‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 178 sur 228 · Presque tou ! I comme lai c-t ayant lui · texte numérisé non relu

Presque tou ! I comme lai c-t ayant lui

'■; - t pas supportable en oa

cule de la plupart des choses que les petits esprits, qui ne savent rien et qui n'ont rien à faire, sont empressés d'apprendre.

Au contraire, les filles mal instruites et inappliquées ont une imagination toujours errante. Faute d'aliment solide, leur curiosité so tourne en ardeur vers les objets vains et dangereux. Celles qui ont de l'esprit s'érigent souvent en précieuses, et lisent tous les livres qui peuvent nourrir leur vanité ; elles se passionnent pour des romans, pour des comédies, pour des récits d'aventures chimériques, où l'amour profane est mêlé. Elles se rendent l'esprit visionnaire, en s'accoutumant au langage magnifique des héros de romans ; elles se gâtent même par là pour le monde : car tous ces beaux sentiments en l'air, toutes ces passions généreuses, toutes ces aventures que l'auteur du roman a inventées pour le plaisir, n'ont aucun rapport avec les vrais motifs qui font a^ir dans le monde et qui décident des affaires, ni avec le mécompte qu'on trouve dans tout ce qu'on entreprend.

Une pauvre fille, pleine du tendre et du merveilleux qui l'ont charmée dans ses lectures, est étonnée de ne trouver point dans le monde de vrais personnages qui ressemblent à ces héros : elle voudrait vivre comme ces princesses imaginaires qui sont, dans les romans, toujours charmantes, toujours adorées, toujours au-dessus de tous les besoins. Quel dégoût pour elle de descendre de l'héroïsme jusqu'au plus bas détails du ménage !

Quelques-unes poussent leur curiosité encore plus loin, et se mêlent de décider sur la religion, quoiqu'elles n'en soient point capables. Mais Celles qui n'ont pas assez d'ouverture d'esprit pour ces curiosités en ont d'autres qui leur sont proportionnées : elles veulent ardemment savoir ce qui se dit, ce qui se fait, une chanson, une nouvelle, une intrigue; recevoir des lettres, lire celles que les autres reçoivent ;. elles veulent qu'on leur dise tout, et elles veulent aussi tout dire ; elles sont vaines, et la vanité fait parler beaucoup ; elles sont légères, et la légèreté empêche les réflexion? qui feraient souvent garder le silence.

Molière n'avait pas songé à ce pédantisme des femmes qui décident sur la religion ; mais les autres traits sont de lui ou de Desmarets, l'auteur des Visionnaires, à moins que Fénelon ne les ait pris simplement dans la réalité quïl avait tous les jours sous les yeux. Ailleurs, au chapitre X, c'est bien encore du ridicule éternel des précieuses et des femmes savantes que Fénelon se montre préoccupé.

Ce qui reste à faire, c'est de désabuser les filles du bel esprit. Si on n'y prend garde, quand elles ont quelque vivacité, elles s'intriguent, elles veulent parler de tout, elles décident sur les ouvrages les moins proportionnés à leur capacité, elles affectent de s'ennuyer par délicatesse. Une fille ne doit parler que pour de vrais besoins, avec un air de doute et de déférence ; elle ne doit pas même parler des choses qui sont au-dessus de la portée commune des tilles, quoiqu'elle en soit instruite.

Ces travers ont donc survécu au grand comique qui les avait éclairés d'une si vive lumière, puisque Fénelon doit les combattre à nouveau ; mais, si la matière de l'observation est restée la même, le point de vue d"où on l'observe a bien changé.

Le point de me tout profane et, pour ainsi dire, ton! extérieur s! celui <lu monde, delà rie eu société; Pénelon considère, non pas uniquement, mais avant tout, la rie i r 1 1 • ■ rieure de famé. Il ne dédaigne pas non plus, sans doute, le point de vue di i commun, surtout dans le cercle delà

famii! i même ses conseils n'ont rien de vulgairement

utilitaire : c'est ta bonne entente qu'il désire, alors que d'autres se contentent trop facilement de la bonne soupe. Il ne se lasse sur cette idée que te rôle de la femme doit être tout domestique, qu'à son influence morale elle ne pourrait sans péril essayer de substituer une influence de science ou ■ t. Aussi a-t-il soin de poser en principe qu'il faut proportionner l'instruction à la condition et aux besoins d'une fille, en réservant une instruction plus modeste aux filles d'une condition moins relevée. Le principe peut èlre contesté, mais l'intention est bonne : il craint, si l'on raffine trop l'esprit de ilnes femmes, qu'on ne leur inspire le dégoût des devoirs plus obscurs qu'elles ont à remplir. Ghrysale «-fit été de cet avis, mais n'aurait pas manqué de fausser la pensée en l'outrant; plus avisé, Fénelon voit plus clairement la grande place qui est ée à la femme dans la société moderne. Ghrysale eut lu plaisir, dans ce livre, l'éloge de l'économie et des vertus >miques; il eût applaudi à cette définition des devoirs esiels des femmes : « La nature leur a donné en partage l'industrie, la propreté et l'économie, pour les occuper tranquillement dans leurs maisons ; » il n'eût pas pu, enfin, ne pas approuver en gros un livre dont les dernières lignes leur recommandent, au nom du Saint-Esprit même, « la simplicité des mœurs, l'économie et fe travail». Mais en maint autre endroit il eût manifesté sa surprise; son bon -eus un peu épais n'eûl pas compris certains scrupules délicats, ou se serait alarmé de certaines concessions relativement hardies. Non que Chrysale perde entièrement de vue les devoirs moraux delà femme : il veut qu'elle sache

Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfante;

la " philosophie » qu'il lui permet manque d'horizon, et

lui, le mari, il voit dans la femme moins une épouse qu'une

maltri sse de maison, qui fait aller son ménage, a l'œil sur ses

momie la dépense. 11 est vrai que sa fille, la

charmante Henriette, est là; mais réalise-t-elle l'idéal de la

DE L'EDUCATION DES FILLES il

femme instruite sans pédantisrae que veut former Fénelon ? I! est permis d'en douter et de croire que chez celle-ci la part du sentiment — même sans parler du sentiment religieux — serait plus grande. A son éducation, livrée à des influences contraires, dont elle a su s'affranchir, elle doit la fermeté de son esprit et la décision de son caractère : la jeune fille élevée par Féne- Jon ne parlerait pas àTrissotin comme Henriette lui parle. Sur son instruction, nous savons peu : elle a sans doute des « clartés de lout », puisque Clitandre ne les refuse pas aux femmes. Mais Clitandre se borne à consentir à ce que les femmes ne soient pas tenues dans l'ignorance ; Fénelon proclame avec éloquence la nécessité de l'instruction, d'une instruction assez étendue pour le temps. Il est vrai que le robuste bon sens de Molière l'a préservé de l'esprit de chimère, dont ne s'est pas toujours gardé Fénelon ; mais les exagérations chimériques mêmes de Fénelon sont rachetées par un don que personne n'avait eu avant lui en pareil sujet, le don de sympathie. Et les chimères sont rares dans ce livre où M. Gréard admire précisément le sens du réel, où les modernes lisent encore avec profit des réflexions profondément sensées, comme celle-ci, qui signale le danger d'une confusion possible entre l'éducation des femmes et celle des hommes : « La science des femmes, comme celle des hommes, doit se borner à s'instruire par rapport à leurs fonctions : la différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études. »

La composition; souplesse et laisser-aller de la causerie. Analyse sommaire.

Mais défions-nous des louanges hyperboliques dont Fénelon lui-même n'eût pas voulu. Dans son Éloge de Fénelon, Maury dit avec emphase : « Son traité de Y Éducation des filles devient le code universel des épouses et des mères.» Non, c'est une œuvre de jeunesse à laquelle un charme de jeunesse reste attaché, mais qui de la jeunesse a la mollesse un peu abandonnée comme la grâce. Écrit au xvue siècle, le « traité » qu'exalte Maury ne saurait être le « code » délinitif de la pédagogie féminine. Mais il ne faut même pas le prendre pour un traité et le juger comme tel. Ce petit livre aie laisser aller delà lettre, les replis sinueux

ÎJ - DE l.Ii rÉRATURE

de la causerie. Point d'enchaînement systématique, de transi* ina en h oit s même, semble-t-il, point [te, ou plutôt une suite insensible, cai Fénelon ne marche sard, mais la composition Qo là, comme in-

celte indécision même est une grâce de plu-; m

-5o jamais impunément de la force, et des lonut. des négligences, des contradictions m

- il l'ensemble ne sera donc pas inutile, a le début, avec une décision qui ne lui est pas habituelle, i Ion pénètr-- au cœur même de son sujet : rien n'est plus important que l'éducation des filles, mais aussi rien n'e.-t plus . g Quelle différence avec les soins qu'on prend de l'éducation des

Rien n'est plus négligé que l'éducation dea tilles. La coutume elle caprice res y décident souvent de tout : on suppose qu'on doit donner à ce sexe peu d'instruction. L'éducation des g pour une dos principa-

les par rapport au bien public ; et quoiqu'on n

le des filles, du moins on est persuadé qu'il faut beaucoup

,r"-ur y réussir. Le3 plus habiles gens se sont appliqués adonner

: ans celte matière. Combien voit-on de maîtres et de col

•n de dépenses pour des impressions de livres, pour des recb

nces, pour des méthodes d'apprendre les langues, pour le choix dei

- ands préparatifs ont souvent plus d'apparence que

lité; mais enfin, ils marquent la haute idée qu'on a de l'éducation

Fénelon accorde que les femmes ont l'esprit, comme le corps, plus faible que les hommes, qu'il n'est point à propos de les r dans des études trop étendues ou trop particulières dont elles pourraient s'entêter. Mais plus elles sont faibles, plus elles ont besoin a être fortifiées, pour être à la hauteur de leurs devoirs, dont Fénelon montre l'importance (chapitre I

Voilà ce qui prouve l'importance de bien élever les filles; cherchons-en les moyens, » La transition est d'une netteté : ochable ; mais Fénelon s'échappe aussitôt, et, avant d'indiqué: ne critique des « éducations ordi-

- » (chapitre II). 11 excelleà relever ainsi, par' quelque pressions piquantes, ce qu'un ouvrage purement didacti ra

lit avoir d'un peu monotone. Cette digression n'est pas,

d'ailleurs, un h ors -d'oeuvre; avant de jeter miersfon-

nts » de l'éducation vraie (chapitre III), il convient de rui-

: l'éducation mal entendue. Du chapitre III

bapitre IX, c'est de l'éducation des enfants qu'il s'a-

lucation morale avant tout, mais sans préjudi

DE L'ÉDUCATION DES FILLES i:î

l'éducation physique. Toute cette éducation est dominée par le principe dont Rousseau abusera, mais qui alors marque une réaction salutaire contre la routine d'une pédagogie surannée: p II faut se contenter de suivre et d'aider la nature. » Sur l'éducation de la curiosité clrjz reniant il y a là des pages précises et neuves; mais le chapitre IV {Imitation à craindre* est superficiel et bien court, mal rattaché au chapitre V (Instructions indirectes), qui est de beaucoup le plus développé de l'ouvrage. C'est qu'ici se développe à l'aise la méthode essentielle, chère à Fénelon, la méthode indirecte, lente, aimable, qu'annonce suffisamment le sous-titre : 17 ne faut pas presser les enfants. Poussée à l'extrême, la méthode est discutable, mais elle sert de point de départ à une psychologie de l'enfant, qui est d'un observateur exact et d'un pédagogue consommé.

Entrant plus avant dans le détail, Fénelon recommande de profiter du goût qu'ont les enfants pour les fables et pour les histoires, et de captiver par là leur imagination (chapitre VI). C'est la méthode qu'il suivra lui-même dans l'éducation du duc de Bourgogne. 11 l'applique ici à l'histoire sainte elle-même et à la suite de la religion à travers les âges, à l'exposition et à l'explication des dogmes, que des images sensibles devront rendre intelligible à l'imagination des enfants. Longuement, dans les chapitres VII et VIII, Fénelon insiste sur l'enseignement des principes de la religion, sur la lecture du Décalogue, sur les sacrements.

C'est seulement à partir du chapitre IX qu'il abandonner comme à regret, les enfants pour revenir aux filles, par une transition facile : « Nous avons encore à parler du soin qu'il faut prendre pour préserver les filles de plusieurs défauts ordinaires à leur sexe. » Parmi ces défauts, les principaux sont l'intempérance de la parole et le naturel artificieux, le goût du luxe et des ajustements dont on tire vanité , le penchant au bel esprit et à la fausse délicatesse (chapitres IX et X). Fénelon y oppose les devoirs sérieux de la femme, surtout de la mère; il envisage surtout son rôle dans la vie de la famille, mais sans fermer les yeux à son rôle dans la société (chapitre XI). Il n'est pas jusqu'aux devoirs de la maîtresse de maison envers ses domestiques qui ne soient traités à fond. Mais on ne voit pas bien comment Fénelon passe de ces « devoirs » du gouvernement domestique à l'énumération rapide des connaissances qui sont nécessaires aux filles ; cette énumération remplit la majeure partie du chapitre XII. Il est vrai que Fénelon semble

i De pas séparer l'éducation de l'instruction. Le : un treizième chapitre sur le choix des gouvernant : le portrait de la femme forte tel que l'a

mon.

sommaire suffit à montrer el que la composition de l'o ; st an peu Lâche, el que la proportion des ippements y est inégale, et aussi, pourtant, que ces développements se ramènent à quelques idées -"'-nérales dont la ■ est suffisamment Dette et logique:

lucalion des filles est une chose très importante et très - igée. Il faut donc la reprendre parles premiers fondements. C'est sur l'éducation de l'enfant qu'il faut fonder l'éducation de la jeune lille. Étudions donc et connaissons l'enfant ; accommodons à sa nature nos méthodes d'éducation immorale.

ne après cette éducation première, nous aurons à combattre cert lins défauts particuliers aux Qlles. Nous ne les combattrons efficacement qu'en leur faisant comprendre quels sont ■îrs, en fortifiant par là leur âme, et, d'autre pari, en éclairant leur esprit par une instruction sagement réglée. Ce sera la lâche des parents d'abord, puis des personnes soigneusement choisies sur qui ils se reposeront de ce soin. Une analyse peut dégager ces lignes essentielles d'un enchement de détails d'ailleurs séduisants; mais ce qu'aucune analyse ne rendra, c'est la souplesse facile et le mol abandon lie causerie familière et pourtant élevée, ici doucement ironique, là poétique, avec des traits qui ravissent : « On ne doit verser dans un réservoir si petit et si précieux que des choses eiquises... Le cerveau des enfants est comme une bougie allumée dans un lieu exposé au vent; sa lumière vacille toujours. »» Point de termes d'école, - ads mots abstraits: on sent un honnête nommi, d'une distinction naturelle. Cette aisance et cette grâce charmantes, M. Nisard lui-mime les liait, mais pour la première partie seulement. D'après lui, Féoeloo, vite fatigué, n'aurait pas su attacher à la fin de son ouvrage le même intérêt qu'au commencement. Il est vrai que . ai se répète parfois et que çà et là le développement languit ; mais presque tous les derniers chapitres sont parmi les plus importants et les plus nouveaux de l'ouvrage. Et jusqu'au bout 1 intérêt en est soutenu par une jeunesse de style, par une candeur de ton qui sont une convenance déplus avec le sujet.

Ce qu'il y a de particulier à Féuelou dans l' « Éducation de*» Ailes ». — Le prêtre. — Le gentilhomme.

Vers le milieu, quelques chapitres, particulièrement le chapitre sur le Décalogue, peuvent sembler aujourd'hui d'un caractère bien spécial, et l'on serait tenté de les abréger, sinon de les supprimer. Mais ne nous y trompons pas, là était le cœur même du livre pour Fénelon. Il était prêtre, et ce caractère de prêtre se retrouve partout dans son œuvre. Aumônier des Nouvelles Catholiques, il leur donnait, dit le P. Querbœuf, des règlements, des méthodes simples et claires, proportionnées à leur degré d'intelligence. Il était né pédagogue à ce point que tous ses ouvrages sont en quelque façon des ouvrages de pédagogie : pédagogie morale ou littéraire, politique ou religieuse, peu importe ; mais il était naturel que, dans la pédagogie, c'est à la partie religieuse qu'il revînt de préférence. En même temps qu'il dirigeait les consciences des nouvelles converties, peut-être mal affermies dans leur conversion, il faisait le catéchisme aux enfants à Saint-Sulpice.

De là des avantages compensés par des inconvénients. Pour indiquer ceux-ci d'abord, il est clair que, sans avoir la dureté de Bossuet, Fénelon ne saurait voir la femme des mêmes yeux que les pédagogues modernes et que, s'il s'applique à définir ses devoirs, il ne songe pas même à définir ses droits. Il se borne, en chrétien, à écrire, et c'est déjà beaucoup pour l'époque : « La vertu n'est pas moins pour les femmes que pour les hommes : sans parler du bien ou du mal qu'elles peuvent faire au public, elles sont la moitié du genre humain, racheté du sang de Jésus-Christ et destiné à la vie éternelle. » Mais presque partout il lui fait une situation subordonnée, et plus d'une fois il témoigne à son égard d'une certaine défiance, par exemple quand il condamne à l'avance sans réserves le principe des écoles mixtes : « Point de garçons avec les filles, » ou lorsqu'il signale les dangers des arts d'agrément, qu'il n'interdit pas absolument sans doute, mais pour les raisons les moins profanes.

Il est tout simple que Fénelon conseille de tourner le premier usage de la raison chez les enfants à connaître Dieu; mais à Dieu l'Église est intimement associée.

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. iii.l ■■: faites-leur craindre le piège de la nouveauté,

est si naturel à leu venez-les d'une horreur salu-

singularité on matière de r.-liuri"n ; proposez-leur cetl

i céleste, cette mi discipline qui régnait parmi les premier!

chrétiens; I igir de ii"> relâchements; faites-les soupirer aprèf

cette pureté évaogéliqu : - - lez avec un soin extrême ton

: éformation indis . • jez don4 à leur mettre devant les yeux l'Évangile et les grands exemples de l'anti-

iprouvé leur docilité et la simplicité de leur foi : revenez toujours à L'Eg

L'inconv.'ni'Ni de ce mélange des choses religieuses e! choses morales, c'est qu'il n'est point facile aux hommes de définir et de fixer à tout jamais ! > ni même l'ortlio-

i énelon taisait son devoir de prêtre et d'aumôniet, llea Catholiques en conseillant de préparer douceles filles confie les discours des calvinistes; mais ne refit-on pas étonné alors, si on lui eût dit qu'il allait être t lui-même suspect de nouveauté en matière de doctrine?

Cela dit, il faut louer les ingénieux efforts de Féuelon pour Ire à l'imagination vive et tendre des enfants « la religion . aimable et auguste, au lieu qu'ils se la représentent . inaire comme quelque chose de triste et de languissant », les mettre en garde contre certaines dévotions supersti- •5 qu'un zèle indiscret introduit; pour leur faire comprendre « que la lettre tue et que c'est l'esprit qui vivifie, c'est-à-dire que la simple observation du culi ur est

inutile et nuisible, si elle n'est intérieurement animée par l'esj'iit d'amour et de religion ». Bien qu'il insiste sur cette idée • que sont pas la religion même, qu'elle est

toute au dedans, puisque Dieu cherche des adorateurs en esprit et en vérité; qu'il s'agit Je l'aimer intérieurement, et de nous ici comme s'il n'y avait dans toute la nature que lui et . qu'il n'a pas besoin de nos paroles, de nos postures, ni même «Je notre argent; que ce qu'il veut, c'est nous-mêmes; que si on n'entre dans les vrais sentiments d'amour de Dieu, al aux biens temporels, de mépris de soi-n>

le, on fait du christianisme un fantôme

trompeur pour soi et pour les autres »; il n'est pas encore le mystique qui s'elforcera d'anéantir la personnalité et de réduire toute la vie morale à une contemplation passive1. IL s'intéresse à la vie, et, s'il l'envisage parfois à un point de vue trop exclusivement ecclésiastique, il blâme avec énergie les vocations religieuses forcées; s'il arrête la pensée des jeunes filles sur la grave pensée de la mort, c'est pour les entretenir toul aussitôt, avec sérieux et hardiesse, de l'état de mariage.

A ce point de vue, rien de plus instructif que la Lettre à une dame de qualité, sur l'éducation de sa fille, vraie lettre de direction morale et pédagogique, et que l'on joint d'ordinaire au mémoire dont elle est, en effet, le complément naturel. Fénelon ne craint pas d'y mettre en lumière la supériorité de l'éducation de la famille sur l'éducation du couvent.

Si un couvent n'est pas régulier, elle y verra la vanité en honneur, ce qui est le plus subtil de tous les poisons pour une jeune personne. Elle y entendra parler du monde comme d'une espèce d'enchantement, et rien ne fait une plus pernicieuse impression que cette image trompeuse du siècle, qu'on regarde de loin avec admiration, et qui en exagère tous les plaisirs, sans en montrer les mécomptes et les amertumes. Le monde n'éblouit jamais tant que quand on le voit de loin sans l'avoir jamais vu de près, et sans être prévenu contre sa séduction. Ainsi, je craindrais un couvent mondain encore plus que le monde même. Si, au contraire, un couvent est dans la ferveur et dans la régularité* de son institut, une jeune liile de condition y croît dans une profonde ignorance du siècle. C'est sans doute une heureuse ignorance, si elle doit durer toujours. Mais si cette fille sort de ce couvent et passe, à un certain âge, dans la maison paternelle, où la monde aborde, rien n'est plus à craindre que cette surprise et que ce grand ébranlement d'une imagination vive. Une fille qui n'a été détachée du inonde qu'à force de l'ignorer, et en qui la vertu n'a pas encore jeté de profondes racines, est bientôt tentée de croire qu'on lui a caché ce qu'il y a de plus merveilleux. Elle sort du couvent comme une personne qu'on aurait nourrie dans les ténèbres d'une profonde caverne et qu'on ferait tout d'un coup passer au grand jour. Rien n'est plus éblouissant que ce passage imprévu et que cet éclat auquel on n'a jamais été accoutumé. Il vaut beaucoup mieux qu'une fille s'accoutume peu à peu au monde auprès d'une mère pieuse et discrète, qui ne lui en montre que ce qu'il lui convient d'en voir, qui lui en découvre les défauts dans les occasions, et qui lui donne l'exemple de n'en user qu'avec modération, pour le seul besoin.

Dans la lettre pas plus que dans le mémoire il n'épargne « le caractère vain et ridicule des femmes qui affectent d'être savantes »; qui ne peuvent rien savoir qu'à demi; qui se flat-

1. Hichelet voit là, sans raison, un calcul, et dit : h Un seul mot de mysticité dit trop tôt l'eût perdu près de ses maîtres de Saint-Sulpice. chez son patron Rossuet et surtout à. Versailles. »

lent d'être des gén ■ dans leur s< q( soi

: la théol - . Toul esl p srdu, il le répète, si la ntête il ii bel esprit - >ûte des soins domesti-

ques; >-i il revient au portrait de la femme forte

. qui t flle, ifei me dans son ménage, se tait,

croit et ola-it . Mais il a la mère il g

tout le cœur de sa fille, de ne pas l'effaroucher sur la piété par ité inutile, de lui laisser une liberté honnête et une

innocente, de l'accoutumer, en revanche, « à considérer avec compassion les misères affreuses des pauvres, et à sentir

iea il est indigne de l'humanité que certains hommes, qui ont tout, ne se donnent aucune borne dans l'usage du superfln, pendant qu'ils refusent le nécessaire aux autres. »

Et pourtant ce chrétien, ce prêtre, est un gentilhomme. On ne comprendrait rien à son livre si l'on ne voyait qu'il est destiné a une élite, et si l'on essayait d'en accommoder toutes les prescriptions aux besoins de notre société démocratique, chapitre II. Fénelon accuse ces femmes flatteuses qui, par des complaisances basses, s'insinuent dans la confiance des jeunes filles, et nous sentons que ces jeunes filles ne peuvent être que des filles de maison. Le dernier chapitre du livre

•nsacré au choix d'une gouvernante. Si on l'oubliait, on

merait de la place importante qui, dans la revue des connaissances indispensables, est faite aux règles, aux termes mêmes du droit ''donations, substitutions, biens meubles et immeubles, etc.). L'n peu plus loin, lorsqu'il touche aux devoirs et aux droits des seigneurs, quelle érudition aristocratique Fénelon déploie ! Le lui reprocher serait enfantin ; autant vaudrait lui reprocher d'écrire à la duchesse de Beauvilliers. Mais celte préoccupation enfin affaiblit pour nous la valeur durable de certaines pages. Il faut se hâter d'ajouter qu'elle n'exclut chez Fénelon ni la charité envers les ignorants et les pauvres, qu'il prescrit d'instruire et de soulager, ni même un certain pressentiment confus du sentiment moderne

-alité, qui est en L'crme dans le sentiment de la fraternité chrétienne. Voyez ces fortes paroles sur les rapports des maîtres et des domestiques :

Tl ne sera pas facile d'accoutumer les jeunes personnes de qualité à cette conduite douce et charitable; car l'impatience el l'ardeur de la jeu

:i'on leur donne de leur naissance, leur fait regar- . u da chevaux : on se croit d'une autre nature g, . qU-i]S sont faits pour la commodité de leurs

maîtres. Tâchez de montrer combien ces maximes sont contraires à la modestie pour soi, et à l'humanité pour son prochain. Faites entendre que les hommes ne sont point faits pour cire terris; que c'est une erreur brutale de croire qu'il y ait des nommes nés pour flatter la paresse et l'orgueil des autres ; que, le service étant établi contre l'égalité naturelle des hommes, il faut l'adoucir autant qu'on le peut; que les maîtres, qui sont mieux élevés que leurs valets, étant pleins de défauts, il ne faut pas s'attendre que les valets n'en aient point , eux qui ont manqué d'instruction et de bons exemples; qu'enfin, si les valets se gâtent et servent mal, ce que l'on appelle d'ordinaire être bien servi gâte encore plus les maîtres ; car celte facilité de se satisfaire en tout et de se livrer à ses désirs, ne fait qu'amollir l'âme, que la rendre ardente et passionnée pour les moindres commodités.

Un la Bruyère (les Caractères parurent un an après l'Éducation des filles), un Beaumarchais, ne diront pas mieux. Mais ce qui plaît ici, comme dans tout le reste du livre, c'est que la satire, si elle se devine au fond, ne paraît jamais satire dans la forme; c'est que l'observateur impartial, mais non impitoyable, en signalant le mal, cherche toujours et offre le remède.

L'homme d'imagination et de sentiment.

L'édneatiou riante.

Homme du xvnc et du xvin8 siècle à la fois, Fénelon est un homme d'imagination et de sentiment. L'homme de raison, cartésien presque malgré lui, écrit qu'il faut rendre raison aux enfants de tout ce qu'on leur enseigne. Mais l'homme d'imagination et de sentiment ne peut concevoir qu'une pédagogie aimable et sensible comme lui.

?\ous ne savons pas avec précision quelle fut l'éducation de Fénelon. Michelet, qui aime à deviner, assure qu'il doit à sa mère ces dons aimables et singuliers, ces heureuses contradictions qui plaisent en la femme et en font une énigme. Il est certain que son caractère et son génie gardèrent toujours quelque chose de féminin, plus gracieux que robuste. Il n'est pas moins certain que l'abbé de Fénelon resta un homme du monde plein d'aisance et de souplesse, et que le libéralisme de sa pédagogie, chez lui un peu comme chez Montaigne (avec le christianisme en plus) tient en grande partie à ce qu'il y eut de libéral aussi et de généreux, comme on disait alors, dans sa condition et son éducation. On ne s'étonne donc pas de voir

que la méthode pédagogique -1" Fénelon n irinci-

I ;-% ceux-c : i moins . • qu'on

tiand on ii" peut éviter d'en faire quelqu'une, il faul

il sans lui donner ce nom... Le moins

qu'on p ml f ti i ta en foi : m • Heur... !

vrai b >mme qui ne se pique de rien, il a horreur du pé-

dantis nom même de \< - que nous lui infli-

- l'eut surpris, choqué peut-êt

De là cette complaisante insistance à vanter l'éducation riante et fa

Il faut CD que vous exigez de lui.

Il faut considérer que les enfant- ont la tête faible, que leur âge ne l< encore sensibles qu'au plaisir, el qu'on leur demande souvenl une exactitude et un sérieux dont ceux qui l'exigent Beraieni incapables. <>n fait m îme une 'ennui et de tristesse sur leur tempérament, en leur . toujours'! t'ils n'entendent point ; nulle liberté,

nul enjouement, toujours , correction et menaces.

il des éducations ordinaire:» : on met tout le plaisir d'un coté, et tout l'ennui de l'autre ; tout l'ennui dans l'étude, tout le plaisir . Que peut faire un enfant, sinon supporter impatiemment c mment après les jeux?

Tachons donc de changer cel ordre : rendons l'élu : cachons-la

bou3 l'apparence de la liberté et du plaisir; souffrons que les enfants interlompent quelquefois l'étude par de petites saillies de divertissements; ils ont

iT esprit...

Laissez donc jou^r un enfant, et mêlez l'instruction avec le jeu; que la - montre à lui que par intervalle et avec un visage riant : gardezv.jus de le fatiguer par une exactitude indiscrète.

if une idée triste et sombre de la vertu, si la liberté e! le ai à lui sous une figure agréable, tout est perdu, vous z en vain.

Kn elle-même, la méthode est excellente : elle l'était surtout alors qu'elle réagissait contre une méthode plus sévère et plus abstraite, en ce qu'elle réhabilitait, pour ainsi dire, l'imagination traitée en ennemie. Mais l'excès n'est pas loin : par exemple, Fénelon a raison de trouver étrange qu'on apprenne aux enfants à lire d'abord en latin ; mais il ajoute : « Il faut leur donner un livre bien relié, doté même sur la tranche, avec de

- images et des caractères bien formés. Tout ce qui réjouit l'imagination facilite {'étude. 11 faut tâcher de choisir un livre plein d'histoires courtes et merveilleuses... » Pour les tout pets, l'attrait extérieur n'est pas à dédaigner. Mais il

viendra un moment où les histoires merveilleuses, même dorées sur trancb Bronl plus, où l'enfant deviendra jeune fille.

où l'éducation de la volonté par l'effort, déjà nécessaire en quelque mesure dans l'enfance, deviendra plus nécessaire encore. Fénelon ne semble pas y avoir songé : il réjouit l'imagination, mais il n'affermit pas assez la raison et n'arme pas assez la volonté. Sans doute il veut accoutumer l'imagination à la vérité. « en attendant que la raison puisse s'y tourner par principes». Mais nous attendons en vain qu'il nous marque ce passage. 11 répète trop, même à ne considérer que l'enfance : « Frappez vivement leur imagination ; ne leur proposez rien qui ne soit revêtu d'images sensibles. » Dans l'enseignement même des premiers principes de la philosophie et de la religion, le corps c'est la bêle ; l'âme c'est l'ange ; Dieu est assis sur son trône, avec des yeux plus brillants que les rayons du soleil, plus perçants que les éclairs; le paradis est tout or, perles et pierreries : comment ne pas sourire? Mais après? Suffira-t-il d'insinuer aux enfants « une infinité d'instructions, plus utiles que les leçons mêmes, dans des conversations gaies»? Eh quoi! toujours insinuer, jamais enseigner? toujours des instructions indirectes, jamais l'instruction, celle qui exige l'attention, la patience, l'énergie personnelle"?

Même originalité, mais aussi mêmes dangers dans les fréquents appels au sentiment. Doué d'une sensibilité affectueuse, Fénelon imagine une sorte de culture de la sensibilité : il parle avec un grand charme de l'amitié envisagée comme moyen d'éducation. 11 repousse avec une émotion sincère la servitude que prétendrait faire peser sur les entants « une autorité sèche et absolue ».

Ne prenez jamais sans une extrême nécessité un air austère et impérieux, qui fait trembler les enfants. Souvent c'est affe tation et pédanterie dans ceux qui les gouvernent; car, pour les enfants, ils ne sont d'ordinaire que trop timides et honteux. Vuus leur fermeriez le cœur, et leur ôteriez la confiance, sans laquplle il n'y a nul fruit à espérer de l'éducation : faites-vous aimer d'eux ; qu'ils soient libres avec vous, et qu'ils ne craignent point de vous laisser voir leurs défauts. Pour y réussir, soyez indulgent à ceux qui ne se déguisent point devant vous : ne paraissez ni étonné ni irrité de leurs mauvaises inclinations ; au contraire, compatissez à leurs faiblesses : quelquefois il en arrivera cet inconvénient qu'ils seront moins retenus par la crainte ; mais, à tout prendre.. la confiance et la sincérité leur sont plus utiles que l'autorité rigoureuse.

On le voit, Fénelon ne se dissimule pas les inconvénients possibles du système. Il sait qu'il y a, d'ailleurs, « des naturels qu'il faut dompter parla crainte », que même ce naturel, chez le commun des enfants, est « dur et indocile » ; mais il veut qu'on recoure à la crainte seulement après avoir épuisé les

COURS IiE LITTERATURE

les violents

qu'on emploie mes : ils purgent, mais

il? altèrent le lemp àme

i p.ir 1 1 crainl - is faible ». Tout cel

m, toujours en tan ti m contre l'éducation trop

nent autoritaire. Mais i concilier l'autorité

melon qu'il faut les demander, et, s Tavoir lu, on garde l'im [u'il esl préoccupé de La

• des enfants à sauvegarder plus que de l'autorité des pai 'iils à défendre. Ne pas déplaire aux enfants, faire en sorte même « que la joie et la confiance soient leur disposition ordi- • lire », aucune préoccupation n'est plus digne d'un éducateur ; mais il viendra toujours un temps où l'on ne pourra plus tout apprendre en se jouant, où il faudra subir la gêne salu- Je l'etfort, le joug utile de la règle, et il est d'un éducan de préciser comment la règle pourra être forte sans être oppre—

Partout il faudrait faire ce départ entre les idées justes et contestables de Fénelon, ou plutôt entre ce qu'il y a tout à la fois de ju>te et de contestable dans les mêmes idées. Ainsi, il ivis qu'il convient de mettre enjeu, dans l'éducation de l'enfance, une honnête émulation, et, s'il ne parle guère des punitions, il indique certaines petites récompenses propres à encourager l'enfant. Mais quand il dit de lui donner de temps en temps de petites victoires sur ceux dont il est jaloui, ce ne sont plus les avantages, mais les dangers de l'émulation qui nous apparaissent.

<Jue Fénelon pourtant n'est pas un utopiste dans léduealion. — Sa pédagogie fondée sur l'observation psychologique de l'enfant et de la femme.

On se tromperait pourtant si, malgré ces exagérations, on

prenait pour un utopiste celui dont on a pu dire qu'il poursuit

• l'application du possible dans . Lui-même se demande

>i sou plan d'éducation ne passera pas, dans l'esprit de beaucoup

pour un projet chimérique ; il répond sans embarras

à l'objection qu'il prévoit : « Je prie de considérer attentivement que, quand on entreprend un ouvrage sur la meilleure éducation qu'on peut donner aux enfants, ce n'est pas pour donner des règles imparfaites. On ne doit donc pas trouver mauvais qu'on vise au plus parfait dans celle recherche. » Ce n'est pas l'excès d'ambition qu'on serait tenté de lui reprocher aujourd'hui ; certains lui reprocheraient plutôt de ne pas dominer d'assez haut son sujet, de ne pas s'élever à l'idée moderne de la femme, personne humaine égale de l'homme, élevée pour elle-même, non pas seulement pour la société où elle vivra, de l'instruction envisagée non plus seulement comme un moyen, mais comme un but. Ce qu'on ne pourra lui reprocher, au contraire, c'est de dédaigner ces « petites choses » qu'il ne donne pas, dit-il, pour grandes, et qui sont pourtanl 1 essentiel de la pédagogie, ces petites observations et ces petites questions d'où sort, par un lent progrès, la sagesse; ces précautions mêmes, trop savantes peut-être, ces fictions habilement graduées, mais d'un arrangement parfois un peu factice, dont il a dit, sans trop se vanter : « C'est une espèce d'éducation pratique, qui la conduira (la gouvernante) comme par la main »; c'est, malgré tout et avant tout, la préoccupation de la nature, source de toute vérité, principe de toute règle durable, guide et maîtresse de toute éducation efficace : « Il faut se contenter de suivre et d'aider la nature. » Fénelon pose ainsi, mais avec mesure et sans perdre de vue la réalité, le principe dont Housseau abusera, comme il devance Rousseau et rappelle Montaigne lorsqu'il écrit : « Montrez à l'enfant Vutilité des choses que vous lui enseignez : faites-lui en voir l'usage par rapport au commerce du monde et aux devoirs des conditions. » Ces derniers mots nous avertissent que la doctrine de Fénelon n'a rien d'absolu ni de systématique : elle est toute relative, au contraire, et Fénelon, qui craint avant tout de faire, comme on dirait aujourd'hui, des déclassées, bien qu'il écrive surtout pour les fdles de condition noble, ne veut pas que l'éducateur perde de vue les conditions diverses auxquelles l'éducation devra s'accommoder.

On doit considérer pour l'éducation d'une jeune fille sa condition, les lieux où elle doit passer sa vie, et la profession qu'elle embrassera selon les apparences : prenez garde qu'elle ne conçoive des espérances au-dessus de son bien et de sa condition. Il n'y a guère de personnes à qui il n'en coûte cher, pour avoir trop espéré; ce qui aurait rendu heureux, n'a plu3 rien que de dégoûtant, dès qu'on a envisagé un état plu? haut.

un soin particulier il distingue ainsi plus d'un

. Non qu'on a trt deviner le futur utopiste. Quand il

louch lins lieui île qui devien-

dront [dus tard - nt ruin tux des

modes, à la toilette des femmes m pour le dis-

ciple 3 et pour l'ai' s uhaiter « la noble

simplicité qui paraît dans Les statues»), à l'économ tique, aux bienfaits de l'agriculture, on croit entendre comme un vague prélude il ; te. M ûs tout est ici i imenéviteà

la réalité, car c'est sur l'observation de la réalité que i Si la p • 1 tgogie de Fénelon est plus précise et plus sure que sa politi pie, c'est qu'elle est fondée sur une « psychologie attentivement étudiée de l'enfant et de. la femme.

L'enfant est ici observé de très près, non pas l'enfant abstrait, mais l'enfant vrai, vivant, qui a été vu, entendu, saisi dans qualités naturelles, qu'il faut savoir mettre à profil, et dans se* faiblesses, qu'il faut savoir prévenir ou réprimer. Il n'e-l point . érité défiante d'un janséniste qui croit la nature humaine foncièrement mauvaise, ni avec la confiance aveugle d'un Rousseau qui la croit foncièrement bonne. Fénelon sait combien les premiers « préjugés n de l'enfance ont de pouvoir sur les nommes; il veut donc que l'on commence l'éducation des filles dès leur plus tendre enfance, à cet âge « où se font les impressions les plus profondes et qui, par conséquent, a un grand rapport à tout le reste de la vie ». Aussi ne néglige-t-il pas plus d'afFermir leurs organes que de former leur esprit. L'éducation physique, assez peu en honneur alors, marche chez lui de Iront avec l'éducation intellectuelle et morale. Il ne dédaigne pas de descendre aux recommandations les plus minutieu- :it pratiques : qu'on choi- imenlsde l'enfant, qu'on

•pas, qu'on n'ébranle pas son cerveau encore tendre !utes des fantômes el des esprits ». La nature partout, et partout la «rie. ir la vie même q i il faut se reposer du soin d'insinuer p -u à prju b's premières conn lissances dans l'esprit curieux de l'enfant, qui laisse errer sur Les choses, comme dit le poêle, u sa vue étonnée el ravie ».

U de la nature qui va comme auiuslructioi. . n profiter. Par ex"mple: à la

nt on moulin, et ils veu iutleur

montrer comment Paliment qui nourrit l'homme. Ils aperç

-.il faut leur expliquer ce qu'ils font, comment on terne le

comment il se multiplie dans la terre. A la ville, Us voient des boutiques où s'exercent plusieurs arts, et où l'on rend certaines niarclnndisrs.il ne faut jamais être importuné de leurs demandes : ce sont des ouvertures que la nature vous offre pour faciliter l'instruction : témoignez y prendre plaisir ; par là vous leur enseignerez insensiblement comment se font toutes choses qui servent à l'homme, et sur lesquelles roule le commerce. Peu à peu, sans étude particulière, ils connaîtront la bonne manière défaire toutes ces choses qui sont de leur usage, et le juste prix de chacune, ce qui est le vrai fond de l'économie. Ces connaissances, qui ne doivent être méprisées de personne, puisque tout le monde a besoin de ne se pas laisser tromper dans sa dépense, sont principalement nécessaires aux filles.

Après ces leçons naturelles, vraies « leçons de choses », quand les enfants seront dans un âge plus avancé et que leur raison sera toute développée, viendront d'autres leçons plus graves, qui leur enseigneront l'amour de la vérité, de la simplicité, de la modestie, du travail. Alors il faudra « les mener par la raison autant qu'on peut ». Mais dans quelle mesure le pourrat-on? Certes on ne saurait accuser de méconnaître les dons naturels de l'enfance celui qui se plaît à répéter : « On peut compter que les enfants connaissent dès lors plus qu'on ne s'imagine d'ordinaire... Les enfants sont bien plus pénétrants qu'on ne croit. » Mais il sait aussi que si beaucoup naissent simples, droits, candides, d'autres naissent artificieux, politiques, jaloux, disposés à croire, si on les écoute avec complaisance, que le monde sera toujours occupé d'eux, enclins à conrefaire les gens ridicules, avec ces « manières moqueuses et comédiennes » qu'il recommande avec raison de réprimer. 11 sait que leur naturel trompe souvent l'observateur, « parce que les premières grâces de l'enfance ont un lustre qui couvre tout »; qu'une certaine vivacité de tempérament est prise souvent chez eux pour de l'esprit ; il se défie des talents précoces sur lesquels les parents s'extasient. Cet homme, ce maître, qui a l'amour de l'enfance, n'en a pas l'idolâtrie. Et c'est parce qu'il la connaît qu'il la juge sans banale sensiblerie. D'autres se sont attendris sur l'en fan ce; lui, il considère avec sympathie, mais sans illusion, les enfants, et il les distingue les uns des autres, il en trace des portraits précis; il n'ignore pas quels sont les égarements, mais aussi les ressources des naturels vils et sensibles, ni combien peu de prise on a sur les caractères indolents : « II faut aimer l'enfance; » voilà bien l'impression que laisse la lecture de ces chapitres. Mais le précepte fondamental de la doctrine est plutôt : « Pour aimer efficacement l'enfant, il faut le connaître. »

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