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3 mars 1692, Fénelon remerciait Bossuet de l'envoi d'un mémoire sur les ouvrages du docteur du Pin, parent de Racine : tout en l'approuvant, il se demandait si, en« un petit endroit)), Bossuet n'était pas allé « un peu au delà des paroles de l'auteur ». « J'ai été ravi, disait-il, de voir la vigueur mesurée du vieux docteur et du vieux évèque. Je m'imaginais vous voir en calotte à oreilles, tenant M. du Pin, comme un aigle tient dans ses serres un faible épervier. » Lui-même allait bientôt sentir les serres de l'aigle.
« Le quiétisme, écrit Voltaire l, était une folie qui passa par la tête périgourdine de Fénelon, mais une folie pardonnable, une folie d'un cœur tendre et qui devint même parfois héroïque en lui. » Avec son goût obstiné pour l'idéal, Fénelon devait embrasser avec ardeur une doctrine qui élève l'âme dans les régions de la contemplation pure, fort au-dessus des pratiques souvent machinales qui sont la seule religion du vulgaire ; avec sa sensibilité passionnée et délicate, il était d'avance acquis au « pur amour ». Il y avait en lui, et il le montra bien dans cette querelle, un mystique plus ou moins naïf, et un novateur plus ou moins inconscient de ses audaces, un diplomate et un chevalier. « C'était sainte .Thérèse, et c'était don Quichotte, » dit Michelet. Fénelon écrira, il est vrai, dans les Lettres spirituelles : « Quelque respect et quelque admiration que j'aie pour sainte Thérèse, je n'aurais jamais voulu donner au public tout ce qu'elle a écrit. » Mais qu'on lise son Panégyrique de sainte Thérèse en regard du même panégyrique composé par Bossuet, on verra combien Fénelon s'abandonne davantage, évite moins les écueils du sujet, va plus résolument chercher les traits qui peuvent troubler le cœur, et plus facilement anéantit la volonté dans l'extase 2. Aussi fut-il vite conquis lorsqu'il rencontra sur son chemin cette sainte Thérèse équivoque , Mme Guyon, qui réduisait la religion presque tout entière à Yoraison, acte d'amour silencieux, substitué à toutes les prières précises et à tous les actes personnels. «Leur esprit se plut l'un à l'autre, dit Saint-Simon : leur sublime s'amalgama. »
L ironie est ici facile, et Fénelon semble s'y être exposé de gaieté de cœur. Mais il n'est pas interdit non plus de louer son désintéressement et sa fidélité à la cause de Mme Guyon. Celle-