NARRATIONS, DIALOGUES ET DISCOURS
Le à un uni -«on arrivée à Pari- Il « Bossu-'t pai lit de Meti pour Paris au mois de septembre i » - 4 2 . L'époque de son arrivée est remarquable; elle resta profondément grav ;i esprit et dans sa mémoire. Ce tu t le jour même de son arrivée qu'on vit entrer dans Paris le cardinal helieu mourant, porté dans une chambre construite en planches t imas, ayant à côté «le lui un secrétaire d'une table pour écrire sous sa dictée. C'était dans A qu'il venait de traverser la France depuis le Languedoc, porté par dix-huit de ses gardes, toujours nu-tète quelque temps qu'il fit, et qui se relayaient de distance en distance. On avait souvent été obligé d'abattre les portes et les murailles des villes et des lieux qui s'étaient trouvés sur son pa— Toutes tes chaînes furent tendues à Paris dans les rues où il devait passer, pour contenir la foule du peuple, contemplant dans le silence de l'étonnement et de l'effroi ce ministre impitoyable qui venait, peu de jours auparavant, d'envoyer à la mort te j^une Cinq-Mars et le vertueux de Thou, tristes et der- 3 rictimes de -a haine et de sa vengeance. Bien peu de ternp- après, Bossuet vit le cardinal de Richelieu exposé sur son lit de parade aux regards de ce même peuple qui l'avait vu naguère entrer à Paris dans un appareil mbres <Je la mort venaient déjà obscurcir toutes les - s de la grandeur et de la puissance. Il voulut aussi assisla pompe funèbre de ce ministre si redouté. On s'aperçoit que celle imagination jeune et forte aimait déjà à se recueillir dans les grand s de la mort, i sskt, Histoire de Bossu*:' I
On suppose que Bossuel raconte à l'un de ses amis de Metz le double spectacle dont il a élé témoin, et les réflexions qu'il
lui a inspirées : « Le voilà tel que la mort nous l'a fait... Ecce mortuus es sicut nos; nostri similis effectus es1. » (Isaïe.)
Le marquis de Feuquières, qui avait connu à Metz le père de Bossuet, présenta celui-ci, alors élève de Navarre, aux habitués de l'hôtel de Rambouillet. Il ne cessait de faire l'éloge de son jeune ami, et assurait qu'il était homme à improviser un sermon sur le sujet qu'on lui indiquerait. Un pari s'engage; on envoie chercher Bossuet, qui arrive vers le soir. Il demande quelques instants pour se recueillir sur le sujet qu'on lui propose, se retire un moment, puis reparait, parle et émerveille l'auditoire. Voiture dit alors qu'il n'avait jamais entendu parler si tôt ni si tard. Modestement, Bossuet se dérobe à l'admiration de tous.
Après le sermon de Rambouillet, Cospéan, évêque de Lisieux, donna au jeune Bossuet l'occasion de prêcher une seconde fois, chez lui, à l'hôtel de Vendôme, mais devant un auditoire composé, cette fois, d'évèques. Le triomphe fut le même ; mais Cospéan prit à part le triomphateur, lui conseilla de ne point se laisser étourdir par ces succès mondains, de se faire oublier pendant un temps, d'étudier et de méditer l'Écriture, afin de ne paraître dans la chaire véritable que nourri de fortes études. « Ce jeune homme, dit-il plus tard, sera une des grandes lumières de l'Église. » Rancé entendit ce mot et le recueillit. On imaginera un dialogue, soit entre Cospéan et Bossuet, soit entre Cospéan et Rancé, sur l'avenir de Bossuet.
Dans les derniers jours de janvier 1648, Bossuet soutint en Sorbonne sa thèse, sur la nature de Dieu triple et un et sur les anges. Condé, à qui la thèse était dédiée, y vint, vers le soir, aux flambeaux, suivi de son cortège habituel de petits-
1. Un sujet à peu près identique (Lettre de Bossuet à son oncle Claude Bossuet, qui l'avait élevé et envoyé à Paris) a été donné à Douai, Baccalauréat, 2 juillet 1887.
maîtres. La discussion était si vivo, qu'il fat un moment, dit-
tenté -l'y intervenir. Bossuet Le harangua avec prés I se retira tonné et charmé, v ■ ioisy, È
I >ffril la Bible aax yeux de Bossuet dans le ca-
: il en lut avidement quelques pages, et il tnda la permission de l'emporter. Bossuet était encore en seconde ou en rhétorique (chez les jésuites de Dijon). C'était la première fois qu'il lisait la Bible. Son ùme éprouva une émotion qu'elle n'avait point encore ressentie. Tous les charmes de ! la littérature profane s'éclipsèrent à îles images el de ces hautes conceptions, «pii déjà transportaient et exaltaient son imagination. Bossuet peler, dans la suite de sa vie, cette première im- Biossrr, Histoire de Bossuet, I.)
Le jour de l'Assomption, en 1667, Bossuet monte en chaire dans la cathédrale de Metz, quand on vient lui annoncer que son père se meurt. Il y court, lui administre les derniers sacrements, recueille sa bénédiction et ses derniers vœux pour un fils dont il est déjà si fier.
Par huit fois, Bossuet, en pleine possession de sa gloire, fit - de la Trappe : « 11 trouvait, dit Ledieu, un charme particulier dans la manière dont on y célébrait l'office divin. . mt des psaumes, qui venait seul troubler le silence d^ cette vaste solitude, les longues pauses dis Compiles, les sons doux, tendres et perçants du Salve, Regina, lui inspiraient une le mélancolie religieuse. » 11 partageait alors la table et les exercices des solitaires, se promenait avec eux au bord de l'étang ou dans les bois, s'entretenait longuement avec l'abbé uni, autrefois si brillant dans le monde, maintenait . e dans la solitude.
On sait quels soins particuliers Bossuet donnait à l'histoire dans l'éducation du dauphin : il lui fit lire entre autres historiens Philippe de Comines. Avant d'en commenter les plus beaux endroits, il essaya sans doute de lui faire comprendre quel fut le rôle de l'homme d'État et quelle est l'originalité de l'historien de Louis XI.