Panégyrique de sainte Catf
DE L'EDUCATION DES FILLES g
.. Rien n'occupe davantage qu'une longue oisiveté... Je voudrais qu'on wït autant de soin d'orner son esprit que son corps, et qu'entre être ignorante ou savante, on prit un chemin entre ces deux extrémités, q ai em d'être incommode par une suffisance impertinente ou par une stupidité ennuyeuse... Je veuxbien qu'on puisse dire d'une personne de nnn sexequ'elle sait cent choses dont elle ne se vante pas; mais je ne veux pas qu'on puisse dire d'elle : « C'est une femme savante. »... Il est constamment vrai qu'il y a certaines sciences que les femmes n> doivent jamais apprendre, et qu'il y en a d'autres qu'elles peuvent savoir, mais qu'elles ne doivent pourtant jamais avouer qu'elles sachent, quoiqu'elles puissent souffrir qu'on \i devine... Ce que je voudrais principalement apprendre aux femmes, ce serait de ne parler point trop de ce qu'elles sauraient bien, et de ne parler jamais de ce qu'elles ne sauraient point du tout.
Mais elle-même, quoi qu'en aient dit ses modernes panégyristes, n'était pas exemple de tout pédantisnie. Sapho disait de? choses excellentes; mais les célèbres samedis de MUc de Scudéry les démentaient un peu. 11 faut arriver à la fin du siècle pour voir les préjugés, non pas se dissiper, mais s'atfaiblir. Le réveil de l'esprit d'examen y est peut-être pour quelque chose1. C'est un protestant, Poulain de la Barre, qui écrit, comme s'il voulait répondre à la négation de Bossuet par une affirmation plus audacieuse encore : « Si l'on trouvait plaisant de voir une femme enseigner l'éloquence et la médecine, faire la police, haranguer devant les juges en qualité d'avocat, rendre la justice, conduire une armée, ce n'est que faute d'habitude, et on s'y ferait2. » Mais toute l'Église catholique de France, il faut le reconnaître, ne resta pas jusqu'au bout fidèle à la doctrine étroite de Bossuet. Parmi ses amis les plus intimes, Fénelon comptait l'abbé Claude Fleury, qui devait êlre chargé sous ses ordres de l'instruction du duc de Bourgogne. En 1686, un an avant la publication de V Éducation des filles, l'abbé Fleury publiait son Traité sur le choix et la méthode des études. Mais l'écrit moins dogmatique de Fénelon était déjà composé, et il est probable que les deux amis se sont plus d'une fois entretenus sur ce sujet qui les préoccupait en même temps. Il est vrai que Fleury envisage les études en général, et non pas seulem3iit celles des femmes; mais, quand il touche à celles-ci, il ne se dérobe pas, comme l'avaient fait tant d'autres avant lui. Le chapitre XXXVIII de son traité fraye*la voie à l'opuscule de Fénelon.
1. Dans sa Lettre aux seigneurs, Luther avait demandé que les filles allassent tous le- jours à l'école, au moins une petite heure. Toutefois il ne faudrait pas s'imaginer que l'instruction des femmes fût donc tout à fait négligée au xva° siècle. Voyez notre fascicule de Mme de Sévigné.
-2. De l'égalii . 1673.
S 5 DE LU rERATURE
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ue ceik* des hommes, comme si elles n'avaient pas aussi bien que nou< une raison à conduire, nne volonté —ions à combattre, nne
gouverner, <*u *'il leur était plus facile qu'a nous de satisfaire à tous ces devoirs sans rien apprendre. Il est vrai que le? femmes ont pour l'ordinaire moins d'application, moins de patience pommer de suite, moins de courage et de fermeté que les hommes, et que la constitution de leur corps y fait quelque chose, quoique sans doute la mauvaise éducation y fasse plus ; mais en récompense elles ont plus de vivacité d'esprit et de pénétration, plus de douceur et de modestie, et si elles ne sont pas destinées à de si grands exploits que les hommes, elles ont d'ailleurs beaucoup plus de loisir, qui une grande corruption de n
une de quelque étude.
Une remarque ingénieuse de Fleury, et qui n'est pas chez Fénelon, c'est qu'en France particulièrement on doit souhaiter que les lemmes soient éclairées et raisonnables, à cause du crédit dont elles jouissent dans le monde. Quand il en vient au n programme » d'instruction, il satisfait moins le lecteur moderne. Que doit-on enseigner aux filles? Les principes d'une religion solide, mais non savante ni superstitieuse; l'art déraisonner, sans les grands mots abstraits de la logique; les exercices du corps, dont les femmes ont un pressant besoin, puisqu'elles sont les mères des garçons aussi bien que des Biles srammaire, mais seulement pour les mettre à même de lire et orrectement une lettre; l'arithmétique pratique; les soins du ménage et de l'économie domestique ; la jurisprudence commune. « Elles >e peuvent passer de tout le reste des études, du latin et des autres langues, de l'histoire, des mathématiques, de la poésie et de toutes les autres curiosités. Elles ne sont pas destinées aux emplois qui rendent ces études néces-
- ou utiles, et plusieurs en tireraient de la vanité. Il vaudrait rnif'ux toutefois qu'elles y employassent les heures de
1 jisir qu'à lire des romans, à médire, jouer ou parler de leurs jupes et de leurs rubans. » Cette dernière réflexion n'inliime-t-elle pas les conclusions qui précédent? Fénelon, dont le
programme n'est guère plus ambitieux, a pourtant sur ce point montré plus de clairvoyance et de largeur d*esprit. C'est à lui
surtout, mais c'est un peu aussi à Fleurv qu'on doit le mouvement d'opinion qui peu à peu gagna les esprits les plus attachés à la tradition, et qui devait dicter au janséniste Rollin
lui-même ces paroles d'une sagesse encore hardie, mais dont la
hardiesse n'étonnait plus :
L'affectation de science et de bel esprit ne convient à personne, et encore moins aux dames; mais s'ensuit-il qu'elles doivent être condamnées à une grossière ignorance? L'étude que je leur conseille ici ne les empêchera point de s'acquitter exactement de tous leurs devoirs, d'apprendre à travailler utilement des mains, d'entrer dans tous les soins du ménage, de s'instruire de tout ce qui regarde une sage économie. Loin d'être un obstacle à ces devoirs, l'étude dont je parle les y conduira naturellement et leur en rendra la pratique plus facile, en leur donnant un esprit plus sérieux, plus exact, plus solide, plus capable d'ordre, d'attention, de travail, en leur faisant aimer davantage leurs maisons et en leur apprenant à se passer de compagnie. Elles ne feront jamais parade de ce qu'elles auront appris, et ne se feront distinguer des autres que par une plus grande modestie. L'avantage qu'elles tireront de leurs connaissances sera de n'être pas obligées, pour éviter l'ennui et le dégoût d'une vie désoccupée, d'en remplir le vide par le jeu, par les spectacles, par des visites inutiles, par des conversations frivoles; et d'être en état, après qu'elles auron satisfait aux bienséances de leur condition, de se réserver des moments précieux où. libres et retirées, elles puissent s'occuper des lectures capables de nourrir agréablement leur esprit, et de remplir leur cœur d'une joie solide et durable, en lui montrant le seul bien qui peut le rendre heureux > .
Molière et Fénelon. — La partie critique de « l'Éducation des filles ».
Parmi ces « précurseurs » plus ou moins directs de Fénelon, il est difficile d'oublier Molière, dont les Femmes savantes furent représentées quinze ans avant la publication de YÉducation des filles. Fénelon, au reste, ne l'oublie pas lui-même, car il semble bien répondre à Molière dans des passages tels que celui-ci :
Pour les filles, dit-on, Une faut pas qu'elles soient savantes : la curiosité les rend vaines et précieuses ; il suffit qu'elles sachent gouverner un jour leur ménage, et obéir à leurs maris sans raisonner. On ne manque pas de se servir de l'expérience qu'on a de beaucoup de femmes que la science a rendues
i. Traité des études, conclusion du livre Ier.
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oint de départ du livre de Fénelon semble d'abord al il opposé : tandis que Molière, en effet, est surtout frappé >us pédant fie instruction mal comprise ', Fénelon
ouvanté de la vanité d'un savoir superficiel et frivole, que chacun d'eux se place à un point de vue différent smique, ennemi de toutes les affectations, M" se rit des excès que note et fixe pour toujours son ol vation pénétrante; p I ■- g te insinuant, aimant, Fénelon eend au fond des ai les trouver vides. L'un
a tous les donsde l'esprit élevé jusqu'au génie; l'autre y ajoute une chaleur de cœur sans laquelle tous les don- de l'esprit sont le chose en pareille matière, et ces nobles inquiétudes de l'âme chrétienne que ne connaît pas toujours le plus parfait honnête homme. En apparence, c'est Molière qui avait la supé- : de l'expérience : il touchait à la fin de sa carrière; il avait beaucoup vu et beaucoup retenu. Mais le jeune aumônier Nouvelles Catholiques, en bien peu d'années, avait pénétré plus avant que lui dans les consciences féminines.
ont les ressemblances pourtant qui frappent d'abord la vue, si l'on considère surtout la partie critique du livre d nelon. Le chapitre II bu
tout critique, et le souvenir de Calhos et de Madelon, de Bélise
et de Philaminte, que Fénelon l'ait voulu ou non, est évoqué
' -1 passage où la préciosité et le pédantisme sont peints
its, mais non pas ridiculisés du même ton que
ersonne3 instruites et occupées à des i ''ont d'ordi-
. u'une curiosité : me du mépris
ii oup de cho; • nt l'inutililé et le ridi-