‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 176 sur 228 · MAGDALA · texte numérisé non relu

MAGDALA

Et moi, je m'applaudis d'avoir un mari qui ne vous ressemble pas. Car, pour savante que je suis, il m'est plus cher, et je l'en aime davantage.

On sait que c'est à peine si Montaigne a daigné toucher en se jouant à ce problème, qui n'en était même pas un pour lui ; car s'il glorifiait volontiers l'énergique vertu de la femme antique, il se faisait une bien médiocre idée du rôle de la femme moderne, et se bornait à répéter l'arrêt méprisant de ce duc de Bretagne dont le Chrysale des Femmes savantes n'est que le plagiaire :

Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés, Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez Quand la capacité de son esprit se hausse A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse L

Il est vrai qu'à considérer le détail, toute comparaison ne serait pas impossible entre Montaigne et Fénelon. C'est presque exclusivement au point de vue de l'éducation, de l'utilité morale et pratique de la vie, que tous deux se placent : la dignité de la science, aimée pour elle-même, leur échappe. Mais combien moins utilitaire est Fénelon! combien plus élevé dans sa conception du rôle de la femme et de la vie morale ! Leurs méthodes d'instruction sonlrégalement riantes et indirectes, excluent trop l'effort direct et personnel; mais celles de Montaigne aboutissent à faire des âmes épicuriennes et peu soucieuses du devoir; celles de Fénelon façonnent des âmes sans assez de nerf encore, mais des âmes chrétiennes enfin. C'est que pour faire des âmes il faut en avoir une : Montaigne n'a qu'un esprit critique et sceptique, qui dédaigne ou qui raille, mais qui n'aime pas.

Les disciples de Montaigne, comme Charron, exagèrent encore sa défiance de la femme. Bodin n'est pas plus favorable. Pen-

1. Voyez le passage Je Montaigne I. Ï4] à la fin de notre édition de l'Institution des enfants.

dant presque tout le wne siècle m

Gomme les philosophes du .wic siècle, mais en se plaçant à an point de vue différent, les moi ;x du xvir n'admet-

tent i s loçoirent même pas l'égalil vaut

l'instruction. » C'est aux rem mes, 'lit Malebranche, à décider de la langue, à dis le bon aii

- mt plus de science, d'habileté et de ■ •: s sur ces choses. Tout ce qui dépend du si de leur ressort; mais, pour l'ordinaire, elles sont incapables de pénétrer des rérités un peu difficiles à découvrir. ■ Malebranche est encore un philosophe plus qu'un théolog

si le théologien pur; c'est au nom de l'humilité chrétienne qu'il repousse l'idée d'une instruction approfondie poulies femmes.

Que si elles se sentent dans l'esprit quelque avantage plus considérable, .s à le faire éclater dan9 leurs entretiens! Et quel parait leur li l'imaginent charmer tout te monde !

C'est la raison pour laquelle, si je ne me les exclut des s< >

[oand elles . les acquérir, elles auraient trop de peine ù

te que, si on leur défend cette application, ce n'est pas tant, à mon avis, dans la crainte d'engager leui haute,

que dan .poser leur humilité à une épreuve trop danger

Mlle de Scudéry, qui se peint elle-même dans son Grand ' sous le nom de Sapho, avait essayé pourtant de distinguer entre la savante et la pédante.

Encore que Sapho sache presque tout ce qu'on peut savoir, elle ne fait p ourlant point la savante... Comme il n'y a rien de plus aimable ni de plus e harmant qu'une femme qui s'est donné la peine d'orner son esprit de mille nnai.-sances, quand elle en sait bien user, il n'y a rien aussi de .( ule ni de si ennuyeux qu'une femme BOttement savante... Je ne sache rien de plus injurieux à notre sexe que de dire qu'une femme n'est point obligée de rien apprendre. Si cela est. je voudrais donc en même temps qu'on loi défendit de parler et qu'on ne lui apprit point à écrire, car, si elle doit écrire et pail< r. il faut qu'on lui permette toutes les choses qui peuvent lui lui former le jugement et lui apprendre à bien parler et ;'i at, y a-t-il rien de plus bizarre que de voir comment on . .. mes? On ne veut pas qu'elles

ttes, et on leur permet pourtant d'appi- : t tout ce qui

us leur permettre desavoir rien qui puisse fortifier leur veitu ni occuper leur esprit... Vu la manière dont il y a des !.! leur temps, on dirait qu'on leur a défendu d'avoir de la et du bon sens, et qu'elles ne sont au monde que pour dormir, pour i, pour être belles, pour ne rien faire et pour ne dire que d

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