I. . ment lui dont. Adraste attend
h attaquer le camp : Adraste est tué par Télémaque,
qui donne un roi de sa main aux Dauniens, et, la guerre ainsi terminée, les chefs alliés se séparent.
C'est à peine désormais si Télémaque a le temps de rentrer dansSalente réformée, d'y admirer l'ouvrage de Mentor, d'y aimer la fille d'Idoménée, Antiope, de lui sauver la vie (livre XVII); il lui faut partir bientôt et regagner Ithaque. Soudain, par un coup de théâtre assez brusque, Mentor, qui n'a pas épargné en ce livre les discours à Télémaque, se transfigure en Minerve ; la déesse adresse une dernière exhortation à celui qu'elle abandonne enfin comme à regret, et le roman poétique, évidemment écourté ici, s'achève en quelques lignes vagues et sèches.
A peine la déesse eut achevé ce discours qu'elle s'éleva dans les an s el s'enveloppa d'un nuage d'or et d'azur où elle disparut. Télémaque, soupirant, étonné et hors de lui-même, se prosterna à terre, levant les mains au ciel ; puis il alla éveiller ses compagnons, se hâta de partir, arriva à Ithaque, et reconnut son père chez le fidèle Eumée.
Si l'on considère la lenteur de l'action dans les livres qui précèdent ce livre XVIII et dernier, il semble qu'il y ait en cette sorte de post-scriptum la matière de plusieurs livres nouveaux. Ailleurs on n'avançait pas assez vite, ici l'on est poussé, précipité vers un dénouement qui reste indécis.
Le rôle et le caractère de Mentor.
En quittant le fils d'Ulysse, Mentor, redevenu Minerve, lui dit très judicieusement : « Il est temps que vous appreniez à marcher tout seul. » Il en est temps, en effet; mais c'est avouer que le jeune Télémaque a toujours eu besoin jusque-là d'un deus ex machina, qui intervînt au moment décisif, ou d'un ange gardien qui veillât sur lui; car les deux idées s'offrent à l'esprit, selon que l'on considère l'aspect païen ou l'aspect chrétien de Mentor. Celui-ci, d'ailleurs, n'a point laissé ignorer à son élève qu'il n'agissait point par lui-même, mais était agi. Quand Télémaque revient de la guerre contre les Dauniens, tout couvert de gloire, il le lui rappelle : « Vous avez fait de grandes choses; mais, avouez la vérité, ce n'est guère vous par qui elles ont été faites; n'est-il pas vrai qu'elles vous sont venues comme quelque chose d'étranger qui était mis en vous ? n'étiez-vous pas capa-
I par votre impru- Minerve vous a trai un autre homme .'
comme Neptune, quand il - tempêtes, suspend les
On ne non- apprend point ce que répondit
ie. Il dul reconnaître, sans doute, qu«- Minerve, invisible
et pn lu quitté, lui qui, dans son récit, au
I r. nous peint sous ces traits Mentor combattant : « Sa
nblait, dans le combat, à l'immortelle égide. I i
mort courait de rang en rang partout sous ses coups. !.'
nenl ne devinerait-il pas cette collaboration divin»-? Mi-
. sans do . -ons pour ne manifester
tout d'abord à lui. u Elle voulait l'éprouver par les plus grands
■{. -'il eût su que Minerve était avec lui, un tel secours
l'eût trop s m tenu; il n'aurait eu aucune peine à mépriser les
Mais elle n'a nul bes nom-
tout la trahit.
> i sent confusément en Mentor quelque
de divin, et n'oublie rien pour savoir de Télémaqi
ne divinité cachée sous la forme humaine, car il suffit de le - pour trouver en lui je ne sais quoi
au-dessus de l'homme; mais les actions, les paroles, les gestes homme sont d'un dieu. I! prédit l'avenir, il interprète et 5a Liez que vous reverrez un jour l'île d'Ithaque et Pénélope. Vous verrez même dans sa première gloire celui que vous n'avez point connu, l'invincible Ulysse... Mentor l'esprit divin n'a point étonné... Vous entendez, dit-il à Idomén iin des dieux... », et, au nom des dieux,
il l'explique. Au livre IV, il apparaît, car c'est bien une apparition soudaine et miracu moment précis où Télémaque va fouler aux pieds les principes vertueux qu'il lui a inculqués, ' Télémaque sent comme un nuag qui se disiix pour lui laisser voir la pure lumière, comme joie de raison, qui a quelque chose de bienheureux et de . Pendant la tempête qui est racontée au livre V, Mentor semble commander aux vents etàla mer: sur un tronçon de mât, il est paisible, il l'est si bien qu'il adresse à Télémaque, ballotté comme lui par la mer, une petite exhortation
isuranle; Télémaque l'admire, mai- n'a dit-il, L'esprit assez libre pour lui répondre. Pour soustraire lux dangers de l'Ile d ■ Calypso, il construit un vais- :: un - ) u le met en état de voguei : Télé-
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maque ne songe point à s'en étonner. Plus clairvoyant, Idoménée s'écriera : « Mentor, vous êtes le maître : toute la sagesse des dieux est en vous. Minerve même ne pourrait donm r de plus salutaires conseils... Allez, Mentor, le plus grand et le plus sage de tous les hommes, si toutefois l'humanité peut faire ce que j'ai vu en vous, etsi vous n'êtes point une divinité sous une forme empruntée pour instruire les hommes faibles et ignorants... » Il faut bien que les yeux de ïélémaque s'ouvrent enfin. Dès le livre X, il a cru « sentir la présence de la déesse »; au livre XVII, de retour à Salente transformée par la sagesse de Mentor, il s'étonne et semble bien près de tout deviner : «Ici, tout est l'ouvrage d'une sagesse céleste; tout est doux, tout est pur, tout est aimable, tout marque une autorité qui est aus de l'homme. » Minerve peut se montrer désormais : il n'est plus temps de feindre. Si le caractère divin transpire trop tôt et trop ouvertement chez ce précepteur idéalisé, c'esl, du moins, avec un art délicat que la révélation finale est préparée.
Mais qui ne sent le grave inconvénient d'un tel rôle? Humain et divin à la fois, il n'est franchement ni l'un ni l'autre. Et qu'importe au lecteur que Minerve laisse à Télémaque l'illusion de sa liberté, le mérite tout relatif de son courage ou de sa vertu? Cette illusion, le lecteur l'a bientôt perdue, puisque Minerve ne peut se dérober à lui en se dérobant à Télémaque. Dès lors, l'intérêt languit, ou, pour parler plus exactement, il n'y a plus d'intérêt véritable. Si encore la déesse se contentait d'agir ! mais elle parle , et parle trop en professeur de morale qui semble saisir toute occasion bonne ou mauvaise de continuer son « cours », à travers les incidents les plus variés : elle le continue à la nage en quittant l'ilede Calypso, elle ne l'interrompt pas au milieu des menaces de la guerre; il faut qu'elle l'achève. Au livre XVIII, elle le couronne par une dernière leçon sur « l'âge d'or », que Télémaque devra renouveler. Ce moraliste doucement obstiné ne ressemble-t-il pas de fort près a Fénelon lui-même? Au langage de Mentor qui racontait les choses passées « avec grâce, quoique avec un peu de lenteur», Fénelon oppose le langage grave et simple, mais plein de vivacité et d'autorité, de Mentor : « Tout ce qu'il disait était court , précis et nerveux. Jamais il ne faisait aucune redite ; jamais il ne racontait que le fait nécessaire pour l'affaire qu'il fallait décider. » C'est donc Fénelon qui lui aura prêté quelquefois un peu de sa grâce molle et de son complaisant abandon.
i li. pourtant, dai s innage divin, le diplomal
politi : • entrevoir. C'esl le diplom ite qui conçoit
a un . ia ilein d'adresse > pour exciter la jalousi
ber Télémaqne, ou qui, da ablée
.. j 5, sème dans les esprits une déQance mutuelle,
pour les affaiblii el les désarmer en les divisant. C'est le politique qui voit au delà du présent, et prévoit, prédit la ruine
marchies despotiques les plus florissantes en o; • Il n'y a qu'une révolution soudaine et violente qui p
dans son cours naturel cette puissance débordée; souvent même le coup qui pourrait la modérer l'abat sans ace. » C'est le politique aussi qui permet aux princes il des ni' -liants quand ils sont habiles, puis qu'il faut les ménager, eux et leurs protecteurs. Il est vrai qu'il - ,11e de se servir d'eux seulement « pour un temps », sans leur accorder jamais la vraie et intime confiance. Mais ces traits - forment-ils un car. a, Mentor n'est franchement
ni un- 39 ai un homme et cette ditïerence ou cette confu- BJon d ;ie contribue pas peu a sym-
pathie : 'est! - gesse de Minerve à l'étal abstrait, c'< morale en soi, représentée et formulée par le précepteur en soi. par l'antique pédagogue du drame grec, mais réduit à l'état d'idée pure. Disons mieux : c'est la conscience de Télémaqne.
Télémaqne élève de Mentor et fianeé dMntiope. — Le eôté passif de son caractère*
EtTélémaque aussi est trop l'écolier idéal, pas assez le jeune
homme personnel et vivant que nous voudrions aimer en lui.
résence de Mentor lui est nécessaire, la séparation d'av.-c
Mentor lui est un a coup de foudre ... En Crète, s'il se montre
rieur à tous ses rivaux, c'est qu'il répète ce que Mentor
lui a enseigné : « Je répondis, suivant les maximes de .Mentor...
Je n'eus pas de peine à répondre, parce que je n'avais
oubl: Mentor m'avait dit souvent. » On peut, d'ailleurs,
er point l'avis des vieillards crétois, et ne point croire
surhumaine la sagesse qui s'exprime par la boucle
A cette question : Quel e^t le plus malheureux de . amplifiant cet axiome d"
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Mentor: «Le plus malheureux de tous les hommes est un roi qui croit être heureux en rendant tous les autres hommes misérables. » Le rival qu'on lui sacrifie avait dit : « Le plus malheureux de tous les hommes est celui qui croit l'être; >• el cela était d'un fin moraliste.
Au combat du ceste, quand Télémaque faiblit, c'est Mentor qui lui donne de nouvelles forces en lui criant : « 0 fils d'Ulysse, seriez-vous vaincu? » Quand les Cretois lui proposent le trône, ce sont les conseils de Mentor qui le soutiennent contre le vain désir de régner. Il en résulte que Télémaque, livré à luimême, n'est plus lui-même pour ainsi dire; car lui, c'est Mentor. Les yeux fixés sur les yeux de son maître, il y lit ce qu'il doit penser et ce qu'il doit faire. Là où il ne croit pas que la sagesse de ce maître puisse lui apporter un secours efficace, il est vile découragé, désespéré : « Voici la mort... Mourons, Mentor, mourons! Il serait inutile de disputer notre vie plus longtemps. » Mentor voudrait être aimé plus virilement. « Il faut, mon fils, que vous m'aimiez d'un amour moins tendre et plus courageux; accoutumez-vous à mon absence : vous ne m'aurez pas toujours. » Mais ce qui arrive n'arrive-t-il pas un peu par sa faute? et ne se plaint-il pas, au fond, d'avoir trop bien réussi ? Cette domination doucement tyrannique qu'il exerce sur Télémaque se fait sentir surtout dans les moments, assez rares, où celui-ci ose penser pour son propre compte. Sous ce rapport, le début du livre XVII est particulièrement significatif.
Le jeune fils d'Ulysse brûlait d'impatience de retrouver Mentor à Salente et de s'embarquer avec lui pour revoir Ithaque, où il espérait que son père serait arrivé. Quand il s'approcha de Salente, il fut bien étonné de voir toute la campagne des environs, qu'il avait laissée presque inculte et déserte, cultivée comme un jardin et pleine d'ouvriers diligents; il reconnut l'ouvrage de la sagesse de Mentor. Ensuite, entrant dans la ville, il remarqua qu'il y avait beaucoup moins d'artisans pour les délices de la vie et beaucoup moins de magnificence. lien fut choque; car il aimait naturellement toutes les choses qui ont de l'éclat et de la politesse. Mais d'autres pensées occupèrent aussitôt son cœur ; il vit de loin venir à lui Idoménée avec Mentor : aussitôt son cœur fut ému de joie et de tendresse. Malgré tous les succès qu'il avait eus dans la guerre contre Adraste, il craignait que Mentor ne fût pas content de lui ; et, à mesure qu'il s'avançait, il cherchait dans les yeux de Mentor pour voir s'il n'avait rien à se reprocher. D'abord Idoménée embrassa Télémaque comme son propre fils ; ensuite Télémaque se jeta au cou de Mentor et l'arrosa de ses larmes. Mentor lui dit : '< Je suis content de vous ; vous avez fait de grandes fautes, mais elles vous ont servi à vous connaître, à vous défier de vuumême... »