DISCOURS
Bossuet était dans lout l'éclat «le sa gloire et dans toute la force imé successivement évêque de Condom,
pteur du dauphin, membre de l'Académie française. que de Meaux, il avait prononcé les oraisons funèbres et coni-
unwerselle. On s'accordait à reconnaître en lui l'arbitre, l'ornement, le soutien de L'Église, le ferme défenseur d-;-s traditions nationales, unissant dans un même attachement la religion, le prince et la France.
Élevé si haut par l'admiration publique, honoré de la bienveillance particulière et de l'estime de Louis XIV, il ne dédaignait pas d'entretenir les relations affectueuses qui depuis longtemps existaient entre lui et quelques hommes que leurs talents seuls ou leurs vertus recommandaient : c'étaient, par exemple, la Bruyère, Pellisson, Racine, Despréaux, Rollin, l'abbé Fleurv, Santeuil; d'autres encore, savants ou poètes, qu'il avait souvent réunis auprès de lui, à Paris, ou rencontrés à Chantilly dans la société du grand Condé. On peut conjecturer que ces amis de l'illustre évêque inspi- .'. la résolution par laquelle l'Université, en 1695, nomma Bossuet « conservateur de ses privilèges ». Voici les détails que nous donne à ce sujet M. de Baussel :
Dès 1679, l'Université s'était proposé de lui décerner ce
titre; mais M. de Harlay, archevêque de Paris, ne le permit pas.
L'Université aima mieux laisser la place vacante que de faire
tomber son choix sur un autre; aevenue libre enfin par la mort
irlay, elle déféra le titre de «conservateur de ses pri-
ges » à Bossuet par une délibération du 1 i décembre 1695,
dans une assemblée L'énérale présidée par le célèbre Rollin,
alors recteur. Bossuet, retenu à Meaux par les affaires de son
èse, ne put prendre possession lui-même de cette dignité.
Il se fit représenter par l'abbé Bossuet, son neveu, qui fut
au nom de son oncle dans une assemblée générale encore
présidée par Rollin, le 2 janvier 1696; et on lut dans cette assemblée la lettre où Bossuet exprimait sa reconnaisance1. »
On fera le discours que Rollin dut prononcer dans cette assemblée du 2 janvier.
Sans doute Rollin remerciait M. de Meaux d'avoir accepté la dignité qui lui était offerte; il regrettait que le prélat, retenu par les soins de son administration, ne pût être témoin de la joie de l'Université. L'Université, disait-il, instituée pour former de bons citoyens et des chrétiens éclairés, place avec orgueil à sa tête celui à qui le roi a confié l'éducation de son propre iils. Dépositaire des meilleures traditions de la littérature classique et du goût, pouvait-elle faire un plus digne choix qu'en s'adressant à l'orateur, à l'écrivain qui a répandu tant d'éclat sur les lettres françaises? Rollin, en terminant, rappelait le souvenir des années que Bossuet avait passées dans l'Université, au collège de Navarre ; peut-être faisait-il aussi quelques allusions discrètes aux amitiés que l'évêque avait conservées parmi les savants, les écrivains, les poètes dont les talents et les travaux contribuaient à perfectionner les lettres et à illustrer le nom français.
(École normale, 1869.)
Le successeur de Bossuet à l'Académie fut l'abbé, plus tard le cardinal de Polignac. Il fut reçu par l'abbé de Glairembault, alors directeur. On fera le discours que celui-ci prononça pour accueillir le récipiendaire et louer son illustre prédécesseur.
Après avoir raconté comment Bossuet prit possession de son siège épiscopal de Meaux (8 février 1682), M. de Bausset ajoute : « Ce fut en cette circonstance que, montant pour la première
i. Histoire de Bossuet, t. III, p. 557. M. de Bausset ajoute : « Ce titre de conservateur des privilèges de l'Université d? Paris donnait des fonctions et une autorité assez étendues dans des temps plus anciens. Il n'était plus qu'un titre honorifique, mais toujours très ambitionné; et, comme Fénelon l'écrivait avec sa grâce accoutumée à Bossuet lui-même, à l'occasion de sa nomination à cette place : « Ces sortes de titres dorment sur certaines tètes ; sur d'autres, ils peuvent servi à l'avancement et à la perfection des lettres. »
- UBRARY
Il COURS DE LITTÉRATURE
Uns sa chaire épiscopale, Bossuet prit avec son peuple
: lout entier à son instruction. »
On fera le discours où Bussuet, rappelant ^a vie passée, expose
à Bes ouailles quelli fie nouvelle, et l'on n'oubliera pas
que ce discours fut prononcé peu avant la réunion célèbre du
France o allait porter la parole au nom de
l'Église gallicane.
LETTRES
Lettre de Bossuet au maréchal de Bellefonds. — Le maréchal de Bellefonds, l'un des amis et des correspondants illustres de Bossuet, avait un fils qu'il aimait avec une tendresse qui n'était pas exempte de quelque faiblesse. Il avait élé au moment de perdre ce fils, encore enfant, d'une maladie de langueur. L'enfant en avait réchappé, et c'est à propos de cette recouvrance inespérée que Bossuet écrivait ceci à M. de Bellefonds : « Dieu a voulu se contenter de voire soumission, sans en venir à l'effet; il a reçu votre sacrifice. Vous savez ce que veulent dire de telles épreuves. »
Le temps était venu pour M. de Bellefonds de s'occuper de l'éducalion de son fils et de le mettre, comme on disait au xvu° siècle, aux humanités grecques et latines. Le maréchal de Bellefonds, aussi hrave soldat que bon chrétien, mais d'une piété un peu outrée, éprouvait des scrupules au sujet de l'antiquité païenne et de la lecture des ailleurs profanes. 11 avait exprimé à Bossuet la crainte qu'un usage trop constant des belles-lettres païennes ne préjudiciàt aux enseignements chrétiens qu'avait reçus son fils, et môme qu'elles ne prissent le dessus dans ce jeune cœur sur la science du Christ.
L'évêque de Meaux s'attache, dans cette lettre, à combattre les scrupules de son ami, et à lui faire voir ce que les langues et les littératures anciennes ont de souverainement bon pour la jeunesse.
Il n'a pas besoin de lui prouver qu'il est nécessaire qu'un jeune homme, sorti d'honnêtes gens, et qui ne veut pas être rangé parmi les ignorants, sache ce qui a été avant lui et qu'il c< n'ignore pas le genre humain ». Il est surtout obligé à cela à cause de la condition élevée dans laquelle il est né, et qui le désigne pour servir l'État dans les postes les plus difficiles et les plus périlleux.
Les histoires grecques et romaines écrites par des Grecs el des Romains sont une école de gouvernement. On y apprend par' quelles vertus publiques et privées les États s'élèvent, par