‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 179 sur 228 · C. de Lit t. — fénelo.n [Éduc. des filles · texte numérisé non relu

C. de Lit t. — fénelo.n [Éduc. des filles

COURS I'E LIFTER ATI

I pas motus bien, mais il n'aime pas de la même façon les i les femm que les défauts qui étaient en - t'avaient longtemps voi-

- ; . se .-"ni épanouis chez la

jeune fille, - l'autan! plus redoutables qu'ils sont affermis par une plus longue habitude. Or le but de Fénelon est le combattre chez la fille les défauts qui la rendraient incapable de comprendre et de remplir son rôle de femme, ce I »nt il définit avec tant d'élévation l'importance, non pas seulement domestique, mais morale, et. comme on dit aujourd'hui, sociale.

- )nt-ce pas les femmes qui ruinent ou qui soutiennent les maisons,

. ent tout le détail des choses domestiques, et qui, par conséquent,

ce qui touche le plus près à tout le genre humain ? Par la, elles

>nt la principale part aux bonnes ou aux mauvaises mœurs de presque tout

le monde. Une femme judicieuse, appliquée et pleine de religion, est l'Ame de

toute une grande maisun; elle y met l'ordre pour les biens temporels et pour

:. Les h mîmes mêmes, qui uut toute l'autorité en public, ne peuvent, par leurs délibérations, établir aucun bien effectif, si les femmes ne leur aident à l'exécuter.

Le monde n'est point un fantùme, c'est l'assemblage de toutes les familles : et qui est-ce qui peut les p jlicer avec un soin pius exact que les femmes, qui, outre leur autorité naturel-.' et leur assiluité dans leur maison, ont encoi*l'avantage d'être nées soigneuses, attentives au détail, industrieuses, insinuantes et persuasive; ? Mais les hommes peuvent-ils espérer pour eux-m eme ta quelque diu:eur dans la vie, si leur plus étroite société, qui est celle du ma-

-e tourne en amertume ? Mais les enfants, qui feront dans la suite le genre humain, que deviendront-ils, si les mères les gâtent dès leurs premièrei années?

II y insiste, et démontre que les occupations des femmes ne -ont guère moins importantes « au public » que celles des hommes, que même leur mauvaise éducation « fait plus de mal que celle des hommes >>, et il cite pour exemples, non seulement

• les familles, mais des États. Dès lors, c'est sans indulgence qu'il doit traiter des travers devenus de vrais dangers publics, le goût des amusements frivoles, des longs discours inutiles,

• nnemis du cérieux et de Tordre des pensées, la finesse artificieuse, — définie et jugée dans une page charmante, — l'aveugle

de plaire, la rage de parler de tout, de décider sur tout, la fausse délicatesse et l'affectation d'ennui. Fénelon, d'ail 1

du monde par ses hautes relations de famille et d'ami-

mde, n'en doutons pas, qu'il avait observé

tmille dont il esquisse la physionomie ça et là :

-.i, grondeuse, croit bien élever sa ûlle en ne lui pardon-

nant rien ; celte autre, mécontente de sa iîlle, veut lui imposer son propre directeur de conscience, ou fait briller incessamment à ses yeux la perspective décourageante d'un couvent. Cette autre, enfin, passe sa vie au jeu, à la comédie, accoutume ses enfants eux-mêmes « aux violents ébranlements des représentations passionnées et de la musique », puis s'étonne qu'ils soient dégoûtés de la vie sérieuse. Et que peuvent les efforts de la meilleure gouvernante contre l'exemple d'une telle mère ? Voilà pourquoi il se fait et nous donne une si haute idée du rôle de la mère vis-à-vis des enfants, pourquoi il lui veut assez de discernement pour connaître le naturel et le génie de chacun d'eux, pour trouver la manière de se conduire avec eux, assez de maturité d'esprit et d'expérience du «gouvernement » pour faire régner sur tout sa douce autorité sans en faire sentir le poids.

11 peut sembler dur parfois, injuste même : « La plupart des femmes disent peu en beaucoup de paroles : elles prennent la facilité de parler et la vivacité d'imagination pour l'esprit... Elles ont un naturel simple pour jouer facilement toutes sortes de comédies. » Mais, soyons-en sûrs, il ne fait que généraliser à l'excès des observations exactes. « Les femmes risquent d'être extrêmes en tout, » dit-il avant la Bruyère. A quoi bon, dès lors, louer des qualités qui peuvent dégénérer en défauts? Il faut craindre même, en attaquant un défaut chez une fille sans se préoccuper du défaut contraire, de ne l'arracher à l'un que pour la jeter dans l'autre. Ainsi, Fénelon vante avec sincérité, avec une sorte d'émotion parfois, les vertus domestiques, la propreté qui est une vertu, « quand elle est modérée », l'économie ; mais la propreté tourne facilement en minutie et en dégoût, l'économie en avarice. L'ignorance produit l'ennui, et l'ennui fait paraître triste tout ce qui est sérieux. Il faut donc soustraire les filles à l'ignorance et à l'ennui. D'autre part, le bel esprit n'est guère moins à craindre que l'ignorance. L'œuvre de l'éducation féminine sera donc une œuvre de délicat équilibre. Mais cette œuvre est plus nécessaire encore que difficile, car l'intelligence vive, souvent inquiète, de la femme a besoin d'un aliment, et « si vous ne leur donnez une curiosité raisonnable, elles en auront une déréglée ».

- DE LITTERÀTl RE

La pcdu^o^ie de léut'lim. — Jui;<Miieiit d'eiMMUfi

nui, d • p m ils, pour combler ce grand vide que vien:i a :it remplir les distrac-

tions Friroles, pour guérir la paresse, celte langueur de l'âme, ; melon conseille, ordonne de donner aux filles Le goût des lectui 3 occupations sérieuses. C'est pour les dégoûter

étions romanesques qu'il met entre leurs mains des Lisloires utiles et agréables », et ceux des livres profanes qui n'ont rien - : eux pour les passions ». Savoir bien lin-,

[ue pour Fénelon le commencement de la sagesse. Il ai qu'il multiplie les réserves prudentes.^

Je leur permettrais a : choix, la lecture des ouvra-

- >it, et qu<pour se borner au véril de ces cho-

ses; rnàis je craindrais d'ébranler trop les imaginations vives, et je voudrais en tout cela une exacte sobriété ; t Qtir l'amour, plus

\iouci et enveloppé, plus il me parait dangereux.

Mais ce qui serait étonnant, c'est qu'un prêtre n'eût pas ces scrupules; encore cette timidité semblera-t-elle un vrai libéralisme, si on la juge à la lumière du temps. C'est à c >tte luaussi qu'il faut juL'er ce qu'on est convenu d'appeler, bien improprement, le programme d'instruction de Fénelon. En réalité Fénelon ne - s el ne pouvait pas songer à tracer un

l t i o t 1 , qui sont pour lui | que tout, — car la 1 :i choisie et bien dirigée, c'est de

léducation encore, — il ajoute seulement quelques remarques, - un peu négligemment, sur les connaissances indispensables aux filles. Ces indications rapides avaient alors leur hardiesse; auraient-elles perdu toute valeur parce que Fénelon a été di

Il ne se borne p .ramrnaire et du calcul : il p

lux notions de droit, en sorte que la femme éloignée de son mari

ur celles qui ont du loisir el de la | -nent il autorise les bit [oe et romaine,

qui étaient en usa^e, mais il recommande l'histoire de France, qui n'avait

: Urne :i Il n'interdit enfin ni l'éloquence, ni la

poésie, ni la musique, ni la peinture, ni même le latin. Nous voilà loin du temps où « une fille était tenue pour bien élevée, qui savait lire, écrire, danser, sonner des instruments, faire dos ouvrages, qui ne mettait pis moins de dix ou douze ans à l'apprendre! » Que pourrions-nous demander de plu-< aujourd'hui, à ne regarder que le cadre?

Mais dans ce cadre général, Fénelon se reprocherait de trop embrasser, et sur chaque point il se resserre. Il craindrait que les jeunes filles ne fussent plus éblouies qu'éclairées par ces connaissances, s'il ne les avertissait « qu'il y a pour leur sexe une pudeur sur la science presque aussi délicate que celle qu'inspire l'horreur du vice ». Il ne lui paraît pas nécessaire qu'elles apprennent la grammaire par règles : il suffit qu'elles s'accoutument à ne point prendre un temps pour un autre, à se servir des termes propres, à expliquer leurs pensées avec ordre et d'une manière courte et précise. C'est exclusivement pour les dresser à faire des comptes qu'il les exerce sur les quatre règles du calcul. S'il conseille la lecture des histoires, c'est qu'il la considère comme le meilleur moyen de dégoûter un bon esprit des comédies et des romans. Il ne tolère la culture des arts qu'en raison de l'application qu'on en peut faire : pour la musique, à des sujets pieux ; pour le dessin, aux ouvrages de tapisserie. Il n'admet le latin qu'en faveur des filles d'un jugement ferme, d'une conduite modeste, qui ne se laissent point prendre à la vaine gloire. Tout ce qui est de nature à causer les grands ébranlements d'imagination, l'étude de l'italien et de l'espagnol, par exemple, où les ouvrages en renom ont pour thème presque unique la description des passions, est à ses yeux plus dangereux qu'utile, et il demande qu'on y mette au moins une exacte sobriété *.

On se récrie aujourd'hui : la lecture, l'écriture, l'orthographe, la grammaire, l'histoire, les éléments du droit, des beaux-arts, n'est-ce donc que cela? Encore ce peu de chose est-il soigneusement ramené à l'usage moral, aux besoins de la vie pratique. Comparé à nos programmes modernes, celui de Fénelon doit sembler bien insuffisant, en effet ; mais peut-être que les nôtres sont trop ambitieux, si le sien est trop modeste. En revanche, souvenons-nous de l'instruction qu'a reçue Mme de Sévigné : combien plus brillante elle nous paraîtra, mais aussi combien moins grave et moins solide! On peut juger même que Fénelon, si soucieux d'ordinaire de rendre l'instruction riante, l'assombrit un peu quelquefois par une préoccupation exagérée de la piété, du recueillement, du silence, vertus surtout monastiques. Le ((monde », dontil n'a pas tort de craindre les séductions menteuses, est autre chose pourtant qu'un lieu de perdition : il s'y fait de bonnes et grandes choses. Lui-même le dit, le monde n'est pas un fantôme : c'est la réunion de toutes les familles. S'il y faut vivre, pourquoi ne pas se munir des connaissances qui peuvent y rendre la vie, non seulement honnête, mais

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