‹ Cours de littérature (volume 3)Chapitre 205 sur 228 · I - remarqu* - at, pour ainsi dire, le journal de notre · texte numérisé non relu

I - remarqu* - at, pour ainsi dire, le journal de notre

langue el le dépôt éternel de tous les changements que fera

marques mises en ordre on pourra ment former le plan «l'une nouvelle grammaire française, et - ra peut-être la ^eule bonne qu'on ait vue jusqu'à présent. ra pour les - irs un excellent commentaire sur tous

l ii peu plus haut déjà Fénelonavait écril : « Rien n'est plus propre à redoubler chez les étrangers l'amour qu'ils ont déjà pour notre langue. » Dictionnaire et grammaire auront pour but, moins d'aider les « honnêtes gens » de France à bien parler leur langue l'usage du monde y suffira) que d'ap- : aux étrangers la solution des difficultés qui les arrêtent à chaque ; 1 étude du français. Par cette préoccupation des étrang s, si visible au-si dans la "Lettre, Fénelon devance Voltaire et tout le xvur3 siècle. 11 invoque le témois Es Is, des Italiens, des Allemands, des Anglais qu'il a connus, en particulier de Prier, « dont l'esprit e lumières sont connus de tout le monde et qui est peut-être de tous les étrangers celui qui aie plus étudié notre langue ». Il demande qu'on leur fasse un plaisir de l'étude d'une langue qu'ils aiment; il s'écrie, dans un transport d'enthousiasme : st peut-être la seule chose qui manque à notre langue pour tir la langue universelle de tonte l'Europe, et, pour ainsi dire, de tout le monde. Mais peut-être, ici comme dans la se fait-il illusion sur l'efficacité des moyens qu'il propose, bien qu'il essaye de les rendre séduisants et permette de donner à ces discussions grammaticales la forme (l'une lettre ou d'un dial< -

"ccupalions de l'Académie après que le dictionnaire

achevé; partie qui correspond aux chapitres littéraires delà

(torique, poétique, etc.;. « Mon avis est

que l'Académie entreprenne d'examiner les ouvrages de tous

a tuteurs qui ont écrit en notre langue, et qu'elle eu

donne au public une édition accompagnée de trois sortes de

: i -' m le style et le langag i les pensées et les

le fond e l'art de chacun

j. Il donnecomme exemple, peut-être mal a

propos, les Sentiment* de l'Académù sm ■'■ I id, mais laisse à

chaque académicien la liberté de choisir l'auteur qu'il voudra examiner. De leurs remarques, toujours obligatoires et périodiquement renouvelées, naîtraient peut-être cette rhétorique et cette poétique que l'Académie a toujours eu le dessein de donner au public, Fénelon le rappelle en invoquant l'article 20 des statuts. On le voit, les chapitres les plus importants de la Lettre sont en germe dans le Mémoire, mais en germe seulement; quand Fénelon se fera rendre son manuscrit, qu'il le reprendra et le développera, il en fera un livre original.

Ce livre ne sera pas seulement moins sec et plus suivi que le Mémoire qui en est la première esquisse, il sera aussi plus vivant, car il est animé d'un bout à l'autre par une passion, le culte de la simplicité antique. Ici, la troisième partie, sur les anciens et les modernes, n'existe pas, et le Mémoire finit par quelques observations sur la nécessité d'établir une discipline exacte dans la Compagnie, parla réforme des statuts. En un endroit pourtant Fénelon écrit :

Mais il s'agit d'appliquer ces préceptes à notre langue, de montrer comment on peut être éloquent en français, et comment on peut, dans la langue de Louis le Grand, trouver le même sublime et les mêmes grâces qu'Homère et Démosthène, Gicéron et Virgile, avaient trouvées dans la langue d'Alexandre et dans celle d'Auguste.

Or cela ne se fera pas eu se contentant d'assurer, arec une confiance peut-être mal fondée, que nous sommes capables d'égaler et même de surpasser les anciens. Ce n'est en effet que par la lecture de nos auteurs, et par un examen sérieux de leurs ouvrages, que nous pouvons connaître nous-mêmes et faire ensuite sentir aux autres ce que peut notre langue et ce qu'elle ne peut pas. et comment elle veut être maniée pour produire les miracles qui sont les effets ordinaires de l'éloquence et de la poésie.

L'allusion aux partisans des modernes est peu voilée; mais le débat n'est qu'effleuré. Chaque langue, on le reconnaît ici, « a son génie, son éloquence, sa poésie et ses talents particuliers ». Mais on doute que les Français écrivent jamais « de bons poèmes épiques et de bons sonnets »: et pour les sonnets, tout au moins, on se trompe. On ne rend justice qu'à Bourdaloue, ((.qui est peut-être arrivé à la perfection dont notre langue est capable dans ce genre d'éloquence ». Dans la Lettre, Fénelon ne le citera même pas auprès des Pères de l'Église; dans les Dialogues sur l'éloquence, il l'avait fort maltraité. 11 est vrai qu'il vante un livre moderne : c'est l'excellente traduction de la Poétique d'Aristote, accompagnée des meilleures notes qui

aient peut-être jam - s sur aucun auteur de l'anti-

quité. Mais st de M. D icier.

Déjà pourtant, au moment où F la querelle des anci - modernes s'était rallumée, i

nrier 171 \ que parut Yllia-l- de Lamotte, \ i d'un

• n- Homère, et c'est vers la lin de celte même année

que M: Dacier y répliqua par son vif mémoire ou pamphl.4 - in goût.

Icneloii, Lamotte et l'Académie. — Les circonstances et le ton de la « Lettre ».

Ce conflit de Lamotte et de Mme Dacier créait une situation nouvelle à Fénelon et aux partisans avoués des ancien. I. n'était pas besoin que le livre de Mmc Dacier parût pour qu'on sût. même à Cambrai, avec quels sentiments M. Dacier et ses amis avaient accueilli l'impertinente entreprise de Lamotte. On nous dit, il est vrai, que la Lettrt n'est que le Mémoire élargi; que, l'Académie ayant voté l'impression du M < i 26 i Fénelon le redemanda pour le rendre pins digne de la Compagnie et du public, le revisa et le refondit; mais on oublie que constances ont changé dans l'intervalle, et que la Lettre, si elle emprunte plusieurs idées au Mém )ire, doit être une tout autre chose et pour le fond et pour le ton.

Il ne semble pas que Fénelon se soit décidé sans quelque Ltion à écrire sa Lettre fameuse à M. Dacier. D'abord il reçoit, il lit, il discute ou loue la traduction et la préface de Lamotte.

Uns ce moment, votre ïliaàe. Avant que de l'ouvrir,

enr pour moi, el ! si fort touché. Mais il me

l'y vijir au- . - honneur à notre nation ••( à notre

■ une critiqo ; el du

;<1 du parti des modernes avec cel •■ que

tmirer Homère par tout le parti des modernes, el que celui dea

.le dirai avec

H versihu il le facit...

lire, Ifonel . vrai plaisir; l'inclination très forte

dont)< .u pour l'auteur de la nouvelle Iliade m'a mit en défiance

moi-même. J'ai craint d'être partial en rotre faveur, '-t je me suii litre

;'« une critiqo , ontraint de voua recon-

uveau à v«.tre égard. Je

ne puis néanmoins vous dissimuler ce que j'ai senti. Ma remarque tombe sur noire versification, et nullement sur votre personne. C'est que les vers de nos odes, où les rimes sont entrelacées, ont une variété, une grâce et une harmonie que nos vers héroïques ne peuvent égaler...

Mais passonsde la versification française à votre nouveau poème. On tous reproche d'avoir trop d'esprit. On dit qu'Homère en montrait beaucoup moins; on vous accuse de briller sans cesse par des traits vifs et ingénieux. Voilà un défaut qu'un Grand nombre d'auteurs vous envient : ne l'a pas qui veut. Votre parti conclut de cette accusation que vous avez surpassé le poète grec. Nescio quidmajus nascitur Iliade*. On dit que vous avez corrigé les endroits où il sommeille. Pour moi, qui entends de loin les cris des combattants, je me borne à dire :

Non nostrum inter vos tantas componere lites; Et vitula tu dignus, et hic-.

Cette guerre civile du Parnasse ne m'alarme point. L'émulation peut produire d'heureux efforts, pourvu qu'on n'aille point jusqu'à mépriser le goût des anciens sur l'imitation de la simple nature, sur l'observation inviolable des divers caractères, sur l'harmonie, et sur le sentiment, qui est l'âme de la parole. Quoi qu'il arrive entre les anciens et les modernes, votre rang est réglé clans le parti des derniers3.

Il y a là bien de la complaisance; il y a aussi quelque ironie, mais si prudemment enveloppée de compliments équivoques! En finissant cette lettre, à peu près comme en finissant ia Lettre à l'Académie, Fénelon souhaite, avec une obligeance où il y a de la malice encore, que Lamotte surpasse les anciens. Les lettres de Lamotte qui suivent débordent d'une joie naïve: il proteste qu'il n'a jamais songé à mépriser le goût des anciens : m Quoi que nous fassions, écrit-il, ils seront toujours nos maîtres. » Ne nous y trompons pas, d'ailleurs : il y a bien des choses fines et justes dans ces lettres de Lamotte, par exemple lorsqu'il admire l'ingénieux usage que Fénelon, aux endroits délicats, sait faire des traits des anciens, ou lorsqu'il oppose, non sans adresse, le Télémaque de Fénelon à V Iliade de Mmc Dacier. Il se garde de nommer le livre suspect qui avait achevé la disgrâce de Fénelon; mais cet éloge discret dut aller au cœur du prélat exilé.

L'opinion invétérée du mérite infaillible d'Homère a soulevé contre moi quelques commentateurs, que je respecte toujours par leurs bons endroits. Ils ne sauraient digérer les moindres remarques où l'on ne se récrie pas comme

1. « Il va naître quelqne chose de plus grand que l'Iliade. » (Puopekce, II, 25.)

2. « Il ne m'appartient pas de prononcer entre vous dans un si grand débat.) Tous deux vous méritez la génisse. » (Virgule, Eglogues, III. v. 103-100. On verra ce jugement facile reproduit à la fin de la Lettre et aussi dans une lettre au chevalier Uestouches, citée plus loin.

Page 1