plairait pas autant, nous lui trouverions moins de saveur et de vérité, si les idées et les sentiments qu'il exprime avaient passé par un cerveau d'écrivain qui les aurait vêtues de phrases toutes faites et jetées dans le moule commun. Au moins tout ce qu'il nous donne vient directement de lui. G. Boissier, Saint-Simon; Hachette.

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