‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 157 sur 228 · SOUK · texte numérisé non relu

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À cet égard, rien de plus curieux à étudier que le morceau intitulé la Médaille. C'est une lettre -upposée adres>é- d'Amsterdam par Ba I nelon; la dak- même n'y manque pas :

4 mai 1691. On y décrit une médaille antique, récemment découverte.

D'un côté, cette médaille, qui est fort grande, représente un enfant d'une figure très belle et très noble ; on voit Pallas qui le couvre de son égide ; en même temps : -:n:-nt son chemin de fleui-

suivi il offre sa lyre; Vénus parait en l'air dans son char attelé

de colombes, qui laisse tomber sur lui sa ceinture; la Victoire lui montre d'une main un char de triomphe, et de l'autre lui présente une cou

- l'Horace : Non sine dis animosu* i< rers e*t

rTérent. Il est manifeste qu* c'est le même enfant, car on reconnaît d'abord le même air de tête : mais il n'a autour de lui que des m

i et hideux, des reptiles venimeux, comme des vipères et des serpents, hiboux, enfin des harpies sales, qui répandent de l'ordure de tous ui déchirent arec leurs ongles crochus. Il y a une troupe

de satyres impudents et moqueurs, qui font .

nt, et qui montrent la queue d'un poisson monstrueux, par où finit le bel enfant. Au bas, on lit ces paroles, qui, coin sont a piler atrum desinit in piscem.

t beaucoup de peine pour découvrir en quelle occasion cette médaille a pu être : . Quelques-uns soutiennent qu'elle repréi a, qui, étant fils de Germanicus, avait donné - n enfance de ha oces pour le bonheur de l'empire, mais qui dans la suite devint un monstre. D'autres veulent que tout ceci ait été fait i omencements furent si heureux, et la fin • rible. Les uns et les autres conviennent qu'il s'agit d'un jeune prince éblouis- ;ui promettait beaucoup et dont toutes le3 espérances ont été trom- : - il y en a d'autres, plus défiants, qui ne croient point qu--> cette; il antique. On s'imagine voir quelque chose de notre temps figuré lignifie-L-elle de grandes qui M tourneront en de grands malheurs : il semble qu'on affecte de faire entrevoir

malignement quelque jeune prince dont on fâche Je rabaisser toutes les bonnes qualités par les défauts qu'on lui impute.

Si habile pourtant et parfois amusante que soit cette méthode d'éducation indirecte, qui insinue la morale plus qu'elle ne l'enseigne, elle ne pouvait convenir qu'à un enfant. Quand l'enfant devint adolescent, il en fallut appliquer une autre, ou plutôt il fallut élargir et transformer celle qui avait donné de si bons fruits. Aux Actions pures succédèrent les faits de l'histoire ; aux Fables les Dialogues des morts; mais le fond moral, l'esprit, le but de l'éducation, restèrent les mêmes.

Le second degré de l'éducation : les « Dialognes des morts »• — L'idéal moral et l'idéal littéraire.

Il est à peine besoin de louer ici la délicatesse légère, l'aimable à-propos de ces fictions, renouvelées de Lucien, avec quelque chose de moins agressif et de moins amer, de plus chrétiennement attendri. Sans disparaître tout à fait, la satire est adoucie; sans se montrer à découvert, la leçon morale porte ses fruits; sans se compliquer d'une érudition fastidieuse, l'histoire, caractérisée par quelques traits saillants, personnifiée en ses héros qui la font revivre aux yeux, s'impose à l'imagination, se grave dans la mémoire docile, et fait passer le précepte avec elle. Mais on n'y surprend pas seulement une méthode séduisante d'éducation ; on y saisit aussi l'unité des doctrines morales et littéraires qui ne se sont jamais démenties pendant toute la carrière de Fénelon.

Ces doctrines peuvent se résumer en un double précepte : au point de vue moral, il faut pratiquer la vertu aimable ; au point de vue littéraire, il faut aimer le simple et le naturel.

11 est difficile de ne pas croire que Fénelon se souvient du Misanthrope dans le Dialogue XVIII, où Alcibiade prend à son compte la philosophie tolérante dePhilinte, dont il s'approprie parfois jusqu'aux expressions: « Ne vaut-il pas mieux s'accommoder aux hommes, tels qu'on les trouve, que de vouloir les haïr jusqu'à ce qu'ils s'accommodent à nous? Avec ce chagrin si critique, on passe tristement sa vie, méprisé, moqué, abandonné, et on ne goûte aucun plaisir... Il faut en ce monde une

philosophie qui ail esl an

ambitieux, don! ! geiice »rl de

e! Ii aotre vu- sui

iix à aimer 5 défauts, ^ ' taine,

ir sans intérêt. A. l'ambitieux Alcibiade il dil : La philanthropie est une vertu douce, patiente el désinléi li supporte pprouver;i an farouche Timon: Votreverlu . impatiente, ne sail ' -apporter le vice d'autrui; - un amoui de soi-même qui fait qu'on s'impatiente quand on ne peut réduire les autres au point qu'on voudrait, a Alceste ne pourrait-il pas prendre sa part de cette critique disci

d'Alcibiade, le brillant sceptique, ipe vi-

siblement Fénelon; dans d-u\' autres dialogues ii l'oppose à .te, dans un autre à Péi ms un dernier il le met

aux prises, aux enf< - . Mercure et Charon. C'est qu'avant

toul il déli - gante frivolité, l'indifférence ironique et dé-

daigneuse, la sécheresse dïn auxquels I s sont

- plus que le commun des hommes. Il n'aii ivan-

tage les écrivains qui. comme Lucien, ne songent q iquer

de tout, qu'à montrer le ridicule en chaque chose, les sages qui rient de tout aussi, comme Démocrite : « C'est n'aimer ni . la vertu qu'ils abandonnent... Si vous entriez dans un hôpital de blessés, ririez-vous de voir leurs blessures? » Combien plus humaine est la pitié d'Heraclite! Intelligence profonde et douloui humaines, pitié frater-

nelle, modération indulgente, vertu sans âpre té, voilà, semblet-il, les traits essentiels de la philosophie social»- de Fénelon. Voila pourquoi il ne se Laisse éblouir ni par le renom d'austérité de Calon le Censeur, qui fut un usurier, ni par la molle honn ' i vertu ni vi

vuqs de Plutarque» ne sont pas ses hommes: l'un n'a que I teneur raide et dur de la fausse vertu ; l'autre n'a pas la force que la véritable vertu suppose. Celle-ci a l'abord plus familier, l'allure plus simple, le fond plus solide.

Cette horreur de tout ei goût vif de la mesure et de la

simplicité, on les retrouve dan- ceux des Dialogues où la leçon

ire s'associe à la leçon morale. Les dialogui g XX5 XXXII opposent la fort»-- Démosthène à l'art plus

. et préludent au fameux parallèle qui, dans la du chapitre sur la Rhétoriqi

Dbmosthène. — Celui à qui on ne peut retrancher n'a rien dit que de parfait.

Gicéron. — Celui à qui on ne peut rien ajouter n'a rien omis de tout ce qui pouvait embellir son ouvrage.

C'est Démosthène ici que Fénelon charge d'exprimer sa propre doctrine.

Vous avez eu delà force, je l'avoue, mais vous y ajoutiez trop d'ornements. La véritable éloquence va à cacher son art : et il ne faut point parler, ou il faut étudier la vraie et solide éloquence...

Tu occupais l'assemblée de toi-même; et moi je ne l'occupais que des affaires dont je parlais. On t'admirait; et moi, j'étais oublié par mes auditeurs, qui ne voyaient que le parti que je voulais leur faire prendre. Tu réjouissais par les traits de ton esprit, et moi je frappais, j'abattais, j'atterrais par des coups de foudre. Tu faisais dire : « Ah ! qu'il parle bien ! » et moi je faisais dire : « Allons, marchons contre Philippe ! » On te louait; on était trop hors de soi pour me louer quand je haranguais. Tu paraissais orné, on ne découvrait en moi aucun ornement ; il n'y avait dans mes pièces que des raisons précises, fortes, claires, ensuite des mouvements semblables à des foudres auxquels on ne pouvait résister. Tu as été un orateur parfait quand lu as été, comme moi, simple, grave, austère, sans art apparent, en un mot quand tu as été démosthénique ; et lorsqu'on a senti en tes discours l'esprit, le tour et l'art, alors tu n'étais que Cicéron, t'éloignant de la perfection autant que tu t'éloignais de mon caractère l.

Fénelon va plus loin; il oppose de même Homère à Virgile, et ne craint pas de faire dire au poète latin, qu'il aimait tant : « J'avoue que j'ai dérobé quelque chose à la simple nature pour m'accommoder au goût d'un peuple magnifique et délicat sur toutes les choses qui ont rapport à la politesse. Homère semble avoir oublié le lecteur pour ne songer à peindre en tout que la vraie nature. En cela je lui cède. » Dans la Lettre à l'Académie, Fénelon ne reproduira pas ces réserves un peu sévères; pensant peut-être que la différence entre Homère et Virgile n'est que la différence même entre les temps où ils ont vécu, il ne voudra voir que la profondeur du sentiment chez le poète où « tout pense ». Mais l'esprit de ce nouveau parallèle n'est pas autre que celui du parallèle entre Démosthène et Cicéron. Que reproche-t-on à Virgile? D'avoir parfois abandonné « la sim-

i. Démosthène pourtant fait lui-même cet aveu : « Le désir de la gloire m'a touché. J'ai cru qu'il était beau de gouverner un peuple par mon éloquence, et de résister à la puissance de Philippe, n'étant qu'un simple citoyen, fils d'un artisan. J'aimais le bien public et la liberté de la Grèce ; mais, je l'avoue à présent, je m'aimais encore plus moi-même, et j'étais fort sensible au plaisir de recevoir une couronne en plein théâtre, et de laisser ma statue dans la place publique avec une belle inscription. ;>

j.le nature . I» i ; ; « ; tout Homère l Lou-

. Naturel, simplicité, vérifc

Lrine* itres dialogues, on y obsi \s remarquables, qui seront plus visibles i . Fénelon ai

mprunte vol« Pan basius,

. il donne Poussin pour interlocuteurs. Mais s'il aime ; s - - qu'il aime la nature, et c'esl dans La mesure où ils inent et peignent la nature qu'il admire les artis-

«nnages qu'il fait parler sont

. et l'on voit même Confucius s'entretenir avec So-

: •'•occupation de l'étranger ne sera pas une des

moindres nouveautés de la Lei . - irtoul dans sa première

. et nous fera sentir que le xvmc siècle esl pi I

littérature française tient moins de place dans les I les d . lant nous présentent D • dont

Àxistote critique la philosophie, en particulier sur Le sj stème deux interlocuteurs assez inattendus, empruntés à la comédie du xvn8 siècle, Harpagon et Dorante.

VU

La politique de Fénelon dans les « Dialogues » : les bons «-t les inau\ais priuees: les bons et les mauvais minis» très.

Mais le duc d . ne est un prince, et un prince des!

: : jamais Fénelon ne l'oublie. 11 y a, certes, dans les Dia-

; - lieus communs de morale et de politique qui n'ont

rien de particulier à une éducation princière. Par exemple, l'idée

- I oquemment définie et glorifiée dans les dialogues

entre Camille et Coriolan, entre Bayard et le connétable de

Bourbon. La belle chimère de la fraternité humaine, tant ampli -

1 émaque, est déjà ici un des thèmes familiers de

on. Mais ; irtout la leçon prend un caractère plus

premier dialogue, le but précis est marqué.

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